mardi 27 octobre 2015

LES DICTATEURS

J’ai assez de bouteille désormais pour l’affirmer : les dictateurs aident à la bonne marche du monde.

Ne hurlez pas ! On va prendre quelques exemples. Le Shah d’Iran est le meilleur. Sous le règne du père Pahlavi, tu pouvais aller tranquillou à Téhéran, te balader en Iran, rencontrer des garçons et (surtout) des filles qui bossaient, faisaient des études et portaient des minijupes (surtout les filles). Quasiment t’étais en Occident.

Seulement voilà : le père Pahlavi, il avait une police politique, la Savak. Pas des tendres. Et donc, il tombait dans la catégorie des dictateurs. Fallait qu’il dégage. On l’a dégagé pour mettre à sa place un brave curé qui présentait toutes les garanties, un certain Khomeiny. Faut te faire un dessin ?

Vu le résultat, on devrait être méfiants. Mais non, on a recommencé. Avec le vilain Saddam Hussein. Dégagé Saddam et l’Irak baigne dans le merdier. Comme Khadafi. Viré et la Libye pourrit l’Afrique. Alors, avant de virer Bachar, on devrait réfléchir un peu.

Avec le « dictateur », tu sais où tu es. C’est un moindre mal. D’abord tu n’as qu’un seul interlocuteur, c’est plus facile pour causer. Y’a moyen de s’entendre.

Tiens, prends un autre exemple : Staline. Qu’est ce qu’on n’a pas dit sur Staline !!! Surtout après Stalingrad. Parce que je vous rappelle que le vilain dictateur était vachement fréquentable quand il s’agissait de mettre la pâtée à Adolf. Il devait avoir la dictature à géométrie variable, Joseph. Et donc, on pouvait s’entendre avec lui.

Ce qui conduit à la première question : QUI décide que Tartempion est un dictateur ? Et QUI se démène pour le virer ?

A mes yeux, seul le peuple dirigé sait si son dirigeant est un dictateur ou pas, vu que c’est lui qui dérouille (ou pas). Ce n’est pas à moi d’en juger. D’autant moins qu’il me manque pas mal d’éléments pour me faire une idée.

Mais ça ne marche pas. Ça ne marche pas car d’aucuns ont décidé que le peuple ne sait pas (syndrome du référendum sur l’Europe). Dans le meilleur des cas, on le trompe, dans le pire, il est con. Et donc, on ne tient pas compte du peuple.

Seule l’élite médiatique sait. Seule, elle peut parler et influencer une doxa prompte à s’enflammer. C’est un philosophe dévalué qui va juger Kadhafi, pas les Libyens. Quelques théoriciens trompés par de fausses infos qui hurlent à la mort de Saddam. Ne vous affolez pas : ils ne sont pas mieux informés que vous, ni plus sagaces. Ils ont juste la possibilité de s’exprimer que l’on refuse à leurs détracteurs.

Ce qui, vous en conviendrez, est la marque de la dictature.

Le peuple chinois voue une véritable vénération à Mao. Elle est tangible, perceptible, mais selon nos petits maîtres à penser, le peuple chinois se trompe. J’ai assisté à Simferopol à des manifs monstrueuses pour le recours à l’URSS et en hommage à Staline. Mais le peuple de Crimée doit se tromper aussi.

Soyons sérieux. Partout, de la Chine à Cuba, les opposants sont majoritairement des intellectuels, des journalistes, des écrivains. Des gens qui valorisent les insignifiantes crottes de leur insignifiante pensée et s’indignent qu’elles ne soient pas inscrites aux frontons des édifices. Mûs par leur envie de reconnaissance, ils s’excitent et leur excitation est reprise par leurs pairs. La vérité, c’est donc que les « dictateurs » leur offrent une reconnaissance internationale que la pauvreté de leur œuvre ne justifie nullement.

Mais, bon Dieu, un chef d’Etat, dictateur ou pas, a pour premier devoir de s’occuper de son peuple et, à cette aune, les soins médicaux aux enfants pèsent plus que le confort d’un poète maudit. Le réalisme oblige à voir que les deux choses sont parfois incompatibles. Ne fut ce que parce que le poète maudit oblige à mobiliser des moyens.

Le pire, c’est que les thuriféraires de cette prétendue liberté se disent à gauche. A gauche mais ayant perdu le sens du peuple, de ses souffrances et des remèdes à y apporter. Ce peuple qu’ils n’écoutent plus et qu’ils méprisent.

