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dimanche 25 août 2024

LE RETOUR DES CURÉS

 Ça y est, c’est dit. La cheffe d’un obscur collectif (dès qu’ils sont deux, ils sont un collectif) anticorrida l’a verbalisé. Aimer les bovins est une question d’éthique.

 

Rappelons la définition : l’éthique regroupe les principes régulateurs de l’action et de la conduite morale.

 

En clair, la gisquette se positionne dans le camp du Bien, camp qu’elle a défini pour en exclure ses contradicteurs lesquels se retrouvent de facto dans le camp du Mal. Comme dans la Genèse quand Eve bouffe le fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. On baigne dans la pensée religieuse. Quelle légitimité à m’imposer une morale ? Et pourquoi celle là ?

La seule morale d’une Nation est son corpus législatif et  elle a légiféré sur cette question. La Loi peut être modifiée par l’Assemblée nationale, pas par un improbable collectif drapé dans une toge morale. On irait où sans ça ?

 

La pantomime Caron a montré que l’Assemblée n’était pas vraiment prête. A contrario, les arènes n’ont jamais été aussi pleines. Pour les politiques du Sud, il est temps d’attendre. Raison pour laquelle les dames patronnesses de la SPB (Société Protectrice des Bovins) ont choisi le poncho de la morale.

 

Cinquante ans après 68, les culs pincés sont revenus. Le camp du Bien recrute : contre le tabac, contre le vin, contre la main au panier, toute la panoplie de la morale est utilisée. Ceux qui, comme moi, se réjouissaient de la disparition des curés en sont pour leurs frais. Ils sont déjà remplacés. Par leurs benoites.

 

 Avant interdiction, je vais aller regarder quelques vidéos taurines en fumant une clope et en buvant un peu de fino. Si la dame collective veut me visiter, il y a une place sous la table.

dimanche 18 juin 2023

LE RGA


 

Vous ne connaissez pas ? C’est un acronyme et ça désigne le Retrait-Gonflement des Argiles. C’est bien connu, souvent mesuré par le BRGM, et ça explique plein de fissures. Ce n’est pas une  catastrophe naturelle, juste un phénomène prévisible et dont on décide de ne pas tenir compte. Surtout les municipalités.

 

L’argile, c’est plastique et soumis à l’humidité. En période de sécheresse, l’argile se rétracte et, de ce fait, les fondations des constructions bougent. Fissure ! Et quand il pleut, même chose, dans l’autre sens, car l’argile gonfle. Pour le dire en deux mots, nos villes ne sont pas construites sur  du solide.

 

Le Maire qui a délivré le permis de construire connait ce phénomène, il a été prévenu par le BRGM. On peut penser qu’il a informé l’impétrant afin de dégager sa responsabilité. En toute hypothèse, l’Etat n’a pas à déclarer une quelconque situation d’exception. Il a fait son boulot et prévenu qui de droit. Le Maire, informé par ses services, a décidé d’octroyer une autorisation dont  il est seul responsable.

 

Parfois, pourtant, c’est pire. Le RGA, je l’ai rencontré très tot, en 1995 alors que le BRGM ne l’avait pas encore identifié comme un danger urbanistique. Chez moi, un architecte dangereux soutenu par un adjoint calamiteux avaient décidé d’autoriser ce qu’ils appelaient des curetages, la destruction d’une partie du bâti. Alors que la ville a été construite sur un sandwich de marnes argileuses. Détail que tous semblaient ignorer, sauf ceux qui avaient consulté les archives. Moi, en l‘occurrence.

 

On décidait donc d’alléger le poids du bâti, ce qui impliquait un gonflement de l’argile, allégée.. ajoutons le gonflement lié aux intempéries et tout était en place pour une catastrophe…..qui ne tardera pas.

 

Question : comment un architecte peut il ignorer les bases de la géologie ? Tout simplement en ignorant l’Histoire. Chez moi, la moitié de la ville est construite sur des étangs, comblés au fil du temps. Il faut un peu travailler pour le savoir.

 

C’est un problème d’assurance, c’est à dire de fric. Et donc un problème de responsabilité. Qui va payer pour tes fissures ?

 

Le Maire, évidemment. Le BRGM l’avait informé. Il ne peut pas dire qu’il ne savait pas. Il n’en a pas tenu compte, c’est aussi simple que ça

 

jeudi 23 février 2023

SANDRINE ROUSSEAU ET PIERRE PALMADE


 C’est le couple de l’année qui ouvre une fenêtre sur l’avenir.

 

 Pierre Palmade est tout ce que Sandrine Rousseau aime : bisexuel, aspect faible, artiste, cultivé, drogué, il est un prototype de déconstruction, l’opposé du mâle violent, hétéro, raciste et buveur de pastis que la fausse écologiste rejette avec virulence. (Je dis fausse écologiste parce que l’écologie est une science axée sur l’évolution, c’est à dire la reproduction et donc la biologie des genres qu’elle réfute).

 

On comprend donc aisément que la déconstruction prônée n’est rien d’autre que la fabrique de l’homosexuel asocial qui semble à Madame Rousseau l’équivalent des lendemains qui chantent des communistes de ma jeunesse. Pour Madame Rousseau et les wokettes, Pierre Palmade est l’homme de demain, l’homme d’un avenir sans hommes, l’homme d’un avenir hypophallique.

 

Je rends grâce aux wokettes et à leurs efforts législatifs pour me contraindre à revoir mon vocabulaire et à m’adapter à la novlangue pour ne pas dire comme mon copain Jojo « on en a rien à foutre de cette histoire de pédé drogué. » De même, je suis assez content de cet hypophallique plus présentable que sans-couilles car des couilles Palmade en a et il a un budget conséquent pour les faire fonctionner. Ce n’est pas neuf et un de mes profs de sciences nat’ finissait toujours son cours sur la reproduction en disant « Avec un partenaire de même sexe, on ne peut pas se reproduire mais les expériences continuent. »

 

En changeant le vocabulaire, Sandrine Rousseau et ses wokettes cherchent à gommer l’injure et à réintroduire la morale cléricale dans le discours, c’est à dire à castrer la liberté d’expression. Je pleure sur la mort de l’injure, fleur de l’expression qui rapproche plus qu’elle ne stigmatise quand on ne l’habille pas de vêtements inappropriés pour la rendre présentable comme ce « fuck » qui sévit partout.

 

En fait, il s’agit d’une épuration qui vise à occulter dans la langue tout ce qui semble vocabulaire militaire ou argot de chambrée, c’est à dire langue de jeunes hommes prêts à mourir. C’est donc le vocabulaire du sexe qui est visé ce qui rejoint la cléricalité de l’intention. Il n’en subsiste que des reliques et gamahucher n’a pas (encore) remplacé tailler une pipe.

 

Comme dit mon copain Jojo « c’est des mal misées » utilisant une vieille expression bien oubliée, certainement grâce à la Française des Jeux. Bon, vous avez une idée de l’avenir. Sandrine tient à finir le boulot de Jean-Jacques.

dimanche 18 septembre 2022

LE CASSE-NOIX MOUCHETE

 C’est quoi, ça ? Un piaf. Un corvidé du Dauphiné, gros comme un geai au plumage ponctué de taches en forme de larmes. D’où l’adjectif. Le volatile se nourrit exclusivement des graines du pin arolle. Des graines, sur le pin, y’en a surtout en été et donc notre sympathique piaf se fait en été des provisions pour l’hiver. Tout l’été, il planque les graines dans la terre. Quand il a une petite faim, il va à la cachette. Il a donc une sacrée mémoire. Certainement, mais ce n’est pas le sujet. Plein d’oiseaux ont de la mémoire. Rien que les migrateurs, tiens.

Dans les montagnes dauphinoises où il vit, l’hiver, y’a de la neige. Le paysage change. Alors l’oiseau se branche, examine le paysage, et plonge dans la neige où il creuse un tunnel avec ses ailes. Et il retrouve sa cachette. En clair, il recompose le paysage pour prendre ses repères et il calcule une trajectoire en fonction de l’épaisseur de la couverture nivale.

 

D’où la question qui me taraude en ce moment :

Un général américain est il plus ou moins con qu’un corvidé alpestre ?

Question de géopolitique.

 

Tout le monde est d’accord : les Ukrainiens ont l’avantage grâce aux renseignements américains.. Or, arrive le général Hiver, poncif qui va tourner en boucle sur les télés. C’est la situation du  casse-noix moucheté. Le paysage va changer dans la vallée du Dniepr . Je sais, c’est pas des images, c’est de la télédétection. J’ai un peu perdu le contact et je ne sais pas si des progrès significatifs ont été faits. Avec des archives, on doit pouvoir calculer l’épaisseur de la neige. Vu que les couches de neige sont tout, sauf régulières, ça va être un sacré boulot, mais faisable. A condition d’avoir été préparé. Et là, rien n’est moins sur.

