samedi 26 novembre 2016

MEYMAC, BERCEAU DE LA COMMUNICATION POLITIQUE

L’abbé Breuil avait coutume de dire que le berceau de l’Humanité était un berceau à roulettes, signifiant ainsi qu’on ne pouvait assigner un lieu à ce qui était complexe.

Voilà longtemps que je pensais qu’il en allait de même pour la communication de masse, surtout politique. Genève à cause de Saussure, Paris pour Gustave Le Bon, Nuremberg pour Goebbels. Plus les innombrables universités d’où sont sortis de passionnantes recherches.

Hé bien, non. La communication politique est née à Meymac, ravissant bourg de Haute-Corrèze. Il faut que je vous raconte.

A la fin du XIXème siècle, les Meymacois sont pauvres. Certains se lancent alors dans le courtage ce qui est courageux vu que Meymac ne produit rien. Rien de vendable, s’entend.

Nos Corréziens partent sur les chemins et vont, notamment en Belgique, vendre du vin de Bordeaux. Les plus riches achètent des barriques à Saint Emilion ou Pomerol et mettent le vin en bouteille. Les moins riches commencent par vendre les bouteilles et se débrouillent ensuite avec les autres pour assurer la livraison.

Mais déjà, nos colporteurs savent qu’il leur faut une légitimité. Ils se munissent donc de belles cartes de visite où ils indiquent dans l’adresse « Meymac-près-Bordeaux ». Le « près » correspond à 300 kilomètres mais vu de Bruxelles ou de Namur, ça peut passer.

Et ça passe !!! Meymac devient incontournable dans le négoce bordelais. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Les plus riches se font construire de belles maisons (pas trop ostentatoires, le Corrézien est plus près de ses sous que de Bordeaux) qu’ils baptisent « châteaux », comme à Bordeaux, afin de compléter l’adresse. Parfois, un client débarque et s’étonne de ne pas admirer de beaux rangs de vignes. Qu’à cela ne tienne, la réponse est toute prête : « Les vignes ? Mais quand le temps n’est pas beau, on les rentre pour les protéger ».

La vérité oblige à dire que les Meymacois investissent dans quelques propriétés autour de Pomerol ou Saint-Emilion, histoire de s’assurer l’approvisionnement. C’est ainsi que Pétrus, La Conseillante, Angélus ou Cheval-Blanc deviendront fiefs de Corrèze.

J’ai appris l’histoire à Meymac, avec quelques vieux Corréziens, autour de jolis flacons de vin des gorges de la Vézère, véritable AOP corrézienne qui mérite qu’on s’y intéresse. La moitié des interlocuteurs trouvaient  l’histoire intéressante (d’autant que l‘Office de Tourisme s’en est emparée), l’autre moitié affirmait que les « vieux » étaient des escrocs, sympathiques et rubiconds, mais profondément malhonnêtes.

La lumière se fit quand une voix rocailleuse crut trancher le débat : « Ben, c’est une tradition. Regarde l’autre Normand qui se fait passer pour Corrézien. Rouen, c’est plus loin que Bordeaux quand même ! »

Ben oui. La vérité, on s’en fout dès lors que le mensonge l’habille bien. D’un seul coup, j’ai compris pourquoi le département a donné deux Présidents à la France. Quand on réussit à se faire élire par des gens qui savent déguiser ainsi la géographie, pourtant la chose la plus infalsifiable du monde, toute carrière est permise.

Et donc, pour 2017, on a du bol, on n’aura pas de candidat corrézien. Sauf si Juppé nous explique qu’il est maire de Bordeaux-près-Meymac ce qui serait un joli retour des choses.

Dans la foulée, je suis allé à Combressol, berceau de la famille Pécresse. Elle n’y est pas allée. On a eu du bol !


lundi 17 octobre 2016

LE BASTIAT DU PAUVRE


Je l’aime bien, Agnou. C’est une bonne libraire quand elle veut.

Là, elle s’est plantée. Elle m’a refilé une daube, alors je vous préviens. Et je vous explique.