Je me souviens de cette Ukrainienne qui me disait : « Du temps de Staline, j’étais soignée et j’allais à l’école. Aujourd’hui, mes enfants n’ont même pas ça. Mais nous avons des passeports pour pouvoir voyager. Sans avoir l’argent qui nous permettrait de le faire. »

Parole du peuple de Crimée…. peuple qui a vu revenir les Russes sans tristesse.

Alors oui, souvent, le peuple préfère la dictature aux bons sentiments et les dictateurs aux ONG. Excusez moi, je continue à penser que le peuple a toujours raison. Les Russes sont majoritairement derrière Poutine comme les Chinois sont majoritairement derrière Xi Jiping. Et ce n'est pas une poignée de journalistes et de blogueurs qui changeront quoi que ce soit.Ils servent juste à la bonne conscience de leurs copains européens.

On en reparlera…..

jeudi 15 octobre 2015

ETRE DE GAUCHE

Je n’ai plus de repères. Aucun. Je suis cerné par des gens autoproclamés à gauche dont la pensée me laisse pantois.

Aujourd’hui, être de gauche, c’est être contre la corrida et pour les petits noyés kurdes. C’est vivre dans une bouillie compassionnelle façon Dalaï Lama. Je dis pas ça par hasard. Tous les prétendus opposants au FN qui vomissent sur Robert Ménard l’adulaient quand il soutenait les Tibétains. Et ne se posent aucune question. Ho ! c’est le même mec. Tu crois que quand il dalaïlamaïsait, il pensait différemment ? Rêve, c’est ton droit… Mais les Tibétains, t’aime bien. Ils permettent de dire pis que prendre de la Chine et de te draper dans la toge des Droits de l’Homme, si tant pure et virginale.

Que les inégalités croissent, que le droit du travail soit bafoué tous les jours, que la base même de la pensée de gauche (la justice sociale et économique) soit foulée aux pieds laisse les bobos-gauchos splendidement indifférents. C’est qu’originellement, la pensée de gauche est une réflexion sur la réduction des inégalités économiques. Or, l’actuel fils de Jaurès, le plus souvent cadre ou profession libérale, vit de ces inégalités. Assis sur des diplômes dont l’acquisition repose sur la reproduction sociale (oh ! Bourdieu) et qui lui assurent de tranquilles revenus, il a remplacé l’analyse économique par un ressenti humaniste. Nous vivons le temps de la gauche Kleenex.

La gauche actuelle se satisfait de son unidimensionnalité : l’homme de gauche aujourd’hui est uniquement et seulement consommateur. La consommation, bonne ou mauvaise (durable, locavore, voire bio) est devenue la pierre de touche de sa pensée. La réflexion écologique vient se lover dans les circuits de consommation alors même que l’on sait que toute consommation est, par essence, capitaliste : être écologiste devrait être anticapitaliste.

A cette aune, la gauche actuelle vient s’abriter frileusement sous les ailes repliées de la sécurité offerte par l’oligosphère gouvernementale. On nous offre chaque jour plus de policiers, plus de contrôles, plus de répression. Répression qui semble être dirigée contre les dynamiteurs de notre bien-être mais qui se retourne facilement. Comme toujours, la police est plus souvent engagée contre les mouvements populaires que contre d’invisibles terroristes. Et donc, on se bat plus facilement pour les « droits de l’homme » que pour les droits du peuple. Au point de voir des scènes aussi hallucinantes que cette foule réunie en hommage à Charlie et embrassant les forces de la répression. 1984 n’est plus si loin. Dans sa tombe, Reiser, fils du peuple, pleure.

Le problème des migrants concentre toutes ces tendances. Le peuple sait bien que l’arrivée des migrants va impacter son budget. Pour loger, soigner, nourrir, accueillir, on ne va pas taper dans le budget de la police mais dans la partie sociale du budget. Les pauvres savent bien qu’on va leur demander de payer. Il suffit alors de les stigmatiser. La machine idéologique tourne à plein régime avec son effet pervers, celui de rassembler tous ces stigmatisés..