 

On saura vite. Si les Ukrainiens reculent ou se plantent,  le général qui gère les renseignements sera plus con qu’un casse-noix. C’est possible. Vous trouverez dans Wikipedia les references d’une publication de l’Etat-Major américain expliquant que l’hiver n’a eu aucune influence sur les défaites de Napoléon et d’Hitler et que c’était juste une excuse pour des troupes mal préparées et de calamiteux stratèges.

 

On va savoir. Ainsi avance la science.

mercredi 22 septembre 2021

LE GRAND REMPLACEMENT

Il est presque terminé, mais vous, à force de regarder la télé vous avez rien vu. C’est une belle histoire, je vais vous la raconter.

 

Vous vous souvenez d’un bellatre un peu niais appelé Alain Bougrain-Dubourg, ? Il régnait alors sur la tribu des Zécolos qu’il a largement façonnée en lui enseignant ce principe essentiel de la Bible Verte « Pour parler d’écologie, il convient de ne pas connaître la Nature ». Or donc, à chaque Pâques, le papy de Jadot  venait en Médoc se heurter aux chasseurs de tourterelles des bois qu’il accusait d’etre les prédateurs de ce charmant volatile menacé de disparition. Il se présentait, mains nues, vêtu de probité candide et d’un costume du meilleur faiseur, face aux brutes armées et avinées. Le risque état nul, les chasseurs sachant réguler les populations de nuisibles sans tirer une cartouche, mais les télés adoraient. Le bellatre avait épousé une bimbo botoxée qui contrastait a merveille avec les Lucienne et les Simone en tablier des Nemrods agricoles.

 

L‘image se fixait qui montrait d’un côté une population urbaine jeune, moderne, abritée derrière un savoir accessible à tous (et surtout aux journalistes relayant l’image qu’ils avaient inventée), une population qui pensait en termes généraux (la planète) et non en espace villageois. L’écologiste remplaçait le naturaliste comme le professeur des écoles se substituait a l’instituteur.

 

C’étaient les débuts de l’écologie politique et déjà tout était faux. Mes copains ornithos se marraient parce qu’on baignait dans le grand remplacement, le remplacement de la tourterelle des bois par la tourterelle turque, phénomène de lutte pour l’espace, bien identifié et utilisé par Darwin mais qui, dans le cas qui nous occupe, prenait une ampleur inédite.

 

La tourterelle des bois (Streptopelia turtur) occupait l’Europe et surtout ses forêts depuis des temps immémoriaux quand la tourterelle turque (Streptopelia decaocto) a commencé à l’envahir. L’invasion a été facilitée par le gout de la turque pour l’habitat humain. Plus les villes s’étendaient, plus la turque se multipliait. D’où la leçon écologique : les villes et non les campagnes sont responsables de la disparition de la tourterelle des bois. Le bellatre et ses séides avaient tout faux. C’est une habitude chez les zékolos. En plus la turque est d’une résistance peu commune : elle a envahi la Laponie en quelques années tant elle est peu sensible au froid. Elle avait toutes les armes et la tourterelle de bois aucune. La partie était jouée, même sans les chasseurs.

 

Le sujet j’en ai déjà parlé dans un post de janvier 2011 titré « Parlons un peu des immigrés ». Zemmour était encore à  la maternelle.  J’y expliquais qu’en matière d’écologie, les flux de populations étaient une menace parce qu’on crée une compétition qui profite rarement aux autochtones. Les exemples étaient innocents : le canard de Barbarie, le calicoba ou l’écrevisse mais la règle était posée. Hypocritement, m’a t’on reproché. C’était il y a dix ans.

 

Et c’étaient des espèces importées par l’homme alors que la tourterelle turque a envahi l’Europe toute seule. Bel exemple de grand remplacement.

 

Et si le grand remplacement fonctionne pour Streptopelia turtur, y’a pas de raison qu’il ne fonctionne pas pour les sous-espèces d’Homo sapiens ; c’est une règle écologique.

 

Et donc, il est normal que les zékolos n’en tiennent aucun compte

dimanche 31 janvier 2021

HECATOMBE AVIAIRE

 C’est la meilleure nouvelle de la journée. Les canards kriaxerak vont, selon le journal Mediabask, échapper à l’abattage sanitaire lié à l’épidémie de grippe aviaire. Les kriaxerak, je vous en ai déjà parlé à plusieurs reprises ; ils sont une de mes obsessions. Ils devraient être au premier plan de préoccupations des dirigeants du pays basque tant ils concentrent de problèmes économiques, sociaux, écologiques de la région

 

Piqûre de rappel. Le kriaxera est le dernier représentant du canard autochtone à foie gras du sud ouest. Il est une des variantes du genre Anas qui désigne les canards et sarcelles du Paléarctique occidental. Quand vous comprenez pas, allez voir Wikipédia. Pour faire court, un Anas est un canard européen, ou plus exactement eurasiatique.

 

Nous avons un organisme officiel qui s’occupe du foie gras, l’Institut National des Appellations d’Origine. Et cet organisme a décidé (avec force de loi) que seul le canard américain de genre Cairina pouvait être élevé pour produire le foie gras du sud-ouest. Or, le Cairina est originaire d’une autre écozone, le Néarctique.

 

A vue de nez, il n’y a pas de différence, le climat est semblable et la géographie voisine. Il y a bien quelques changements minimes mais ils sont en faveur du Cairina, lequel grossit plus (productivité améliorée), vit en larges bandes, ne cancanne quasiment pas et ne demande pas de plans d’eaux. Un canard de rêve pour l’élevage, d’autant que, plus gros, il est plus costaud et supporte mieux le gavage mécanique.

 

Et alors ?

 

Alors, Cairina et Anas se sont developpés , au fil des millénaires, dans des couloirs de migration différents. Ils n’ont pas cohabités avec les mêmes commensaux. Ils n’ont pas côtoyé les mêmes virus, ni développé les mêmes résistances. Les oiseaux qui vont de Laponie en Afrique du nord ne sont pas ceux qui quittent le Labrador pour le Texas. C’est de l’écologie de base. Demandez à Greta Thunberg.

 

Et voilà qu’aujourd’hui, Mediabask affirme que les kriaxerak (Anas) sont porteurs sains de la grippe aviaire et vont échapper à l’abattage. On n’a pas fini d’entendre chouiner les cons, moi je vous le dis. Et je ne verserai pas une larme. Modifier l’écologie d’une zone, ça s’appelle un écocide. Et remplacer une espèce, voire un genre, par un autre, c’est circonstance aggravante. Quand c’est fait par bétise, on peut excuser. Par esprit de lucre, non.

 

Ils vont manifester, pleurer, se retrouver ruinés, avec le sentiment d’avoir seulement suivi un mouvement et de payer une facture trop lourde. J’explique. Anas, il est ici depuis quelques millénaires. Il a eu le temps  de frayer avec tous les migrateurs des grands axes du paléarctique, de rencontrer leurs virus, de s’immuniser collectivement, bref de s’adapter à son biotope. Ton Ricain, il est inadapté ; il a pas eu le temps. Et toi, paysan des Landes, avec l’expérience de ton père, de ton grand-père, de leurs voisins  et de quelques générations, tu t’es cru plus malin. Un canard, c’est un canard. Ben non. Un canard, c’est un être vivant. Avec des virus, des parasites et des bactéries, tout aussi vivants que lui.

 

Alors quand le représentant du conserveur est venu te proposer d’améliorer ton élevage (et sa rentabilité) en changeant de « race », tu as foncé, flairant la bonne affaire. Le Cairina, tu le connaissais. Dans le bas-Adour, on l’appelait « canard marin ». Ma marraine n’en voulait pas dans sa basse-cour, affirmant qu’il était moins bon. Toi, tu as cru que le conserveur était ton ami. Aujourd’hui, tu vas pouvoir juger. Il t’a mis dans la fiente, il faut qu’il t’en sorte.

 

Le kriaxera nous donne trois leçons :

 

A/ l’adaptation des espèces locales n’est pas un mythe pour agro-nostalgiques. Elles sont adaptées également aux dangers invisibles comme les virus.

 

B/ toute introduction comporte des dangers ; un virus peut franchir la barrière spécifique, en mutant. Valable également pour l’espèce humaine. Terrain glissant. On en a déjà parlé.

 

C/ l’INAO n’est pas un organisme très sérieux. En vérifiant les fiches, j’ai cherché en vain une bibliographie justifiant les affirmations qu’elles contiennent. Parce qu’affirmer qu’une espèce inconnue avant la découverte de son biotope est l’espèce traditionnelle de production semble assez osé. C’est dire  que le canard américain Cairina servait à produire le fois gras des Landes AVANT la découverte de l’Amérique. On est dans la légende.

 

Mais c’est pour la bonne cause !! Le bénéfice des conserveurs est il une bonne cause ?


