dimanche 12 février 2012

POURQUOI GHOSN SE PLANTE

Carlos Ghosn ne craint pas le ridicule. Ce type a une vision étroite, riquiqui, du monde. En ce moment, il se répand pour expliquer sa vision du monde automobile dans les années qui viennent.

Selon lui, l’avenir est au low cost et même à l’ultra low cost. Pourquoi ? A cause des marchés émergents qui ne peuvent pas s’offrir de belles autos comme les nôtres. En gros, pour lui, il y a l’auto normale pour Occidental riche, le low cost pour les classes moyennes des pays émergents et l’ultra low cost pour les pauvres des pays pauvres.

Vision d’épicier qui ne voit pas plus loin que les recettes du jour. Ghosn refuse de voir l’évolution du monde. Les pays riches s’appauvrissent et le low cost envahit déjà l’Europe. Il devrait le savoir lui qui a fait la Logan pour les pays émergents et qui en vend des milliers en France. Si demain, il fabrique une voiture à 3000 euro, c’est chez les travailleurs pauvres d’Europe qu’il en vendra le plus.

Mais surtout, il commet l’erreur de tous les capitalistes occidentaux : il n’envisage pas un seul instant que les pays émergents peuvent construire des autos low cost ou ultra low cost sans lui, et même contre lui. Il a engagé Renault dans une course au bas de gamme qui va lui revenir en boomerang dans les dents. Ça commence d’ailleurs : l’an passé, Renault est le seul constructeur automobile occidental qui a vu baisser ses ventes en Chine. Les raisons en sont simples : (1) les Chinois riches préfèrent les voitures haut de gamme qui permettent d’étaler leur richesse (normal) ; (2) Renault n’a aucune usine en Chine et (3) la plus forte part de la croissance est accaparée par les constructeurs chinois eux-mêmes.

Les constructeurs chinois, on en connaît une trentaine. Les quinze plus gros sont des entreprises d’Etat. Ceux là sont appelés à fusionner dans les années qui viennent ou, à tout le moins, de partager certains services comme la recherche et développement. Pour ce qui est de la production, 27 provinces sur 31 peuvent produire des voitures. L’implantation des constructeurs est bien essentielle à l’équilibre des économies provinciales et à la gestion de la main d’œuvre. Le gouvernement y veille.

Note après note, le gouvernement chinois trace la voie pour son industrie automobile : les implantations étrangères ne sont « plus souhaitées ». Clairement, « le gouvernement va retirer son soutien à l’investissement étranger dans l’industrie automobile ». En fait, le gouvernement chinois a de la marge de puissance sous le pied. D’abord parce qu’il y a plus de 80 constructeurs automobiles en Chine. Si les quatre plus gros totalisent près de 70% des ventes, il ne faut pas négliger les autres. Souvent privés (mais on sait que cette notion n’est jamais bien claire), ce sont surtout des laboratoires. Ces constructeurs produisent essentiellement de petits véhicules populaires et des voitures électriques, mais aussi quelques 4x4 haut de gamme (allez voir la production de Xinhai, un petit dont personne ne parle). Ces petits constructeurs sont l’arme secrète du gouvernement chinois qui peut décider de booster leur production et même de la protéger. Car la Chine, faut-il le rappeler, n’est ni un marché libre, ni un marché ouvert. Le gouvernement les aidera quand il faudra se positionner sur le marché de la voiture électrique, puis sur le haut de gamme.

En face de Ghosn, il y a Hu Jin Tao. Hu Jin Tao qui s’appuie sur son marché intérieur pour développer l’industrie automobile chinoise avant de la lancer à la conquête du monde. Pas tout de suite et pas très vite. C’est pas le genre de la maison Chine. Dans les années qui viennent, les constructeurs européens de véhicule haut de gamme vont se régaler, surtout s’ils sont installés en Chine. Ce n’est pas le segment de marché qui intéresse les Chinois. Par contre, tous les efforts vont porter sur l’entrée de gamme. Le segment sur lequel Ghosn se positionne. Il peut la produire sa bagnole à 3000 euro. Il n’en vendra pas sur le plus gros marché du monde. Et sur les autres, il va voir débouler les concurrents de l’Empire fleuri. Et aussi les Indiens sur lesquels j’ai moins d’infos. Ghosn a choisi une stratégie perdant-perdant. Est-il plus bête que naïf ? On ne saura jamais.

L’erreur de Ghosn, c’est de sous-estimer l’adversaire. De le croire comme lui. Si le marché automobile chinois doit se développer, ce sera d’abord et avant tout avec des automobiles chinoises. Au nom de l’indépendance et de la fierté nationale. Seulement voilà : pour un capitaliste occidental, ces notions sont obsolètes. Et il n'en tient pas compte dans ses analyses.

L’erreur de Ghosn, c’est d’ignorer l’Histoire. Il s’imagine quoi ? Que les Chinois vont accueillir à bras ouverts un constructeur associé à une marque japonaise ? Il croit vraiment que les Chinois ont oublié Nankin et la guerre d’indépendance ? Le premier objectif des Chinois, c’est de planter les constructeurs japonais. Mais ils ont accueilli Honda et Toyota. Oui. Pour l’instant.

Alors ? Alors, Renault est mort. Renault va droit dans le mur. Ghosn s’en fout, il ne sera plus là. Je suggère à son actionnaire principal d’indexer la retraite de Ghosn sur les bénéfices de Renault, ça serait honnête. Parce que le successeur de Ghosn, il va lui falloir un sacré courage.

On en reparlera…..

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