mercredi 7 août 2024

SPORT ET MÉDAILLES

 Toute  la journée, des journalistes sous-formatés nous cassent les burnes avec le tableau des médailles. J’ai cherché : il existe deux tableaux des médailles. Le plus utilisé est celui qui recense toutes les médailles, le plus sélectif ne prend en compte que les médailles d’or. Ça, je peux comprendre : être second ou dernier, c’est pareil : ne pas être premier. On parle de sport, seul compte le premier

 

Mais, dans tous les cas de figure, manque une donnée : la population globale. Quand t’as un milliard et demi d’habitants comme la Chine, tes chances d’abriter un coureur ou un boxeur d’exception sont plus fortes que celles du Liechtenstein. Un enfant de quatre ans analphabète comprendrait ça.

 

Les USA sont numéro 1 dans les deux classements : 86 médailles dont 24 en or. Ça nous fait une médaille pour quatre millions d’habitants ou une médaille d’or pour 14 millions d’habitants. Ça relativise.

Pour la Chine, c’est pas mieux : une médaille pour 24 millions de Chinois, une médaille d’or pour 70 millions. Avec leurs 35 médailles, les Australiens obtiennent une médaille par million d’habitants et une médaille d’or pour deux millions.

La France fait un peu moins bien : une médaille pour 1,4 million et une médaille d’or pour 5 millions. Calculs rapides avec arrondis en date du mercredi 07/08.

La lutte entre Chinois et Américains doit être relativisée : le sport est relativement récent en Chine et sa structuration est différente qu’aux USA en termes d’installation et d’entraîneurs. 

 

Mais ce que disent ces chiffres, c’est qu’en matière sportive, les Américains ont baissé les bras. Il faudrait retrouver les comparaisons USA/URSS au temps de la guerre froide. Mes souvenirs disent que les deux pays se livraient une compétition acharnée et idéologique. Le sport était une valeur géopolitique. A priori, ce n’est plus le cas que pour la Chine qui veut conforter sa domination du monde. 

 

Sauf que dans les pays du Tiers monde, le sport a conservé cette valeur et que le déclin américain aura des conséquences politiques On le voit déjà : alliée des USA, l’Ukraine ne peut prendre pied en Afrique où la Russie se victimise.

Les JO de Paris marquent, l’air de rien, la fin de l’hégémonie occidentale pour ceux que l’OCS appelle le Sud global. Pour peu que l’Ukraine prenne une raclée avec des avions américains et les digues seront rompues. Deng Xiaoping aura gagné.

 

Je constate le même jour que la Chine annonce les résultats plus que prometteurs de son TGV-Maglev. On ne s’énerve pas, il y a un gros paquet de propagande dans cette annonce qui est là seulement pour renforcer l’isolement yankee. Dans les jours qui viennent, les journalistes vont nous expliquer la poursuite de l’hégémonie américaine. Jusqu’au prochain coup.

 

Ne me demandez pas où il sera joué. A mon avis dans l’espace qui est le seul endroit où manquent les repères : la politique spatiale américaine a été partagée avec Elon Musk lequel est devenu de facto un maillon faible. Et ce qui n’est pas à Musk a été donné à Boeing. Les Chinois ne sont pour rien dans les choix de la NASA dont le pire fut le partenariat public-privé.

 

Tous les pions sur lesquels j’ai attiré votre attention depuis dix ans restent actifs : l’OCS a grandi et s’est renforcée, les instruments financiers se renforcent lentement et le dollar souffre, la marine chinoise atteint une taille hégémonique et la station spatiale chinoise est la tête de file d’une occupation de l’espace qui n’inquiète personne. Sur le papier, l’armée chinoise est au top mais il lui manque la validation par le reel que seule accorde la guerre, surtout pour ce qui est de l’aviation.

 

il est vraisemblable qu’il n’y aura aucune confrontation. Même sur Taiwan. La Chine attend, elle a le temps.

samedi 27 juillet 2024

JOLLY JUMPER

 J’ai regardé l’ouverture des JO. Puis j’ai regardé les commentaires.

