On l’a un peu oublié, lui…JJSS, une sorte d’Alain Minc, ami de Giscard comme de Mitterrand. Polytechnicien, journaliste, bref un homme d’influence, considéré par certains comme un visionnaire.
Tu parles ! JJSS était un simple americanophile fanatique. Normal. Un polytechnicien ne peut qu’adorer un pays dont le chiffre est la religion. Voilà, un discours lisible. Lui, JJSS détestait De Gaulle, cet homme de l’ancien temps qui parlait de la France. Quand De Gaulle fabriquait le Concorde et hissait l’aéronautique française au sommet, lui, le journaliste qui préférait les chiffres aux mots parlait de « Vietnam industriel ». C’est que ses petits copains américains n’arrivaient pas à suivre, pas financièrement mais industriellement. Avec nos moyens merdiques (comparativement) on fabriquait l’avion qu’ils étaient incapables de faire. Ne fut ce que parce qu'ils n'étaient pas sûrs que c'était rentable.
JJSS détestait De Gaulle qui reconnaissait la Chine, se barrait de l’OTAN et savait que les USA n’avaient pas leur place en Europe, sauf à détruire la civilisation européenne. Ce qu’ils firent dès qu’ils le purent, pas avec des chasseurs supersoniques mais avec des hamburgers et de l’art frelaté.
JJSS a convaincu les Français avec un livre qui fut un succès planétaire, Le Défi Américain. La thèse était simple : les USA étaient supérieurs à l’Europe, dans tous les domaines, et allaient la dominer. Il fallait réagir pour ne pas devenir une colonie américaine. Argumentation essentiellement chiffrée, budgets de recherche, efficacité commerciale, tous ces arguments que ma concierge peut comprendre.Argumentation biaisée car le désir secret de l'individu était que l'Europe devienne une colonie américaine. JJSS nous disait : "Soyons comme eux pour ne pas être sous eux". Ce qui est exactement la même chose.
A la même époque, Marcuse mettait en garde contre l’homme unidimensionnel, l’homme réduit à sa fonction commerciale et Dorst lançait son plaidoyer écolo (le premier) Avant que Nature meure. Idées contre chiffres, les idées devaient perdre.
Naturellement, le livre était bourré d'idioties faciles à comprendre. Ainsi des budgets de recherche dont le montant importe moins que l’utilisation. Beaucoup d'argent fait beaucoup de recherche, mais pas nécessairement beaucoup de découvertes. Idem pour les budgets militaires, le VietNam ne tarda pas à en faire la démonstration. JJSS saluait dans son journal l’apparition de la distribution « moderne » et n’eut de cesse que ses copains yankees interdisent le survol de leur territoire par le Concorde.
Les voyantes n’écrivent pas de livres, elles ne sont pas folles. Les polytechniciens qui se prennent pour des voyantes n’ont pas de ces pudeurs. Quarante ans après la sortie du livre, les USA sont endettés comme jamais, ils nous ont effectivement colonisés commercialement, l’avenir écologique est plus sombre que vert, mais JJS se préoccupait plus de productivité que d'écologie. En gros, la supériorité prévue a du plomb dans l’aile. Les USA nous ont envoyé le pire de leur monde et sont désormais à la remorque du reste du monde.
Dans l’intervalle, nous avons détruit beaucoup de choses. Notre système commercial, par exemple. Va te balader dans certains états américains. Tu vas faire 200 ou 300 bornes sans rencontrer un village. La première petite ville, elle a une zone de chalandise énorme. Et donc l’épicier, il agrandit son bouclard, il ajoute produits sur produits pour satisfaire sa clientèle qui vient le voir en bagnole et fait ses courses pour le mois. Il invente le supermarché. En fait, c’est pas lui qui l’invente, c’est la géographie. En France, tu allais faire tes courses à pied et si ton épicemard, il a pas ton café préféré, tu vas chez son concurrent dans la rue d’à côté et le tour est joué. Quand les distances sont faibles et le réseau commercial dense, le supermarché te sert à rien. Sauf à nier la géographie, cette emmerdeuse que les technocrates détestent.
Des territoires différents supposent des réponses différentes. Il ne s’agit pas de taille de territoire, mais d’organisation. On peut avoir un territoire vaste mais très maillé, comme en Asie, par exemple. Je ne suis pas certain que l’organisation américaine convienne aux territoires asiatiques, surtout lorsque le gouvernement porte son attention sur un développement harmonieux. Je n’ai, bien entendu, aucune réponse. Je me contente d’observer : Carrefour aura t’il en Chine le succès qu’il a eu en France ? Rien n’est moins sûr. Sauf s’il s’adapte.
Il faut parfois regarder en arrière. Quand j’écoute Minc, je pense à JJSS. Même formation, même type de raisonnement, même négation des réalités humaines, mais surtout même rejet de la Nation, même volonté de vivre dans un monde uniforme. L’Homme a t’il tellement besoin d’uniformité ? Il sait, au fond de lui, que l’uniformité est fille de l’uniforme.
On en reparlera…..
On y parle peu de géographie. Rarement de politique. Encore que... On parle juste de la vie des hommes. C'est pareil.
mardi 21 janvier 2014
jeudi 16 janvier 2014
LES JOURNALISTES ET LES TIBETAINS
Pour les petits nouveaux, ceci est l’opus 3 d’une série commencée avec les Roms (http://rchabaud.blogspot.fr/2010/09/les-roms-font-chier.html) et les Touaregs(http://rchabaud.blogspot.fr/2012/04/les-touaregs-font-chier.html) et consacrée aux nomades.
Là, comme l’indique le titre, on est au Tibet. Terre de nomadisme. Ouais. Pas tout à fait. C’est de la transhumance, c’est pas pareil. Le nomadisme, t’es tout le temps hors de chez toi. La transhumance, tu files dans les paturages au printemps, t’en reviens à l’automne pour passer l’hiver chez toi, au chaud. Normal. Vu la couche de neige en hiver au Tibet, tes animaux vont pas faire du gras.. Donc, les Tibétains, ils nomadisent pas, ils transhument. Tous ? Ben non. Le moine, ça transhume pas. L’épicier non plus. C’est l’éleveur qui transhume. Ça fait combien ? un peu plus de 50 000 personnes
Et donc, quelques copains m’envoient un rapport de l’ONG Human Rights Watch sur le Tibet et la « destruction des nomades ». Dès le titre, t’as la main qui cherche le mouchoir.
Quand tu fais une analyse de discours, la première question est celle du lieu de parole.Là, c’est clair, c’est les USA. La version anticommuniste des USA. D’abord HRW est l’héritière d’une autre ONG créée pour surveiller l’application des Droits Humains en URSS. Pas en Arabie Saoudite ou aux Philippines, non, en URSS. L’indignation ne vaut que sélective.
Après quoi, le but de HRW, c’est l’application de la Déclaration des Droits de l’Homme. Laquelle ? Ben celle de Madame Roosevelt et Monsieur Cassin, pas la vraie, celle de la Constituante. Prémisse : le monde entier doit obéir à un texte occidental, considéré comme un socle juridique universel. On en a parlé ici.
On sait donc qui parle et d’où. L’étude a été menée sur 114 personnes sur une durée de sept ans hors du territoire de la RPC. Peu d’entretiens, tous anonymes (les noms ont été changés), menés sur une longue période et auprès d’une population homogène : les Tibétains ayant choisi l’exil, c’est à dire opposants politiques. Avant d’avoir commencé, on sait que les résultats seront biaisés.
Après, faut voir les arguments. On démarre par le standard, la DDH : tout le monde a droit à la propriété, y compris collective et personne ne peut en être privé sans dédommagement. C’est le cas en Chine : la propriété est collective. Pour les Tibétains, ça ne change pas grand chose. Comme dans toute région de pastoralisme nomade, les pâturages ont toujours été collectifs. Forcément. Si un mec se les approprie, c’est la ruine pour tous. Il y a donc, traditionnellement, une utilisation collective d’une terre qui appartient à tous (ou à personne, ce qui revient au même). Et d’ailleurs, il n’y a nulle privation de terre, les pasteurs ont toujours droit à leurs pâturages.
Que s’est il passé qui justifie un rapport de plus de 100 pages et la colère de Philippe Grangereau dans Libération ? Faut dire que Grangereau, il est souvent en colère contre la Chine. Toujours même. Son dernier truc, c’est d’affirmer que la loi qui supprime les laogai (camps de travail), c’est du pipeau. Grangereau, il a la pensée simple. Si c’est négatif, c’est vrai, si c’est positif, c’est faux. Et c’est ainsi que Libé est un grand journal….
