dimanche 25 août 2024

LE RETOUR DES CURÉS

 Ça y est, c’est dit. La cheffe d’un obscur collectif (dès qu’ils sont deux, ils sont un collectif) anticorrida l’a verbalisé. Aimer les bovins est une question d’éthique.

 

Rappelons la définition : l’éthique regroupe les principes régulateurs de l’action et de la conduite morale.

 

En clair, la gisquette se positionne dans le camp du Bien, camp qu’elle a défini pour en exclure ses contradicteurs lesquels se retrouvent de facto dans le camp du Mal. Comme dans la Genèse quand Eve bouffe le fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. On baigne dans la pensée religieuse. Quelle légitimité à m’imposer une morale ? Et pourquoi celle là ?

La seule morale d’une Nation est son corpus législatif et  elle a légiféré sur cette question. La Loi peut être modifiée par l’Assemblée nationale, pas par un improbable collectif drapé dans une toge morale. On irait où sans ça ?

 

La pantomime Caron a montré que l’Assemblée n’était pas vraiment prête. A contrario, les arènes n’ont jamais été aussi pleines. Pour les politiques du Sud, il est temps d’attendre. Raison pour laquelle les dames patronnesses de la SPB (Société Protectrice des Bovins) ont choisi le poncho de la morale.

 

Cinquante ans après 68, les culs pincés sont revenus. Le camp du Bien recrute : contre le tabac, contre le vin, contre la main au panier, toute la panoplie de la morale est utilisée. Ceux qui, comme moi, se réjouissaient de la disparition des curés en sont pour leurs frais. Ils sont déjà remplacés. Par leurs benoites.

 

 Avant interdiction, je vais aller regarder quelques vidéos taurines en fumant une clope et en buvant un peu de fino. Si la dame collective veut me visiter, il y a une place sous la table.

lundi 12 août 2024

REGARDONS LES CARTES

 Bon, faisons un peu de géographie, c’est-à-dire d’art de la guerre. L’Ukraine a pris 500 km2 dans la région de Kursk en se déployant depuis Kharkiv.

 

Ça n’a que peu d’intérêt. En lisant la carte au 5 Mio de mon fidèle atlas (Atlas du Times qui me suit depuis 25 ans), je vois une zone de collines plus ou moins entaillées de vallées, des dolines en russe. Une zone difficile à tenir. C’est pas une plaine. J’en déduis que Zelensky a choisi d’étirer la ligne de front en l’affaiblissant. Comme toujours, il a choisi le symbole.contre la réalité. Ancien du KGB, Poutine connait la géographie. Il sait que le terrain annonce une victoire à la Pyrrhus. A armes égales, l’armée ukrainienne aura un mal fou à tenir ce terrain. Les deux belligerants vont faire assaut de propagande.

 

Pendant ce temps le sud ukrainien se dégarnit. Beaucoup d’observateurs pensent que l’objectif de Poutine est de prendre Kherson, puis Nikolaiev et Odessa ce qui lui permettrait de compléter l’enclavement de l’Ukraine.. Certes, il y a la coupure humide de l’embouchure du Dniepr mais avec les soldats ukrainiens occupés vers Koursk, la difficulté semble franchissable.

 

Une Ukraine enclavée serait une Ukraine morte : impossible d’exporter, surtout les céréales ce qui facilite l’action politique de la Russie, notamment en Afrique ; mais les minerais sont également concernés comme tous les pondéreux dont le commerce dépend des navires.

 

Le terrain commande, dans la guerre comme dans le tourisme. A condition d’avoir les cartes et de savoir les lire. Ayant cette experience, j’avais, chez VDM, entretenu un stock de cartes de Russie à l’échelle de 1 cm pour 10 kilomètres ainsi que des cartes d’Ukraine plus détaillées (1 cm pour 2 km) Bien entendu, on en vendait moins que les cartes de Mykonos mais on les vendait aux professionnels (journalistes, militaires), car j’avais un objectif d’excellence et que l’excellence, c’est de satisfaire les meilleurs même si en matière de gestion c’est moins valorisant.