 

Il y avait à dire sur le travail de Thomas Jolly, pas si complexe car étalé sur trois heures et six kilomètres. Une insipide commentatrice nous a asséné dix fois qu’il avait voulu « casser les codes » stéréotype habituel pour dire qu’on va nous casser les burnes.

 

Dès le début, la fesse est dite. Lady Gaga chantant Zizi Jeanmaire, c’est une femelle charolaise imitant une gazelle, la cuisse puissante, la fesse mafflue et la hanche prête à véler. Vient ensuite le french cancan, symbole parisien cosmopolite qui figurait dans  les bals du Second Empire sous l’appellation de « quadrille salace » avant de se voir affubler d’un nom anglais moins connoté. Car le sens premier de « salace » est « lubrique », le mot partageant la même étymologie que « saillir » : il s’agit de sexe où la femelle se fait prendre.

 

Et je n’ai vu que ça, des femelles, jusqu’à Céline Dion, angélique comme une Vierge à qui on demande de devenir pute par la grâce d’une chanson où la femelle clame son appartenance à l’homme : « je me ferais teindre en blonde si tu me le demandais ». C’était à la fin quand la rédemption s’invite dans la maison close. Boule de suif.

 

Même Gojira, les fils de Dominique, élevés au pied de la Cathédrale Sainte-Marie de Bayonne, et qui invitent Carmen à leur succéder car elle a remplacé Marie-Antoinette.

 

Thomas Jolly n’est pas idiot. Il sait qu’un milliard de spectateurs vont regarder son spectacle et veulent voir la France de l’amour. Alors il compose une terrine à la Escoffier pour glorifier l’amour à la française tel qu’il a conquis le monde au XIXème siècle. Le monde de Maupassant et de la Nana de Zola, si loin d’Annie Ernaux. Il y faut la rigueur de la Garde Républicaine pour tempérer Aya Nakamura, la sous-maîtresse reste toujours au salon.

 

Pour être juste, je dois admettre que le cassage de codes a existé, avec le sublime spectacle lumineux de la Tour Eiffel. J’avais peur de subir un énième feu d’artifice car je déteste cette débauche de couleurs primaires incontrôlées où flotte un je-ne-sais-quoi de vulgarité américaine qui arrache au troupeau des bêlements admiratifs. Hier soir, la Tour Eiffel avait retrouvé son rôle qui n’était pas de symboliser Paris mais de magnifier la technologie française à une époque où la concurrence était rude. Le spectacle lumineux rappelait le Rafale, les généticiens d’Axel Kahn et rendait hommage à Louis Néel, Prix Nobel de Physique qui a tant contribué à la création du laser.

 

Après s’est ouvert le bal des cons avec, pour la première valse, la petite Le Pen qui y a vu une glorification des wokes alors que la France venait de rouvrir la Maison Tellier. Les Français ne s’y sont pas trompés qui proclamaient leur « fierté »… Le défilé nautique avait été un hymne à la Nation, à toutes les Nations, avec une débauche de drapeaux que le drapeau tricolore accompagnait dans la foule. La France est unie quand elle est l’exemple du monde, pas quand Gervaise compte les voix d’une évanescente majorité. Chacun valorise son idéologie, oubliant que cette idéologie. est une partie de la pensée nationale, cette pensée construite au fil des siècles par des gens qui voulaient vivre dans un pays ouvert à tous. Pour ne pas vivre dans un pays excluant certaines religions, nous avons inventé la laïcité qui exclue Dieu du monde politique et crée notre égalité. Et nous valorisons la démocratie, gouvernement du groupe et non de l’individu.

 

Tout cela, le monde le sait. Mais le monde sait aussi les dangers de la mondialisation destructrice. Thomas Jolly a su montrer au monde que Paris sera toujours Paris et la France toujours la France, un roc culturel que rien ne fait trembler car il absorbe tout pour le rendre meilleur. La France est unique car elle est diverse et qu’elle sait mêler cette diversité pour en faire son unicité.