Que s’est-il donc passé ? Ben, le gouvernement chinois a décidé d’améliorer l’habitat au Tibet. Pour ce faire, il a construit des habitations pour les transhumants, pour qu’ils soient mieux installés pendant l’hiver, cet hiver qu'ils passent à la maison. Pour ce faire, il a aussi détruit un certain nombre de vieilles maisons. Trop petites, les maisons. Vu que la baisse de la mortalité infantile a augmenté la taille des familles. Vu que le réchauffement climatique menace les pâturages. Capisco ? Plus de monde, plus de bétail, moins de pâturages. Faut faire quelque chose. Réduire les transhumants et changer les modes de culture.
Et voilà comment fonctionne la désinformation. On passe des transhumants aux nomades…On remplace les 50 000 éleveurs par trois millions de paysans…on prétend qu’a été privatisée une terre qui était déjà collective. On ajoute quelques photos Google qui montrent des bâtiments qui ne feront pas la joie des touristes. Après quoi on glisse vers le génocide « culturel » ce qui ne veut rien dire mais permet de faire penser à la shoah.
Les témoignages, en fait, on en cite une trentaine (j’ai compté). Pas la peine d’interviewer cent mecs pour n’en retenir que trente. Dont certains admettent qu’ils ont profité de la situation pour glisser dans l’opposition politique. Glissements sémantiques, encore et toujours. Manipulation des faits que l’on habille des oripeaux du journalisme.
Hé ! Grangereau, respire avant d’écrire des conneries. Apprends la géographie, ça sert. Sors de Saint-Germain des Prés….Je vais t’emmener dans mes montagnes voir des transhumants. Tu verras, ils sont sédentarisés, ils ont leur maison (depuis trois ou quatre siècles, le plus souvent) et leur place au cimetière. Tu dois rien connaître aux moutons, sauf ceux qui te lisent.
On en reparlera….
Là, comme l’indique le titre, on est au Tibet. Terre de nomadisme. Ouais. Pas tout à fait. C’est de la transhumance, c’est pas pareil. Le nomadisme, t’es tout le temps hors de chez toi. La transhumance, tu files dans les paturages au printemps, t’en reviens à l’automne pour passer l’hiver chez toi, au chaud. Normal. Vu la couche de neige en hiver au Tibet, tes animaux vont pas faire du gras.. Donc, les Tibétains, ils nomadisent pas, ils transhument. Tous ? Ben non. Le moine, ça transhume pas. L’épicier non plus. C’est l’éleveur qui transhume. Ça fait combien ? un peu plus de 50 000 personnes
Et donc, quelques copains m’envoient un rapport de l’ONG Human Rights Watch sur le Tibet et la « destruction des nomades ». Dès le titre, t’as la main qui cherche le mouchoir.
Quand tu fais une analyse de discours, la première question est celle du lieu de parole.Là, c’est clair, c’est les USA. La version anticommuniste des USA. D’abord HRW est l’héritière d’une autre ONG créée pour surveiller l’application des Droits Humains en URSS. Pas en Arabie Saoudite ou aux Philippines, non, en URSS. L’indignation ne vaut que sélective.
Après quoi, le but de HRW, c’est l’application de la Déclaration des Droits de l’Homme. Laquelle ? Ben celle de Madame Roosevelt et Monsieur Cassin, pas la vraie, celle de la Constituante. Prémisse : le monde entier doit obéir à un texte occidental, considéré comme un socle juridique universel. On en a parlé ici.
On sait donc qui parle et d’où. L’étude a été menée sur 114 personnes sur une durée de sept ans hors du territoire de la RPC. Peu d’entretiens, tous anonymes (les noms ont été changés), menés sur une longue période et auprès d’une population homogène : les Tibétains ayant choisi l’exil, c’est à dire opposants politiques. Avant d’avoir commencé, on sait que les résultats seront biaisés.
Après, faut voir les arguments. On démarre par le standard, la DDH : tout le monde a droit à la propriété, y compris collective et personne ne peut en être privé sans dédommagement. C’est le cas en Chine : la propriété est collective. Pour les Tibétains, ça ne change pas grand chose. Comme dans toute région de pastoralisme nomade, les pâturages ont toujours été collectifs. Forcément. Si un mec se les approprie, c’est la ruine pour tous. Il y a donc, traditionnellement, une utilisation collective d’une terre qui appartient à tous (ou à personne, ce qui revient au même). Et d’ailleurs, il n’y a nulle privation de terre, les pasteurs ont toujours droit à leurs pâturages.
Que s’est il passé qui justifie un rapport de plus de 100 pages et la colère de Philippe Grangereau dans Libération ? Faut dire que Grangereau, il est souvent en colère contre la Chine. Toujours même. Son dernier truc, c’est d’affirmer que la loi qui supprime les laogai (camps de travail), c’est du pipeau. Grangereau, il a la pensée simple. Si c’est négatif, c’est vrai, si c’est positif, c’est faux. Et c’est ainsi que Libé est un grand journal….
Que s’est-il donc passé ? Ben, le gouvernement chinois a décidé d’améliorer l’habitat au Tibet. Pour ce faire, il a construit des habitations pour les transhumants, pour qu’ils soient mieux installés pendant l’hiver, cet hiver qu'ils passent à la maison. Pour ce faire, il a aussi détruit un certain nombre de vieilles maisons. Trop petites, les maisons. Vu que la baisse de la mortalité infantile a augmenté la taille des familles. Vu que le réchauffement climatique menace les pâturages. Capisco ? Plus de monde, plus de bétail, moins de pâturages. Faut faire quelque chose. Réduire les transhumants et changer les modes de culture.
Et voilà comment fonctionne la désinformation. On passe des transhumants aux nomades…On remplace les 50 000 éleveurs par trois millions de paysans…on prétend qu’a été privatisée une terre qui était déjà collective. On ajoute quelques photos Google qui montrent des bâtiments qui ne feront pas la joie des touristes. Après quoi on glisse vers le génocide « culturel » ce qui ne veut rien dire mais permet de faire penser à la shoah.
Les témoignages, en fait, on en cite une trentaine (j’ai compté). Pas la peine d’interviewer cent mecs pour n’en retenir que trente. Dont certains admettent qu’ils ont profité de la situation pour glisser dans l’opposition politique. Glissements sémantiques, encore et toujours. Manipulation des faits que l’on habille des oripeaux du journalisme.
Hé ! Grangereau, respire avant d’écrire des conneries. Apprends la géographie, ça sert. Sors de Saint-Germain des Prés….Je vais t’emmener dans mes montagnes voir des transhumants. Tu verras, ils sont sédentarisés, ils ont leur maison (depuis trois ou quatre siècles, le plus souvent) et leur place au cimetière. Tu dois rien connaître aux moutons, sauf ceux qui te lisent.
On en reparlera….
vendredi 10 janvier 2014
E UN VENTICELLO
Jusqu’il y a peu, Dieudonné, je savais pas qui c’était. J’avais jamais vu un seul de ses sketches. J’en avais un peu entendu parler, au JT, quand le Breton malvoyant avait parrainé son fils. C'est tout.
Aujourd’hui, je sais. A longueur de journée, on m’envoie des vidéos, toutes les télés sont pleines de portraits, d’interviews, de récapitulations de carrière. Sur les six derniers mois, je suis sur que M’Bala M’Bala a une meilleure couverture médiatique que Mandela.
Il a été bon sur ce coup, Manuel Valls. Je suis bien certain que je n’étais pas le seul à être Dieudo-ignorant. Manuel (tout le monde ne peut pas être intellectuel) a été un fabuleux agent de publicité.
Je dois dire que je me posais des questions. La quenelle, tout d’abord. J‘ai rien compris, ni au geste, ni à sa signification. En quoi le fait de tendre le bras vers le sol est-il nazi ou antisémite ou quoi que ce soit ? Admettons, il a codifié un geste, mais j’ignorais, et le geste et le code. J’ignore toujours pourquoi ça s’appelle comme ça. C’est marrant comme truc : le salut fasciste, il avait un enracinement historique, plus ou moins, salut des légionnaires, ave Cesar, il avait un accompagnement vestimentaire ou musical (Giovinezza). Là, rien. Un vide sidéral. Deux reportages à la télé et voilà que ce truc existe avec un sens politique. Les héritiers de Goebbels ont gagné en efficacité.