 

Mais ceci est une autre histoire.

mercredi 7 août 2024

SPORT ET MÉDAILLES

 Toute  la journée, des journalistes sous-formatés nous cassent les burnes avec le tableau des médailles. J’ai cherché : il existe deux tableaux des médailles. Le plus utilisé est celui qui recense toutes les médailles, le plus sélectif ne prend en compte que les médailles d’or. Ça, je peux comprendre : être second ou dernier, c’est pareil : ne pas être premier. On parle de sport, seul compte le premier

 

Mais, dans tous les cas de figure, manque une donnée : la population globale. Quand t’as un milliard et demi d’habitants comme la Chine, tes chances d’abriter un coureur ou un boxeur d’exception sont plus fortes que celles du Liechtenstein. Un enfant de quatre ans analphabète comprendrait ça.

 

Les USA sont numéro 1 dans les deux classements : 86 médailles dont 24 en or. Ça nous fait une médaille pour quatre millions d’habitants ou une médaille d’or pour 14 millions d’habitants. Ça relativise.

Pour la Chine, c’est pas mieux : une médaille pour 24 millions de Chinois, une médaille d’or pour 70 millions. Avec leurs 35 médailles, les Australiens obtiennent une médaille par million d’habitants et une médaille d’or pour deux millions.

La France fait un peu moins bien : une médaille pour 1,4 million et une médaille d’or pour 5 millions. Calculs rapides avec arrondis en date du mercredi 07/08.

La lutte entre Chinois et Américains doit être relativisée : le sport est relativement récent en Chine et sa structuration est différente qu’aux USA en termes d’installation et d’entraîneurs. 

 

Mais ce que disent ces chiffres, c’est qu’en matière sportive, les Américains ont baissé les bras. Il faudrait retrouver les comparaisons USA/URSS au temps de la guerre froide. Mes souvenirs disent que les deux pays se livraient une compétition acharnée et idéologique. Le sport était une valeur géopolitique. A priori, ce n’est plus le cas que pour la Chine qui veut conforter sa domination du monde. 

 

Sauf que dans les pays du Tiers monde, le sport a conservé cette valeur et que le déclin américain aura des conséquences politiques On le voit déjà : alliée des USA, l’Ukraine ne peut prendre pied en Afrique où la Russie se victimise.

Les JO de Paris marquent, l’air de rien, la fin de l’hégémonie occidentale pour ceux que l’OCS appelle le Sud global. Pour peu que l’Ukraine prenne une raclée avec des avions américains et les digues seront rompues. Deng Xiaoping aura gagné.

 

Je constate le même jour que la Chine annonce les résultats plus que prometteurs de son TGV-Maglev. On ne s’énerve pas, il y a un gros paquet de propagande dans cette annonce qui est là seulement pour renforcer l’isolement yankee. Dans les jours qui viennent, les journalistes vont nous expliquer la poursuite de l’hégémonie américaine. Jusqu’au prochain coup.

 

Ne me demandez pas où il sera joué. A mon avis dans l’espace qui est le seul endroit où manquent les repères : la politique spatiale américaine a été partagée avec Elon Musk lequel est devenu de facto un maillon faible. Et ce qui n’est pas à Musk a été donné à Boeing. Les Chinois ne sont pour rien dans les choix de la NASA dont le pire fut le partenariat public-privé.

 

Tous les pions sur lesquels j’ai attiré votre attention depuis dix ans restent actifs : l’OCS a grandi et s’est renforcée, les instruments financiers se renforcent lentement et le dollar souffre, la marine chinoise atteint une taille hégémonique et la station spatiale chinoise est la tête de file d’une occupation de l’espace qui n’inquiète personne. Sur le papier, l’armée chinoise est au top mais il lui manque la validation par le reel que seule accorde la guerre, surtout pour ce qui est de l’aviation.

 

il est vraisemblable qu’il n’y aura aucune confrontation. Même sur Taiwan. La Chine attend, elle a le temps.

samedi 27 juillet 2024

JOLLY JUMPER

 J’ai regardé l’ouverture des JO. Puis j’ai regardé les commentaires.

 

Il y avait à dire sur le travail de Thomas Jolly, pas si complexe car étalé sur trois heures et six kilomètres. Une insipide commentatrice nous a asséné dix fois qu’il avait voulu « casser les codes » stéréotype habituel pour dire qu’on va nous casser les burnes.

 

Dès le début, la fesse est dite. Lady Gaga chantant Zizi Jeanmaire, c’est une femelle charolaise imitant une gazelle, la cuisse puissante, la fesse mafflue et la hanche prête à véler. Vient ensuite le french cancan, symbole parisien cosmopolite qui figurait dans  les bals du Second Empire sous l’appellation de « quadrille salace » avant de se voir affubler d’un nom anglais moins connoté. Car le sens premier de « salace » est « lubrique », le mot partageant la même étymologie que « saillir » : il s’agit de sexe où la femelle se fait prendre.

