jeudi 20 juillet 2017

LE RETOUR DE L’ARMÉE

De Gaulle, après le putsch avait réussi  se débarrasser de l’armée comme force politique. Ça a duré une cinquantaine d’années qui nous ont fait oublier cette vérité première : les militaires sont des citoyens comme les autres. Et, comme tels, ils peuvent juger de l’action du gouvernement. Voire s’y opposer comme n’importe quel syndicaliste ou zadiste nantais.

Ha ! mais non ! ils doivent obéir au chef des armées…..En principe, oui. Mais on obéit mieux à qui sait le sujet. Autour de De Gaulle qui avait quelques lumières, il y avait des pros : Chaban, Billotte, Messmer pouvaient montrer leurs états de service. On était entre pairs. Voilà quelques années que les gouvernements sont désespérément civils. Il n’existe aucune passerelle de communication. En écoutant Macron aujourd’hui, je pensais que la plupart des militaires que je connais devaient se sentir pris pour des cons. Et ça, c’est pas bon. Surtout que les militaires savent que les économies ne sont pas économes de l’essentiel : leurs vies.

Ce sujet, le retour de l’armée en politique, voilà longtemps qu’il est perceptible. J’avais commis un roman sur le sujet, refusé par de nombreux éditeurs, où je suggérais que le cursus de l’ENA ne puisse pas être complété sans une année de service militaire dans un régiment « action ». Je me suis fait accuser de sexisme. Il me paraissait pourtant évident qu’on ne peut pas gouverner sans connaître le poids de la chose militaire et que seuls ces régiments connaissent la guerre.

Quand on parle de militaires, il faut, bien entendu, compter les anciens militaires. Tous ceux, surtout sous-officiers, qui ont passé cinq dix, quinze ans sous les drapeaux, ont connu les théâtres d’opérations extérieures et sont revenus à la vie civile. Je n’ai trouvé aucune statistique sur leur nombre mais ils sont quelques milliers et eux ne sont tenus à aucune réserve ni à une quelconque obéissance.

Peu sont politiquement corrects. Certains ne sont franchement pas présentables. Mais ils sont là, plus nombreux que beaucoup qui tiennent le haut du pavé. Je pense souvent à mon copain Loulou qui me parlait de ses copains morts dans l’attentat du Drakkar. En 1983. Morts et jamais vengés. Peut être que c’est pas bien mais la vengeance est l’ADN des guerriers. Loulou, il estimaait que ses copains étaient morts pour rien. Pas pour la France. Pour rien. Et pour Loulou, la France, c’était pas rien.

Macron et ses copains énarques sont incapables de comprendre. Pour eux, l’armée est un simple poste budgétaire. Et ça, les militaires supportent pas. Bien entendu, les gradés de haut niveau peuvent donner le change.. Mais dès qu’on descend dans la hiérarchie, dans les rangs de ceux qui vont mourir, ça ne passe plus.

C’est qu’il existe un mental militaire. Un truc bizarre fait de nationalisme, de haine de l’ennemi, d’un zeste de racisme (c’est qui l’ennemi ? celui qui tue mes copains), d’un poil de rejet. Ce mental, on l’aime ou pas. Mais ça, on s’en fout. En avons nous besoin ? Avons nous besoin d’un groupe de citoyens prêt à mourir pour nous défendre ?

Mais ceci suppose que nous acceptions l’idée d’une menace. Si nous évacuons la menace, la réponse va de soi. Ce que nous n’aimons pas chez les militaires, c’est qu’ils nous voient menacés. Ils nous voient avec des ennemis alors que nous voulons que tout le monde nous aime.

On peut y croire….C’est vrai que quelques plaques de marbre ne grèveront pas le budget de la Défense..


On en reparlera….

jeudi 6 juillet 2017

JOURNALISTES AU RABAIS



J’y ai encore eu droit et ça me rend sauvage…Parce que la langue française est respectable et qu’elle est violée quotidiennement par des branlotins incapables. L’un de ces branlotins, ce matin, me fait un plan de merde sur je ne sais quel peuple décimé.
 Décimé !  en français, la décimation est un acte consistant à prendre un bonhomme sur dix et à l’executer..Décimer..un sur dix…L’étymologie éclaire.. C’est du latin… Et donc, moi, 10% de morts, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.

Le mec (ou la gonzesse, chipotons pas) qui te parle ou écrit sur un peuple décimé, c’et pas un journaliste, c’est un (ou une) sinistre imbécile, un connard mal sorti d’une mauvaise école. En fait, il veut dire exterminé, mais, dans sa tête, décimé, c’est plus chic. C’est vrai, exterminer, ça sent l’artisan éradicateur de cafards. Sauf que le sens des deux mots n’est pas équivalent et que tu peux pas mettre l’un à la place de l‘autre.

Les journalistes au rabais, ça les gène pas. Les mots, ils s’en foutent, ils les connaissent pas. Y compris ceux de Cicéron…. Que n’a t’on pas lu sur la mélenchonienne citation de l’exorde des Catilinaires.. Jusqu’où, Catilina, abuseras tu de notre patience ? Pour plein de mecs, cette citation, banale, était une exceptionnelle découverte. On est loin de Jean-Hérold Paquis qui terminait ses discours par « l’Angleterre, comme Carthage, sera détruite » en référence au Delenda est, Carthago, du vieux Caton. C’était sur Radio-Paris entre 1941 et 1944.

