samedi 21 février 2015

ANDRÉ LAHARGOU, MON AMI

Longtemps que j’avais envie d’en parler, à force d’entendre des sottises sur les bouchers. André il était d’abord boucher, mais aussi un peu (beaucoup) charcutier. Avec lui, j’ai appris plein de trucs sur la viande.

Et d’abord, c’est que le boucher, avant de tuer le bœuf, il va le caresser. Il m’avait emmené en Chalosse chercher un bœuf pour le conduire à l’abattoir. On était partis, avec sa vieille bétaillère, visiter les éleveurs entre Amou et Hagetmau. On arrivait à la feme, on buvait un coup en parlant avec l’éleveur. André, il disait ce qu’il cherchait, le poids, la morphologie. Après on allait au pré, l’éleveur montrait, André allait caresser la bête. Et puis ils parlaient tous les deux, entre pros. André, il disait que la bête était trop charnue d’ici, insuffisante de là. Moi, j’y comprenais rien. L’éleveur, il discutait pas, il était d’accord. Entre pros… Pendant ce temps, on buvait des coups.
De ferme en ferme, la quête continuait. En milieu d’après midi, on chargeait le boeuf parfait qu’André avait enfin trouvé et on reprenait la route, cramés comme le maquis corse après le passage des promoteurs. De ce bœuf, André savait tout et d’abord sa généalogie. Il avait inventé, sans le savoir, la traçabilité.

Après quoi, il filait à l’abattoir, en râlant contre la modernité qui l’empêchait d’estourbir le bovidé dans sa cour, comme il avait toujours fait. Il restait suivre l’abattage, le découpage, le sort des abats. Il récupérait tout et d’un coup de reins précis, il chargeait les deux demi-carcasses dans le camion et retour à la cour de la boutique. Seconde leçon : si tu sais pas porter les 300 kilos d’un demi-bœuf, choisis un autre métier. Des fois, j’y pense en regardant mon boucher parisien qui parle si bien de sa viande mais qui est pas gaulé pour la transporter. D’ailleurs, on le livre.

André, il était bien connu des services de l’hygiène. Tout le monde savait que sa cuisine était dans la cour, avec ses chiens sous la table auxquels il lançait quelques bas morceaux parfois. Personne n’y allait. A cause du fusil pendu au dessus du fourneau. C’est là qu’il faisait terrines et pâtés. Certains pour des chefs macaronnés. A chacun sa recette et il ne se trompait jamais.

Dans la boutique, c’était autre chose. D’abord, c’était une boucherie fumeur. C’était pas illégal à l’époque mais y’avait des clients qui aimaient pas. André leur disait tranquillement : Y’a d’autres bouchers dans la ville. A 11 h le matin, il commençait à préparer l’apéro des clients. Pas de tous. Juste les habitués et les copains. C’était son truc : clope au bec, il accueillait comme ça. Ho ! copain, comment tu vas ? Qu’est ce que tu bois ? Ce qu’on voulait venait après. On voulait rien d’ailleurs. On répondait : t’as quoi aujourd’hui ? Et là, commençait une parade amoureuse (ou commerciale). Il proposait. Des escalopes, un beau rognon, un onglet. Il nous connaissait tous, il savait nos goûts les plus intimes. J’ai de la hampe, mais elle sera meilleure demain (ou dans deux jours). Et les verres se vidaient, et les verres se remplissaient. En été, le fumet de la daube de toro emplissait parfois la boutique. Dans la boutique, il y avait, au sol, le conflit récurrent entre André et l’Hygiène : la sciure. Illégale, la sciure. La bonne sciure de Monsieur Alvarez, le menuisier du quartier, qui l’échangeait à André contre une côte de bœuf ou une terrine. La sciure, ça a jamais empoisonné personne, disait André. Mais l’Hygiène ne venait plus. A cause du fusil. C’était un bizutage. Chaque jeune fonctionnaire avait droit à la mission chez André. Il en ressortait généralement livide. Un colosse de deux mètres qui te braque son Manufrance sur le bide, ça calme.

Bois un coup copain, j’ai préparé les gras doubles, ça sent la merde. Forcément. Demain les gras doubles ? Bien entendu, il manquait encore de la cuisson.