PS : inutile de me dire qu'une hécatombe désigne le sacrifice de cent boeufs. J'ai aussi droit à la légende.

 

mercredi 13 janvier 2021

ÉCOLOGIE ET VIRUS

 On n’en a pas fini avec ce virus. On n’en a pas fini avec tous les virus. Ce qui saute aux yeux, pour l’observateur extérieur, c’est l’ignorance totale dans laquelle nous sommes de l’écologie des virus. Personne n’explique pourquoi un virus tropical fonctionne avec une saisonnalité  hivernale en zone tempérée : notre biotope est le paléarctique. La division en écozones est largement pragmatique mais elle est fonctionnelle. Il n’y a aucune raison qu’un être vivant y échappe.

 

Nous avons un extraordinaire instrument de connaissance écologique : le Museum national d’Histoire naturelle. Deux siècles d’accumulation de connaissances, de faits liés à la science du vivant. Deux siècles d’échanges car le MNHN est avant tout un lieu d’échanges : tu bosses sur un coléoptère inféodé à une fougère, tu fais cinquante mètres et tu entres dans le bureau d‘un spécialiste de cette fougère. Ou tu prends un café avec lui à la cantine.

 

Fondé à la Révolution pour gérer les collections royales, le MNHN est organisé en chaires suivant la classification de  Linné. Problème : Linné n’a pas classé les virus et donc, il n’y a pas de chaire des virus. Il est plus que temps de réparer cet oubli. On va en avoir besoin.

 

Mais on a des virologues ! Non. On a des médecins qui bossent sur les virus affectant l’homme. Pas sur les virus des pangolins tant qu’ils n’ont pas franchi la barrière spécifique. Entendons nous bien : il s’agit d’écologie des virus, de comprendre où et comment ils vivent, se multiplient et mutent, qu’ils affectent l’homme ou pas. C’est le bonheur de la science du vivant. Un bout d’ADN qui se déplace et tout change, même et surtout la transmission et l’hôte qui transmet. L’écologie n’est pas fixe. C’est comme ça que marche l’évolution : un poil de réchauffement et un virus endormi se réveille pour dézinguer une population qui n’attendait que lui.  Si c’est des pangolins, on s’en fout. Si c’est nous…..

 

Si tu me crois pas, tu peux toujours lire le dernier chapitre de Bakker où il explique que (1) les dinosaures n’ont pas disparu et que (2) les dinosaures éteints ont été rayés du monde par les virus. Ben oui, c’est comme ça que marche le vivant. Cette semaine, on s’étonne qu’un chiroptère ait collé la rage à un homme. Ça fait un moment que la transmission est connue, mais le renard était un coupable plus facile à punir, et plus rentable. Les conditions de l’observation comptent autant que l’observation. Même avec les dinosaures.

 

Mais une chaire de plus au Muséum, ça va coûter !! Oui. Moins qu’une campagne de vaccination. Chacun ses priorités.

 

dimanche 29 novembre 2020

jorion et l'avenir de l'homme

On m’a filé ça à lire en m’affirmant qu’il s’agissait d’une pensée remarquable. Admettons. Et donc, pour savoir où je suis, je regarde la biblio du mec. Ça ne trompe jamais. On commence pat Hermann, puis par MSH, Masson, Gallimard-BSH, Odile Jacob, que du nanan. Je devrais me régaler. Ce qui me chagrine, c’est que je ne trouve pas d’infos sur le cursus universitaire du mec. Formation, enseignement, chaires. Rien. Rien non plus sur son champ de réflexion. Le prière d’insérer m’annonce un anthropologue et sociologue. Il »révolutionne depuis dix ans le regard que nous portons sur la finance et l’économie ». Bon. Un financier caché sous la peau d’un philosophe. Rien de neuf. L’éditeur me dit également qu’il a enfourché la Rossinante de la collapsologie, variante quasi-millénariste de l’écologie. Un coup d’oeil a la biblio. Pas un titre. Ma petite sonnette interne grésille. Pipeau. Lisons quand même. Après tout il s’agit du génie humain. Y’a des trucs à apprendre. D’emblée, il fait fort en traitant du transhumanisme. Il doit être un peu niais pour croire qu’on pense à Silicon Valley. Il manque juste l’essentiel : Boorstin. On en déjà parlé : Daniel Boorstin une sorte de Leroy-Ladurie étatsunien qui affirme que les USA ont une obsession historique : repousser les frontières et donc les limites. C’est le transhumanisme. Avec un détail qui change tout : la frontière à déplacer, elle est biologique. Mais sur le sujet, pas un mot .C’est con parce que cette idée, elle éclaire aussi les rapports Chine-USA. Il faut dire que le Jorion et moi, on a pas les mêmes lectures. Il parle de l’extinction de l’espèce mais s’il avait lu Gould ou Bakker, il saurait que le Vivant ne s’éteint pas : il se transforme. Je choisis exprès des références étatsuniennes parce que Jorion,il a que ça. Sur les cinquante premières pages,, une allusion à Weber, deux ou trois à Kojève. Le corpus référentiel est américain. Jorion est cohérent. Trader, spécialiste d’IA, mollo-libéral (un mollo-libéral est un libéral mou qui garde toujours une échappatoire), il baigne dans la pensée mythologique américaine, fondée sur la quantité. Il ne lui vient pas à l’idée que UN est pertinent.p En bon americano-penseur, il se vautre dans la religion, la plus présentable, celle de St Paul, justifiant ainsi la fin de l’Histoireo Sa pensée devient alors erratique, mélangeant données théologiques, psychanalyse simplifiée et philosophie wikipédiesque. Les chapitres sur la Chine sont à la limite de la caricature. Jorion commence par convoquer Billeter pour nier l’altérité de la Chine !! Ici encore les références sont triées. On ne rencontre ni Chesneaux, ni Gentelle, ni François Martin, ni Viénet et la jolie page sur l’harmonie évite Van Gulik ce qui est un comble. C’est que la Chine adossée à la pensée marxiste et dopée aux biens physiocratiques est aux antipodes de Jorion et du transhumanisme. Aux antipodes également de la collapsologie. J’ai bien rigolé en lisant les dithyrambes adressés aux services de recherche scientifique de l’armée américaine. De la Corée à l’Afghanistan, voilà cinquante ans qu’ils n’ont pas gagné une guerre. Moi qui suis un con, j’en déduis qu’il faut fuir leurs pistes de recherche. Mais Jorion trouve admirable que l’intelligence artificielle ait permis à un computer de bluffer au poker. Comme Patrick Bruel. La science avance. Voilà cinquante ans que les Chinois bluffent et manipulent les Américains. Quand tu as l’intelligence naturelle, l’artificielle est inutile

jeudi 2 juillet 2020

LES ECOLOS SONT DES CONS (1-) AYHERRE

Chapitre 1 :  DÉTRUIRE AYHERRE

Les écolos sont des cons.

Supprimer les vols intérieurs est l’idée la plus stupide qui soit. Motif : le train peut remplacer l’avion. C’est faux, évidemment.

Ça parait évident quant ta vision est limitée. T’as pas besoin d’un avion quand tu prends l’avion de Paris à Biarritz pour aller voir Mémé (on dit Amatxi pour faire couleur locale).

Mais si tu veux aller de Mexico à Ayherre, c’est pas pareil. Là, c’est plus un vol intérieur. C’est la dernière jambe d’un vol international. Pour info, une jambe, c’est la désignation d’un trajet d’aéroport a aéroport : un Québec-Ayherre a deux jambes : Québec-Paris et Paris-Biarritz. Oublier la dimension internationale de l’avion, c’est être un con.

Je suis a l’aéroport de Bayonne. J’attends une copine qui vient de loin. Mon téléphone sonne : elle a loupé l’avion. Elle avait choisi un vol avec escale à Paris. Mais son comparateur n’avait pas bien expliqué qu’elle arrivait à Paris-CDG et repartait de Paris-ORY. Deux heures quand tout va bien et que tu parles bien français. Elle s’est ramassée.

Info pour les écolos. Le comparateur n’intègre pas le CO2 du taxi qui va de Roissy à Orly. Vous pouvez vérifier.

Mais pourquoi Ayherre ? C’et un très joli village de Basse-Navarre, avec une tradition chocolatière et un petit millier d’habitants. C’est surtout le berceau du groupe Lauak. Pour les Marseillais, c’est aussi le berceau de la famille Belzunce, comme le cours. Tout le monde connaît Belzunce. A Marseille.

Lauak est un groupe aéronautique, section sous-traitant.  Naturellement, ils ont commencé avec le voisin Dassault Comme chaudronniers. Et puis, comme ils étaient plutot bons chaudronniers, ils se sont développés. Aujourd’hui, ils bossent avec Airbus, Bombardier et quelques boites moins connues. Et ils ont des sites au Mexique, au Quebec et en Inde. Depuis Ayherre. Et avoir un aéroport pas trop loin , pour un groupe aéronautique international, c’est pas idiot.