 

Merci Monsieur.

vendredi 12 juillet 2024

VIVRE AVEC LES ANGES

On s’emmerde à vivre avec les anges !

 

Aujourd’hui encore, un mononeuronal me reproche d’être cruel. Ouais, j’ai le droit comme tu as le droit de me casser les burnes avec ton amour du vivant exprimé de la façon la plus mièvre qui soit. La miévrerie est une faute de gout qui conduit immanquablement au. kitsch.

 

Alors oui, je suis cruel et j’aimerais l’être plus, je suis égoiste et j’aimerais l’être plus, je suis cynique et j’aimerais l’être plus mais je suis cohérent et je voudrais que vous le soyez plus.

 

Premièrement, je pense à gauche car j’ai adhéré à la pensée de Marx voilà….longtemps. Sans compromis ni compromission, mais pas sans reflexion. Pas comme Mélenchon qui s’affirme de gauche après avoir participé à l’un des gouvernements les plus privatiseurs du siècle. Mélenchon est un pantin de droite avec un discours de gauche. Pas comme l’autre blondasse qui se vautre sur les plateaux de télé-Bolloré avant de vouloir « libérer les médias ». Pas comme tous les militants décérébrés qui infusent le discours de la religion dans la société. C’est Jésus qui affirmait que tous les hommes sont frères, Marx leur demandait seulement de s’unir dans la lutte. Refusant Jesus pour cause de laïcité, je refuse d’être le frère de tous les hommes et les migrants m’emmerdent. C’est cohérent. On ne peut pas être de gauche et accepter une pensée religieuse fut ce sous forme de traces. Je sais : il y a des chrétiens de gauche, comme il y a des poissons volants, mais « ils ne constituent pas la majorité du genre ».

 

Etre à gauche, c’est adhérer au matérialisme, désormais confronté à l’humanisme, vieille défroque religieuse recyclée en politique. Les disciplines matérialistes (géographie, biologie) ont été savamment détruites avec la complicité du capitalisme consumériste dont les publicistes valorisent l’individu contre le groupe et son représentant le plus éminent, la Nation. Personne ne veut plus voir que la Nation est l’outil le plus efficace contre les inégalités qui sont, le plus souvent, des inégalités sociales. Un bon système scolaire permet à un individu de sortir de son enfermement social. J’ai connu la fin de ces temps qui ne se préoccupaient pas des cas trop minoritaires, les fainéants invétérés et les QI trop faibles, car la Nation était un tamis à repérer les individus qui pouvaient l’enrichir. Un fils d’instituteurs de campagne pouvait intégrer l’Académie française (Pagnol) ou devenir Président de la République (Pompidou). Ce qui explique que, de Robespierre à Mao Zedong, les dirigeants de gauche étaient nationalistes. Mais le peuple (la masse) aimant les symboles, un cantique comme l’Internationale l’a convaincu que la Nation était un péril alors que c’était la seule arme à sa portée pour anéantir l’inégalité.

 

La colonisation est un crime contre l’Humanité. Tu sais quoi de la colonisation ? Une bouillie gloubi-glouba à destination de ceux qui veulent être des anges. Tiens, le Sénégal. La France s’est implantée au Sénégal grâce aux Signares de Saint Louis, compradores locales (relis Marx sur les compradores), belles femelles qui savaient que leur carte bleue se rangeait dans leur culotte et se rendaient complices, sans le savoir, d’un crime contre l’humanité. Toutes les colonisations se sont appuyées sur la collaboration. Certes, il y eut des révoltes, mais elles ne sont pas majoritaires, les collaborations furent la règle. Si on veut stigmatiser les colonialistes, ne jamais oublier leurs complices et les chefs de tribus africaines qui fournissaient à Gorée la matière première.