Pendant le bordel, la gauche au pouvoir légifère. Franchement, déréglementer les taxis, à qui ça profite ? A ceux qui prennent des taxis. Toute la loi Macron doit être analysée ainsi : à qui ça profite ? L’accueil des migrants, à qui ça profite ? A part aux migrants, je veux dire. Aux patrons qui ont besoin d’une tension sur le marché du travail ? Certainement. A la grande distribution qui a besoin de consommateurs supplémentaires. ? Certainement aussi mais, dans ce cas, les nouveaux consommateurs vont appauvrir les anciens. Il va falloir s’adapter….. On n’a pas fini de râler contre la malbouffe et les produits pourris. Et les modes d’abattage. Parce que franchement, accepter le hallal et refuser la corrida, c’est pas très cohérent, je trouve.

Et donc, sondage après sondage, l’extrême droite monte, gonflée des voix de ceux à qui on fait les poches. Aujourd’hui, c’est le FN qui représente un espoir de justice sociale. Pas la peine de se poser des questions, de se lâcher sur Facebook avec des formulations ridicules style F Haine. Vous avez détruit l’espoir du peuple, ce peuple qui se cherche un avenir. Et quand meurt l’espoir, la haine s’invite.

Sur Facebook, j’écoute plein de conversations sur le prix du vin. Avec des copains qui trouvent qu’un vin bio à 10 euro, c’est vachement bon et pas cher. 10 euro ! Ce peut être une définition du peuple : ceux qui ne peuvent pas mettre 10 euro ans une bouteille de vin.

On en reparlera…

vendredi 11 septembre 2015

MIGRANTS, MAUVAISE PIOCHE

Bien, il faut donc que je me justifie devant l’avalanche de vilains mots et d’injures, dont « xénophobe » est la moindre.

Tout d’abord, parlons vocabulaire. On ne cesse de m’expliquer que les migrants fuient la guerre, la violence et les atrocités. Je suis entièrement d’accord. Ce ne sont pas des migrants, ce sont des fuyards. Dans les titres et les commentaires, remplace « migrants » par « fuyards », tu vas voir, tu réagiras différemment. C’est bien la sémantique.

Fuir, c’est survivre. Migrer, c’est changer de projet de vie. Le migrant, il choisit son point de chute, il sait qu’il aura un cousin ou un copain pour l’accueillir, l’héberger, l’aider à trouver du boulot. C’est tout simplement pas la même chose. Choisissons bien nos mots. Si nous en sommes capables.

Ensuite, oublions les analyses de comptables. Le problème, c’est pas de savoir combien mais qui. Bien sur qu’on a accueilli plus. J’en prends plein la gueule avec les réfugiés antifranquistes. Réfugiés sûrement. Migrants pas vraiment. Tu crois que je peux voir mon copain Gorka comme un migrant syrien ? Parti de Bilbao après l’offensive de Mola, son grand père était ministre du gouvernement basque. Il a juste passé une frontière inexistante. Il est allé du Pays basque au Pays basque. Et de l’autre côté, ils allaient de Catalogne en Catalogne. On n’est pas vraiment dans la même configuration, tu crois pas ? Simplement pour dire que c’est pas moi qui mélange. Au contraire. Mais le discours dominant est un discours statistique. Un discours d’une pauvreté affligeante.

Or la quantité n’a ici aucun intérêt. On va accueillir 24 000 migrants syriens et érythréens. Pourquoi ceux là ? Les Syriens, c’est pour la télé. Propres, bien élevés, diplômés, ils sont présentables. Acceptables. Accueillables si je peux oser cette barbarité. Les Erythréens, on les cache soigneusement. On n’est pas dans le même rêve. Et puis pour les Syriens on a quelques beaux exemples dont Mohed Altrad qui n’a jamais été autant interviewé. Même lorsqu’il a racheté le club de rugby de Montpellier, chacun ses priorités. Parce qu’un Syrien dans le rugby, si c’est pas de l’intégration…..

Et donc, on ne peut pas tout mélanger. Le seul point commun de tous ces fuyards, c’est la religion. Attention, soyons très clairs. Il ne s’agit pas de racisme vu que musulman, c’est pas vraiment une race. Pas de xénophobie non plus, parce que c’est pas non plus une citoyenneté.

C’est pour ça que je comprends les Hongrois. Regarde l’histoire de la Hongrie. Les mecs, ils ont passé des siècles à se castagner avec les Ottomans vu qu’ils étaient sur la route de Vienne. Et tu voudrais qu’ils ouvrent les bras ? Restons sérieux.