 

Et je n’ai vu que ça, des femelles, jusqu’à Céline Dion, angélique comme une Vierge à qui on demande de devenir pute par la grâce d’une chanson où la femelle clame son appartenance à l’homme : « je me ferais teindre en blonde si tu me le demandais ». C’était à la fin quand la rédemption s’invite dans la maison close. Boule de suif.

 

Même Gojira, les fils de Dominique, élevés au pied de la Cathédrale Sainte-Marie de Bayonne, et qui invitent Carmen à leur succéder car elle a remplacé Marie-Antoinette.

 

Thomas Jolly n’est pas idiot. Il sait qu’un milliard de spectateurs vont regarder son spectacle et veulent voir la France de l’amour. Alors il compose une terrine à la Escoffier pour glorifier l’amour à la française tel qu’il a conquis le monde au XIXème siècle. Le monde de Maupassant et de la Nana de Zola, si loin d’Annie Ernaux. Il y faut la rigueur de la Garde Républicaine pour tempérer Aya Nakamura, la sous-maîtresse reste toujours au salon.

 

Pour être juste, je dois admettre que le cassage de codes a existé, avec le sublime spectacle lumineux de la Tour Eiffel. J’avais peur de subir un énième feu d’artifice car je déteste cette débauche de couleurs primaires incontrôlées où flotte un je-ne-sais-quoi de vulgarité américaine qui arrache au troupeau des bêlements admiratifs. Hier soir, la Tour Eiffel avait retrouvé son rôle qui n’était pas de symboliser Paris mais de magnifier la technologie française à une époque où la concurrence était rude. Le spectacle lumineux rappelait le Rafale, les généticiens d’Axel Kahn et rendait hommage à Louis Néel, Prix Nobel de Physique qui a tant contribué à la création du laser.

 

Après s’est ouvert le bal des cons avec, pour la première valse, la petite Le Pen qui y a vu une glorification des wokes alors que la France venait de rouvrir la Maison Tellier. Les Français ne s’y sont pas trompés qui proclamaient leur « fierté »… Le défilé nautique avait été un hymne à la Nation, à toutes les Nations, avec une débauche de drapeaux que le drapeau tricolore accompagnait dans la foule. La France est unie quand elle est l’exemple du monde, pas quand Gervaise compte les voix d’une évanescente majorité. Chacun valorise son idéologie, oubliant que cette idéologie. est une partie de la pensée nationale, cette pensée construite au fil des siècles par des gens qui voulaient vivre dans un pays ouvert à tous. Pour ne pas vivre dans un pays excluant certaines religions, nous avons inventé la laïcité qui exclue Dieu du monde politique et crée notre égalité. Et nous valorisons la démocratie, gouvernement du groupe et non de l’individu.

 

Tout cela, le monde le sait. Mais le monde sait aussi les dangers de la mondialisation destructrice. Thomas Jolly a su montrer au monde que Paris sera toujours Paris et la France toujours la France, un roc culturel que rien ne fait trembler car il absorbe tout pour le rendre meilleur. La France est unique car elle est diverse et qu’elle sait mêler cette diversité pour en faire son unicité.

 

Merci Monsieur.

vendredi 12 juillet 2024

VIVRE AVEC LES ANGES

On s’emmerde à vivre avec les anges !

 

Aujourd’hui encore, un mononeuronal me reproche d’être cruel. Ouais, j’ai le droit comme tu as le droit de me casser les burnes avec ton amour du vivant exprimé de la façon la plus mièvre qui soit. La miévrerie est une faute de gout qui conduit immanquablement au. kitsch.

 

Alors oui, je suis cruel et j’aimerais l’être plus, je suis égoiste et j’aimerais l’être plus, je suis cynique et j’aimerais l’être plus mais je suis cohérent et je voudrais que vous le soyez plus.