Le discours est omniprésent : Dieudonné est antisémite. Pour le peu que j’en ai entendu (mais les extraits étaient sûrement bien choisis), oui. Pourtant, là n’est pas la question. L’antisémitisme est récurrent en Europe, qu’on le veuille ou non. Songez à la rumeur d’Orléans, voici trente ans, qui visait explicitement des commerçants juifs. Ça remonte comme un remugle avec régularité. Pour Orléans, heureusement qu’il y avait Edgar Morin, on s’en souvient.
L’antisémitisme, il est latent, discret, honteux. C’est un petit bruit… E un venticello.. Ecoutez Rossini, il en parle fort bien. Doit-on offrir une scène à ce venticello ? Il est là, le risque. L’antisémite est petit, discret, honteux. Il se pense isolé ou se croit seul. Et vlan ! voilà qu’on lui colle en boucle des infos qui lui disent que Dieudonné remplit les Zéniths ! Il voit plein de mecs qui pensent comme lui. Je suis prêt à parier qu’il va prendre son billet dès que Dieudonné passera pas trop loin. Pour entendre ce qu’il pense, pour se retrouver avec ceux qui pensent comme lui. Pour être moins discret et plus du tout honteux. Et le venticello devient fracaso et tumulto generale.
C’est le danger de la médiatisation. Les atomes isolés sont poussés à s’agréger, les bataillons se forment, le conflit devient inévitable. D’un comique pas très drôle, on fait un porte-enseigne, un signe politique. Avec des mots insensés (je veux dire qu’ils n’ont plus de sens). Dieudonné raciste ? Depuis quand le judaïsme est-il une race ? Sartre, il a fait 300 pages sur le sujet pour en venir à la conclusion que, le judaïsme, c’est une identité. Analyse intéressante, conclusion intéressante qui permet de comprendre pourquoi on peut être non pratiquant et se sentir juif quand même.
OK. Sartre est mort et c’était un mec compliqué, pas un Manuel. Et puis « race », c’est juste une étiquette, c’est pour faciliter la comprenette du citoyen de base. Simplifions, simplifions, vidons les têtes pleines de neurones qui gênent le commerce.
Et donc simplifions. Tendons le miroir. Imaginons un comique juif. Y’en a, des bons et des moins bons. Imaginons que le mec fasse de l’esclavage son fonds de commerce. Qu’il vanne sur la traite comme Dieudonné sur la shoah. Dieudonné, il veut du non-conformiste, il en aurait. On verrait si son sens de l’humour résiste à ça. CRAN contre CRIF. Remarque, on en a déjà parlé : http://rchabaud.blogspot.fr/2010/11/les-filles-de-lest.html
Hé !! tu veux mettre de l’huile sur le feu. Non, vu que le feu, il brûle plus vraiment. Je me souviens d’un comique de ma jeunesse. A l’époque, on disait chansonnier. Jean Rigaux, il s’appelait. Dans son spectacle, il collait régulièrement une vanne : « C’était pas des fours crématoires, c’étaient des couveuses ». Dans les années 50-60 !!!! Quand la plupart des rescapés des camps vivaient encore !!! Je déconne pas, j’ai retrouvé l’article de Jean Lacouture qui le confirme (Voyage dans le Demi-Siècle, Éditions Complexe, 2001). Dieudonné, il fait petit garçon devant ça.
Y’a plein de trucs qu’on supporte plus et c’est bien comme ça. Mais à faire des montagnes avec des taupinières, on pourrait bien les revoir, ou le ré-entendre. Moi je vois le venticello qui s’amplifie. Le pet foireux, discret, qui va rendre brenneuses nos culottes.
Personne n’a envie de calmer le jeu. Valls, il pense à sa carrière. La classe politique, elle se fait de la bonne conscience plus facilement qu’en traitant les vrais problèmes. Dieudonné, il comptabilise les entrées. Quant aux signes annexes, ils sont pires. 70% des Français n’aiment pas Dieudonné. Ça laisse un tiers qui apprécie, c’est pas rien. Les 70%, je suis pas tout à fait sûr que la couleur de Dieudonné soit innocente dans leur détestation. Peut être que si le porte-drapeau de l’antisémitisme était plus clair, ça passerait encore mieux. Va savoir.
On en est là. On en a déjà parlé (http://rchabaud.blogspot.fr/2010/09/pourquoi-parler-de-gaza.html)
On en reparlera
Aujourd’hui, je sais. A longueur de journée, on m’envoie des vidéos, toutes les télés sont pleines de portraits, d’interviews, de récapitulations de carrière. Sur les six derniers mois, je suis sur que M’Bala M’Bala a une meilleure couverture médiatique que Mandela.
Il a été bon sur ce coup, Manuel Valls. Je suis bien certain que je n’étais pas le seul à être Dieudo-ignorant. Manuel (tout le monde ne peut pas être intellectuel) a été un fabuleux agent de publicité.
Je dois dire que je me posais des questions. La quenelle, tout d’abord. J‘ai rien compris, ni au geste, ni à sa signification. En quoi le fait de tendre le bras vers le sol est-il nazi ou antisémite ou quoi que ce soit ? Admettons, il a codifié un geste, mais j’ignorais, et le geste et le code. J’ignore toujours pourquoi ça s’appelle comme ça. C’est marrant comme truc : le salut fasciste, il avait un enracinement historique, plus ou moins, salut des légionnaires, ave Cesar, il avait un accompagnement vestimentaire ou musical (Giovinezza). Là, rien. Un vide sidéral. Deux reportages à la télé et voilà que ce truc existe avec un sens politique. Les héritiers de Goebbels ont gagné en efficacité.
Le discours est omniprésent : Dieudonné est antisémite. Pour le peu que j’en ai entendu (mais les extraits étaient sûrement bien choisis), oui. Pourtant, là n’est pas la question. L’antisémitisme est récurrent en Europe, qu’on le veuille ou non. Songez à la rumeur d’Orléans, voici trente ans, qui visait explicitement des commerçants juifs. Ça remonte comme un remugle avec régularité. Pour Orléans, heureusement qu’il y avait Edgar Morin, on s’en souvient.
L’antisémitisme, il est latent, discret, honteux. C’est un petit bruit… E un venticello.. Ecoutez Rossini, il en parle fort bien. Doit-on offrir une scène à ce venticello ? Il est là, le risque. L’antisémite est petit, discret, honteux. Il se pense isolé ou se croit seul. Et vlan ! voilà qu’on lui colle en boucle des infos qui lui disent que Dieudonné remplit les Zéniths ! Il voit plein de mecs qui pensent comme lui. Je suis prêt à parier qu’il va prendre son billet dès que Dieudonné passera pas trop loin. Pour entendre ce qu’il pense, pour se retrouver avec ceux qui pensent comme lui. Pour être moins discret et plus du tout honteux. Et le venticello devient fracaso et tumulto generale.
C’est le danger de la médiatisation. Les atomes isolés sont poussés à s’agréger, les bataillons se forment, le conflit devient inévitable. D’un comique pas très drôle, on fait un porte-enseigne, un signe politique. Avec des mots insensés (je veux dire qu’ils n’ont plus de sens). Dieudonné raciste ? Depuis quand le judaïsme est-il une race ? Sartre, il a fait 300 pages sur le sujet pour en venir à la conclusion que, le judaïsme, c’est une identité. Analyse intéressante, conclusion intéressante qui permet de comprendre pourquoi on peut être non pratiquant et se sentir juif quand même.
OK. Sartre est mort et c’était un mec compliqué, pas un Manuel. Et puis « race », c’est juste une étiquette, c’est pour faciliter la comprenette du citoyen de base. Simplifions, simplifions, vidons les têtes pleines de neurones qui gênent le commerce.
Et donc simplifions. Tendons le miroir. Imaginons un comique juif. Y’en a, des bons et des moins bons. Imaginons que le mec fasse de l’esclavage son fonds de commerce. Qu’il vanne sur la traite comme Dieudonné sur la shoah. Dieudonné, il veut du non-conformiste, il en aurait. On verrait si son sens de l’humour résiste à ça. CRAN contre CRIF. Remarque, on en a déjà parlé : http://rchabaud.blogspot.fr/2010/11/les-filles-de-lest.html
Hé !! tu veux mettre de l’huile sur le feu. Non, vu que le feu, il brûle plus vraiment. Je me souviens d’un comique de ma jeunesse. A l’époque, on disait chansonnier. Jean Rigaux, il s’appelait. Dans son spectacle, il collait régulièrement une vanne : « C’était pas des fours crématoires, c’étaient des couveuses ». Dans les années 50-60 !!!! Quand la plupart des rescapés des camps vivaient encore !!! Je déconne pas, j’ai retrouvé l’article de Jean Lacouture qui le confirme (Voyage dans le Demi-Siècle, Éditions Complexe, 2001). Dieudonné, il fait petit garçon devant ça.