Et donc on mélange tout : les pays d’origine, les pays d’accueil, les raisons (les bonnes justifiant les mauvaises, comme toujours) pour tout réduire à des chiffres.

A ce jeu, les Allemands sont les meilleurs. Ils manquent de main d’œuvre et donc les migrants, c’est pain bénit…ils vont assurer la croissance. Dire qu’on manque de main d’œuvre est un poil exagéré. Chez nous, c’est autre chose…Que Gattaz soit favorable devrait nous mettre la puce à l’oreille. Si Gattaz est content, on a du souci à se faire. Pour le Medef, les fuyards, c’est génial : le chômage suffisait pas à tirer sur les salaires, ils vont bien aider. Surtout s’ils sont très diplômés. Jusque là, le réfugié il pesait sur les emplois peu qualifiés. Avec des diplômés, on change de niveau. Echelon par échelon, le patronat va pouvoir gratter de plus en plus haut. Et donc, logiquement, les socialistes approuvent. Les fuyards font avancer la macronisation de la société. Ils vont pas avoir de scrupules à travailler le dimanche, eux ! Et le code du travail, on peut parier qu’ils vont s’en moquer.

Car les fuyards vont nous apporter leur culture de survie. Un peu comme les boat people avec, toutefois, quelques différences. Déjà, les boat people n’avaient pas de vraie culture religieuse. Comme nous désormais. A l’opposé, ils avaient une vraie culture de la bouffe et, Halleluja ! la même que nous fondée sur le cochon et le canard. La plupart étaient francophones ou avaient des parents francophones, la colonisation a parfois ses avantages. Il y avait donc plein de passerelles qui furent plus ou moins empruntées.

Là, j’ai beau regarder, des passerelles, j’en vois pas beaucoup. Langue, religion, habitudes alimentaires, tout nous oppose. Même le protectorat est oublié… Va falloir faire des efforts.

Justement. Qui a envie de faire des efforts aujourd’hui ? Passé les premiers moments d’émotion, que va t’il se passer ? Nos gouvernants vont ils faire la seule chose intelligente à leur portée, soutenir Bachar et aider les chiites à supporter la pression sunnite ? Redonner au conflit la dimension religieuse qui le sous-tend pour trouver des solutions.

Car, en fait, leur islamisme, je m’en fous. Je sais simplement qu’ils sont majoritairement en conflit avec notre population musulmane, essentiellement sunnite. Et si on venait d’importer la guerre de religion chez nous ?

On en reparlera…


lundi 7 septembre 2015

LE COLONEL DELEGORGUE

Vous le connaissez pas ? Moi non plus, je le connaissais pas. Et puis, pour d’obscures raisons, je me suis intéressé au siège de Dubrovnik en 1809. Deux régiments français assiégés dans Dubrovnik par les Monténégrins.
Ce qu’on appelle alors les Monténégrins est en fait un regroupement de Bosniaques, de Croates ottomans, i.e. musulmans, d’Albanais et de Monténégrins. Bien que commandées par un prince-archevêque, les troupes sont largement islamisées.

Ces Monténégrins ne font pas de prisonniers. Tout homme capturé est exécuté. Bien entendu, il en va de même des blessés. C’est ce qui va arriver à ce malheureux Delegorgue. Capturé et décapité. Au sabre.

Daesh n’a rien inventé. La décapitation au sabre est une marque de l’Islam depuis des siècles. Attention : je ne parle pas d’Arabes. Les musulmans qui combattent pour le Monténégro sont des Européens. Des Européens proches des Ottomans, mais des Européens quand même.

Hier, l’émir du Qatar, dans une interview affirme ne pas vouloir accueillir de réfugiés syriens au motif que « nous avons assez d’esclaves comme ça ». Ça a le mérite d’être clair. D’ailleurs, si vous faites une recherche rapide sur l’esclavage aujourd’hui, ce qui ressort en tête, ce sont les pays islamiques.

Tout ceci n’est pas étonnant. L’une des bases de l’Islam, c’est que ceux qui n’y adhèrent pas ne sont pas des hommes. Pour certains, ça va même plus loin. Les musulmans pas trop conformes (alaouites, ismaéliens, mozabites) sont mis dans le même sac que les infidèles.