 

Premièrement, je pense à gauche car j’ai adhéré à la pensée de Marx voilà….longtemps. Sans compromis ni compromission, mais pas sans reflexion. Pas comme Mélenchon qui s’affirme de gauche après avoir participé à l’un des gouvernements les plus privatiseurs du siècle. Mélenchon est un pantin de droite avec un discours de gauche. Pas comme l’autre blondasse qui se vautre sur les plateaux de télé-Bolloré avant de vouloir « libérer les médias ». Pas comme tous les militants décérébrés qui infusent le discours de la religion dans la société. C’est Jésus qui affirmait que tous les hommes sont frères, Marx leur demandait seulement de s’unir dans la lutte. Refusant Jesus pour cause de laïcité, je refuse d’être le frère de tous les hommes et les migrants m’emmerdent. C’est cohérent. On ne peut pas être de gauche et accepter une pensée religieuse fut ce sous forme de traces. Je sais : il y a des chrétiens de gauche, comme il y a des poissons volants, mais « ils ne constituent pas la majorité du genre ».

 

Etre à gauche, c’est adhérer au matérialisme, désormais confronté à l’humanisme, vieille défroque religieuse recyclée en politique. Les disciplines matérialistes (géographie, biologie) ont été savamment détruites avec la complicité du capitalisme consumériste dont les publicistes valorisent l’individu contre le groupe et son représentant le plus éminent, la Nation. Personne ne veut plus voir que la Nation est l’outil le plus efficace contre les inégalités qui sont, le plus souvent, des inégalités sociales. Un bon système scolaire permet à un individu de sortir de son enfermement social. J’ai connu la fin de ces temps qui ne se préoccupaient pas des cas trop minoritaires, les fainéants invétérés et les QI trop faibles, car la Nation était un tamis à repérer les individus qui pouvaient l’enrichir. Un fils d’instituteurs de campagne pouvait intégrer l’Académie française (Pagnol) ou devenir Président de la République (Pompidou). Ce qui explique que, de Robespierre à Mao Zedong, les dirigeants de gauche étaient nationalistes. Mais le peuple (la masse) aimant les symboles, un cantique comme l’Internationale l’a convaincu que la Nation était un péril alors que c’était la seule arme à sa portée pour anéantir l’inégalité.

 

La colonisation est un crime contre l’Humanité. Tu sais quoi de la colonisation ? Une bouillie gloubi-glouba à destination de ceux qui veulent être des anges. Tiens, le Sénégal. La France s’est implantée au Sénégal grâce aux Signares de Saint Louis, compradores locales (relis Marx sur les compradores), belles femelles qui savaient que leur carte bleue se rangeait dans leur culotte et se rendaient complices, sans le savoir, d’un crime contre l’humanité. Toutes les colonisations se sont appuyées sur la collaboration. Certes, il y eut des révoltes, mais elles ne sont pas majoritaires, les collaborations furent la règle. Si on veut stigmatiser les colonialistes, ne jamais oublier leurs complices et les chefs de tribus africaines qui fournissaient à Gorée la matière première.

 

Il m’est arrivé de participer à des manifs évoquant des militants assassinés par l’armée française comme Maurice Audin. Aujourd’hui, vu froidement, je pense qu’ils ont été les martyrs ayant servi d’escabeau à un gouvernement de corrompus enrichis par le pillage d’un pays que la colonisation avait enrichi. Cynique ? Non, réaliste. Maurice Audin est mort pour le peuple algérien, pas pour les caciques du FLN. Les milliers d’Algériens voulant vivre en France ne s’y trompent pas et me donnent raison.

 

C’est génial de vieillir : on constate les évolutions. J’ai aussi défilé pour Cohn-Bendit. « Nous sommes tous des juifs allemands ». Sans le savoir encore, je défilais pour un copain européiste de Bayrou qui aujourd’hui ne cesse de glorifier son Allemagne chérie. Cocu ? Ça y ressemble. Ma copine Colette, députée socialiste, a voté pour le détricotage du Code du Travail par Macron. Je ne lui pardonnerai jamais : le Code du Travail protège les travailleurs, quand on se veut « de gauche » l’affaiblir est une ignominie.

 

On m’aura compris : de Mélenchon à Colette, je ne pardonne rien. Le pardon est une notion religieuse qui n’a rien à faire en politique même si elle arrange les avocats. Tout comme la rédemption. La « seconde chance » est aussi une notion religieuse. La République te donne toutes les chances en une fois. Si tu n’as pas su les saisir, c’est que t’es con ou fainéant, ou les deux à la fois. On crève de ce mélange : Dieu a sa place à l’Eglise, pas au Palais-Bourbon.