Y’a plein de trucs qu’on supporte plus et c’est bien comme ça. Mais à faire des montagnes avec des taupinières, on pourrait bien les revoir, ou le ré-entendre. Moi je vois le venticello qui s’amplifie. Le pet foireux, discret, qui va rendre brenneuses nos culottes.
Personne n’a envie de calmer le jeu. Valls, il pense à sa carrière. La classe politique, elle se fait de la bonne conscience plus facilement qu’en traitant les vrais problèmes. Dieudonné, il comptabilise les entrées. Quant aux signes annexes, ils sont pires. 70% des Français n’aiment pas Dieudonné. Ça laisse un tiers qui apprécie, c’est pas rien. Les 70%, je suis pas tout à fait sûr que la couleur de Dieudonné soit innocente dans leur détestation. Peut être que si le porte-drapeau de l’antisémitisme était plus clair, ça passerait encore mieux. Va savoir.
On en est là. On en a déjà parlé (http://rchabaud.blogspot.fr/2010/09/pourquoi-parler-de-gaza.html)
On en reparlera
mercredi 1 janvier 2014
LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT BARTOLONE
Monsieur le Président,
A l’occasion du dépôt d’une proposition d’une résolution soumise à l’Assemblée que vous présidez, certains Français découvrent avec inquiétude l’existence dans le cadre de l’Assemblée nationale d’un Groupe d’Etudes sur la Question du Tibet dont l’intitulé, en d’autres temps, aurait certainement créé un incident diplomatique.
Doit on rappeler que nous fêterons cette année le cinquantième anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre la République française et la République populaire de Chine, et que cette reconnaissance a été sans ambiguïté : le Tibet fait partie du territoire national chinois. Autoriser ainsi un groupe de parlementaires à admettre qu’il y a une « question » du Tibet, revient à bafouer la position officielle de la France.
Que penseriez vous, Monsieur le Président, si le Parlement chinois créait un groupe d’études sur la question du Pays basque ? Que penseriez vous s’il émettait des résolutions pour rappeler que la création d’un département du Pays basque était inscrite dans les 101 propositions du candidat Mitterrand en 1981, proposition restée lettre morte alors qu’il ne s’agissait ni d’indépendance, ni même d’autonomie, mais seulement d’une modification administrative ne mettant pas en péril la République ? Vous penseriez, j’en suis certain, que les Chinois n’ont pas à se mêler de telles questions. Vous admettez pourtant qu’une quarantaine de parlementaires français puisse se mêler du statut du Tibet et y voient une « question ».
J’ajouterai que l’autoproclamé « gouvernement tibétain en exil » n’est reconnu par AUCUN gouvernement, même pas l’Inde qui, pourtant, le tolère à Dharamsala, et n’a donc aucune légitimité juridique. L’ONU, pour sa part, n’a jamais classé le Tibet dans les régions à décoloniser, ce qui n’est pas le cas de la Polynésie française dont les députés siègent dans votre hémicycle. Il est parfois bon que les donneurs de leçons regardent autourd’eux
Il faut donc admettre que, en tant que Président de l’Assemblée nationale, vous trouvez normal et acceptez qu’une quarantaine de députés soumis à votre autorité battent en brèche les positions officielles de notre pays et de l’ONU et servent de caisse de résonance à une propagande dont tout un chacun sait qu’elle est financée par le National Endowment for Democracy, bras financier de la CIA. Pour certains, on sait qu’ils sont prêts à s’emparer de tout flutiau permettant d’attirer l’attention sur leur petite personne. Pour d’autres, et notamment pour les députés appartenant à votre parti, je m’étonne que vous acceptiez que le mot « socialiste » soit agrégé à la défense d’une théocratie qui est une véritable injure au principe de laïcité. Pour ceux-là, pour les successeurs de Jean Jaurès et d’Emile Combes, un seul mot s’impose : « duplicité ».
En outre, comment ne pas se poser de questions lorsqu’on voit Monsieur Michel Destot, membre de ce groupe, être rapporteur d’une importante mission d’informations sur la Chine (rapport n° 1597 du 4 décembre 2013). L’objectivité de Monsieur Destot peut être mise en doute ainsi que la qualité des informations soumises à l’Assemblée nationale, d’autant que le Président de cette commission, Monsieur Martin-Lalande est également membre du même groupe.
Je n’ose espérer que vous me répondrez, le silence étant le meilleur étouffoir pour les questions délicates. J’imagine simplement que cette lettre sera diffusée le plus abondamment possible et qu’un mouvement plus large que ma modeste personne vous montrera que de nombreux Français partagent mon sentiment.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma considération distinguée.
A l’occasion du dépôt d’une proposition d’une résolution soumise à l’Assemblée que vous présidez, certains Français découvrent avec inquiétude l’existence dans le cadre de l’Assemblée nationale d’un Groupe d’Etudes sur la Question du Tibet dont l’intitulé, en d’autres temps, aurait certainement créé un incident diplomatique.
Doit on rappeler que nous fêterons cette année le cinquantième anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre la République française et la République populaire de Chine, et que cette reconnaissance a été sans ambiguïté : le Tibet fait partie du territoire national chinois. Autoriser ainsi un groupe de parlementaires à admettre qu’il y a une « question » du Tibet, revient à bafouer la position officielle de la France.
Que penseriez vous, Monsieur le Président, si le Parlement chinois créait un groupe d’études sur la question du Pays basque ? Que penseriez vous s’il émettait des résolutions pour rappeler que la création d’un département du Pays basque était inscrite dans les 101 propositions du candidat Mitterrand en 1981, proposition restée lettre morte alors qu’il ne s’agissait ni d’indépendance, ni même d’autonomie, mais seulement d’une modification administrative ne mettant pas en péril la République ? Vous penseriez, j’en suis certain, que les Chinois n’ont pas à se mêler de telles questions. Vous admettez pourtant qu’une quarantaine de parlementaires français puisse se mêler du statut du Tibet et y voient une « question ».
J’ajouterai que l’autoproclamé « gouvernement tibétain en exil » n’est reconnu par AUCUN gouvernement, même pas l’Inde qui, pourtant, le tolère à Dharamsala, et n’a donc aucune légitimité juridique. L’ONU, pour sa part, n’a jamais classé le Tibet dans les régions à décoloniser, ce qui n’est pas le cas de la Polynésie française dont les députés siègent dans votre hémicycle. Il est parfois bon que les donneurs de leçons regardent autourd’eux
Il faut donc admettre que, en tant que Président de l’Assemblée nationale, vous trouvez normal et acceptez qu’une quarantaine de députés soumis à votre autorité battent en brèche les positions officielles de notre pays et de l’ONU et servent de caisse de résonance à une propagande dont tout un chacun sait qu’elle est financée par le National Endowment for Democracy, bras financier de la CIA. Pour certains, on sait qu’ils sont prêts à s’emparer de tout flutiau permettant d’attirer l’attention sur leur petite personne. Pour d’autres, et notamment pour les députés appartenant à votre parti, je m’étonne que vous acceptiez que le mot « socialiste » soit agrégé à la défense d’une théocratie qui est une véritable injure au principe de laïcité. Pour ceux-là, pour les successeurs de Jean Jaurès et d’Emile Combes, un seul mot s’impose : « duplicité ».
En outre, comment ne pas se poser de questions lorsqu’on voit Monsieur Michel Destot, membre de ce groupe, être rapporteur d’une importante mission d’informations sur la Chine (rapport n° 1597 du 4 décembre 2013). L’objectivité de Monsieur Destot peut être mise en doute ainsi que la qualité des informations soumises à l’Assemblée nationale, d’autant que le Président de cette commission, Monsieur Martin-Lalande est également membre du même groupe.