Lauak s’est un peu développpé localement. Surtout à Hasparren, le bourg le plus proche d’Ayherre que tous les Chinois de Paris connaissent C’est le berceau du maire du 13ème, Jérome Coumet. Détruire Ayherre, c’est détruire un noeud de savoir qui enserre la planète.Détruire les vols intérieurs, c'est détruire Ayherre. Et Lauak.

Les écolos s’en foutent. Ils font des calculs à la con en pensant à leurs vacances à Tunis. Ce sont de petites gens qui réfléchissent à leurs pistes cyclables quand ils regardent le globe. Ce sont de petites gens incapables d’imaginer que leur petit territoire existe  sur la terre.

Parce qu’ils ne le connaissent pas….. Parce qu’ils ne l’aiment pas…

Mon territoire, ce territoire sur lequel je vis depuis un paquet de générations, j’essaye de le connaître et de le comprendre. Il est l’objet, non de convoitises, mais de concurrence. Le plus souvent médiocre. A courte vue. Tiens, Jérome Coumet. Je le rencontre au hasard d’une interview.Je fais sonner le T final, il réagit. On parle, il me dit « Je suis haspandar ». Tu parles !! Il est né à la Salpé !! D’un père haspandar, philosophe et épistémologiste de haut niveau. Aspiré à la capitale par le système. Jacobin, le système ? Non. Système de filtration pour que la Nation bénéficie du meilleur des provinces. Ce n’est pas une vidange, au contraire. Aujourd’hui, le fils du bon élève de philosophie continue à se revendiquer comme haspandar, fils de sa terre, tout en gérant la plus importante communauté chinoise d’Europe. Jérome Coumet est une passerelle.

Les écolos ne sont pas des passerelles. Ils érigent des barrages. Le problème, c’est qu’ils vont détruire les autres passerelles. Ou les chasser. Je suis bien certain que Lauak n’est pas la seule entreprise internationale de haute technologie implantée sur notre territoire. Il en est d’autres, menacées par des gens irréfléchis. Des gens qui croient que le problème, c'est l'avion, quand le problème c'est le prix de l'avion (et le bordel des correspondances).

Ils semblent penser à la planète. Mais ils ne sont pas foutus de penser au village d’à côté.


Les écolos se croient trop intelligents pour penser aux villages.

mercredi 1 juillet 2020

LE BEURRE ET L'ARGENT DU BEURRE

Vague verte qu’ils disent. Les mêmes qui ont parlé de vague rose ou bleue. Vachement bons les commentateurs : change la couleur, tu changes le message. Après quoi t’analyses. Vachement intelligentes les analyses : dégagisme par ci, inquiétude pour la planète par là…Faut te conforter et te surprendre. C’est le but des analyses à la télé : que tu puisses les reprendre demain matin au bistro ou devant la machine à café. Parce que les commentateurs hyper pro, c’est pas des prévisionnistes. Ils passent leur temps à expliquer ce qui s’est passé, jamais ce qui va se passer.

Faisons simple. Je n’aime pas la simplicité dans la réflexion ou les sciences. Là, il s’agit de politique, le degré zéro des sciences sociales. On peut simplifier. La vague n’a submergé que des villes. L’électeur vert est urbain. Normal, disent certains commentateurs. Ils veulent ce qu’ils n’ont pas. C’est encore plus simple ; ils veulent les deux, le beurre et l’argent du beurre. L’électricité abondante mais sans centrales nucléaires.. Tous les déchets de la consommation et le tri sélectif pour la bonne conscience.

Parce que on ne le dit jamais : vivre en ville est un choix. C’est en ville que git le fric. C’est en ville que sont les emplois bien payés et parfois les emplois tout court. Alors, mon cousin Jean-Marc, il quitte son village béarnais et il va vivre à Toulouse. Et il votera écolo parce que ses collines le gratouillent un peu. Il n’imagine même pas (même plus) qu’un monde où on peut vivre bien dans un village est possible.

C’est quoi un maire écolo ? C’est pas simplement une étiquette avec un adjoint à l’environnement. On pourrait exiger un service Ecologie du niveau du service des Ecoles, avec un plan d’action. Par exemple,  établir un relevé faunistique de la commune. Un vrai, avec  les insectes, les arachnides et les reptiles. Pas juste les oiseaux et les jolis rongeurs. Imagine : tu trouves un lieu de reproduction de tritons sur l’emprise de la piste cyclable. Tu agis comme un vrai écolo : tu vires les vélos. Pour la flore, normalement, le service des Espaces verts peut faire : ils savent ce qu’ils plantent. On peut leur demander d’aller voir les terrains privés et de signaler les arbres remarquables afin d’enrichir le PLU  et d’empêcher les constructions qui abimeraient le patrimoine écologique local.. C’est le préalable à une gestion écologique de la ville. Je vous rassure, pas un maire EELV ne l’a fait. L’écologie, c’est pour être élu, pas pour etre emmerdé.

Les autres rigolos, ils ont fait une belle loi d’urbanisme, mais personne n’a jamais exigé un état des lieux écologique. Le maire de Grenoble, réélu, ne l’a pas fait non plus en six ans. Par contre, il a autorisé le burkini à la piscine, comme si l’islam était un élément de la biodiversité !!

Et moi, je me répète : l’écologie est un savoir qui s’appuie sur les sciences naturelles. Comme tous les savoirs, il se tricote avec les autres savoirs. Tu te poses des questions sur la géologie, ça t’aide à comprendre les plantes, évidemment, mais aussi les monuments de la ville. On appelle ça l’environnement. Il paraît que c’est la spécialité des écolos. Mais pas au point de préférer des tritons à une piste cyclable.

Le savoir est un peu rigide. Il te dit, c’est triton OU vélo. L’écolo veut triton ET vélo. Seul le politique peut accepter ça et tordre le cou aux raisons naturelles, les raisons de la Nature.

La vague verte n’est pas une victoire de l’écologie. C’est une victoire de l’écologie politique, celle qui promet le beurre ET l’argent du beurre. Tu peux toujours promettre. T’es jamais obligé de tenir.


Les tritons ont du souci à se faire.

vendredi 12 juin 2020

L’ENTASSEMENT

Bien. L’épidémie se calme. On va faire les comptes. Ou plutôt on ne va pas les faire. Il ne s’agit pas de remettre en cause quelques années de gestion stupide ou paraissant telle et de remettre la vie humaine au centre du jeu.

Les iconocartes départementales sont totalement inutiles : elles indiquent simplement la localisation des hôpitaux. Les cas les plus graves ont été transférés au CHU le plus proche. Par voie de conséquence, les meilleurs hôpitaux enregistrent le plus de morts. C’est parfait. Il suffira d’affiner un poil pour prouver que la mortalité a été supérieure dans le public que dans le privé.

Une surprise malgré tout : Toulouse a été misérablement impactée. Tout comme Clermont-Ferrand et Grenoble. Le virus est il sensible à l’altitude ? Ou à l’anorexique démographie des régions montagneuses ? On choisira l’explication en fonction du résultat désiré.

La gestion énarchique, c’est comme ça que ça marche, à coup de prévisions autoprévisibles. Ainsi, ma chère ville de Bayonne enregistre le plus fort taux de naissance de la région. Il ne faut pas imaginer les habitants comme des lapins lubriques. Mais, la plupart des maternités de proximité ayant été supprimées, les parturientes viennent pondre à Bayonne, justifiant ainsi le choix de départ On l’a déjà dit. L’ENA n’est pas une école d’administration, c’est une école qui rend le territoire administrable par un certain système. Une grosse couveuse à feignasses. Prenons un exemple : Laurent Nunez. Il a été deux ans sous-prefet chez moi. Il avait à s’occuper de villages comme Arancou ou Orsanco. En deux ans, combien de fois a t’il visité ces hauts lieux de civilisation pour en rencontrer les édiles ? Je déconne pas : à Arancou, il y a un abri sous roche magdalénien qui est un des plus anciens habitats du Pays basque. Il y a aussi une église du XIIème siècle érigée pour les pèlerins allant à Compostelle car Arancou est un village compostellan. Avec ses 150 habitants, le maire ne peut tout simplement pas mettre en valeur son patrimoine. Une visite annuelle du sous-préfet me semble être le service minimum. Mais les sous-préfets ne vont plus aux champs. Et Nunez, comme ses homologues, a laissé Arancou être englouti par la modernité.

Administrer un territoire, c’est un travail de dentellière. Chaque village a ses spécificités, son patrimoine, ses routes, ses productions et ses difficultés. Et chaque village participe, à sa manière, à la richesse de la France. Mais l’époque n’est plus aux dentellières. Ne compte que ce qui peut être compté. Et encore à condition de le vouloir. Car l’énarchie a oublié cette vérité première = toute statistique commence par UN. Un mec qui plante de la vigne, un mec que son voisin imite pour améliorer son ordinaire, puis un autre…Et on crée une appellation. A ce moment, la quantité est suffisante pour justifier la statistique qui n’est possible que par l’unique du départ.