Il claudiquait André. Cinquante ans de régime carné, ça bouche les artères. Surtout avec la clope et le Label 5. C’était la vie. Et le vendredi, c’était volaille. Les lapins, poulets et canards élevés dans la cour, derrière (Illégal). Elevés avec amour et maïs de la ferme. Saignés par le maître, dans la cour. Illégal encore. Si t’étais fainéant (et je l’étais) tu commandais. André, je te prends un lapin, tu me fais le civet ? Illégal.

Une fois, j’enquille un chevreuil sur une route des Landes. Je le ramasse (illégal), je l’apporte à André. Il en a fait une montagne de terrines (illégal) dont une partie a servi à payer le carrossier (illégal encore). Il en a gardé pour le service rendu. Mon chevreuil s’est retrouvé sur quelques grandes tables. Illégal toujours.

Tous les ans, André promenait ses bœufs gras. Illégal, les boeufs ça chie en ville. Il a été le dernier, jusqu’au dernier jour.

Ainsi allait la vie chez les bouseux. Dans l’illégalité la plus totale. Enfin, moins que dans le monde politique. Mais avec du gout.

J’y pense quand je rentre chez un boucher-charcutier aujourd’hui. Et encore plus quand j’en sors, avec jamais la bonne viande, jamais ce que j’aimerais manger. Parce que le grossiste de Rungis, il est pas allé boire des coups avec l’éleveur. Mon con de boucher, il affiche des certificats d’abattoir ; Jocrisse ! Tout ce qu’il sait de son boeuf, c’est ça. Un papier de l’abattoir de Parthenay certifiant qu’il a acheté une carcasse de blonde d’Aquitaine. Il me manque tout ce temps passé à préparer, du champ au fourneau, le plus beau moment de la journée : un repas. Les mômes qui torchent des dizaines de lignes sur les bouchers stars de la capitale devraient leur poser la question : ce bœuf, tu l’as caressé avant de le trucider ? Impossible : les mômes journalistes voussoient leurs interlocuteurs.

André est mort. Les artères bouchées, c’est méchant. Il est mort comme le chat de sa belle-mère. Il l’aimait pas la vieille. Alors, un jour, il a étranglé le greffier, il en a fait un civet et quand elle s’est exclamée qu’il était un grand cuisinier, il lui a sorti la peau du matou. Elle est partie sans désir de retour.

Avant d’être son copain, j’étais un jeune morpion. Et je posais mes trapiots (c’est des filets) à la sortie du tuyau qui évacuait directement ses résidus dans l’Adour (illégal). C’est là qu’on trouvait les plus belles crevettes.

C’est à cause des lois qu’on bouffe mal aujourd’hui ; Mais Macron s’en fout. C’est pas Herriot, Macron. Quand nos députés préféreront l’andouillette au IPhone, l’espoir reviendra.

On en reparlera…

mardi 17 février 2015

FAIBLESSE DE LA CHINE (1)

La Chine est faible, en fait. Pas pour les raisons généralement mises en avant.

La Chine est faible parce que les Incroyables sont en train de prendre le pouvoir. Elle suit, en fait, le chemin que prit la France après la mort de Robespierre et Saint-Just.

J’aime bien voir un cousinage entre Mao et Robespierre. Dans les deux cas, seule compte la Nation, seul vaut le bien public. Et la punition est impitoyable à ceux qui dévient de la ligne. A la morale républicaine se superpose une morale individuelle, faite de chasteté, de frugalité, de dévouement.

Après la mort brutale de Robespierre, le balancier se déplaça et le Directoire se lança à la poursuite effrénée des plaisirs. Mao a eu des successeurs, des vieux communistes qui en avaient bavé et n’étaient pas prêts à céder aux sirènes de la jouissance. Sans compter qu’à leurs âges, le plaisir comptait moins. Et, par voie de conséquence, il y a eu un temps de latence. Mais j’ai le sentiment que nous y sommes.

Ça m’a sauté aux yeux hier lors d’une réunion avec une jeune femme qui m’a dit que son modèle de réussite et de vie étaient les USA. D’un seul coup, on n’avait plus rien à se dire. Je me sentais plus Chinois qu’elle. Elle tenait le discours commun chez les jeunes Chinois. Le discours de Madame Tallien. Un discours amoral.