Je n’ose espérer que vous me répondrez, le silence étant le meilleur étouffoir pour les questions délicates. J’imagine simplement que cette lettre sera diffusée le plus abondamment possible et qu’un mouvement plus large que ma modeste personne vous montrera que de nombreux Français partagent mon sentiment.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma considération distinguée.
jeudi 26 décembre 2013
COMBATS DE COQS
Je n’aime pas les combats de coqs. Pourtant, je me battrais pour les défendre. Becs et ongles, je me battrais. Si j’ose dire…
Je le ferais parce que je suis libraire. Je le ferais parce que j’ai passé ma vie à essayer de transmettre du savoir, de l’histoire, de la connaissance et que les combats de coqs font partie de ce savoir. Ils ont à m’apprendre leur histoire, pourquoi ils passionnent certaines sociétés et laissent les autres indifférentes, comment ils se sont propagés et par qui. Ils ont à m’apprendre sur l’homme, mon semblable, mon frère. Même si je n’ai ni ses idées, ni sa culture, ni ses goûts, c’est avec lui que je partage le monde. Même Hitler ? Ben oui. Avec Hitler, j’aurais pu échanger : des mots, du sang, des organes, de la musique, des baffes. Avec un poulet, rien. Même si c’est un coq.
Ce poulet, il me fait penser aux poulets qui arrivaient de la ferme le samedi matin. La vieille Pascaline les attrapait, plouf ! sous le coude, et leur coupait la langue d’un geste précis. Le sang s’écoulait dans un bol, le volatile battait des ailes en éructant. C’est sûr qu’il devait dérouiller. Quand le bol était plein de sang, l’oiseau était mort. Bon à plumer pour le déjeuner du dimanche. Et pas que le déjeuner. Le dimanche matin, c’était le rituel de la sanquête. Le sang qui cuisait dans une poêle avec de l’ail et faisait une sorte de galette rougeâtre. C’était le petit déjeuner des hommes, avec moi, le plus petit, prioritaire. Beaucoup de sang, beaucoup d’ail pour me permettre de devenir un homme. Aujourd’hui, ceux qui veulent goûter la sanquête vont à Bordeaux, au restaurant La Tupiña. 20 euro, service non compris. La modernité, c’est le poulet électrocuté chez Père Dodu. C’est sûr qu’il bat plus des ailes en poussant des gloussements de douleur.
La sanquête, ça renvoie à pas mal de choses : l’idée que la manducation du sang, c’est bon pour les enfants, sang du poulet ou sang de l’ennemi, par exemple. Une vieille chose qui transite dans pas mal de communautés humaines, de l’Amazonie à la Gascogne. Ce poulet qui se vide de son sang me rapprochait, mais je ne le savais pas alors, de peuples autres, totalement différents mais avec lesquels, en tant qu’être humain, j’avais des choses à partager.
Il ne faut pas se tromper de combat et le seul qui vaille, c’est l’homme. OK, il est barbare, violent, égoïste, raciste, méchant. Moi aussi. Ça se voit pas parce que je fais des efforts, je me tempère, je me raisonne, je me lisse, je me police. Pas au point toutefois de m’émouvoir sur un poulet. Et surtout pas sur un coq trop maigre pour faire un coq au vin correct, ce qui est le cas de tous les coqs de combat. S’il y a un scandale, il est là : on tue des coqs trop maigres pour être bien cuisinés.
Je suis libraire. Au début de ma généalogie, il y a Gutenberg, Dolet, Elsevier, tous ceux qui depuis la fin du XVème siècle ont consacré leur vie, leur intelligence, leur énergie à transmettre du savoir, de la connaissance, de la rigueur. Pas de l’affect ou l’amour compassionnel et universel du poulet. Ceux qui ont privilégié et privilégieront toujours les boyaux de la tête contre la tripe du cœur.
Je suis libraire : les éditeurs m’inondent de carnets de voyages dégoulinants de bons sentiments, bondés d’enfants aux grands yeux qui font battre le cœur. Pas toujours comme dans la vie : la seule fois de ma vie où j’ai été braqué avec un couteau sur le bide, c’était à Bilbao, par deux petits Gitans aux grands yeux. Mon cœur battait. De trouille.
Je suis libraire : je suis inscrit dans une histoire, je sais que les livres du jour plongent leurs racines dans les livres d’hier et que mon travail consiste à démêler ces parentés, à retrouver ces cousinages, à séparer le bon grain de l’éternel et l’ivraie de l’obsolète. A trier, à sélectionner, à choisir, à censurer.
Censurer !! le mot est dit… Ben oui…Quand je refuse de vendre un livre pour un motif qui n’appartient qu’à moi, je censure. Même que des auteurs me l’ont dit, que je les censurais. J’assume. J’ai trop le respect de mes clients pour leur vendre des sous-merdes médiatisées. Je l’ai dit à ces mêmes auteurs, on a discuté de leurs livres, en général ils sont partis pas convaincus, ou convaincus que j’étais méprisant ou que je surestimais ma clientèle. Ce qui est exact. Un bon commerçant, c’est quelqu’un qui apprend de ses clients
Ben oui, quand je lis le travail d’un mec qui a passé vingt ans de sa vie à piocher un sujet, le journaleux qui croit avoir fait le tour de la question en trois semaines me fait rire. Au mieux. Le plus souvent me fait de la peine. Je suis libraire. Mon boulot, c’est de repérer les lacunes, les manques, les oublis. C’est comme ça qu’on peut vendre d’autres livres. Mon boulot, c’est de traquer l’insignifiance, les à-peu-près, la médiocrité que l’on devrait bannir du monde de l’imprimé, surtout aujourd’hui… Avec des gens qui avouent plus de cent titres au compteur quand Flaubert n'atteint pas la dizaine.
Mon boulot, c’est de savoir que si on baisse les yeux sur un livre, c’est pour mieux voir ce qui est au-dessus de sa tête.
On en reparlera…
PS : on ne dit pas « Gitans », on dit « gens du voyage ». Comme disait Coluche : « on ne dit pas Con, on dit Malcomprenant ».
PS2 : et le plaisir ? Le plaisir est dans la sélection…des livres, des amis, des femmes et des vins..
Je le ferais parce que je suis libraire. Je le ferais parce que j’ai passé ma vie à essayer de transmettre du savoir, de l’histoire, de la connaissance et que les combats de coqs font partie de ce savoir. Ils ont à m’apprendre leur histoire, pourquoi ils passionnent certaines sociétés et laissent les autres indifférentes, comment ils se sont propagés et par qui. Ils ont à m’apprendre sur l’homme, mon semblable, mon frère. Même si je n’ai ni ses idées, ni sa culture, ni ses goûts, c’est avec lui que je partage le monde. Même Hitler ? Ben oui. Avec Hitler, j’aurais pu échanger : des mots, du sang, des organes, de la musique, des baffes. Avec un poulet, rien. Même si c’est un coq.
Ce poulet, il me fait penser aux poulets qui arrivaient de la ferme le samedi matin. La vieille Pascaline les attrapait, plouf ! sous le coude, et leur coupait la langue d’un geste précis. Le sang s’écoulait dans un bol, le volatile battait des ailes en éructant. C’est sûr qu’il devait dérouiller. Quand le bol était plein de sang, l’oiseau était mort. Bon à plumer pour le déjeuner du dimanche. Et pas que le déjeuner. Le dimanche matin, c’était le rituel de la sanquête. Le sang qui cuisait dans une poêle avec de l’ail et faisait une sorte de galette rougeâtre. C’était le petit déjeuner des hommes, avec moi, le plus petit, prioritaire. Beaucoup de sang, beaucoup d’ail pour me permettre de devenir un homme. Aujourd’hui, ceux qui veulent goûter la sanquête vont à Bordeaux, au restaurant La Tupiña. 20 euro, service non compris. La modernité, c’est le poulet électrocuté chez Père Dodu. C’est sûr qu’il bat plus des ailes en poussant des gloussements de douleur.
La sanquête, ça renvoie à pas mal de choses : l’idée que la manducation du sang, c’est bon pour les enfants, sang du poulet ou sang de l’ennemi, par exemple. Une vieille chose qui transite dans pas mal de communautés humaines, de l’Amazonie à la Gascogne. Ce poulet qui se vide de son sang me rapprochait, mais je ne le savais pas alors, de peuples autres, totalement différents mais avec lesquels, en tant qu’être humain, j’avais des choses à partager.