Vendons les Parisiens. Le titre est sympa, même si on se demande pourquoi vendre un truc qui ne vaut rien. Normal. Le mec est un ancien d’HEC, il sait l’importance du titre. Et ça l’emmerde pas que le titre soit faux. C’est juste de la com.

Les Parisiens, pour lui, c’est les hauts fonctionnaires qui appliquent les directives gouvernementales. Notamment les ingénieurs des Ponts et Chaussées qui cherchent à nous enfler avec la LGV Bordeaux-Bayonne. Ça fait vingt ans que ça dure, vingt ans que Victor Pachon et ses copains d’Ortzadar se battent contre. Lui, c’est un converti récent, il ne dit mot des luttes anciennes. Acceptons la conversion au nom de St Paul et de Claudel.

Déterminons le lieu de parole. La Madone de Didier Picot, c’est Agnès Verdier-Molinié. On le voit, on est loin de la Révolution en marche.  D’ailleurs, l’ultra-libéralisme, il est globalement pour. Il croit écrire un pamphlet mais le style n’y est pas. Picot, c'est pas Daudet ou Béraud. Tout ça est bien poli, bien élevé, comme on peut l’attendre d’un mec d’HEC passé par Airbus qui a lu Verdier-Molinié plutôt que Boudon. Je vais vous dire un truc : Boudon, c’est un bon marqueur épistémologique, un penseur qui a passé sa vie à expliquer que la prise de décisions rationnelle était impossible. Et donc, tous les décideurs ou pseudo-décideurs enlèvent Boudon de leur boîte à outils intellectuelle. Même s’ils aiment à parler de l’effet pervers, notion inventée…par Boudon !

Et donc, notre pamphlétaire mou écrit près de 300 pages pour nos expliquer, dans le droit fil de sa balise intellectuelle, qu’il faut baisser le nombre de fonctionnaires. Les « hauts », parce que même les couillons ultralibéraux ont compris que, plaider pour la baisse du nombre de fonctionnaires c’était prendre dans les dents les policiers et les instituteurs ce qui est contreproductif. On se limite donc aux « hauts », préfets et énarques, comme le faisait déjà Poujade. Ceci pour mettre les choses en perspective. Et donc notre Picot (petite pièce destinée à être enfilée dans un trou prévu à cet effet) ne  tape que sur ses homologues, anciens élèves de grandes écoles. Lui, c’était le commerce et, comme tout actuel commerçant, il gomme l’histoire de son commerce. Alors, piqûre de rappel.

Airbus, qui l’a fait vivre et lui permet une retraite tranquille, n’est pas, à ses débuts une entreprise aéronautique classique. C’est une entreprise d’Etat, créée et gérée par de hauts fonctionnaires issus de l’ENA et l’ENAC (c’est l’équivalent des Ponts et Chaussées pour les avions), une entreprise d’Etat (horreur !) destinée à concurrencer une entreprise privée (horreur !!!) américaine (horreur !!!!!). Le mec, il crache sur ce qui l’a fait vivre pendant quelques années et aujourd’hui encore. Il a pas honte….

Ben oui. De Gaulle a réuni des entreprises nationalisées (notamment Sud Aviation et Nord Aviation) pour se faire Boeing. Il a mis les sous de l’Etat dans une entreprise dont le but avoué fièrement était de changer les règles de la concurrence. A ce propos, et à propos de la LGV, les ingénieurs de RFF, en ce moment, bossent pour préparer l’ouverture de nos lignes aux concurrents étrangers. Mais, ça, Picot, il en dit pas un mot, vu qu’il est d’accord comme sa gouroue Agnès. (Je préfère ce barbarisme qui m’évite de dire maîtresse, afin de ne pas prêter à confusion).