 

Il m’est arrivé de participer à des manifs évoquant des militants assassinés par l’armée française comme Maurice Audin. Aujourd’hui, vu froidement, je pense qu’ils ont été les martyrs ayant servi d’escabeau à un gouvernement de corrompus enrichis par le pillage d’un pays que la colonisation avait enrichi. Cynique ? Non, réaliste. Maurice Audin est mort pour le peuple algérien, pas pour les caciques du FLN. Les milliers d’Algériens voulant vivre en France ne s’y trompent pas et me donnent raison.

 

C’est génial de vieillir : on constate les évolutions. J’ai aussi défilé pour Cohn-Bendit. « Nous sommes tous des juifs allemands ». Sans le savoir encore, je défilais pour un copain européiste de Bayrou qui aujourd’hui ne cesse de glorifier son Allemagne chérie. Cocu ? Ça y ressemble. Ma copine Colette, députée socialiste, a voté pour le détricotage du Code du Travail par Macron. Je ne lui pardonnerai jamais : le Code du Travail protège les travailleurs, quand on se veut « de gauche » l’affaiblir est une ignominie.

 

On m’aura compris : de Mélenchon à Colette, je ne pardonne rien. Le pardon est une notion religieuse qui n’a rien à faire en politique même si elle arrange les avocats. Tout comme la rédemption. La « seconde chance » est aussi une notion religieuse. La République te donne toutes les chances en une fois. Si tu n’as pas su les saisir, c’est que t’es con ou fainéant, ou les deux à la fois. On crève de ce mélange : Dieu a sa place à l’Eglise, pas au Palais-Bourbon.

 

Il faut rendre à César….Excusez moi, ça m’a échappé         

                                                         

jeudi 4 juillet 2024

MORT D'UN PATRIMOINE

Il faut n’être concerné que par les choses importantes. La majorité, on s’en branle.

 

En ce moment, je m’intéresse uniquement à l’histoire de la cartographie. La première carte de France, la vraie, établie par mesure (pas un dessin à la con torché par un pseudo-cartographe), a été créée par des migrants, la famille Cassini. Boulot d’un siècle achevé en 1789. Moyennant quoi, le gouvernement révolutionnaire a confié aux Cassini la création du système métrique (ça c’est pour mes copains mononeuronaux qui comptabilisent l’apport des migrants à la Nation en espérant qu’ils remplaceront Aya Nakamura par les Cassini).

 

Cinquante ans après, mon aieul, cartographe militaire fait ses préparations en toises et passe au système métrique pour le rendu final. Ça me dit que les bouleversements épistémologiques peuvent n’être pas perceptibles et applicables sans un temps de latence.

 

On rigole pas, là. Au Dépôt de la Guerre, on prépare les cartes pour les militaires. Obligation d’avoir des échelles compréhensibles par tous, utilisables par tous, des légendes universelles, de faire de la carte un instrument de communication pour des gens que tout sépare. Mais on préparait aussi les cartes pour les artistes : les peintres de bataille ont besoin d’un décor exact. Le Dépôt de la Guerre au XIXème siècle était un creuset où la géographie était un alliage d’art pictural et de mesure du globe. La cartographie était un art, mais pas seulement car les cartographes devaient faire des cartes avant les conflits et pouvaient être également un peu espions. Les paysages étaient levés à la planchette quand on avait le temps de mesurer, et sinon « au pas », c’est-à-dire au fil de la marche. Des modes de dessin changent et il faudra près d’un siècle pour que la courbe de niveau remplace les hachures et que la France soit couverte au 1/80 000ème, échelle de la carte d’Etat-Major.

 

Pendant tout le siècle, le Dépôt de la Guerre a été un laboratoire de la représentation du monde tout en restant connecté aux recherches des autres comme les peintres de Barbizon, par exemple. Mon aieul avait été repéré par l’Empereur dont il est devenu le cartographe privé, chargé de cartographier les écrits de Jules César. Mais il n’était pas seul : j’ai chez moi une grande aquarelle de Gaspard Gobaut  représentant un village palafite qui m’évoque les travaux de Pétrequin en Franche-Comté. Tous ces gens mesuraient : Papy disposait de soldats chaussés de caligae qui vérifiaient les distances du De Bello Gallico. Le dossier (brouillons, notes de travail) est à la base archéologique  de Glu-en-Glenne.