La Chine est faible parce qu’elle n’a plus de morale. Le PCC a longtemps été un parti « dur », c’est à dire moral, proche de la morale antique (ou romaine). Depuis quelques années, cette pensée se délite en Chine. D’où la lutte anti-corruption de Xi Jiping dont on peut se demander si elle n’arrive pas trop tard.

Aujourd'hui, si morale, il y a, elle est confucéenne et Mao avait raison : Confucius est un danger. N’oublions jamais qu’il écrit quelque part qu’il est légitime de voler l’Etat pour nourrir son vieux père .Du vieux père à la jeune maîtresse, le chemin est court.Plus court encore, de la nourriture frugale à la Ferrari flamboyante.

Les Chinois au pouvoir ont oublié que leur réussite n’était possible que parce que le gouvernement avait bâti un cadre marxiste qui leur donnait les moyens et les outils de cette réussite. Ce n’est pas d’être Chinois qui fait leur succès, c’est d’être Chinois ET communistes. A singer les Américains, ils n’arriveront qu’à s’affaiblir comme les USA se sont affaiblis.
Après le Directoire vint Napoléon. Le balancier se déplaçait encore. On peut penser que Xi Jiping n’a guère le choix. Il va lui falloir remettre la morale au centre du gouvernement. Après tout, Mao l’a fait avant lui. Les conditions ne sont pas exactement les mêmes, mais l’action devient urgente. On ne peut pas bâtir l’avenir d’une Nation sur la recherche du plaisir. Les médias occidentaux vont hurler, bien entendu.

On voit des choses insensées : les Chinois les plus riches abandonnent leur nationalité pour préserver leur fortune. Quelle confiance leur accorder ? Si la Chine abandonne son sens de la Nation, alors, elle est fichue. Comme les pays occidentaux pour lesquels, la Nation est une gêne.

Pour Xi Jiping, la voie est étroite et les ennemis nombreux. Trop nombreux ? Je n’en sais rien. Mais il dispose encore de troupes qui conservent leur sens moral.

Mais il y a d’autres faiblesses.

On en reparlera…

mardi 10 février 2015

L’OFFENSIVE CHINOISE

C’est un livre. Un fatras de banalités du style « Les entrepreneurs chinois dépendent du pouvoir politique ».

C’est un livre biaisé dès le titre. Qui pourrait considérer que, lorsqu’elle va faire ses courses chez Leclerc, Madame Michu se livre à une « offensive » ?

Or, c’est la même chose. Si les entreprises chinoises viennent faire leur marché en France, c’est que tout est à vendre. Pour entrer au capital de Peugeot, Dongfeng n’a pas eu à se livrer à une offensive. Ni Fosun pour racheter le Club Med. A moins qu’on considère que dérouler un tapis rouge soit une provocation qui déclenche les offensives.

Tout est à vendre. Il est temps de s’en apercevoir. La prétendue offensive ne gênait personne quand il s’agissait des tomates du Vaucluse (Conserveries du Cabanon) ou du beurre normand (Coopérative Elle-et-Vire). On a simplement changé de registre. Maintenant, on est au niveau du CAC 40. Qui va changer, vu que Fosun ne fait pas mystère de son désir d’en ôter le Club Med. C’est peut être ça qui fait problème. Les changements financiers.

Les auteurs se plaignent que les Chinois n’accueillent pas assez de Français dans les conseils d’administration. Mais pour y faire quoi ? Continuer la politique qui a affaibli leurs firmes ? Continuer à croire qu’ils sont plus puissants que le pouvoir politique ? Reproche t’on à la Curie romaine de ne pas accueillir suffisamment d’athées ?

L’un des auteurs est chercheur à la Brookings Institution, une sorte de centre de recherches qui a pour but (entre autres) « d’améliorer le bien-être économique et social, la sécurité et les opportunités de tous les Américains ». Au moins, c’est clair. Quand on travaille là, c’est pour le bien-être des Américains. Et donc la question est : pour qui parle t’il ?

L’autre est consultant chez McKinsey qui s’enorgueillit sur son site de « conseiller les directions générales des grandes entreprises françaises » et de les aider « à élaborer leurs orientations stratégiques ». A priori, le rachat par les Chinois ne faisait pas partie des orientations stratégiques analysées.