Négociateur, je suppose que la petite dent a vendu des Airbus aux Chinois. C’est à dire à de hauts fonctionnaires (en Chine, l’aéronautique est monopole d’Etat) qui se sont empressés de décortiquer les bestioles pour leur donner une descendance. C’est pas copier, c’est juste donner à son pays les armes pour se défendre. Incompréhensible pour les fadas de la mondialisation. Là, la petite dent s’énerve. Comme si les transferts de technologie n’avaient pas été sécurisés !!! Vous nous prenez pour des bambins !! Laissons tomber la colère et attendons. Il en ira de ça comme des moteurs de Safran ou du TGV, sans parler du Rafale…Les copiages apparaitront avec le temps. Voilà quarante ans que la Chine achète pour combler son déficit technologique. Y’a que Raffarin qui s’en est pas rendu compte.

Picot, il aurait pu se rendre compte que ses clients chinois utilisaient des armes que nous Français, pas très malins, avons rangé au magasin des accessoires : la planification, le nationalisme industriel, l’intervention de l’Etat, corollaire des deux autres, la maîtrise de la monnaie et des banques. Qu’en trente ans, ces armes avaient permis aux Chinois de devenir la première économie mondiale tandis que nous régressions parce que nous les avons abandonnées. Les théoriciens ont une obligation de résultat et les résultats du libéralisme ne sont pas glorieux.

Et donc le livre n’est qu’une énième resucée de l‘infect péan à la gloire du divin  marché. Je sais ce qui a plu à Agnou : le brouet a été mitonné à Urrugne, à la maison quasiment. Mais à ce compte, il eut été plus légitime de me proposer les œuvres du bayonnais Frédéric Bastiat qui a planté les premières pousses de ce chiendent : garantir aux marchands une liberté qu’ils n’ont jamais utilisé que pour tromper.


On en reparlera…

dimanche 28 août 2016

LILIANE ET LES NICHONS

Il y a quarante ans, Le Gendarme de Saint Tropez faisait un carton en narrant la chasse aux seins nus par les gendarmes. Aujourd’hui, les mêmes gendarmes s’obsèdent sur les seins couverts. Deux bornes temporelles comme marqueurs d’un changement social qui demande analyse.

Les seins nus étaient alors la première étape de la libération de la femme du pouvoir « phallocrate » (terme inventé par les lumpenlacaniennes de Psy et Po pour définir le pouvoir bénéficiant aux hommes) On trouvait dans l’aile marchante de ces combattantes, beaucoup d’intellectuelles comme Hélène Cixous ou Luce Irigoyen, quelques pseudo-intellectuelles groupées autour d’Antoinette Fouque, les passionarias de Psy et Po déjà nommées et l’habituelle piétaille des sous-bibliothécaires désséchées, des enseignantes racornies et des libraires sous-vitaminées auxquelles souvent le saphisme tenait lieu d’analyse politique.

Ce discours était un copié-collé de l’analyse marxiste où le godemichet remplaçait Das Kapital et acquit bien vite le statut de discours dominant car il ne vint à l’idée de personne que le capitalisme n’avait pas de sexe comme le prouvait déjà le statut de Madame Bettencourt. Dès lors, la cause des femmes remplaça la cause des peuples et la libération de la femme tenait lieu de lutte des classes.

En quarante ans, de lois en décrets, la société s’est féminisée, parifiée, les seins nus ne sont plus un combat valide et les anciennes actrices du porno ont désormais le statut d’intervenantes culturelles, personne n’imaginant que s’appeler Lahaie est un simple appel à se faire sauter. Et on s’excite sur le burkini.

Les sociétés ont une obligation de résultats. La « phallocratie » avait bâtie l’industrie française, mis sur pied un système scolaire performant, conquis un immense empire colonial et assuré un réel développement économique du pays. Le bilan de 40 ans d’anti-phallocratie, ce n’est pas que  le burkini, c’est surtout 10% de chômeurs, des enfants illettrés à l’entrée en sixième, des médias stupides et une société plongée dans le gnangnan de la télé-réalité. Comme souvent, on s’est trompé d’adversaires et on protège Liliane Bettencourt, femme plus que capitaliste ou Elizabeth Badinter, femme plutôt qu’adversaire politique. Bref, nous avons plongé dans la vaginocratie.