On voit cette idéologie à l’œuvre sur le territoire national : regrouper pour faciliter. La première régionalisation comportait 22 régions conçues comme les arrière-pays de 22 métropoles. La dernière n’en compte plus que 13 avec des chimères géographiques comme la Nouvelle-Aquitaine qui englobe désormais le Poitou-Charentes et le Limousin. Cela signifie d’abord une perte d’influence pour Poitiers et Limoges dont la croissance se trouve menacée  en devenant des métropoles secondaires. La théorie du ruissellement restant à l’œuvre, cela signifie également un affaiblissement de l’ensemble. Bordeaux va capter l’essentiel de la croissance démographique au détriment de Limoges ou Brive. Tous les énarques sont d’accord : il est plus facile de gérer 13 métropoles que 22.

L’entassement de la population est en bonne voie. C’est profitable aux virus. Plus les humains sont nombreux et serrés, plus le virus circule. Si l’on excepte Toulouse, les villes les plus touchées sont les villes possédant un métro. Il y aurait une corrélation à chercher entre mortalité et transports en commun, le tramway me paraissant avoir les mêmes effets que le métro.

L’hygiénisme est né au XIXème siècle. Il s’agissait de limiter l’entassement pour protéger les hommes de la pandémie du temps : la tuberculose. Rien n’a changé sauf la manière d’administrer les hommes. Désormais, on les entasse de nouveau, avec de nouveaux arguments. Mais l’entassement est toujours aussi assassin. Avec un détail : on ne peut pas d’un coup, revenir en arrière, rouvrir les écoles, les postes, les hopitaux fermés afin de permettre aux citoyens de vivre dans un environnement plus protecteur.

La métropole idéale, on la connaît. Une ville moyenne (de 10 à 20 000 habitants) sans zone commerciale, sans grande distribution agressive, avec un ou deux marchés de producteurs locaux par semaine, un hopital et une maternité, et un arrière-pays organisé en villages où le citoyen peut trouver les services essentiels avec guichets uniques (mairie, CPAM, CAF, poste), une école à taille humaine. Un seul inconvénient =  l’omniprésence de la voiture individuelle tempérée par la proximité. On peut y pallier par le covoiturage et quelques pistes cyclables.

Oui, il faut vingt métropoles de cette taille pour équivaloir une métropole régionale de 400 000 habitants. Et beaucoup plus d’équipements, de fonctionnaires, d’investissements. Et alors ? Nous l’avions il y a cinquante ans. L’Europe veut faire vivre un géant comme la France à la manière d’un nain comme le Luxembourg. La seule réponse possible est NON. Et oui, c’est un changement d’habitudes, de vie quotidienne, c’est surtout un changement d’administration.


L’entassement est mortel. Il faut le desserrer. Nous devons apprendre a vivre avec les pandémies qui aiment le bouillon de culture qu’est la ville. Il faut casser l’écosystème du virus. Le capitalisme finira bien par comprendre qu’il a besoin de travailleurs pour prospérer

vendredi 22 mai 2020

PRODUIT/TROUVÉ

A ne juger l’économie que par les chiffres, on oublie les lettres. Heureusement qu’il y a des virus pour remettre les choses en place. Du coup, je me suis replongé dans un économiste oublié mais qui eut son heure de gloire dans les années 1970.

Il avait été surnommé « l’économiste renégat » ce qui aurait du suffire à sa gloire s’il n’avait finalement été étouffé par la doxa. Le livre d’Ernest Schumacher, Small is beautiful est dans le droit fil des préoccupations du temps, de Jean Dorst au Club de Rome. Ce petit rappel pour tous les imbéciles qui pensent que l’écologie a été créée par Nicolas Hulot ou Brice Lalonde.

Schumacher nous donne un outil épistémologique précieux et littéraire. Il explique que nous de devons pas confondre les biens produits avec les biens trouvés. Les premiers sont renouvelables, les seconds sont irrémédiablement gachés. L’homme exploite le pétrole mais ne le produit pas.

Cette distinction est fondamentale dans la mesure où la production est un facteur de la création de monnaie. Si ton économie produit moins, ta monnaie est moins forte.

De cette opposition fondamentale entre produit et trouvé, Schumacher extrapole une vision plus globale qui prend en compte les transports, plaidant pour le localisme et pour une économie à taille humaine d’où le titre du livre. Traduction française en 1969, la plupart des locavores n’étaient pas nés.

Renégat parce qu’économiste classique, collaborateur de Galbraith et de Keynes et spécialiste de la monnaie. Il écrivait dans une revue, Resurgence, qui fut la première à publier sur des thèmes collapsologiques. Nihil novem sub sole. D’où l’oubli dans lequel il est tombé ; d’où le travail de récupération qu’il a suscité. Travail essentiellement sémantique : l’opposition produit/trouvé était une bombe épistémologique qu’il convenait de désamorcer.On ne peut pas dire que Total s’enrichit sur des objets trouvés comme n’importe quel chiffonnier fouillant dans une benne.

L‘attitude vis a vis de la pensée des années 1960/1970 est devenue un marqueur fort. Par exemple, les déchets. Dorst avertissait que la production croissante de déchets était un danger. Il voyait une seule solution : produire moins de déchets. Insupportable pour le capitalisme qui sait bien que la croissance des déchets est un signe fort de la sacro-sainte croissance économique. Il importe donc de ne pas limiter les déchets mais d’en faire un outil pour plus de croissance. D’où le tri qui a pris la place symbolique de cette horreur écologique qu’est le papier recyclé. Il ne faut pas sortir d’une grande école pour comprendre que 10 poubelles de 10 kilos de déchets triés pèsent autant qu’une poubelle de 100 kilos.. Oui, mais quand on trie on recycle. Pas tout, mais admettons.

Le seul point noir, écolo mononeuronal, c’est que tu viens de basculer dans l’idéologie de ton ennemi. Ton tri est un outil de croissance qui l’aidera à te détruire parce que tu admets la possibilité d’une croissance infinie dans un monde fini. Il suffit désormais de parler de croissance verte pour cacher l’arme de destruction (la croissance) dans le fourreau de la doxa repeint en vert. Penser comme son ennemi, c’est se mettre entre ses mains.

On l‘avait bien vu avec le papier recyclé qui devait lutter contre la déforestation. Trente ans de papier recyclé et on n’a jamais autant déforesté. Tu parles d’un combat ! Tu te sens pas cocu toi qui envoie tes grisâtres messages dans des enveloppes grisâtres ?

Hé ! ho ! je sais bien moi que le papier c’est fait avec du bois. Ouais. Avec du bois de résineux subarctiques, pas avec du bois d’Amazonie C’est pas pareil. Le bois qu’on utilise, il subit le climat et le déroulé des saisons qui ne sont pas les mêmes en Finlande qu’au Brésil. Le résineux de Finlande va donc avoir des fibres de cellulose plus longues qui donnent un papier plus résistant et plus facile à imprimer que le papier brésilien. C’est de l’écologie en action, du sol, des saisons, du climat. En plus, les forêts sont des puits à carbone quand elles poussent. Quand elles arrivent à maturité, on les rase, on replante, c’est bon pour le climat.

Et nous voici à nouveau chez Schumacher. Il y a des bois qu’on trouve (au Brésil) et des bois qu’on produit (en Finlande), et c’est pas pareil. Ajoutons que quand t’as vu le jus produit par le blanchiment du papier recyclé, tu comprends vite où est l’intérêt écologique. Mais voilà. Ton ennemi a glissé sa pensée dans tes neurones. Tu es manipulé. Ça fait pas plaisir, je peux comprendre.

Et le virus dans tout ça ? Ça m’est venu hier, devant une émission où étaient indiqués les secteurs menacés de chômage. Les commentateurs avaient pas eu le temps de peaufiner les arguments, alors ils se lâchaient. « On voit bien, disait l’un, que les secteurs les plus menacés sont les plus inutiles ». Exact camarade ! 40% de chômeurs prévus dans le marketing, l’événementiel, la pub, c’est le poids des inutiles parfois malfaisants. Si ceux qui restent en profitaient pour réfléchir, ça serait mieux.

Faut pas rêver. Adopter la méthode Schumacher serait un bordel incommensurable. Rien que refaire les catégories INSEE ou les nomenclatures de la douane, y’en a pour des mois. On est dans la dentelle, cette dentelle que rejettent les mecs formés à l’administration ;formatés pour inventer des ensembles de plus en plus gros qu’ils imaginent plus faciles à  gérer Ainsi de l’Europe qui, année après année, enjoint à la Ftance de diminuer le nombre de ses communes. Qu’est ce que ça peut leur  foutre ?