On se bat donc en ce moment pour accueillir des gens qui estiment qu’on n’est pas vraiment des hommes. Tu vas me dire ça fait un moment que ça dure. OK. Mais là, les proportions deviennent inquiétantes. Tant qu’on était dans les milliers, on pouvait causer. Là, on est dans les centaines de milliers. Moi, je regarde. Les arrivages récents (italiens, espagnols) ils atteignaient pas ces niveaux. Comme en plus, il n’y avait pas le fossé culturel qui a coûté la vie de Delegorgue, c’était gérable. Au lycée, j’avais plein de copains « réfus », les fils d’Espagnols qui avaient fui Franco. Y’en avait vraiment beaucoup. Enfin, beaucoup mais pas tant que ça : au moins trois par classe ! Ce qui m’a conduit à apprendre l’allemand. Dans les classes d’espagnol, t’avais pas la moindre chance, les mecs ils avaient un vrai avantage. Après, j’ai marié la fille d’un militant italien antifasciste. Ce qui m’a conduit à bien connaître la colonie italienne de l’Est parisien, tu sais, celle de Cavanna. Celle qui a fait la fortune du père Carniato. Ben, Nogent, si tu disais Little Italy, c’était vraiment « little », pas plus d’un millier de mecs, tous réunis dans un ou deux quartiers et qui avaient qu’une idée, c’est d’en sortir. Et in fine, j’ai épousé la fille d’Hamid, prof de philo et qui refusait pas un pastaga pendant le Ramadan. Avec mes cousins kabyles, le gap culturel, je le sens pas trop à l’heure de l’apéro.

Et donc, je m’étonne que personne ne se soucie de ce changement d’échelle. Qu’on considère que vingt ou trente mille mecs, c’est comme cinquante ou cent. Que personne ne pense que cette quantité débordera sur des territoires peu préparés. Parce que les mecs, ils se mettront d’abord dans des ghettos et puis ils en sortiront, comme toujours et c’est normal. Et qu’on verra à ce moment là, si le gap culturel persiste. Peut être pas. Je suis pas devin. Pas trop optimiste non plus. Parce qu’accueillir un bon millier de réfugiés espagnols au Pays basque où on cause quasiment pareil, on mange pareil, on chante pareil, on boit pareil, c’est accueillir des parents. On se mélange facile, on déconne ensemble et on copule ensemble. L’intégration est naturelle. On va bien voir si on copule facile avec les filles des « migrants ». C’est un bon test, ça… Pour l’instant, ça a pas l’air tout simple les copulations multiculturelles. A part Najat…

Bon, on va laisser les sexologues bosser. Parce que les sociologues, ils racontent que des conneries…

On en reparlera…

samedi 22 août 2015

TU PRENDS OU TU LAISSES

J’aime bien les réactions sauvages. Mes copains restaurateurs, ils en ont après TripAdvisor ou La Fourchette, en ce moment. Comme quoi, c’est des sagouins qui écrivent les avis. Ben oui. C’est même la règle du jeu.

Quand je travaillais pour le père Routard (c’est une sorte de père Fouras en à peine moins vieux), à la fin du boulot, j’envoyais d’un côté une note avec les heures passées à écrire et une autre note avec les factures (hôtels et restaurants) payées. Réglées rubis sur l’ongle. Vérifiées : si tu mettais un restau sans antériorité et sans facture, ça branlait au manche, vu la suspicion de copinage.

Internet a gommé tout ça. Les minets écrivent gratos et présentent pas la facture. C’est bon, ça fait du contenu. Du contenu merdique, mais qu’y faire ? C’est de la liberté d’expression. Que savent ils ces critiques autoproclamés ? En général, rien. Pas grand chose des produits et rien de la profession. Mais Internet leur donne le droit d’écrire. Ce qu’ils veulent. Quand ils veulent. Comme ils veulent. Libres. Libres d’écrire des conneries que liront des gens tout aussi incompétents qu’eux mais qui vont s’en satisfaire. Surtout que lire est aussi gratuit.

Il ne vient plus à l’idée de personne que recueillir de l’information, la contrôler, la publier, coûte de l’argent. L’info, c’est gratuit. Faut pas s’étonner que le web regorge de stupidités. Gratuites, ce qui est leur qualité essentielle.

Il ne vient plus à l’idée de personne que c’est ce que nous voulons. Tous. On veut dé-ré-gu-ler. Le restaurateur qui adore Uber, il ouvre la voie à TripAdvisor.

Tout ça me dit un truc : Le Chapelier a enfin gagné. Pas besoin d’apprendre, pas besoin de savoir. Juste savoir communiquer.