Bien entendu, le capitalisme s’est marré. La féminisation offrait de nouveaux marchés ou élargissait les marchés existants tandis que l’essentiel n’était pas mis en cause. Les femmes acceptaient les salaires indécents dont elles avaient besoin et les conditions de travail qu’elles n’étaient pas en mesure de refuser. Déjà, dans Germinal, les femmes rejetaient la grève….

Le burkini est dans la droite ligne : on parle plus des femmes que de l’islam. Elles sont mal les femmes musulmanes, vu qu’il est interdit de « stigmatiser » leurs mecs. Le féminisme baisse le voile, ce n’est plus qu’un moyen de cession et non un moyen de pression, une manière d’évacuer la guerre. Dans le droit fil d’une partie de la pensée féministe qui voit les femmes du côté de la vie qu’elles donnent. Peut être, mais dans l’éternelle lutte, c’est toujours la mort qui gagne. Choisis ton camp, camarade.

Ceci est juste une graine de réflexion. Il est des moments où un bilan est utile. Qui le fera ?

En attendant, vous pouvez lire Chloé Delaume dont le dernier livre Les Sorcières de la République montre la prise d pouvoir des femmes et les catastrophes qui s’ensuivent. Du moins si j’ai bien compris, vu que l’écriture en est féminine et expérimentale et donc inaccessible à un vieux phallocrate comme moi.

On en reparlera…


samedi 30 juillet 2016

TRADITION ET MARKETING

Je ne vais plus aux Fêtes de Bayonne. Trop vieux me dit ma nièce.

Non. Ce qui me rend littéralement fou, c’est la mésutilisation d’un discours auquel j’adhère et qui n’est qu’un discours. De le bouillie de mots, gerbée par les bouches et les plumes ; entre deux vomissures de vin ou d’encre. Surtout chez les journalistes et les politiques, repris par la vox populi qui ne sait rien faire d’autre. Discours axé sur la tradition, le territoire, la singularité locale. Que des mots à la con utilisés par des commentateurs à la con.

Parlons en de la tradition. Tiens, en musique, par exemple. Jadis, qui se promenait aux Fêtes de Bayonne, entendait des chansons basques et gasconnes, régénérées par quelques créations, de Luis Mariano aux Pottoroak. Je croisais, Michou, Henri et Tonton venant chanter « c’est à Baba », dans tous les bistros qui leur offraient à boire. Fantou et son orphéon (les piteux stylistes disent banda pour faire couleur locale) intercalait Nino Rota dans les paso-dobles et c’est vrai que la musique de La Strada est une musique de rue. Passons sous silence les innombrables chorales, les gaitas de Tintin et les gitans venus de Glain avec leurs guitares parfois fêlées. La fête naissait de ces improbables mélanges désormais remplacés par l’omniprésente techno et les émules anorexiques de David Guetta. Avec en prime des karaokes où l’on convoque Louane, Girac et Beyoncé. Jeter sur tout ça le manteau de la tradition me paraît pour le moins osé. Les Fêtes de Bayonne se mondialisent, restant des fêtes, mais sans Bayonne.

Bien entendu, il en va de même pour un autre de nos pôles culturels : la bouffe. Non, je ne dirais pas « gastronomie ». Ce serait donner du poids aux frites grasses et aux sandwiches piteux vendus à des prix scandaleux. Disparus les sandwichs à l’omelette ou à la ventrèche, disparues les assiettes de chipirons et les amoncellements de jambon. On va vers le pire : la nourriture étriquée et banalisée.

On habille les vêtements des oripeaux de la tradition. Jadis, les fêtes étaient l’occasion de se vêtir de la chamarra bleue, disparue au profit des insignes des requetes. Les Bayonnais ont remplacé le vêtement de travail du peuple par le rouge et blanc des troupes du général Mola, instigateur de la révolte de la Navarre contre le Front populaire. Je suis dans l’obligation d’admettre que c’est plus joli, mais c’est également lourd de sens et, en aucune façon, « traditionnel ».