Relisez Schumacher…


Small is beautiful…

mercredi 18 mars 2020

CONFINER LA DOXA

Ridicule pathétique ce matin. Les pyromanes de la langue sortent les extincteurs sémantiques pour éteindre un feu sur lequel ils soufflent depuis des années.

Le mot-mantra, ce matin, c’est « confinement ». Il faut rappeler qu’on est ici dans un glissement sémantique. « Confiner » en français classique, c’est toucher : la Savoie confine à l’Italie. Ce qui est conforme à l’étymologie : confiner, c’est avoir une frontière commune, cum-finis. Par glissement, le confinement est devenu synonyme d’isolement : le frontière reste commune, mais chacun reste de son côté.

Le choix est éclairant : on préfère confiner qu’isoler. C’est pareil mais isoler c’est renier la mondialisation. Isoler, c’est être seul. Isoler, c’est rejeter le discours de la doxa, des médias et des marchands. Confiner, c’est moins sévère, moins contraignant, on glisse de l’interdiction au prophylactique.

La doxa n’est pas univoque. Elle possède des couches. Ainsi de Pasteur, icône hygiéniste de la Troisième République dont les prescriptions les plus basiques restent fichées dans les inconscients collectifs comme des échardes. Qu’est ce qu’il m’a emmerdé Pasteur avec ses recommandations d’aérer, de changer l’air chargé de miasmes. Tous les matins, à la maison, les fenêtres étaient ouvertes, en grand, même en plein hiver et je me gelais pour être protégé du bacille de Koch. C’était le classico du temps : Pasteur contre Koch, le Gaulois contre le Teuton, l’ouverture des fenêtres frigorigènes répétait quasi la victoire de Verdun. Par voie de conséquence, une journée de soleil martial incite à la sortie hygiéniste dans un lieu chlorophyllé. Le soleil tue les microbes, chacun sait cela depuis l’antirabique Franc-Comtois. Et hier, les citadins se sont rués sur les parcs étriqués pour mélanger allégrement leurs coronavirus, en étant persuadés qu’ils se protégeaient. Ben oui, personne ne différencie le virus du bacille, c’est rien que des microbes et nous, les microbes, depuis Pasteur, on connaît.

Je ne plaisante pas. Voilà dix ans que les marchands et leur séides communiquants répètent qu’il faut être mobile. C’est pratiquement rentré dans la doxa. Et soudain, la mobilité menace nos vies. Merde ! Qui croire ?

Mal nommer, c’est ajouter aux malheurs du monde et voilà qu’augmentent les malheurs du monde.

Et donc, rappelons quelques vérités : les virus ont permis aux dinosaures d’évoluer. Mais non !! disent ceux qui savent, les dinosaures ont disparu. Couillons !! la vie ne disparaît pas, elle évolue. Ce qui disparaît, c’est une forme… Il a fallu du temps pour qu’une musaraigne du Secondaire devienne Homo sapiens. Ben oui ; notre ancêtre est une musaraigne, pas un quelconque Néandertalien. Tout ceci est parfaitement expliqué par Robert Bakker dans un livre que j’ai eu l’honneur d’éditer. Livre qui m’avait fait un clin d’œil dans une librairie de Washington à cause de son titre : Dinosaur hérésies. A trente ans, grâce au Galilée de Brecht, je savais que la vérité scientifique se glisse aisément dans les replis de l’hérésie. Je me suis fait abondamment flinguer par la presse conforme et conformiste et j’ai perdu quelqu’argent. Aujourd’hui Bakker est abondamment cité et conformiste. J’étais le premier à y croire. J’ai sauvé ma dignité intellectuelle ce qui n’a pas de prix.

« Mais enfin ! Tu vas pas éditer un facteur !! » Je l’ai entendu également. Le manuscrit était sur mon bureau, je l’avais lu trois ou quatre fois. Il était bon, solide, étayé. Rien ne signifiait la petite voiture jaune. J’avais douté mais Michel Lemire avait levé mes doutes. Le cigarillo au coin des lèvres, celui que je tenais pour le meilleur naturaliste d’un Muséum qui en comptait quelques wagons, m’avait dit « Excellent ! Fonce ». Aujourd’hui,  le facteur a évolué et dirige la biodiversité dans le même Museum où Lemire décortiquait l’excrétion du sodium chez les reptiles sahariens. J’étais le premier à y croire.

L’édition, c’était ça. Repérer partout ceux qui pensaient mieux. Les béliers du savoir qui conduisent les moutons de Panurge sur les chemins de la transhumance intellectuelle. Je n’ai fréquenté que de grands penseurs et je me suis régalé : Michel Le Berre, Bernard Canguilhem et Jean Boissin, Michel Breuil, Claude Grenot, Michel Delsol, Emmanuel Boutan et tant d’autres. Un beau paquet d’hérétiques. Même Delsol, royaliste convaincu et biologiste exceptionnel. Hérétique, Delsol Professeur à l’Université catholique ?. Mais oui…. De ses travaux, il avait gardé la conviction que la définition linnéenne de l’espèce devait être revue. Un naturaliste qui doute de Linné, c’est comme un cardinal qui doute de la Trinité.

C’était le temps où le doute était le flambeau qui éclairait les avenues de la pensée. J’ai bien vu les certitudes, abjecte marée, monter et prendre le pouvoir avec les boutiquiers. La certitude rapporte quand le doute appauvrit et l’argent est désormais le gonfanon des chevaliers de l’intellect. Piteux chevaliers, plus proches du Quichotte que de Bayard.

J’ai appris la presse avec Lazareff et Beuve-Méry, avec Bodard et Lacouture, Sabbagh et Desgraupes, peut on me demander d’avoir de la considération pour « les pantins qui font l’opinion » aujourd’hui ? J’ai vu Séguéla remplacer Bleustein-Blanchet qui a construit un empire quand l’autre voulait changer de Rolex. Et Macron s’asseoir dans le fauteuil de De Gaulle.

Alors, avant de mourir, j’essaye de transmettre. D’expliquer pourquoi Raoult est un vrai penseur. De décortiquer. Macron se targue de suivre les « avis des scientifiques ». Mais qui sont ils ? Je peux discriminer ; j’ai fait ça toute ma vie. J’ai appris à juger les textes sur leurs biblios. Et les professions sur leurs marges. C’est ainsi que j’ai développé un profond mépris pour les assureurs, ces petites gens qui accumulent de petits profits sur de petites primes en remboursant de petits sinistres. J’ai travaillé avec l’aristocratie de l’assurance : les réassureurs. Leurs dossiers étaient énormes …et neufs. Sans historique. Il leur fallait apprécier des risques dont ils ignoraient tout. Je peux dire que ça rigolait pas.

A leur manière, les réassureurs sont des créateurs, des inventeurs. Des travailleurs, pas des palucheurs de statistiques. Je ne comprends pas les simplificateurs qui regardent la bio et les travaux d‘un spécialiste des maladies émergentes avec les mêmes yeux que la bio et les travaux d’un chef de service comme il y en a dans tous les CHU de France. J’ai signalé la position de Raoult voici trois semaines. Depuis, il a expérimenté. Hier, il a publié les premiers résultats : 90 % de baisse de charge virale sur le groupe témoin. Ça mérite au moins une discussion. Petit groupe ont décidé les médiocrates. C’est exact. Mais ne pas élargir l’expérimentation est criminel… Il faut y aller à l’arrache, en Alsace par exemple où a frappé la malédiction divine. Il y a au moins une bonne raison écologique : le paludisme combattu par la chloroquine vit bien dans les zones subtropicales où se plait le coronavirus. Hé, Jadot l’écolo, t’en penses quoi ?

Nos penseurs pas libres sont unanimement silencieux. C’est bon signe. A mes yeux. Quand ils commenceront à dézinguer Raoult, ce sera mieux encore. Leurs arguments les dévoileront comme Suzanne avec les vieillards.

On  a pas fini d’en reparler….

PS : plus de chloroquine à Bayonne !! selon le pharmacien, l’hôpital a tout préempté. J’aimerai que ça soit vrai


samedi 22 février 2020

LA MORT DE RENÉ DUMONT

A l’heure où l’écologie tient le haut du pavé, il est peut être temps de parler de René Dumont qui créa, en son temps, l’écologie politique. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : si tu te prétends écologiste sans avoir lu (et intégré) la pensée de Jean Dorst ou René Dumont, t’es juste un gros con. Ça, c’est dit.

Dans L’Afrique noire est mal partie, son livre phare, Dumont explique avec son sérieux d’agronome que l’Afrique crève de l’abandon de son agriculture vivrière au profit d’une agriculture d’exportation. Impossibilité de nourrir sa population, obligation d’importer, destruction des sols, destruction des sociétés traditionnelles et donc du lien social, destruction culturelle autant que culturale, tout est en place pour une paupérisation durable et catastrophique. Livre publié en 1962 dans la collection Terre Humaine.