Et donc, on sait qui parle : les USA. Forcément ,le rachat de l’Europe par les concurrents chinois ne leur plait pas. Au point qu’on peut se demander s’ils n’avaient pas organisé l’affaiblissement pour en profiter. Aujourd’hui, le butin est piqué par d’autres. Le soft power se met en branle. Je parie qu’on va voir apparaître l’immense file des arguments sociaux. Quand les Américains critiquent les communistes, la bagarre n’est jamais loin.

Le livre va être un succès. Toute la presse va le relayer. Personne ne rappellera que McKinsey a conseillé Usinor (racheté par Mittal), par exemple. Et que, dans les orientations stratégiques, ils ont autant de succès que de bides.

En tous cas, j’admire que de telles institutions découvrent soudain que le monde est en train de basculer. Pour des analyseurs d’avenir, c’est pas terrible.

C’est que leur vision est purement financière, déconnectée des réalités culturelles ou géographiques.
Bon, dépensez pas votre bel argent. Lisez ce blog. Vous en apprendrez autant. Avant les autres.

Il vous suffit de penser que, toujours, le roi est nu. Et que je suis un enfant. Un vieil enfant élevé avec des bouts de bois et pas des tablettes numériques.

On en reparlera…

samedi 7 février 2015

TOP CHEF : L’ARROGANCE ET LES REVES

« Nous serons des briseurs de rêves et on nous détestera pour ça ».

J’ai écrit cette phrase, il y a plus de dix ans. Et je n’en ai tiré aucune leçon. Ça vient de me revenir en boomerang à deux reprises. Un vieux copain vient de me dire que « mon arrogance était insupportable ». Après trente ans, il est temps de s’en apercevoir.

Mais, plus fort encore, après un débat sur Internet où j’ai échangé avec un type que j’aime bien, le modérateur vient de le remercier pour sa contribution. La mienne est occultée.

De quoi s’agit il ? D’un débat sur le chocolat et la cuisine. Mon interlocuteur affirme qu’avec de la technologie on peut compenser ses insuffisances. Il est honnête : il dit, pas tout à fait.

Bien entendu, je ne suis pas d’accord. Pour avoir vu travailler de grands chefs, pour avoir même travaillé avec eux, je sais tout le poids du talent et surtout des habitudes acquises à l’école hôtelière ou pendant l’apprentissage. Ce savoir-faire, rien ne peut le remplacer.

Je ne prends d’exemples que dans le réel et il n’est pas question de moi, sauf pour admettre que je n’ai aucun talent culinaire. Il n’y a aucune arrogance, mes exemples me dévalorisent au contraire.

Mais nos positions sont inconciliables. Lui donne des arguments pour que tout un chacun puisse rêver de devenir un grand chef pâtissier. Il suffit d’acheter une sonde thermique et une plaque à induction contrôlée électroniquement, plus quelques autres gadgets que j’ai oubliés.
A contrario, j’affirme qu’on ne peut accéder à l’excellence qu’au prix d’heures de travail et d’acquisitions de connaissances. Et que torcher un bon repas pour dix copains, ce n’est pas envoyer un service de cent couverts.

Il exalte le rêve quand je le détruis. J’ai déjà parlé de cette tendance à se survaloriser tout en dévalorisant le travail des autres, surtout s’ils sont professionnels. Elle est générale chez les diplômés de l’enseignement supérieur qui ne veulent pas admettre que le titulaire d’un CAP peut être meilleur qu’eux. Où est l’arrogance ? Chez moi ?

Mais voilà, ils veulent préserver leurs rêves et ils sont de gros consommateurs. Alors, on leur laisse croire qu’un texte sur liseuse électronique vaut autant qu’une originale sur grand papier ou qu’un échange sur Facebook remplace quelques mois d’études.

On va au plus simple, au plus facile à partager. Et je déteste la simplicité qui maquille le réel. C’était pareil hier soir chez Taddéi. Chacun avait SA raison qui était l’explication ultime. Dire que le réel était composé d’un peu toutes ces raisons, essayer de discriminer, de jauger (qui n’est pas juger) aurait rendu le débat académique et, pour tout dire, chiant.

Mais, putain ! quand on a la chance de savoir, on a le devoir de partager. Hé bien ! non. Il vaut mieux enfiler les sandales de Top Chef et dire à tout un chacun qu’il est le meilleur, meilleur qu’un chef reconnu, au point de passer à la télé, dernière médaille aisément accessible.