Les fêtes de Bayonne sont récentes puisqu’elles ont été créées dans les années 1930. Elles venaient se surajouter aux véritables fêtes traditionnelles, des fêtes patronales qui honoraient au début de Mars, Saint Léon, patron de la ville. La pseudo-tradition a remplacé les processions en l’honneur du saint, par des mômeries autour d’une caricature.

Entendons nous bien : peut être que c‘est mieux. Ou pas. Mais vouloir faire croire aux gogos venus du Vésinet ou de Pont-à-Mousson qu’ils participent à une vieille tradition, c’est de l’escroquerie. Ou du marketing, ce qui est la même chose. Ils ne le peuvent tout simplement pas : ils ne mangent pas comme nous, ne boivent pas comme nous, ne chantent pas comme nous. Ils sont étrangers à nous et leur seul intérêt est la manne financière qu’ils font pleuvoir sur la ville. Surtout sur les bistros. Le fric qui pleut sur mes copains pendant les Fêtes, les aidera à conserver les prix sages dont je me régalerai quand les gogos seront repartis.

Et donc, je ne vais plus aux Fêtes. Parce que ce ne sont plus mes fêtes. En les ouvrant aux amateurs de Guetta et de Louane, on m’en a dépossédé. Etre victime d’un vol à l’arraché, ce n’est pas drôle, mais y retourner, c’est du masochisme.

Surtout que ma chère ville est d’abord janséniste, secte qui n’a jamais supporté le mensonge ou l’approximation. C’est juste une question de dignité. Et oui, j’ai connu des Fêtes de Bayonne dignes.

Mais ça, c’était avant….

lundi 27 juin 2016

PROTECTION

Bien, voici les Anglais qui nous quittent. D’aucuns affirment qu’ils n’ont jamais vraiment été là.

Les discussions s’enflent. Pourquoi ? Pour qui ? Quelles conséquences ?

Cherchez pas les mecs.. Des Anglais du Brexit aux manifs de la CGT, c’est la même route. La route de ceux qui veulent remettre la Nation au centre du jeu politique. Bon, sortez l’étiqueteuse. Ringards, fachos (ou assimilés), frileux, conservateurs, vous avez le choix des épithètes. Vous le choisirez bien conforme à votre idéologie personnelle.

Moi, j’écoute et je n’entends qu’un mot : « Protection ».

Le choeur des peuples n’en sort pas. Face aux flux de toutes sortes, aux envahissements programmés, face aux changements souvent brutaux, les citoyens n’ont qu’une question : qui va nous protéger ? Question que les politiques, protégés de tout, sont incapables d’entendre, et, a fortiori, de comprendre.

Ce qui me fait revenir à Esteban de Zilueta qui apostropha Louis XV : « Dans un royaume bien tenu, le fort protège le faible ». Le fort, le plus fort, c’est l’Etat aujourd’hui et c’est vers lui qu’on se tourne. Mais l’Etat est aux abonnés absents et ne répond plus. En tous cas, il ne répond plus dans la langue que peuvent comprendre les citoyens, laissant le champ libre à ceux qui savent. Pis encore, il laisse entendre qu’il est là pour protéger les forts.

Le citoyen est peut-être bête (il ne parle pas la langue de ses maîtres) mais il n’est pas idiot, d’autant que l’expérience lui sert de guide. Il sait, pour l’avoir vécu, qu’un accord d’entreprise est plus menaçant qu’un accord de branche au nom de cette antique vérité que la force d’une chaîne dépend de son maillon le plus faible. Et que, en général, les syndicats d’entreprise sont moins virulents que les autres. Dans le bloc syndical, le maillon faible, c’est « l’autonome », qui l’est pourtant si peu. Alors, le citoyen renâcle car il sait (le plus souvent confusément, je devrais dire « il sent ») que la protection diminue.