Bon, ben voilà. C’est la situation de la France. Je me souviens des commentaires sur le livre de Dumont. Les Africains étaient des cons ; c’était le refrain à peu près général. Au même moment, la FNSEA lançait réellement l’agriculture productiviste, on remembrait la campagne en détruisant les haies au grand dam de mon copain François Terrasson qui exposait au Muséum la catastrophe écologique qui se mettait en place.  La mère de Nicolas Hulot changeait ses couches. Pour le dire simplement, le pays prenait la direction de l’Afrique. Suivre les cons peut être reposant. Personne ne peut dire qu’on ne savait pas. Le constat était là. Nos scientifiques étaient au boulot. C’était évitable, à  condition de consulter les scientifiques plutôt que les banquiers

Dumont était le conseiller de Nyerere, président de la Tanzanie, qui était l’épouvantail des néo-colonialistes. Le discours est devenu un credo ; Nyerere ne respectait pas les droits de l’homme au motif qu’il voulait nourrir son peuple. Nyerere se moquait des droits préservés au bénéfice de gens qui vont mourir de faim, vu qu’un mort se fout absolument des droits de l’homme car il ne peut les exercer.

Et donc, malgré l’avertissement de Dumont, la France mit en place une agriculture productiviste et, soixante ans après, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les résultats sont les mêmes. A cet égard, Macron a raison : il hérite d’une situation. Ce qu’il oublie de dire, c’est qu’il adhère complètement à l’idéologie qui a créé cette situation et qu’il est totalement incapable de la révolution de pensée nécessaire. Il a été reçu à Sciences Po et collé à l’ENS.

Si tu oublies qu’un sol doit d’abord nourrir ceux qui y vivent, tu seras banquier, mon fils.

Si tu oublies qu’on sol produit autant d’humain que de nourriture, tu seras banquier, mon fils.

Si tu oublies que le vivant n’est pas un bien comme les autres, tu seras banquier, mon fils.

Si tu peux truquer les statistiques pour rendre équivalents des biens différents, tu seras banquier, mon fils.

Si tu crois que tes mots sont supérieurs à tes actes, tu seras banquier, mon fils

Si tu crois qu’un humain ne verra pas ton manque d’humanité, tu seras banquier, mon fils

On en reparlera……

Relisez René Dumont….et François Terrasson


jeudi 9 janvier 2020

EFFONDREMENT NATIONAL

Je reviens sur mon billet du 25 octobre. Car c’est en fait beaucoup plus pervers que l’imaginais. Et ça en dit plus sur la presse.

Vous vous souvenez du lancement de Blabla Car ? On était dans le délire le plus total. Un site internet pour trouver du covoiturage. Génial, hurlaient les cons ! Covoiturage = écologie. Covoiturage = activité participative. Un mec qui va à X… trouve un autre mec pour partager les frais. Moins cher, moins polluant, Blabla Car était quasi un bienfaiteur de l’Humanité. Blabla Car surfait sur la doxa et ça ne me plaisait pas.

En fait Blabla Car était le dernier avatar du Fabless de Tchuruk : une perfection capitaliste. Investissements nuls : les autos sont achetées par leurs propriétaires. Main d’œuvre nulle : les autos sont conduites par leurs propriétaires. Il reste seulement des flux financiers correspondant à un service rendu. Service qui n’est pas imposé. Où est la TVA ? Et qui la paye ? Tu râles me dit le connard de service, mais Amazon non plus ne paye pas d’impôt. Ni Uber, ni Deliveroo, aucune de ces merdes plagiées sur les USA et qui font que notre vie est magnifique. Règle n° 1 : si c’est d’inspiration américaine, danger pour la civilisation. Tout connard admire l’Amérique et râle après la CPAM sans voir que les deux sont incompatibles.

Hier, j’étais à Bercy gare routière. Pleine des bus de deux compagnies : les Boches de Flix Bus et les merdeux de Blabla Bus. Ben oui, Blabla Car a une compagnie de bus, bien polluants, bien tarifés et gérés façon Yield. On est loin de l‘écologie et du participatif.

Du coup, je regarde. Blabla Bus est simplement le nom nouveau de Oui Bus, filiale de la SNCF rachetée par Blabla Car. Cher ? Je ne sais pas encore, aucun article trouvé ne parle d’argent.

La SNCF a toujours été impliquée dans les bus. Au fur et à mesure qu’il fallait assurer des dessertes d’intérêt public et qu’on l’empêchait de le faire en train, la compagnie nationale a utilisé des bus. La loi Macron a accéléré le mouvement.

Reprenons. Blabla Car qui fait rien que mettre en rapport des gens a suffisamment d’argent dans ses caisses pour racheter 200 bus, même pas cher. La mise en rapport a un prix.

La SNCF a dépensé beaucoup d’argent pour assurer sa mission de service public, au point de devoir vendre une de ses filiales. Filiale présidée par Rachel Picard, grande prêtresse du low cost.

Je regarde et ce que je vois, c’est un immense coup de fric. Sous quelle forme ? Comme d’hab.  Le public investit, paye, au besoin en s’endettant, le privé rafle la mise. Les conditions de la vente restent obscures, même le plan de sauvegarde de l’emploi qui a accompagné la vente. La SNCF a été tirée vers le bas depuis des années pour augmenter ses pertes, diminuer ses profits afin de la dégraisser : hommes, retraites car dégraissage veut dire : virer l’humain. C’est une immense conspiration contre les acquits sociaux du Conseil national de la résistance, un fantastique complot pour déposséder la nation dont tous se foutent éperdument. Les retraites sont le dernier fortin avant de s’attaquer à la Sécurité Sociale. Et là, ça peut être une autre histoire.

Le CNR, c’était l’unité nationale qu’ils ont détruite. Je voudrais pouvoir expliquer à tous mes amis que ce qui se joue, c’est la tête qu’ils feront quand ils apprendront que leur dernière maladie ne pourra pas être soignée parce qu’ils ont voulu détruire les retraites des cheminots. Quel rapport ? L’unité nationale, justement. Les acquits des uns qui impactent les droits des autres. Diviser pour régner….. Ils le font très bien dans le silence total de la presse aux ordres.

La pédagogie macronienne est bloquée. Personne n’explique que les retraites des cheminots sont dans le même sac que la chimiothérapie des cancéreux de base. Personne n’explique que chaque citoyen est lié aux autres, que toucher une pierre de l’édifice menace la construction entière.

Normal, c’est le but du jeu : que l’édifice s’effondre


mardi 1 octobre 2019

CHAMEAUX, PALOMBES, DINOSAURES ET GRETA

Tous les gens un peu cultivés connaissent feu Stephen Jay Gould. Délicieux penseur, grand maître de l’évolution darwinienne, écrivain prodigue qui savait mettre à la portée de tous des idées complexes. Personne ne connaît son copain Nils Elredge.

Gould et Elredge sont les créateurs d’un des concepts les plus intelligents de l’épistémologie contemporaine : l’évolutionnisme ponctué. Kesaco ?

Depuis deux siècles, les paléontologues se battaient comme des chiffonniers sur la manière dont l’évolution fonctionnait. Y’avait deux écoles : les évolutionnistes et les saltationnistes. Ils pouvaient pas se piffer tant leurs idées étaient différentes.

Les évolutionnistes affirmaient que l’évolution allait lentement. Que siècle après siècle, les espèces accumulaient les changements mineurs qui, avec le temps, devenaient changements majeurs. Ils s’appuyaient sur des séries comme celle des nautiles fossiles et quand tu les regardes, les nautiles, tu leur donnes raison.

Les saltationnistes, eux, croyaient dur comme fer que l’évolution procédait par saut. Que les changements arrivaient d’un coup et, plouf ! une nouvelle espèce apparaissait. Leurs exemples venaient plutôt du monde des vertébrés et, quand tu regardais, tu leur donnais raison.

L’évolutionnisme ponctué donne raison à tout le monde. Raison ou tort, selon que t’es optimiste ou pessimiste. Pour Gould et Elredge, l’évolution fonctionne généralement lentement mais il est des époques où ça va très vite. L’évolutionnisme est ponctué de saltationnisme. Quelques millénaires où il ne se passe quasiment rien et, soudain, irruption dans le monde d’une tétrachiée de nouvelles espèces. Bien entendu, ça ne doit rien au hasard. Ces périodes de saltationnisme, ces ponctuations dans l’évolution viennent de changements brutaux (enfin, brutaux, c’est à l’échelle géologique, on cause en siècles quand même) dans l’environnement. Si ton environnement change, t’as intérêt à t’adapter fissa sinon tu disparais.

Là où c’est génial, c’est que ça remet l’environnement au centre de la problématique. Jusqu’à Gould et Elredge, on l’ignorait, on analysait l’évolution comme un en-soi détaché des contingences. Bien sûr, on savait que les continents dérivaient, que dans une région donnée le climat changeait, mais tout ça va pas très vite. Ça faisait les affaires des évolutionnistes.