Tiens, taxi, justement. Pour être taxi, fallait passer un exam. Prouver qu’on connaissait Paris. Ho ! ça va pas. C’est pas essentiel. C’est pas savoir qui compte, c’est simplement le prix et la disponibilité. Forcément s’il y a exam, la disponibilité se retrécit. Et puis Macron (je dis Macron, c’est pour mettre un nom), les exams, il connait. Ceux qu’il a passé, c’est les bons exams. Tu vas pas comparer Sciences Po à un examen de taxi ?

Si. Un exam, c’est pour montrer qu’on maîtrise un sujet. Si c’est un CAP de pâtissier, t’es censé maîtriser la pâte à choux. C’est pas aussi cador que la législation européenne, mais bon, c’est une garantie. Je dis ça, parce qu’on m’a offert des choux venant d’un spécialiste de la pâte à choux. Le mec, il s’appelle Poppelini, il te demande de manger ses choux avec amour, mais sa pâte, elle est dégueu. Total manque de souplesse, et même une sécheresse qui laisse penser qu’il y a du surgelé là-dessous. Le lendemain, c’était pire. Du carton. Rien à voir avec les choux de Madame Fernandez (cherchez pas, c’est fermé).

Les mecs de TripAdvisor, ils ne maîtrisent rien. Ceux d’Uber, non plus. C’est pareil.

Et donc tu peux pas accepter Uber et refuser TripAdvisor. Tu prends ou tu laisses. Tout. Et tout en même temps Tu choisis le monde des mots ou le monde des choses.

Tu choisis vu que tu peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Je sais, c’est dur. Il va falloir que tu acceptes que écrire sur Internet, c’est pas écrire. C’est utiliser un clavier pour causer comme au Café du Commerce.

Normalement, sous chaque texte, tu peux retrouver les influences. Savoir qui cause sous celui qui fait semblant de causer.

Tu crois que mes conneries sont naturelles ? Ben non. J’essaye avec difficulté de me rapprocher de quelques stylistes, pas nécessairement acceptés comme tels.

Mais, bon, ça nous éloigne….

On en reparlera…




jeudi 20 août 2015

LES CELTES ET LES BASQUES

Ce texte, ça fait un moment que j’en ai envie. Sauf qu’il risque de me fâcher avec un tas de copains

Ça fait un moment que je tourne autour d’une question : comment un peuple situé sur plusieurs voies de passage peut-il être considéré comme singulier ? Que les Eskimos d’Angmassalik soient un isolat, ça se comprend. Mais les Basques ? S’il y a un passage nord-sud dans les Pyrénées, c’est bien le Pays basque. Ajoutons le piémont septentrional qui conduit de Narbonne à Bayonne, la vallée de l’Ebre au sud qui va de Girona à Donostia, plus la côte, ça a circulé dans le coin !!! On m’a expliqué avec le plus grand sérieux que les Basques s’étaient isolés dans leurs montagnes. Mais ça non plus, ça ne fonctionne pas. Les montagnards, ça descend dans les vallées et on sait que 75% du vocabulaire basque a des origines latines. Il a bien fallu échanger pour en arriver là.

Je me suis baladé de l’Adour au Minho. En gros, c’est ce qu’on appelle l’Espagne verte, celle qui présente le climax atlantique. Partout, j’ai vu le même type d’habitat : des villages, le plus souvent regroupés sur des éminences, avec des rivières pas très loin, des lieux de culte près des rivières. L’occupation ancienne du sol en Galice est pratiquement la même qu’en Euskadi. Curieux.

Ces paysans sont aussi des mineurs : or (à Itxassou), fer à peu près partout, étain en Galice… Je vais pas vous gonfler de références…Pour Itxassou, voir les travaux de Béatrice Cauuet sur les mines d’or…celtes.

La toponymie vient ajouter quelques signes. Comment ne pas voir dans le nom d’Ourense (Urantia en latin) ce radical UR qui signifie l’eau et va bien avec la vocation thermale de la ville ? Comment ne pas voir dans le nom latin de Bordeaux (Burdigala) le mot basque Burdin (le fer) qui donne comme sens « le fer des Gaulois », compatible avec la première vocation de ce qui était un village de forgerons ? Quant aux finales des noms basques en « ritz », elles ressemblent fichtrement à un adoucissement du « rix » gaulois, même si Hector Iglesias préfère une origine germaine plus tardive. On peut multiplier les signes. Mes copains basques ferment les yeux et les oreilles et affirment (sans beaucoup plus d’arguments que moi) que tout ceci ne reflète qu’une formidable expansion du domaine des Basques trop singuliers pour se mêler à d’autres peuples. Tu parles ! Ce seraient bien les seuls….