Longtemps, il a cru que ce que l’on était convenu d’appeler « la gauche » allait renforcer cette protection. Les vieilles lunes ont la vie dure mais nous voici au pied du mur. Pour d’obscures raisons, ce qu’il reste de la gauche s’est mis entre les mains du divin marché comme n’importe quel trader de seconde zone, et le marché n’aime les pauvres que comme consommateurs. Consommateurs passifs.

Et voici que le peuple, bras faiblement armé de la démocratie, se met alors à regarder ailleurs, vers des horizons improbables ne figurant sur aucun portulan de conduite des Etats. Le peuple cherche des voies nouvelles pour se protéger puisque les remparts tombent les uns derrière les autres. Le peuple est un enfant : plus on va lui dire que c’est pas bien, que c’est pas la bonne direction, plus il va s’entêter. On n’a pas fini d’entendre pleurer sur la démocratie.. Surtout ceux qui contribuent à l’assassiner.

On en reparlera certainement

mardi 19 avril 2016

MULTICULTUREL

Ça, c’est le truc à la mode. Faut être multiculturel. Ça me va. A 17 ans, j’ai quitté ma province biculturelle pour entrer aux Langues O’, histoire de mieux comprendre les cultures des autres. Après quoi, j’ai passé quarante ans de ma vie à écrire, éditer et vendre des livres qui traitaient des autres cultures. Je me sens pas trop multiculturel pour autant. La seule culture que je maîtrise à peu près, c’est la mienne, la culture française des temps modernes. Les temps anciens, je m’efforce, mais on n’a qu’une vie. Les autres, j’ai des notions. Tiens, le taoïsme : j’ai juste passé un an dessus, avec Madame Vandier-Nicolas. Ça te donne un vernis, mais guère plus.

Forcément, j’ai un peu voyagé. J’étais (je suis toujours) un compagnon de voyage chiant. J’admire peu, j’aime peu. Je commence toujours par faire la biblio avant d’acheter le billet. Et sur place, je dissèque. Et je me méfie des spécialistes au moins autant que des autodidactes nuls.

Tout ça pour dire que les tenants du multiculturalisme qui tirent leur savoir d’une lecture rapide de Lonely Planet, me font doucement rigoler. Leur vision du multiculturalisme, c’est une accumulation de poncifs enrobée dans les bons sentiments. Juste un exemple : voulant aborder la civilisation islamique, j’ai commencé par aller voir le premier spécialiste vivant du Coran pour qu’il me conseille une traduction fiable vu que les choses évoluent et que j’en étais resté au bon vieux Blachère. Chaque fois qu’un mec me fait chier avec le Coran, je lui demande ses sources.. Vous pouvez me croire, la traduction de Madame Masson est rarement en première position.

Si j’ai fait ça, c’est parce que je m’étais aperçu que le multiculturalisme est un immense pipeau. En novlangue, ça désigne uniquement la teinture qu’ont de l’Islam les intellos bobos. En fait, une manière d’intégrer l’islam à la culture française. Un biculturalisme. Les plus accros y ajoutent une teinture africaine, toujours tirée des populations qui nous fréquentent, nos anciens colonisés, Africains de l’Ouest et souvent musulmans, ce qui a l’avantage de renforcer la position des multiculturalistes. Les autres peuples, les Africains pas musulmans, tout le monde s’en fout.

Le multiculturalisme, c'est une manière de nous faire avaler un brouet dont nous ne voulons pas. Une sorte de pâtée bien pensante pour nous obliger à respecter des gens pas respectables. Comment ? Tu respectes pas l'islam ? Non. En général, je ne respecte pas les religions, elles dévalorisent l'homme. Et donc on commence par me coller l'islam dans la pâtée culturelle et on refile la boulette dans le multiculturalisme

La culture musulmane est passionnante. Le problème, c’est que la grande majorité des Musulmans est d’une inculture crasse ce qui ne facilite pas l’échange. Que, depuis des siècles, des centaines de penseurs, souvent de haut niveau, aient disséqué leur religion pour mieux la comprendre, ils s’en foutent. Tu me diras, les chrétiens ne savent pas non plus ce qu’est un nestorien. C’est la limite du multiculturalisme : des centaines de gens incultes se balancent des arguments à la con sur des sujets dont ils ne savent rien et dont ils ne veulent rien savoir.