 

Bien sur, ils étaient des peintres « pompiers », tenus par la réalité et la mesure de la réalité. Papy a recréé par le dessin le pont jeté par César sur le Rhin  dont il ne reste rien et les peintres de bataille bossaient pour qu’il ne manque pas un galon aux uniformes. Ces cartographes étaient appelés « ingénieurs géographes » et ils baignaient dans la réalité du terrain et la symbolique de sa représentation. Ça peut paraitre stupide mais tout était à inventer pour passer de Cassini au GPS, GPS dont l’efficacité repose sur la triangulation de Cassini. Car la cartographie a longtemps été une spécialité française, même au temps de Landsat et même avec des migrants. Le passage du réel au symbolique demande une finesse extrême surtout si tu veux que le symbolique soit réaliste. Sans compter que même les mesures différaient : les Français mesuraient par rapport au méridien de Paris, les Anglais avaient choisi Greenwich. Allemands et Autrichiens se basaient sur le méridien de Hierro, île des Canaries où ils voyaient la pointe la plus occidentale d’Europe. Les autres ? Ça dépendait du boulot à faire et du directeur en poste. L’universalité progressait à petits pas, entravée par les nationalismes toujours pointilleux. Avant même d’avoir terminé, les cartographes devaient d’adapter : dès les années 1890, Taride créait la carte au 1/200 000ème, mieux adaptée aux voyages en automobile. Michelin gardera cette échelle en y ajoutant la correspondance de couleurs entre route de la carte et signalétique de la route (borne rouge= route rouge). La symbolique colle à la réalité, la cartographie privée vient épauler la cartographie d’Etat.

 

On sous-estime le rôle de la matière…Les cartographes du Dépôt de la Guerre ont commencé avec la gravure sur cuivre, puis ont adopté la lithogravure, se sont fait aider par l’offset tandis que la plume d’acier remplaçait la plume d‘oie. Il a fallu toutes ces modifications pour arriver à Spot-images. Plus les papiers spéciaux, fins à cause du pliage, mais supportant huit passages en machine. Personne n’imagine la somme de technologie mise en œuvre de Cassini à aujourd’hui pour produire cette banalité : la carte géographique.

 

Alors, oui : les élections me semblent anodines. L’IGN, héritier du Dépôt de la Guerre, est en fin de vie, assassiné par des gestionnaires imbéciles. Oh, c’est pas Macron, l’abandon de souveraineté géographique a commencé sous Giscard… Macron a suivi et fini la pente. In fine, les actes parlent plus que la parole. Cet hurluberlu portera aux yeux de l‘histoire la  responsabilité de la mort d’une création révolutionnaire, celle qui donnait aux citoyens le souveraineté sur la mesure de leur territoire.

samedi 25 mai 2024

GUERRE ET PRESSE

 «  La vie d’un soldat est une longue attente ponctuée de périodes d’effroi »

 

J’ai oublié l’auteur de cette phrase qui décrit avec exactitude l’opposition entre le temps de la guerre et le temps de la presse et renvoie au chef d’œuvre de Remarque A l’ouest rien de nouveau ou encore au Desert des Tartares. La guerre n’est jamais autant la guerre qu’il semble ne rien se passer. Situation qui révulse le rédac’chef. Alors, il fait des titres sur des faits insignifiants (au sens premier. : sans sens) : quatre morts dans un bombardement dont un enfant. Ça veut dire quoi : Wagram 25000 morts dans la matinée, rien de comparable, mais faut remplir. La porte se ferme sur les faits (l’information) et s’ouvre sur l’opinion que viennent conforter les généraux médiatiques. Tous ces généraux sont passés dans les rangs de l’OTAN qui les a stipendiés, ils parlent d’une seule voix pour caqueter le discours de Washington.