Tout ceci pour permettre à tout un chacun d’accéder à des produits ou des services compatibles avec son budget. Baisser l’exigence pour augmenter la consommation. Dire à un bon amateur qu'il est meilleur qu'un professionnel. Heureusement qu'il reste la musique où le meilleur amateur n'arrivera jamais au niveau d'un virtuose.

C’est pas comme ça que ça marche. Il restera donc toujours des lieux, des produits d’exception. Rares, chers, connus de ceux qui ont des moyens ou la possibilité de se les offrir. C’est un marché. Elitiste. En fait, c’est ça le mot. Je ne suis pas arrogant, je suis élitiste.

Mais il est plus simple de dézinguer les élitistes que de se débarrasser d’une élite autoproclamée et destructrice, mais surtout bien cachée derrière les mots.

On en reparlera…

mardi 3 février 2015

EN CREUX

Je discute sur Facebook avec ma députée…Elle, j’en ai déjà parlé ici.

Elle est juriste, croit-elle, parce qu’elle est avocate. Alors, les lois, elle s’en occupe. Notamment la loi Macron. Elle adore l’idée qu’elle va baisser le prix du permis de conduire.

Comme je la connais bien, je déploie la muleta et je pose une question perverse : « Ce serait pas plus simple de régulariser tous les mecs qui conduisent sans permis ? ».

Et là, toc, elle oublie toute prudence « En creux, c’est ce qui est prévu dans la loi ».

En creux !!! C’est une expression de graveur, alors, pensez si je connais. Dans une gravure, ce qui s’imprime, c’est ce qui n’est pas en creux, mais en relief. Toutefois, les bons graveurs savent faire passer un message avec les creux qui ne s’impriment pas.Comme les ébénistes avec la "contrepartie"

Et donc, ce que me dit Colette, c’est que la loi Macron va régler le problème des gens qui ne respectent pas la loi en modifiant la loi, mais sans le dire. A bas bruit.

C’est magnifique. Tous les arguments (permettre à tout un chacun d’avoir le permis sans distinction de revenus, aider les pauvres et les chômeurs) sont de simples marionnettes. La véritable idée, c’est de filer le permis à tous ceux qui sont incapables de le passer et que l'Etat est incapable d'identifier.

A côté de ça, on nous casse les burnes avec la Sécurité Routière. Même que Cazeneuve, il a ressorti le serpent de mer des platanes tueurs. Comme si les platanes tuaient !!! Tiens, j’attends que la mère Perrichon, elle monte au créneau sur ce « en creux ». Vous savez Chantal Perrichon, la dame qui voudrait qu’on conduise à 30 km/h sans boire un seul verre et qui est si tant télégénique.

Quand tout le monde aura compris, ça va faciliter l’organisation des exams. Plus personne n’aura envie de le passer.

En pensant à Jack Lang et à son 100% de réussite au bac, on pourrait imaginer que le PS, c’est ça : réduire les obligations pour pas avoir à les contrôler. En fait, c’est plutôt un système général issu de la pensée Sciences-Po : si c’est complexe, on simplifie ce qui facilite la synthèse. Après quoi, on brandit la "méritocratie" alors que c'est juste l'inverse. Oui, mais en creux...

Du moins, Colette, avec son « en creux », elle en révèle beaucoup plus. Je suis content ; je passe mon temps à chercher les creux.. En creux, l’exportation des techniques crée le chômage. En creux, se battre contre la consommation du vin permet au vignoble français de changer de mains. Ho ! tu exagères. C'est pas ça qu'ils veulent. En est-on si sûr ?

Tiens, si j’étais pas si fainéant, je créerais une page Facebook appelée « en creux », pour permettre à tout un chacun de signaler les creux. Ça ferait une bien belle boîte à idées pour le FN.

On en reparlera….

lundi 2 février 2015

LE PARDON

Ben non, je ne m’extasie pas devant la Une de Charlie-Hebdo avec ce Pardon qui me saute à la gueule.

Car, au cas où vous l’auriez oublié, le Pardon est le privilège de Dieu. Dieu est Pardon. Pardonnez nous nos offenses… L’Homme ne pardonne pas, il se venge. Même qu’il a fallu légiférer pour effacer la loi du Talion. Et donc, le Pardon plus le Prophète, ça fait beaucoup pour moi… Pardonnez moi, mais je ne suis pas assez religieux pour avaler cette potion.