Il ne faut pas se tromper de combat et le seul qui vaille, c’est l’homme. OK, il est barbare, violent, égoïste, raciste, méchant. Moi aussi. Ça se voit pas parce que je fais des efforts, je me tempère, je me raisonne, je me lisse, je me police. Pas au point toutefois de m’émouvoir sur un poulet. Et surtout pas sur un coq trop maigre pour faire un coq au vin correct, ce qui est le cas de tous les coqs de combat. S’il y a un scandale, il est là : on tue des coqs trop maigres pour être bien cuisinés.
Je suis libraire. Au début de ma généalogie, il y a Gutenberg, Dolet, Elsevier, tous ceux qui depuis la fin du XVème siècle ont consacré leur vie, leur intelligence, leur énergie à transmettre du savoir, de la connaissance, de la rigueur. Pas de l’affect ou l’amour compassionnel et universel du poulet. Ceux qui ont privilégié et privilégieront toujours les boyaux de la tête contre la tripe du cœur.
Je suis libraire : les éditeurs m’inondent de carnets de voyages dégoulinants de bons sentiments, bondés d’enfants aux grands yeux qui font battre le cœur. Pas toujours comme dans la vie : la seule fois de ma vie où j’ai été braqué avec un couteau sur le bide, c’était à Bilbao, par deux petits Gitans aux grands yeux. Mon cœur battait. De trouille.
Je suis libraire : je suis inscrit dans une histoire, je sais que les livres du jour plongent leurs racines dans les livres d’hier et que mon travail consiste à démêler ces parentés, à retrouver ces cousinages, à séparer le bon grain de l’éternel et l’ivraie de l’obsolète. A trier, à sélectionner, à choisir, à censurer.
Censurer !! le mot est dit… Ben oui…Quand je refuse de vendre un livre pour un motif qui n’appartient qu’à moi, je censure. Même que des auteurs me l’ont dit, que je les censurais. J’assume. J’ai trop le respect de mes clients pour leur vendre des sous-merdes médiatisées. Je l’ai dit à ces mêmes auteurs, on a discuté de leurs livres, en général ils sont partis pas convaincus, ou convaincus que j’étais méprisant ou que je surestimais ma clientèle. Ce qui est exact. Un bon commerçant, c’est quelqu’un qui apprend de ses clients
Ben oui, quand je lis le travail d’un mec qui a passé vingt ans de sa vie à piocher un sujet, le journaleux qui croit avoir fait le tour de la question en trois semaines me fait rire. Au mieux. Le plus souvent me fait de la peine. Je suis libraire. Mon boulot, c’est de repérer les lacunes, les manques, les oublis. C’est comme ça qu’on peut vendre d’autres livres. Mon boulot, c’est de traquer l’insignifiance, les à-peu-près, la médiocrité que l’on devrait bannir du monde de l’imprimé, surtout aujourd’hui… Avec des gens qui avouent plus de cent titres au compteur quand Flaubert n'atteint pas la dizaine.
Mon boulot, c’est de savoir que si on baisse les yeux sur un livre, c’est pour mieux voir ce qui est au-dessus de sa tête.
On en reparlera…
PS : on ne dit pas « Gitans », on dit « gens du voyage ». Comme disait Coluche : « on ne dit pas Con, on dit Malcomprenant ».
PS2 : et le plaisir ? Le plaisir est dans la sélection…des livres, des amis, des femmes et des vins..
dimanche 22 décembre 2013
IL EST L’OR
Vous vous souvenez ? Montand réveillant De Funès dans La Folie des Grandeurs. Il est l’or…..
Nous y voilà… Il est l’or. Le poste essentiel du monde virtuel est lourdement menacé et ce poste, c’est le fric. On va pas refaire l’histoire économique depuis Bretton Woods mais quand même…Près de soixante ans qu’on vit sur une monnaie bidon imposée par les armes. Le dollar. Au départ, il devait être ce qu’est une monnaie : une contrepartie. Pour garantir sa valeur, les USA devaient garder des réserves d’or équivalant au montant des dollars en circulation. Mais vous savez ce que c’est ? On a besoin d’argent pour garantir la liberté du monde, alors la contrepartie…Et tout le monde approuve, parce que ça arrange tout le monde. Tout le monde a peur du communisme, alors tout le monde envoie son fric aux States, histoire d’aider le grand frère à nous protéger. Et tout le monde accepte que le grand frère s’endette. C’est pour le bien du monde libre, n’est-ce pas ?
Le résultat, c’est que les Ricains annoncent un stock d’or de 10 000 tonnes, soit un peu plus de 400 milliards de dollars au cours du jour. En face près de 20 000 milliards de dettes. Y’a comme un décalage.
Et donc, depuis la mort officielle de Bretton Woods, on vit dans un bain de fric qui ne correspond plus à rien. La monnaie n’est plus une contrepartie mais un bien en soi.
Heureusement, il y a la Chine. Depuis des années, l’Occident demande à la Chine de re-évaluer sa monnaie. Pourquoi faire ? disent les Chinois. Et surtout : évaluer par rapport à quoi ? Les autres monnaies s’apprécient par rapport au dollar qui, lui, s’apprécie par rapport à rien… Ça leur plait pas trop aux Chinois, c’est pas leur truc, y’a pas si longtemps qu’ils ont abandonné les lingots d’argent et les ligatures de sapèques du juge Ti. Et puis, le papier, c’est eux qui l’ont inventé, alors ils en savent la valeur..
Et donc, depuis des années, les Chinois stockent de l’or. Au début, on pensait que c’était pour les utilisations industrielles. Et puis quand même, ça faisait beaucoup. Aujourd’hui, ils en sont à racheter des mines chaque fois qu’ils peuvent. Tout le monde est d’accord : la Chine accumule l’or. Et ne dis rien sur ses réserves. Depuis des années, les Chinois annoncent la même quantité. Tous les analystes sont d’accord, le chiffre est faux. Mais de combien ? Là, c’est la bouteille à l’encre. Tiens, tu prends une société de droit français mais à capitalisation chinoise qui possède des mines d’or en Afrique. Les lingots qu’elle stocke, ils sont africains, français ou chinois ?
Le gouvernement chinois encourage le stockage d’or par les particuliers, c’est du stock chinois mais pas du stock d’Etat.
Ceci dit, on va savoir. Yi Gang, vice-gouverneur de la Banque Centrale de Chine, vient de le dire. « Nous ne sommes plus en faveur de l’accumulation de réserves de change ».
En clair : nous pouvons utiliser notre propre monnaie pour payer nos factures. Les économistes sont soulagés : le yuan va rentrer dans le système mondial, il va se réévaluer, la compétitivité chinoise va en prendre un coup.
Ha oui ? Hara-kiri, c’est japonais, pas chinois.. Le yuan va revenir dans un système mondial, mais pas dans celui-là, outrageusement injuste pour tout ce qui n’est pas dollar. Et donc, on va enfin savoir. Connaître le stock chinois, mais aussi le stock américain. La Chine n’a pas accumulé de l’or pour le plaisir. La partie va bientôt s’achever, les joueurs vont devoir faire tapis. Il va falloir revenir au matériel, qu’il y ait de l’or en face du papier. Un contrôle international. Montre des lingots, Barack. On compte et on dit combien vaut vraiment un dollar.
On n’est pas au cinéma et ça ne va pas se jouer comme ça. Les Chinois sont gavés de dollars. Ils peuvent accepter de perdre de la valeur, mais pas trop quand même. Le système économique leur convient, grosso modo. On va pas le détruire en deux coups les gros. Et donc, on va commencer par négocier sur le système. Ce faisant, la Chine montrera sa volonté de collaborer.
En face, les States peuvent tout simplement pas accepter que le système change. Ils se trouveraient ruinés en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. C’est valable pour toutes les puissances financières, notamment les banques assises sur des milliards de dollars planqués dans les paradis fiscaux. T’imagines ? T’as passé des années à accumuler des dollars bidons aux Iles Cayman et on te dit que ça vaut plus rien ?
Mais z’alors, les emplois détruits, les usines démembrées, les peuples à la ramasse, c’était pour du beurre ? Faut croire….
Parle de ça à des « responsables », tu vas voir comment tu vas te faire jeter. Meuh non !!! C’est pas possible !!!! C’est du délire !!!!
Fais comme moi. Pose ton cul et attends. Tu vas voir l’évolution, tranquillement. L’évolution ou la révolution. Parce que les States, ils ont compris que la partie allait s’achever. Ils y ont mis le temps, mais je crois que c’est fait. Ils ont aussi compris que, pendant qu’ils jouaient les matamores au Moyen-Orient, la Chine se renforçait. J’ai tendance à penser que les Diaoyu vont jouer leur rôle. C’est rien les Diaoyu, rien qu’un symbole. Les States vont-ils intervenir pour aider leur allié japonais ?