Sauf que c’est pas vrai. Ça dérive lentement mais il y a un moment où ça touche. Et là, les faunes se mélangent. Les animaux (mais aussi les plantes) passent d’un continent à l ‘autre. Les proies ont de nouveaux prédateurs, les virus et les maladies s’échangent. Y’en a qui renforcent leur immunité, d’autres pas. L’environnement explose. En quelques siècles (c’est pas beaucoup), tout change. Faut s’adapter ou disparaître. Pendant quelques siècles, l’évolutionnisme plan-plan est remplacé par le saltationnisme. C’est l’évolutionnisme ponctué.

C’est génial parce que ça met tout le monde d’accord. On arrête de dépenser son énergie à des querelles sans intérêt. On se concentre sur l’essentiel.

C’est génial parce que ça remet la géographie au premier plan. Ce sont les changements de terrain qui font bouger la vie. Elle bouge pas toute seule dans un environnement indifférent. C’est comme les anciens ports de Crète que les archéologues retrouvent à 50 m d’altitude. Un bon tremblement de terre avec un léger basculement et ton bistro sur le port devient refuge pour randonneurs. Des fois, c’est moins brutal. Tu prends ton eau dans un fleuve qui alluvionne et dont le cours s’éloigne lentement. Année après année, tu vas corriger, allonger tes canaux, modifier tes écluses, mais la pente est de moins en moins favorable. Un jour, t’auras plus accès à l’eau. Gentelle a étudié le phénomène dans Traces d’Eau.

C’est juste la vieille idée du point de rupture. De la dernière paille qui casse le dos du chameau. De la crise. Kruzein, en grec, c’est un moment, le moment culminant d’une maladie. T’en meurs ou t’en sors guéri. Et la critique, normalement, c’est ce qui provoque la crise. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait accélération d’un mouvement. Mais il y a un moment où ça pète, où le fil casse. Même en dérivant très très lentement, il y a nécessairement un moment où les continents se touchent. Sauf que moment, c’est pas le bon mot. A l’échelle géologique, un moment ça peut durer des siècles. Et un moment historique comme la Révolution française, ça dure dix ans. Faut faire gaffe aux mots.

L’essentiel, c’est cette idée que les changements du terrain font bouger la vie. Cette idée, elle est diaboliquement absente de nos débats parce que les changements ne sont que peu perceptibles. Les changements climatiques, par exemple. Ça va pas vite à l’échelle humaine. Tu prends un ou deux centimètres de montée des océans par décennie. T’avales un degré moyen tous les demi-siècles. Pour les néo-évolutionnistes, c’est peanuts. Ils croient dur comme fer que ça va lentement et, corrélativement, que ce sera réversible. Par voie de conséquence, ils ne peuvent pas prendre en compte le discours des catastrophistes. Les catastrophistes, les mecs du GIEC par exemple, sont généralement des scientifiques. Ils sont habitués à d’autres échelles temporelles que le grand public ou les politiques. Prends les climatologues. Ils s’appuient sur les travaux de Lorius qui te parle du climat il y a 300 000 ans. Comment tu veux qu’un politique dont l’horizon est limité à l’élection de 2022 comprenne ? Mais les scientifiques, ils savent qu’une paille suffit à briser le dos du chameau. La dernière. Minuscule. Celle qui te fait passer de la lente évolution à la brutale rupture.

Face aux changements du terrain, les clivages deviennent flous.  Les tenants du Progrès (droite et gauche confondues) sont fermement convaincus que la technologie réglera les problèmes. Quand y’aura plus de pétrole, on aura des autos électriques. Les anxieux sont totalement persuadés qu’on n’y arrivera pas. Pourra t-on construire des autos sans du tout de pétrole, c’est à dire sans plastiques ? On a des exemples : pour produire des biocarburants, il faut beaucoup de pétrole ce qui rend l’opération moins rentable qu’on ne l’affirme. On peut se jeter des arguments à la tête pendant des années.

Et puis, les dinosaures n’ont pas disparu. Y’a que les baltringues pour y croire… Les dinosaures ont évolué…. En oiseaux par exemple.. Ben oui, les palombes de Darroze sont des dinosaures qui ont évolué. En général, les extinctions de masse sont suivies de créations de masse… Avec des chameaux qui résistent à la dernière paille.


Faut le dire à Greta

dimanche 10 mars 2019

XAVIER DENAMUR

J’aime bien Xavier Denamur. Je le connais peu, ayant seulement diné une fois avec lui. Je l’aime bien parce qu’il mène le seul combat qui vaille, celui du savoir. Je lui trouve un côté Don Quichotte qui m’évoque De Gaulle. Non, je déconne pas.

Regardons. Depuis son film sur la République de la Malbouffe, il a été mis dans la case « Restaurateur donneur de leçons » alors que l’essentiel de ses exigences porte simplement sur l’information du consommateur. Première utopie : il est persuadé que l’homme qui sait est mieux armé que l’ignorant., en quoi il a raison, mais il porte la guerre au cœur de l’exploitation capitaliste qui fait de la destruction du savoir l’arme absolue de la production d’argent.

Utopie : personne ne pense que le savoir est essentiel dans l’activité la plus naturelle, la plus triviale qui soit : manger. Le discours dominant, mythologique a transformé une activité culturelle en activité naturelle. On va cueillir les légumes à l’hypermarché au lieu du jardin. Ce qui permet de nier les saisons, la terre,  les pratiques culturales (et culturelles), d‘oublier le transport, son coût et son impact. Une tomate est une tomate, point barre.

Le marché de la bouffe est immense : tout le monde est concerné. Il est scindé : les consommateurs n’ont plus rien à voir avec les producteurs. Ce qui signifie que le savoir des producteurs est minoritaire et concentré sur des zones désertifiées où le marché ne s’exprime pas.. Un mur a été dressé entre producteur et acheteur.

Denamur  veut abattre ce mur comme Don Quichotte les moulins. C’est pas gagné. Le mur protège le pouvoir d’achat du consommateur même s’il détruit sa santé et sa société.. Entre la fin du mois si proche, et l’espérance de vie, si lointaine, le choix est vite fait. Chaque fois que j’ai abordé le sujet, la réaction est venue : « Tu nous emmerdes ». Gentille réaction de copains gentils. J’imagine les autres.

L’essentiel du combat de Denamur est la traçabilité. Il a raison, c’est la première cause de désinformation. Tiens, les légumes. Les melons de janvier, origine France parce que produits à la Guadeloupe. Les piments de Padron, variété atlantique, produits au bord de la Mediterranée, et tant d’autres….La difficulté est que c’est un savoir infini et changeant. Aujourd’hui, l’Espagne ne produit pas d’endives, légume septentrional… Aujourdhui…

Les légumes en conserve ont l’obligation d’indiquer le lieu d’emballage, pas de production, ce qui permet aux conserves de tomates du Vaucluse de ne pas avoir à préciser que les tomates sont cultivées dans le Xinjiang chinois, et, la semaine dernière, Leclerc a retiré de la vente des haricots verts qui contenaient de la datura, plante toxique à distribution essentiellement tropicale. Il importe de changer la loi.

Pour l’heure, Denamur se bat pour la traçabilité dans les cantines scolaires. Là encore, c’est pas gagné. Voilà des années que les mairies ont passé la bébé aux industriels en s’abritant derrière le bouclier des impôts locaux. Et les industriels sont maitres en traçabilité intraçable. La loi est faite pour eux.

Il y a quelques jours, j’ai pensé à Xavier. Sur mon boulevard, quatre bistros sur cinq offraient du coq au vin. Improbable probabilité. Il m’a fallu une heure pour découvrir que Métro faisait la promotion de ce grand classique. Les mecs, ils croyaient faire saliver alors que le vrai message sur leurs ardoises était « Je me sers chez Métro ». Voilà désormais le monde de la nourriture. Ce monde où un industriel peut nommer un produit « Terrine maison » permettant à son client de l’afficher ainsi sur sa carte. La loi est respectée : est elle respectable ?

De mes souvenirs de producteur de guides, je garde la mémoire d’innombrables tentatives de tromperies. Quand on partait en mission, la première obligation était la lecture du courrier des lecteurs afin de vérifier s’il n’y avait pas de pépites cachées, le cuisinier génial bossant dans un improbable hameau. En généal., on gardait moins de 10% d’infos. Aujourd’hui, ils ont Tripadvisor que personne ne vérifie. Et Facebook où le mensonge fleurit comme datura au Kenya.

Ils ont réussi à faire de la désinformation un marché. C’est pourquoi j’aime Denamur. Il choisit les combats les plus difficiles et il prend les coups les plus tordus, les attaques les plus viles. On lui reproche sa réussite alors même que sa réussite est la preuve de la justesse de ses analyses..

On en reparlera…