 

Par voie de conséquence, la petite guerre prend autant de place que la « vraie ». Ce serait mieux d’avoir 4000 morts mais on fera avec quatre. Et moi, je suis paumé. Chaque jour Zelensky nous inonde de communiqués victorieux. Mais si les Ukrainiens dézinguent autant de drones, de missiles ou de navires russes, qu’ont-ils besoin de nous ? Ma logique me dit que chaque communiqué justifie mon indifférence. Mais les généraux otanophiles viennent me dire que oui, mais…la puissance moscovite, la démographie, l’économie font que ce sont des victoires sans intérêt. Bref, tout le monde cause et Poutine avance.

Zelensky est un communiquant, c’est-à-dire un menteur. S’il venait à genoux demander en suppliant, peut être l’écouterais je. Mais non. Il a la morgue du vainqueur enrobé de certitudes et refuse toute négociation. Voilà deux ans (souvenez vous de Mariupol) qu’il plastronne, abrité derrière les civils ukrainiens qu’il laisse crever en excipant du territoire tout en protégeant l’oligarchie ukrainienne. Les prolos ukrainiens sont en Europe pour ne pas servir son gouvernement pourri et n’ont aucunement le désir de se battre pour lui. Ça, ce sont des faits.

 

Les faits sont le boulot des journalistes, le seul, l’honorable. Leur opinion ne compte que si les faits recueillis l’étayent. Aucune chaine ne dit jamais le nombre de ses correspondants sur un front de 1500 km, toutes ont peur de mourir de ridicule. Leurs gestionnaires préfèrent les infos ou pseudo-infos gratuites délivrées par les agences ou consultants spécialisés. Et donc, toutes les infos sont les mêmes, forcément. Leur répétition devrait intriguer mais passe, au contraire, pour une garantie. Les sources sont souvent douteuses comme l’ISW, repère de néoconservateurs républicains, souvent proches de Trump et obsédés par la puissance de la Russie.

 

Le premier journaliste contemporain fut Fabrice del Dongo, arrivé par hasard sur le champ de bataille, incapable de comprendre les événements, notant des détails générateurs d’émotion, bourré au point de se faire voler son cheval. Bref, « je sais rien, mais je vous informe quand même ». La com’ est devenue la provende des publicistes et des pseudo-journalistes (c’est-à-dire les présentateurs) qui sont les porte-jarretelles permettant à la presse de michetonner le public.

mardi 30 avril 2024

L’UKRAINE, POINT D’ETAPE

Vous m’avez assez engueulé. Mai 2024, deux ans de guerre, on peut faire le point.

 

Premier point : les belligerants.

J’avais écrit : les Russes gagnent toujours les guerres qu’ils perdent au début ; l’armée russe est un diesel. A priori, le moteur est chaud. Ils ont du se réorganiser, éliminer les mauvais chefs,  dégager quelques corrompus, corriger les erreurs. C’est pas fini mais Poutine a pris la mesure de l’adversaire ; ne pas oublier que c’est un judoka abstinent. La Russie est désormais en ordre de bataille.

En face, Zelensky a adopté les méthodes de la guerre hollywoodienne en faisant confiance aux USA qui ont laissé régulièrement tomber leurs alliés. Au cinéma, David file toujours une rouste à Goliath. Pas dans la vraie vie. Jamais. La communication sur la guerre n’est pas la guerre. Les F-16  ne sont pas là et les F-35 vont de déboire en déboire. On sait pourquoi, relisez moi. Les chars Abrams, merveille de technologie, se font dézinguer car tout le monde a oublié que les cocktails Molotov avaient été inventés pour détruire les panzers allemands avec une simple bouteille d’essence et beaucoup de courage. On a oublié aussi que les chars et les canons ont besoin d’obus, ces obus qu’on est incapables de fournir. Les alliés de la Russie, regroupés dans l’OCS, savent faire.