Le bistro a gagné. Le babillage a gagné. Une seule parole redondante, balbutiante, répétitive, vide de tout sens.

On peut toujours partager le vide. Et le multiculturalisme est vide. C'est juste un mot pour virer le cochon des cantines.

On en reparlera.

lundi 18 avril 2016

TIRER SUR L’AMBULANCE


Putain que c’est bon !! Je repense à une planche de Reiser où un boxeur en prenait plein la gueule et qui s’achevait par un quasi-orgasme de Gros Dégueulasse. Que c’est bon !!

C’est un « critique gastro ». Il perd peu à peu tous ses appuis. Et vous savez ce que c’est ? Moins t’es soutenu, plus t’es faible. Quand le mec était au top, tu pouvais rien dire. A l’époque, je bossais dans la collecte d’adresses. J’étais vérifié. « Comment, tu n’as pas vérifié ses adresses ? ». Si, mais elles me plaisent pas. Même si tu bossais pas avec lui, t’avais intérêt à pas le contrarier. Ton rédac’ chef y veillait.

Bien. Un jour,je reçois un coup de biniou d’une copine de l’OT de Soule. IL venait. IL voulait découvrir le patrimoine gastronomique et authentique de la plus belle province du Pays basque (ça, c’est pas lui, c’est moi, la Soule est une merveille). Et la copine m’appelait parce que je devais l‘aider, moi qui avait l’habitude des journalistes de la capitale.

Et donc, je lui ai conseillé de l’emmener chez Battitou Etchebarne. Au pied d’Ahusky, l’auberge de Battitou était la Mecque des gras doubles à la basquaise dont Battitou était l’ayatollah respecté et reconnu. Je l’avais interviewé et il m’avait expliqué, avec sa faconde, que les gras doubles à la basquaise étaient supérieurs aux tripes normandes par la longueur de leur préparation ou par le nombre d’aromates mobilisés. Il était intarissable et j’ai oublié l’essentiel.

J’avais un produit authentique, un vrai spécialiste, un discours cohérent : pour moi c‘était gagné.

Sauf que j’étais encore trop jeune. Quand le chantre de l’authentique est arrivé chez Battitou, le cuisinier revenait de l’abattoir et s’était mis en devoir de nettoyer les tripes. Et donc le gastronome de la France profonde a eu l’obligation de pénétrer avec ses pompes bien cirées dans une salle qui sentait … la merde !!! Et ce fut le scandale. Il devait attendre plus de décorum, une invitation autre. L’OT de Soule s’en souvient encore. Moi aussi car l’engueulade descendit en cascade et j’en eus ma part.

Première leçon : l’authentique ne l’est que s’il ne l’est pas. Tout ce qui fait la cuisine traditionnelle authentique, le sang, le gras, la merde, doit être occulté.

Deuxième leçon : une adresse n’est bonne que si elle génère du chiffre. Un plouc dans la montagne n’a aucun intérêt.

C’était jadis. Battitou a presque fermé. L’auberge est ouverte deux jours par semaine. Et j’ai cru exploser le jour où j’ai vu dans un restaurant basque près du métro Dupleix : le mardi gras-double de Battitou. Il doit continuer à nettoyer ses tripes pour le bonheur de tous. L’opinion d’un gandin parisien, un GP, il s‘en fout.

Tout le monde s’en fout, en fait. A part un mini-microcosme composé de son éditeur, de son imprimeur et de sa secrétaire. L’écume des mots semble s’évanouir. Sauf qu’un ou une autre viendra reprendre le discours du pseudo authentique, viendra expliquer ce qu’il ne sait pas à ceux qui en savent encore moins mais qui sont si nombreux (les ignorants sont majoritaires) qu’ils forment un marché.

CP disparaît mais le ventre est fécond. Je vous rassure : il sera remplacé.

Battitou, ce sera plus difficile.