Mais, me direz vous, il faut pardonner si on veut vivre ensemble. Non. Vivre ensemble, c’est déléguer son envie de vengeance à une Autorité, qui n’est pas Dieu, et qui va organiser la vengeance. Le plus équitablement possible. J’ai pas dit « justement », j’ai dit « équitablement ». Ce n’est pas à Dieu de nous dire comment on va vivre.

Sauf que Dieu, comme un rat, se tapit dans nos cerveaux et d’abord dans le cerveau des juges. Dans nos sociétés occidentales obsédées par Michel Foucault et Jean Valjean, Dieu susurre en permanence « pardon » et « rédemption ». Avant Jean Valjean, c’était « vengeance » et « récidive ». Depuis, Foucault a expliqué que c’était mal de « surveiller et punir ».

Avec Hugo et Valjean, Dieu s’est glissé dans la République et dans les consciences, y compris dans les consciences judiciaires. Jadis, le juge voyait dans l’accusé un récidiviste. Aujourd’hui, il voit une possibilité de rédemption. Forcément, le résultat final diffère.

Dans le même temps, les avocats sont sur-représentés au Parlement et les avocats ont besoin de la rédemption pour améliorer leurs résultats. Alors, ils légifèrent dans ce sens.

L’Occident est confit dans la peur et vit au conditionnel. Et si c’était toi ? Ou ton fils, ta femme, ta mère ? (plusieurs choix possibles). Ben, dans la vraie vie, c’est pas moi. Et donc je m’en fous. C’est comme les culs serrés qui souffrent de la faim des autres. Hypocrites ! quand un Ethiopien a faim, c’est pas mon ventre qui gargouille… Ça aussi, c’est le petit Jésus qui cause. On fait semblant de faire comme lui qui a souffert pour tous les hommes. Un coup de Ripolin bouddhiste par dessus ça et t’obtient la compassion universelle. Mais dans la vraie vie, la baffe que tu prends ne me fait pas d’hématome. Tout le reste n’est qu’habillage et littérature.

Après, on peut s’indigner, publier, dire que c’est pas bien, qu’on condamne, qu’on fustige, mais le mec, en face, il s’en fout. Tu décapités un otage japonais, tout le monde condamne. Il ne reste plus qu’à décapiter le second pour être à nouveau condamné : à quoi ? Le Japon a envoyé des troupes ? C’est que du bruit fait avec la bouche. Ça n’enlève pas un combattant à Daesh. La com’ a été bonne. Pour l’électeur de base. Et encore, il commence à se douter que ça sert à rien.

Mais alors, faut rien faire ? Si. Commencer par comprendre que parler, ce n’est pas faire. C’est juste parler. Que si tu te contentes de parler, aucun message ne passe si les oreilles de l’interlocuteur sont fermées. Or, elles sont fermées. Que mettre une baffe, c’est aussi communiquer. On peut discuter ad perpetuam pour savoir si la guerre est la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens ou si c’est le contraire. Dans tous les cas, il faut se tenir prêt et éventuellement, la faire. En Syrie ou dans le 93. Comme le disait un flic de ce département, récemment interviewé : « Plus personne n’a peur de nous. Au contraire ». Et c’est vrai qu’on est loin de la peur du gendarme. Du moins, ceux qui agissent.

Les problématiques ont été inversées. Sous l’influence de Gandhi et Foucauld, ceux qui disposaient des insignes de la punition, ont opté pour le pardon, sans voir que, le plus souvent, celui à qui on pardonne y voit un signe de faiblesse. Il a peut être tort, mais il faut commencer par le changer. Sans quoi, on ne communique rien.

Bien entendu, on ne peut nier qu’une punition mal conduite n’arrange rien. Mais ce n’est pas alors la punition qui est en cause, c’est la manière dont elle est infligée qui ne lui est pas forcément consubstantielle. Effectivement, la supprimer règle ce problème. Mais ne règle QUE ce problème. Et en crée d’autres. Quand le séjour en prison n’est plus cause d’infamie, mais fierté, ce n’est pas la prison qui est le problème. C’est la gestion de l’incarcération. Comme c’est difficile et compliqué, on va au plus simple.

Et comme la simplification n’a jamais rien réglé, on en reparlera…..




jeudi 29 janvier 2015

LA SHOAH

J’ai du mal. Surtout quand on me gave comme canard en Chalosse.