Dans tous les cas de figure, les USA vont finir à poil…. Il est l’or….
On en reparlera…
Nous y voilà… Il est l’or. Le poste essentiel du monde virtuel est lourdement menacé et ce poste, c’est le fric. On va pas refaire l’histoire économique depuis Bretton Woods mais quand même…Près de soixante ans qu’on vit sur une monnaie bidon imposée par les armes. Le dollar. Au départ, il devait être ce qu’est une monnaie : une contrepartie. Pour garantir sa valeur, les USA devaient garder des réserves d’or équivalant au montant des dollars en circulation. Mais vous savez ce que c’est ? On a besoin d’argent pour garantir la liberté du monde, alors la contrepartie…Et tout le monde approuve, parce que ça arrange tout le monde. Tout le monde a peur du communisme, alors tout le monde envoie son fric aux States, histoire d’aider le grand frère à nous protéger. Et tout le monde accepte que le grand frère s’endette. C’est pour le bien du monde libre, n’est-ce pas ?
Le résultat, c’est que les Ricains annoncent un stock d’or de 10 000 tonnes, soit un peu plus de 400 milliards de dollars au cours du jour. En face près de 20 000 milliards de dettes. Y’a comme un décalage.
Et donc, depuis la mort officielle de Bretton Woods, on vit dans un bain de fric qui ne correspond plus à rien. La monnaie n’est plus une contrepartie mais un bien en soi.
Heureusement, il y a la Chine. Depuis des années, l’Occident demande à la Chine de re-évaluer sa monnaie. Pourquoi faire ? disent les Chinois. Et surtout : évaluer par rapport à quoi ? Les autres monnaies s’apprécient par rapport au dollar qui, lui, s’apprécie par rapport à rien… Ça leur plait pas trop aux Chinois, c’est pas leur truc, y’a pas si longtemps qu’ils ont abandonné les lingots d’argent et les ligatures de sapèques du juge Ti. Et puis, le papier, c’est eux qui l’ont inventé, alors ils en savent la valeur..
Et donc, depuis des années, les Chinois stockent de l’or. Au début, on pensait que c’était pour les utilisations industrielles. Et puis quand même, ça faisait beaucoup. Aujourd’hui, ils en sont à racheter des mines chaque fois qu’ils peuvent. Tout le monde est d’accord : la Chine accumule l’or. Et ne dis rien sur ses réserves. Depuis des années, les Chinois annoncent la même quantité. Tous les analystes sont d’accord, le chiffre est faux. Mais de combien ? Là, c’est la bouteille à l’encre. Tiens, tu prends une société de droit français mais à capitalisation chinoise qui possède des mines d’or en Afrique. Les lingots qu’elle stocke, ils sont africains, français ou chinois ?
Le gouvernement chinois encourage le stockage d’or par les particuliers, c’est du stock chinois mais pas du stock d’Etat.
Ceci dit, on va savoir. Yi Gang, vice-gouverneur de la Banque Centrale de Chine, vient de le dire. « Nous ne sommes plus en faveur de l’accumulation de réserves de change ».
En clair : nous pouvons utiliser notre propre monnaie pour payer nos factures. Les économistes sont soulagés : le yuan va rentrer dans le système mondial, il va se réévaluer, la compétitivité chinoise va en prendre un coup.
Ha oui ? Hara-kiri, c’est japonais, pas chinois.. Le yuan va revenir dans un système mondial, mais pas dans celui-là, outrageusement injuste pour tout ce qui n’est pas dollar. Et donc, on va enfin savoir. Connaître le stock chinois, mais aussi le stock américain. La Chine n’a pas accumulé de l’or pour le plaisir. La partie va bientôt s’achever, les joueurs vont devoir faire tapis. Il va falloir revenir au matériel, qu’il y ait de l’or en face du papier. Un contrôle international. Montre des lingots, Barack. On compte et on dit combien vaut vraiment un dollar.
On n’est pas au cinéma et ça ne va pas se jouer comme ça. Les Chinois sont gavés de dollars. Ils peuvent accepter de perdre de la valeur, mais pas trop quand même. Le système économique leur convient, grosso modo. On va pas le détruire en deux coups les gros. Et donc, on va commencer par négocier sur le système. Ce faisant, la Chine montrera sa volonté de collaborer.
En face, les States peuvent tout simplement pas accepter que le système change. Ils se trouveraient ruinés en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. C’est valable pour toutes les puissances financières, notamment les banques assises sur des milliards de dollars planqués dans les paradis fiscaux. T’imagines ? T’as passé des années à accumuler des dollars bidons aux Iles Cayman et on te dit que ça vaut plus rien ?
Mais z’alors, les emplois détruits, les usines démembrées, les peuples à la ramasse, c’était pour du beurre ? Faut croire….
Parle de ça à des « responsables », tu vas voir comment tu vas te faire jeter. Meuh non !!! C’est pas possible !!!! C’est du délire !!!!
Fais comme moi. Pose ton cul et attends. Tu vas voir l’évolution, tranquillement. L’évolution ou la révolution. Parce que les States, ils ont compris que la partie allait s’achever. Ils y ont mis le temps, mais je crois que c’est fait. Ils ont aussi compris que, pendant qu’ils jouaient les matamores au Moyen-Orient, la Chine se renforçait. J’ai tendance à penser que les Diaoyu vont jouer leur rôle. C’est rien les Diaoyu, rien qu’un symbole. Les States vont-ils intervenir pour aider leur allié japonais ?
Dans tous les cas de figure, les USA vont finir à poil…. Il est l’or….
On en reparlera…
vendredi 20 décembre 2013
LE TERRITOIRE DU RUGBY ET CHABAL
Bon, faut pas exagérer. J’ai vu la video. Le mec d’Agen, il joue pas le ballon. Il essaye d’empêcher Chabal d’aller sur le regroupement, en l’attrapant par le maillot. L’autre l’oblige à lâcher… Sans délicatesse excessive, c’est vrai, mais il est dans son bon droit, on joue le ballon, pas le maillot. Mieux encore, il est dans l’esprit du rugby où les petites tricheries se payent comptant sur le terrain.
L’esprit du rugby…. Il en demeure des bribes qui font qu’on s’accroche, qu’on imagine, qu’on se souvient et qu’on rêve. L’esprit du rugby, c’est cette sorte d’étincelle prométhéenne qui va permettre à une équipe d’inverser un résultat dans les trois dernières minutes. L’esprit du rugby, c’est Cyrano…
Didier Deschamps, né dans une terre où les ballons ne sont pas ronds, a déclaré une fois qu’il avait abandonné le rugby quand il s’était aperçu que ses adversaires étaient plus grands que lui. Il était trop limité pour savoir que, de Caillou à Boniface, en passant par Mias et quelques autres, les petits gabarits avaient leur place dans leurs équipes.
Pourquoi ? Parce que ce sont des équipes. Avec toi, il y a autant de grands qu’en face. C’est pas toi qui compte, c’est l’ensemble. Un ensemble où il y a des gros qui percutent et des petits qui se faufilent. Un ensemble où un petit avec un grand pied marque plus qu’un gros avec de larges oreilles. Une bonne équipe, c’est ça : la diversité au travail.
L’esprit rugby, c’est aussi la Marseillaise braillée avant le match. Parce que le rugby, c’est un territoire. Quand t’es en équipe de France (dans le foot, ils disent EDF parce qu’ils aiment les acronymes et le langage monosyllabique), ton territoire c’est la France. Quand t’es en bleu et blanc, ton territoire, c’est Jean Dauger et tu brailles « Allez, allez, les Bleus et Blancs… ». Le rugby, c’est un territoire et donc, c’est chauvin.
Bon, ça c’est plus tout à fait vrai… Tu peux pas être chauvin avec des Fidjiens aux noms imprononçables. Quand j’étais petit, les noms étaient faciles à retenir et à crier : Unhassobiscay, Etchezaharreta ou Irazabal. Aujourd’hui, en équipe de France, y’a qu’Harinordoquy qu’on puisse mémoriser en deux secondes… Et Chabal dont on parlait plus haut, vu qu’on a la même étymologie lui et moi. Pas la carrure, hélas !