 

Il faut rendre à César….Excusez moi, ça m’a échappé         

                                                         

jeudi 4 juillet 2024

MORT D'UN PATRIMOINE

Il faut n’être concerné que par les choses importantes. La majorité, on s’en branle.

 

En ce moment, je m’intéresse uniquement à l’histoire de la cartographie. La première carte de France, la vraie, établie par mesure (pas un dessin à la con torché par un pseudo-cartographe), a été créée par des migrants, la famille Cassini. Boulot d’un siècle achevé en 1789. Moyennant quoi, le gouvernement révolutionnaire a confié aux Cassini la création du système métrique (ça c’est pour mes copains mononeuronaux qui comptabilisent l’apport des migrants à la Nation en espérant qu’ils remplaceront Aya Nakamura par les Cassini).

 

Cinquante ans après, mon aieul, cartographe militaire fait ses préparations en toises et passe au système métrique pour le rendu final. Ça me dit que les bouleversements épistémologiques peuvent n’être pas perceptibles et applicables sans un temps de latence.

 

On rigole pas, là. Au Dépôt de la Guerre, on prépare les cartes pour les militaires. Obligation d’avoir des échelles compréhensibles par tous, utilisables par tous, des légendes universelles, de faire de la carte un instrument de communication pour des gens que tout sépare. Mais on préparait aussi les cartes pour les artistes : les peintres de bataille ont besoin d’un décor exact. Le Dépôt de la Guerre au XIXème siècle était un creuset où la géographie était un alliage d’art pictural et de mesure du globe. La cartographie était un art, mais pas seulement car les cartographes devaient faire des cartes avant les conflits et pouvaient être également un peu espions. Les paysages étaient levés à la planchette quand on avait le temps de mesurer, et sinon « au pas », c’est-à-dire au fil de la marche. Des modes de dessin changent et il faudra près d’un siècle pour que la courbe de niveau remplace les hachures et que la France soit couverte au 1/80 000ème, échelle de la carte d’Etat-Major.

 

Pendant tout le siècle, le Dépôt de la Guerre a été un laboratoire de la représentation du monde tout en restant connecté aux recherches des autres comme les peintres de Barbizon, par exemple. Mon aieul avait été repéré par l’Empereur dont il est devenu le cartographe privé, chargé de cartographier les écrits de Jules César. Mais il n’était pas seul : j’ai chez moi une grande aquarelle de Gaspard Gobaut  représentant un village palafite qui m’évoque les travaux de Pétrequin en Franche-Comté. Tous ces gens mesuraient : Papy disposait de soldats chaussés de caligae qui vérifiaient les distances du De Bello Gallico. Le dossier (brouillons, notes de travail) est à la base archéologique  de Glu-en-Glenne.

 

Bien sur, ils étaient des peintres « pompiers », tenus par la réalité et la mesure de la réalité. Papy a recréé par le dessin le pont jeté par César sur le Rhin  dont il ne reste rien et les peintres de bataille bossaient pour qu’il ne manque pas un galon aux uniformes. Ces cartographes étaient appelés « ingénieurs géographes » et ils baignaient dans la réalité du terrain et la symbolique de sa représentation. Ça peut paraitre stupide mais tout était à inventer pour passer de Cassini au GPS, GPS dont l’efficacité repose sur la triangulation de Cassini. Car la cartographie a longtemps été une spécialité française, même au temps de Landsat et même avec des migrants. Le passage du réel au symbolique demande une finesse extrême surtout si tu veux que le symbolique soit réaliste. Sans compter que même les mesures différaient : les Français mesuraient par rapport au méridien de Paris, les Anglais avaient choisi Greenwich. Allemands et Autrichiens se basaient sur le méridien de Hierro, île des Canaries où ils voyaient la pointe la plus occidentale d’Europe. Les autres ? Ça dépendait du boulot à faire et du directeur en poste. L’universalité progressait à petits pas, entravée par les nationalismes toujours pointilleux. Avant même d’avoir terminé, les cartographes devaient d’adapter : dès les années 1890, Taride créait la carte au 1/200 000ème, mieux adaptée aux voyages en automobile. Michelin gardera cette échelle en y ajoutant la correspondance de couleurs entre route de la carte et signalétique de la route (borne rouge= route rouge). La symbolique colle à la réalité, la cartographie privée vient épauler la cartographie d’Etat.