Ho !! T’es antisémite ? Même pas. Négationniste ? Ben non. Quand ça tombe de partout, qu’on sort les Drucker et que le Président oublie son parapluie, je me dis toujours « y’a un truc », et je me mets à réfléchir. Réfléchir, pas penser. Faut pas confondre.

D’abord, je regarde les mots. « pogrom », ça sent pas trop la langue d’oc. Même pas le français. Et je suis assez d’accord avec Boas : si t’as pas le mot, t’as pas la chose.

L’antisémitisme, j’ai découvert en terminale. Avant, je savais même pas que ça existait. J’en ai déjà parlé. Attention ! Je connaissais les juifs, je savais qu’ils existaient et même que j’avais des copains juifs. C’était rien qu’une étiquette, comme blond, par exemple. Ils allaient à la synagogue, moi à l’église. Pour le reste….. Tiens Fléau, Marcel Suarès, Compagnon de la Libération et saboteur hors-classe. Il portait pas la kippa. Pas utile. Il avait un béret. Les autres aussi, mon père par exemple. La kippa, je l’ai découverte à Paris. J’avais presque 20 ans.

Juste pour dire que le problème n’existait pas. Le prof de philo, il nous a fait lire Sartre. On était ahuris. Il y avait donc une « question » juive. Mon copain Patrick Gomez-Vaez, c’était donc une « question » ? Je l’aimais bien, on était voisins et on partageait une certaine tendance à l’embonpoint et le goût des courses de toros. Rien qui fasse question.

Alors, insidieusement, je me dis qu’on me colle peut être sur le dos un sac trop lourd pour moi. Que la shoah, c’est un truc d’Europe de l’Est, un machin qui a pris naissance entre Moscou et Berlin. Et donc je me sens moins concerné. Tiens, Herzl, il venait d’où ? Et Ben Gourion ? Et Golda Meïr ?

A l’est du Rhin, la haine est ancienne, enracinée, sauvage. Quand l’armée allemande avance en territoire russe, des centaines de types se portent volontaires pour éliminer les Juifs. C’est la fameuse « shoah par balles ». Dans le bas-Adour,la haine a été importée. En 1948, mes copains ne font pas leur alia. Maintenant, on en parle. La saloperie slave existe désormais en Gascogne. Ça, ça me concerne : on m’a pourri mon territoire.

6 millions de morts et t’es pas concerné ? Intellectuellement, oui. Comme je suis concerné par les milliers de morts d’un tsunami. Mais on le sait bien que la mort d’un copain affecte plus que les dizaines de morts d’un crash d’avion en Moldovalachie. Il y a une proximité de l’affect. Au delà d’une certaine distance, on sort du territoire pour entrer dans le concept. Les journalistes le savent bien : ils titrent plus facilement sur la grippe que sur le paludisme.

Au risque de choquer, la shoah est pour moi un concept. Un concept venu d’ailleurs. Un truc qui a un berceau et ce berceau n’est pas chez moi et surtout pas dans ma tête. Je regarde les faits et je me demande si on veut pas m’infliger une punition que je ne mérite pas. Le cimetière juif de Bayonne a été vendu par le curé de la paroisse pour que ses voisins juifs et portugais puissent enterrer décemment leurs morts. On y trouve les ancêtres de Laurent Fabius, des frères Pereire, de René Cassin ou de Pierre Mendès-France. Si c’est pas de l’intégration, c’est quoi ?

En fait, ça fait longtemps que je me pose la question. Et j’aimerais qu’on se demande si le « vivre ensemble » ne se décide pas à deux. Fléau, avec son béret, il me disait : je suis chez moi, comme toi, on est pareils. Le mec qui choisit la kippa, il me dit le contraire, il me marque une différence. Si tu mets en avant ta différence, c’est pas vraiment une envie de « vivre ensemble ». Attention, ça vaut aussi pour le niqab ou la soutane. Ou pour la signalisation routière. Quand tu mets « Lekorne » sur un panneau alors que les cartes portent « Mendionde », t’as un peu envie de paumer l’autre, celui qui ne sait pas.

C’est pas pareil ! Je sais. Les raisons sont autres. Le résultat est le même.

Bon, maintenant, on fait quoi ? A part demander à l’IGN de corriger les cartes ?

On en reparlera….