Mon copain Laurent m’écrit que son fils a commencé le rugby. Je l’envie, Laurent, nos fils ont quasi le même âge et le mien ne fera jamais de rugby, pour cause de territoire inadéquat. Bien sûr qu’il pourrait aller dans une quelconque banlieue jouer avec des mômes inconnus et sans bistro connu pour me servir de salle d’attente. Ce qui me console, c’est que Laurent est dacquois, et donc son fils sera jamais un grand joueur. Oui, j’ai écrit « donc », ça gêne ?
Mon fils, je l’ai emmené à Jean Dauger, il y a un an. Bien entendu, il a adoré. Il avait son drapeau albiceleste, il rencontrait mes copains qui me faisaient la bise, qu’il ne connaissait pas et qui le traitaient d’emblée comme un membre de la famille. Et un grand de surcroît. En plus, on a perdu mais c’était pas grave. Et on est allé boire un coup chez Gorka.
Ça fait nostalgie, tout ça, comme quand j’allais avec Aitatxi boire un coup chez Charlot Martine en descendant du Parc des Sports (on l’avait pas encore baptisé). Ça fait aussi repères, une sorte de GPS mental, un peu déréglé à cause des Fidjiens mais qui indique quelques directions, vaille que vaille.
C’est pas moderne : je sais pas si t’as remarqué mais y’a plein de jeux de foot pour consoles, mais pas de jeu de rugby. C’est pas universel : tu fais une Coupe du Monde, t’as du mal à regrouper plus de dix équipes de bon niveau. C’est pas poli : on se marche un peu sur la gueule et plus si affinités. C’est compliqué avec ces arbitres qui désignent l’équipe à qui profite la faute au lieu du joueur coupable. Ça marque pas toujours le même nombre de points : un coup, c’est deux, un coup, c’est trois, un coup, c’est cinq.
Et puis, regarder toujours en arrière avec un ballon qui va où il veut quand tu le lâches. Et puis, applaudir un beau mouvement de l’adversaire, pas siffler comme un con pour déstabiliser l’autre, celui qui va t’en passer trois comme une fleur. Ce qui n’est pas incompatible avec le chauvinisme qui est une manière de défendre les siens, pas d’attaquer les autres.
Avec tout ça, comment veux tu qu’on se sente pas membre d’une caste ? Pire encore, comment veux tu qu’on se sente pas indigène d’un territoire ?
Ça nous emmène loin de Chabal. Pas tant que ça…Ce qu’on lui reproche à Chabal, c’est de donner une image rustique du rugby. Une image pas civilisée. Alors que c’est tout le contraire. Une des plus belles images de civilisation que j’ai vues, c’est un banquet organisé par Doxpi à Espelette pour les premières lignes de l’Equipe de France. Il y avait de l’Histoire, de la Gastronomie, de la Musique, de l’Amitié, du Respect, de la Force…tout ce qui fait qu’un peuple est civilisé.
On en reparlera…
PS : pour être clair, en France, le territoire du rugby, c’est le bassin de la Garonne et la rive droite méridionale du Rhône, les terres de Cyrano… Lo demas, tierras conquistadas. Et je dédie ce texte à Jasmine, pour son grand-père, grand entraîneur du PUC et Dacquois, but nobody's perfect.
L’esprit du rugby…. Il en demeure des bribes qui font qu’on s’accroche, qu’on imagine, qu’on se souvient et qu’on rêve. L’esprit du rugby, c’est cette sorte d’étincelle prométhéenne qui va permettre à une équipe d’inverser un résultat dans les trois dernières minutes. L’esprit du rugby, c’est Cyrano…
Didier Deschamps, né dans une terre où les ballons ne sont pas ronds, a déclaré une fois qu’il avait abandonné le rugby quand il s’était aperçu que ses adversaires étaient plus grands que lui. Il était trop limité pour savoir que, de Caillou à Boniface, en passant par Mias et quelques autres, les petits gabarits avaient leur place dans leurs équipes.
Pourquoi ? Parce que ce sont des équipes. Avec toi, il y a autant de grands qu’en face. C’est pas toi qui compte, c’est l’ensemble. Un ensemble où il y a des gros qui percutent et des petits qui se faufilent. Un ensemble où un petit avec un grand pied marque plus qu’un gros avec de larges oreilles. Une bonne équipe, c’est ça : la diversité au travail.
L’esprit rugby, c’est aussi la Marseillaise braillée avant le match. Parce que le rugby, c’est un territoire. Quand t’es en équipe de France (dans le foot, ils disent EDF parce qu’ils aiment les acronymes et le langage monosyllabique), ton territoire c’est la France. Quand t’es en bleu et blanc, ton territoire, c’est Jean Dauger et tu brailles « Allez, allez, les Bleus et Blancs… ». Le rugby, c’est un territoire et donc, c’est chauvin.
Bon, ça c’est plus tout à fait vrai… Tu peux pas être chauvin avec des Fidjiens aux noms imprononçables. Quand j’étais petit, les noms étaient faciles à retenir et à crier : Unhassobiscay, Etchezaharreta ou Irazabal. Aujourd’hui, en équipe de France, y’a qu’Harinordoquy qu’on puisse mémoriser en deux secondes… Et Chabal dont on parlait plus haut, vu qu’on a la même étymologie lui et moi. Pas la carrure, hélas !
Mon copain Laurent m’écrit que son fils a commencé le rugby. Je l’envie, Laurent, nos fils ont quasi le même âge et le mien ne fera jamais de rugby, pour cause de territoire inadéquat. Bien sûr qu’il pourrait aller dans une quelconque banlieue jouer avec des mômes inconnus et sans bistro connu pour me servir de salle d’attente. Ce qui me console, c’est que Laurent est dacquois, et donc son fils sera jamais un grand joueur. Oui, j’ai écrit « donc », ça gêne ?
Mon fils, je l’ai emmené à Jean Dauger, il y a un an. Bien entendu, il a adoré. Il avait son drapeau albiceleste, il rencontrait mes copains qui me faisaient la bise, qu’il ne connaissait pas et qui le traitaient d’emblée comme un membre de la famille. Et un grand de surcroît. En plus, on a perdu mais c’était pas grave. Et on est allé boire un coup chez Gorka.
Ça fait nostalgie, tout ça, comme quand j’allais avec Aitatxi boire un coup chez Charlot Martine en descendant du Parc des Sports (on l’avait pas encore baptisé). Ça fait aussi repères, une sorte de GPS mental, un peu déréglé à cause des Fidjiens mais qui indique quelques directions, vaille que vaille.
C’est pas moderne : je sais pas si t’as remarqué mais y’a plein de jeux de foot pour consoles, mais pas de jeu de rugby. C’est pas universel : tu fais une Coupe du Monde, t’as du mal à regrouper plus de dix équipes de bon niveau. C’est pas poli : on se marche un peu sur la gueule et plus si affinités. C’est compliqué avec ces arbitres qui désignent l’équipe à qui profite la faute au lieu du joueur coupable. Ça marque pas toujours le même nombre de points : un coup, c’est deux, un coup, c’est trois, un coup, c’est cinq.
Et puis, regarder toujours en arrière avec un ballon qui va où il veut quand tu le lâches. Et puis, applaudir un beau mouvement de l’adversaire, pas siffler comme un con pour déstabiliser l’autre, celui qui va t’en passer trois comme une fleur. Ce qui n’est pas incompatible avec le chauvinisme qui est une manière de défendre les siens, pas d’attaquer les autres.
Avec tout ça, comment veux tu qu’on se sente pas membre d’une caste ? Pire encore, comment veux tu qu’on se sente pas indigène d’un territoire ?
Ça nous emmène loin de Chabal. Pas tant que ça…Ce qu’on lui reproche à Chabal, c’est de donner une image rustique du rugby. Une image pas civilisée. Alors que c’est tout le contraire. Une des plus belles images de civilisation que j’ai vues, c’est un banquet organisé par Doxpi à Espelette pour les premières lignes de l’Equipe de France. Il y avait de l’Histoire, de la Gastronomie, de la Musique, de l’Amitié, du Respect, de la Force…tout ce qui fait qu’un peuple est civilisé.
On en reparlera…
PS : pour être clair, en France, le territoire du rugby, c’est le bassin de la Garonne et la rive droite méridionale du Rhône, les terres de Cyrano… Lo demas, tierras conquistadas. Et je dédie ce texte à Jasmine, pour son grand-père, grand entraîneur du PUC et Dacquois, but nobody's perfect.
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