 

Deuxième point : la Chine

C’est l’arlésienne de cette guerre, elle occupe les cerveaux des dirigeants américains au point qu’ils nous ont emprunté le Charles-De-Gaulle pour ne pas dégarnir le Pacifique. Les Chinois le savent, comme ils savent que les sous-marins français sont les meilleurs du monde. Ils comptent les points en n’oubliant pas ce qu’ils doivent à la France : Xi vient cette année pour célébrer le soixantième anniversaire de la reconnaissance de la Chine par la France, reconnaissance qui inclut Taiwan. Pas la peine de se manipuler les neurones. C’est fait et bien fait. Et Taiwan est un pion sur le plateau de weiqi. Rien de plus.

 

Troisième point : l’Europe

L’Europe joue à se faire peur. Poutine n’a aucune raison de l’envahir. Le soft power américain est à l’œuvre pour convaincre les Européens que seuls les USA peuvent les protéger. Et Macron joue les gros bras incitant les Boches à demander une défense appuyée sur le couple franco-allemand. Foutaises ! La Wehrmacht est à la ramasse, la Luftwaffe inexistante. Une Europe de la défense n’est possible qu’avec des ingénieurs français organisant les chaudronniers teutoniques. Sauf qu’ils veulent commander. Je parie qu’on va céder.

Je comprends qu’on veut rester diplomates et NON n’est. pas du langage diplomatique, mais y’a des moyens. Par exemple obliger la Bochie à signer un traité de paix. On peut pas filer le commandement sur nos troupes à un ennemi ! C’est bien, ça nous permettrait de compter les défenseurs de la Nation et les baisseurs de caleçons

 

Dernier point :la France

La France sort vainqueur de la guerre ukrainienne qui a mis plus bas que terre l’armement américain. Les canons français, les avions français, les bateaux français, les carnets de commandes explosent. Bonne marchandise au meilleur prix. Y’a que Galileo qui souffre. Quand Poutine s’est mis à brouiller le GPS, je pensais qu’on allait se glisser dans la brèche, faire voler Air France avec Galileo et expliquer au monde que le GPS n’est pas indispensable. On a loupé un coup de com’….Une seule leçon que personne ne retiendra :  l’armée est mieux administrée par les militaires que par les administrateurs, comme la santé est mieux administrée par les médecins.

 

« Pension paternelle en un jour tu vécus »

 

dimanche 28 avril 2024

LIBRAIRE : ESPÈCE EN VOIE DE DISPARITION

Après quantité d’articles saluant la résilience des librairies, nous voilà abreuvés d’articles déplorant la disparition de librairies. C’est encore le résultat de la vérole jacklanguienne qui affirme qu’une librairie est un point de vente du livre ce qui permet de prendre le sens en levrette pour qualifier tout point de vente du livre de librairie. Le petit Leclerc dirige un réseau de libraires.

 

1/ une librairie doit être dirigée par un libraire ce que ne sont pas la plupart des magasiniers évoluant dans les points de vente du livre, y compris sur les sites Internet. Je l’avais dit, avec quelque mépris, lors des travaux préparatoires à la loi Lang, alors que les libraires étaient défendus par Daelman, maison de la presse à Compiègne. Monsieur Daelman était un vrai bibliophile et il était d’accord avec moi : un libraire est un tutoyeur d’éternité. Mais il pensait que l’essentiel gisait dans les piles d’ouvrages et les ventes initiées par la presse qui payaient le quotidien. Pour le dire simplement, il se voyait au dessus de ses clients. C’est la première erreur : un libraire doit avoir des clients meilleurs que lui car ils l’obligent à se dépasser.

 

2/ un libraire ne vend pas des contenus mais de la matière : Proust en Folio n’est pas Proust en Pleiade, sans parler des originales ou des éditions illustrées. La difference n’est pas mince : une édition de poche est fabriquée pour une ou deux lectures alors qu’un livre relié pourra être relu dix ou vingt fois, manipulé, et rester lisible. Un libraire doit savoir comment un livre se fabrique. Mon vieux copain Berthet, l‘un des meilleurs libaires de banlieue, le disait crûment : » le charcutier sait comment on fait une terrine, le libraire ne sait pas comment on fait un livre. où est le savoir ? » et il avait raison. Un libraire est un technicien. du livre, pas du contenu des livres.