Reste la langue…pas vraiment indo-européenne. Antérieure. Comme les langues celtes. Avec un bémol toutefois. Des langues celtes, nous ne connaissons bien que l’état le plus récent. Comment parlaient les Celtes continentaux au temps de César ? On sait pas trop, y compris pour les Bretons, vu que le breton actuel est apparenté aux langues celtes des Iles britanniques.

Et donc, tout est possible. Y compris que le basque soit un isolat conservé du gaulois. Hurlez pas.. Rien ne s’y oppose. Moi, y’a un truc qui m’intrigue. Le grand Jules, quand il parle de la conquête de l’Aquitaine, pas un instant il ne parle des Basques ou de la langue basque. D’accord, c’est pas lui qui s’y est collé, c’est Crassus. Mais quand même, Christian Goudineau a bien montré comment il fonctionnait : un peuple bien sauvage avec une langue bien barbare, ça aurait du lui plaire. Ben non. Pas un mot. Comme s’il était en territoire connu. Et peut être qu’il était en territoire connu. Que la langue ne lui posait pas de problèmes.

Les linguistes et les historiens sont des gens à courte vision. Ils s’excitent sur des textes (souvent truqués) et ils oublient la vie. Je vous dis ça à cause de Jean-Pierre Aren. Il m’a fait découvrir, voici bien longtemps l’alboka. C’est un instrument de musique, très ancien, à anche, avec un pavillon fait d’une corne de vache. Voici un exemple : https://www.youtube.com/watch?v=mCBv2BSnwqM

Bon, j’ai pas pris Kepa Junkera au hasard. La vidéo fait partie d’une série. Ce qui frappe mon oreille, c’est qu’on est dans un monde celte. Ecoutez les vidéos sur la trikiritxa, c’est pareil. C’est pas seulement de la musique, c’est une parenté qui se dévoile. A mes yeux, bien plus pertinente que les études linguistiques. Quand tu as la même musique, tu as le même corpus culturel. Et ça colle bien avec la géographie et l’utilisation du sol. Dans un monde de navigateurs de cabotage, de la Galice à la Bretagne c’est le même monde.

Ah ? vont dire les obsédés de l’étiquette, alors les Basques sont des Celtes ? Des Gaulois ? Peut être, peut être pas. Il y a des années de travail pour un résultat incertain et on s’en fout. Mais il fut un temps où les Basques fonctionnaient comme des Celtes, dans un monde dominé par les Celtes. Réalité sur laquelle personne ne veut travailler.

Moi, c’est une hypothèse qui me botte. Que les Basques soient les derniers Gaulois. Irréductibles, ça va sans dire. Ustarix le Gaulois. Que les racines de la Nation n’existent plus que quelque part entre Garazi et Larrau..

T’imagines que l’hypothèse fonctionne ? Que la musique remplace l’archéologie et les textes du vieux Strabon ?

Non, je ne l’imagine pas. Ce serait un séisme épistémologique parce que ça voudrait dire que des gens qui prennent leur pied ensemble sont une meilleure caution scientifique que des gens qui se foutent sur la gueule. Ça voudrait dire que le peuple qui danse doit être pris plus au sérieux que l’intellectuel qui écrit. C’est pas demain la veille….

On en reparlera….

mardi 11 août 2015

CHRISTIAN PARRA, MON AMI

C’est juste un souvenir. Un vieux souvenir. J’arrive chez Maria Luisa. Ceux qui savent savent où c’est. Christian est là, appuyé sur sa panse. Un geste, un seul, que je vienne à sa table.
« On m’a dit que tu bossais pour le Routard ? C’est vrai ? »
On ne ment pas à Christian.
« Alors pourquoi j’y suis pas ? Guérard y est, et Arrambide et Tellechea. Et moi, je suis mauvais ? »

J’argumente. Non tu n’es pas mauvais, tu es le meilleur. Mais voilà, les tarifs, le Routard, c’est aussi une question de prix. Honnêtement, je peux pas.