 

On sous-estime le rôle de la matière…Les cartographes du Dépôt de la Guerre ont commencé avec la gravure sur cuivre, puis ont adopté la lithogravure, se sont fait aider par l’offset tandis que la plume d’acier remplaçait la plume d‘oie. Il a fallu toutes ces modifications pour arriver à Spot-images. Plus les papiers spéciaux, fins à cause du pliage, mais supportant huit passages en machine. Personne n’imagine la somme de technologie mise en œuvre de Cassini à aujourd’hui pour produire cette banalité : la carte géographique.

 

Alors, oui : les élections me semblent anodines. L’IGN, héritier du Dépôt de la Guerre, est en fin de vie, assassiné par des gestionnaires imbéciles. Oh, c’est pas Macron, l’abandon de souveraineté géographique a commencé sous Giscard… Macron a suivi et fini la pente. In fine, les actes parlent plus que la parole. Cet hurluberlu portera aux yeux de l‘histoire la  responsabilité de la mort d’une création révolutionnaire, celle qui donnait aux citoyens le souveraineté sur la mesure de leur territoire.

samedi 25 mai 2024

GUERRE ET PRESSE

 «  La vie d’un soldat est une longue attente ponctuée de périodes d’effroi »

 

J’ai oublié l’auteur de cette phrase qui décrit avec exactitude l’opposition entre le temps de la guerre et le temps de la presse et renvoie au chef d’œuvre de Remarque A l’ouest rien de nouveau ou encore au Desert des Tartares. La guerre n’est jamais autant la guerre qu’il semble ne rien se passer. Situation qui révulse le rédac’chef. Alors, il fait des titres sur des faits insignifiants (au sens premier. : sans sens) : quatre morts dans un bombardement dont un enfant. Ça veut dire quoi : Wagram 25000 morts dans la matinée, rien de comparable, mais faut remplir. La porte se ferme sur les faits (l’information) et s’ouvre sur l’opinion que viennent conforter les généraux médiatiques. Tous ces généraux sont passés dans les rangs de l’OTAN qui les a stipendiés, ils parlent d’une seule voix pour caqueter le discours de Washington.

 

Par voie de conséquence, la petite guerre prend autant de place que la « vraie ». Ce serait mieux d’avoir 4000 morts mais on fera avec quatre. Et moi, je suis paumé. Chaque jour Zelensky nous inonde de communiqués victorieux. Mais si les Ukrainiens dézinguent autant de drones, de missiles ou de navires russes, qu’ont-ils besoin de nous ? Ma logique me dit que chaque communiqué justifie mon indifférence. Mais les généraux otanophiles viennent me dire que oui, mais…la puissance moscovite, la démographie, l’économie font que ce sont des victoires sans intérêt. Bref, tout le monde cause et Poutine avance.

Zelensky est un communiquant, c’est-à-dire un menteur. S’il venait à genoux demander en suppliant, peut être l’écouterais je. Mais non. Il a la morgue du vainqueur enrobé de certitudes et refuse toute négociation. Voilà deux ans (souvenez vous de Mariupol) qu’il plastronne, abrité derrière les civils ukrainiens qu’il laisse crever en excipant du territoire tout en protégeant l’oligarchie ukrainienne. Les prolos ukrainiens sont en Europe pour ne pas servir son gouvernement pourri et n’ont aucunement le désir de se battre pour lui. Ça, ce sont des faits.

 

Les faits sont le boulot des journalistes, le seul, l’honorable. Leur opinion ne compte que si les faits recueillis l’étayent. Aucune chaine ne dit jamais le nombre de ses correspondants sur un front de 1500 km, toutes ont peur de mourir de ridicule. Leurs gestionnaires préfèrent les infos ou pseudo-infos gratuites délivrées par les agences ou consultants spécialisés. Et donc, toutes les infos sont les mêmes, forcément. Leur répétition devrait intriguer mais passe, au contraire, pour une garantie. Les sources sont souvent douteuses comme l’ISW, repère de néoconservateurs républicains, souvent proches de Trump et obsédés par la puissance de la Russie.

 

Le premier journaliste contemporain fut Fabrice del Dongo, arrivé par hasard sur le champ de bataille, incapable de comprendre les événements, notant des détails générateurs d’émotion, bourré au point de se faire voler son cheval. Bref, « je sais rien, mais je vous informe quand même ». La com’ est devenue la provende des publicistes et des pseudo-journalistes (c’est-à-dire les présentateurs) qui sont les porte-jarretelles permettant à la presse de michetonner le public.