 

3/ Tout libraire doit aller régulièrement à la foire de Francfort. il pourra y feuilleter à peu près toute la production annuelle de l’édition mondiale : près de quatre millions de titres ! Quand on en a fait le tour, il y a une phrase qu’on ne prononce plus : « Ça n’existe pas »J’ai découvert à Francfort des éditeurs spécialisés dans les  réimpressions académiques, des spécialistes de randonnées géologiques, des choses inimaginables. Je revenais avec une valise de catalogues qui nécessitaient trois à six mois de travail et d’analyse. Après, je commandais tout ce qui me semblait manquer dans l’édition française. Je ramassais aussi des catalogues pour mes clients, afin de faciliter leur choix. Tout existe. Le libraire qui excipe de l’absence dans l’édition française contemporaine ne fait pas son métier qui est universel.

 

4/ Le libraire n’est pas un vendeur de livres, mais un acheteur de livres. Un bon livre se vend toujours. Le système office-retours favorise les diffuseurs au détriment des libraires. Il est préférable de bien acheter, de conserver et de ne pas retourner pour ne pas passer des heures à manipuler des cartons. Les retours sont un poste de dépenses qui réjouit les libraires. Quand j’étais libraire, le mercredi et le jeudi étaient bannis de mes rendez-vous. Livres Hebdo arrivait le mercredi et il me fallait deux jours pour choisir ce que j’allais commander dans les parutions de la semaine. Titre par titre, auteur par auteur, avec des vérifications, des hésitations….. Le stock d’une librairie est une partition dont la mélodie reflète le savoir du libraire. Fausses notes interdites.

 

Le libraire est un catalogueur d’objets, il est indifférent aux idées et aux opinions comme aux émotions. Ses catalogues ont des règles, strictes. Un livre n’a jamais de pages impaires : une page étant la face d’une feuille, la parité est obligatoire. Une pagination impaire signe l’incompétence du libraire qui doit donner la pagination et non la pagination imprimée. Une librairie est un lieu de savoir, était un lieu de savoir jusqu’à l’irruption de Jack Lang et de sa loi scélérate qui considérait comme librairie tout commerce où se vendaient des livres en mettant en avant le prix comme caractère pertinent : c’était la route ouverte pour les épiciers désireux de se maquiller de culture. Lang a décidé de la rentabilité des librairies en figeant le prix du livre neuf qui était la pierre de touche de la politique de la FNAC (20% de remise) et les libraires se sont senti protégés. Personne n’a vu le serpent tapi sous les pierres : la suppression du tarif postal « librairie » (applicable aux livres, cartes géographiques et partitions de musique) qui a plombé immédiatement les frais d’accès au livre de milliers de libraires. Les gros acteurs comme la FNAC puis les libraires Internet exigèrent des approvisionnements hors frais de port que les diffuseurs accordèrent. En d’autres termes, le libraire de province payait plus cher que la FNAC pour que le livre soit dans ses rayons. Sa marge était morte avant même la vente.

 

Restaient aux libraires deux segments : les livres importés et les livres épuisés. Deux segments difficiles, demandant du savoir et de l’expérience. Tout libraire sérieux sait que langue et pays ne sont pas connectés : le livre de Bertin sur la sémiologie graphique a été édité en français par Mouton à La Haye et Brill, à Leyde, publie quantité d’études en français sur Spinoza. Quant aux livres épuisés(aujourd’hui on dit d’occasion) il suffit de connaitre leur importance et leur rareté pour se construire des marges souriantes délivrées des contraintes postales. En trente ans, j’ai trouvé deux exemplaires de Jouvence, édité par Dardel, et bible des alpinistes nazis. Il a désormais été reédité au prix de 18€ mais l’originale vaut toujours plus de 50€. Un vrai libraire travaille comme un antiquaire : son savoir crée ses marges.

 

Sous Henri IV, les libraires portaient l’épée qui symbolisait leur savoir. J’attends avec impatience la taxe sur les livres anciens. Les portes vont être ouvertes aux contrebandiers.