Christian me sert à boire. Il réfléchit vite.

« Bon, écoute. Je t’invente un menu Routard. Réservé à tes lecteurs. Moins de cent balles, vin compris Tes lecteurs, je les veux, c’est la jeunesse, c’est la vie. Tu me connais. Tes lecteurs, c’est moi ».

Du coup, j’ai fait venir le Philippe. Menu spécial Routard chez un double macaronné, étiqueté 19/20 chez Gaumiyo. Moi, je voulais pas qu’on dise que je faisais du copinage, c’était au chef de décider.

Je dois dire que Christian a fait fort. Guitare, piano, musique jusqu’au bout de la nuit. Je ne suis rien qu’un aubergiste. Sauf que c’était pas du jeu. C’était Christian. Marchand de bonheur. Même pas marchand. Apporteur de bonheur. Je cuisine pour rendre heureux. Je cuisine pour être heureux. Philippe était séduit. Je le voyais bien. Dans la nuit au bord du fleuve, il m’a dit : fonce.

Christian était fier de ses macarons. Mais il se méfiait. Il avait peur de devenir un cuisinier pour bourges nostalgiques. Il avait besoin d’éternelle jeunesse et, le salaud, il l’avait. Il suffisait qu’il prenne sa guitare.

Des souvenirs avec lui, j’en ai plein. Et je suis pas le seul. Christian arrivait à faire des souvenirs avec tout. Quand tu reçois Jérome Savary et sa troupe, c’est facile. Mais arriver à faire d’une paire d’œufs à la ventrèche, un souvenir mémorable quand la brume glisse sur l’Adour et qu’on est juste deux à regarder mourir le feu, c’est un don, un don de magicien.

Je suis juste un aubergiste. Il me l’a dit cent fois. Un jour, il a précisé. Une auberge, c’est un endroit où il y a de la lumière quand tout est noir, une maison dont la porte va s’ouvrir, un endroit où tu n’es plus seul. Il connaissait le poids de la solitude

Il était profondément et puissamment charnegou. Au départ, le charnegou est un bâtard, un chair mêlée. C’est un peu péjoratif. Le pays charnegou n’existe pas vraiment et ses frontières sont floues Il regroupe une poignée de communes, autour de Bidache : Hastingues, Came Sames, Guiche, Labastide. C’est une marche au sens le plus médiéval. Qu’on soit plus à l’Ouest, on est au Pays basque, un poil plus à l’Est et c’est le Béarn. On traverse le fleuve et voilà les Landes. Toutes les influences se mêlent, comme les familles. En pays charnegou, on a facilement la copulation exogène.

Terre de bouffe parce que terre de produits. On veille sur le porc et les canards,, on fait gaffe à la qualité du maïs qui garantit l’engraissement des volailles. Le boudin y est hostie et mal manger péché capital. Pour des raisons différentes, Christian et moi partagions la même tendresse pour le grand-père Montauzer qui faisait sa tournée du pays charnegou avec sa camionnette pour vendre de la charcuterie aux paysans. Il doit être plus facile de vendre du sable à Tamanrasset que du cochon à un charnegou. Quand le vieux arrivait dans le village, ma marraine me donnait un billet à l’effigie de Victor Hugo pour que j’aille acheter une tranche de hure. Christian avait un regard plus professionnel Il analysait toute charcuterie comme un conservateur du Louvre détaille un Léonard. Ici un trait de cognac, là, c’est la façon de hacher qui va révéler les sucs. Parfois, on se retrouvait chez André Lahargou.

Christian allait chez André comme un notaire va au bordel. En catimini. Son statut de grand chef collait mal avec la sciure du sol.. Je crois qu’il avait besoin d’André comme il avait besoin des jeunes, pour rester dans ce monde idéal des villages d’antan.Leur monde.

Et moi, je les écoutais en lampant du whisky distillé en Auvergne. Le gros charcutier conseillait le fin musicien. J’ai le souvenir d’une tirade racinienne sur l’utilisation du laurier qui peut assassiner une terrine. André allait chercher son laurier dans le jardin d’un curé de Chalosse. Je vais t’en donner. La prochaine fois, tu m’apporteras des oeufs comme la semaine passée, je me suis régalé. Et ce leitmotiv partagé : le cochon, c’est délicat.

Maintenant qu’ils sont partis tous les deux, qui va me redire ça : le cochon, c’est délicat.

On en reparlera…