Oserais je le dire ? Je préfère le vieux fasciste qui se réfère à Caton sans le dire, mais en assumant que son auditeur le sait, au branlotin qui a besoin de Mélenchon pour découvrir Cicéron. Parce que le vieux fasciste, il respecte ses auditeurs, il me respecte, il respecte ma culture, notre culture.. Le branlotin ne respecte rien et surtout pas moi qu’il prend pour un vieux con. C’est vrai, je connais mieux Caton qu’Instagram. Et Pandore m’évoque Hésiode, pas la maréchaussée. Mais quand vivras tu avec ton temps et jusqu’où abuseras tu de notre patience ?

Bande de cons, c’est mon temps… Un temps commencé il y a  trente siècles avec Hésiode et qui se poursuit.. Un temps où il y a de la place pour tous ceux qui veulent la prendre. Même Joey Starr ? Même. J’ai écrit ceux qui veulent la prendre..Il a le droit de pas vouloir. C’est vrai que c’est pas le temps des wesh-wesh de banlieue. Encore que…

Les branlotins, ils se décarcassent et me font chier, sur nos rapports avec l’Islam. Aucun ne me parle jamais de Rodrigue Diaz de Bivar.  C’est plus facile d’aller interviewer Tareq Oubrou.. En fait, c’est ça la question.. C’est plus facile.

Bande de merdeux…Si vous allez toujours au plus facile, votre marge de progression va flirter avec zéro.. Vous chiez sur Hésiode et vous jetez son contemporain Zénon aux orties.

Peut on vivre sans Zénon d’Elée ?


On en reparlera…

PS : tout journaliste affirmant qu'un peuple est décimé (et non exterminé) est une merde que son rédac chef doit virer sur l'heure

PS 2/ j'assume un total mépris pour ceux qui n'ont pas un minimum de culture latine

mardi 4 juillet 2017

COUSIN EDMOND

C’était le cousin de Maman. Le dernier représentant d’une lignée de pépiniéristes, paysagistes, jardiniers. Jardinier à l’ancienne qui refusait la mécanisation car elle mettait une distance entre la plante et son regard, mais qui devait l’accepter au nom des impératifs économiques. Les clients n’étaient plus prêts à payer de longues heures de travail. Il souriait : « Je propose toujours deux devis, un manuel et un avec le rotovator. Les clients prennent toujours le rotovator, il est moins cher. Et quand je leur explique que la machine est le meilleur moyen de multiplier les pissenlits et les chardons, ils ne me croient pas. Alors, je fais de la merde et je m’assure le chantier pour l’an prochain ». Avec lui, j’ai beaucoup appris. Avec lui, mais aussi Paul Maymou et Yves Delange. Trois fous de jardins.

« Ecoute moi bien. Si la plus belle plante du monde se naturalise dans ton jardin, tu l’arraches. Ou tu la déplaces. Un jardin n’est que le savoir et la volonté du jardinier. C’est toi qui décides, pas le vent ou un oiseau qui chie. »

Je ne garantis pas les mots, mais c’était le sens. Cette conversation dans la grande cuisine fraiche, je ne l’ai jamais oubliée. Et, à force d’y penser, je suis arrivé à la conclusion que l’art des jardins est le plus complet, le plus difficile, le plus exigeant. Le plus décevant et le plus gratifiant. Ne fut ce qu’à cause de sa dimension temporelle. Le petit truc que tu mets en terre à l’automne aura développé un mètre de végétation à la fin du printemps et sera couvert de fleurs. Cette évolution, tu dois l’intégrer à ton boulot. Mais aussi, celle des années à venir. Il n’y a pas de hasard. Et quand tu as la chance de voir les dessins des grands jardiniers du XVIIème siècle, les tracés de perspective qui n’ont atteint leur maturité qu’au bout d’un siècle, tu comprends que le hasard n’est qu’un emmerdeur. Un jardin n’est que la volonté du jardinier.

Surtout un jardin à l’anglaise. Plus que tout autre, il est fils du savoir. Rien n’y est laissé au hasard. Il offre cette apogée de la pensée, une image de la nature conçue par la culture. Car rien n’y est naturel, tout y est pensé, réfléchi, pesé. Cousin Edmond détestait qu’on touche au terrain, qu’on envoie des bulldozers corriger une éminence ou améliorer une perspective. Il croyait que c’était le boulot du jardinier. Il tolérait pourtant qu’on prépare des fosses pour les plantes acidophiles dont il était un spécialiste, mais c’était encore et toujours la volonté du jardinier. Le désir d’avoir des rhodos en fleur à l’entrée du printemps.. J’ai pensé à lui en Irlande. J’ai oublié le nom de la propriété où Barry Maybury m’avait emmené. Les couleurs de la famille étant le rouge et le blanc, les jardiniers avaient orné l’allée principale de deux rangées de rhododendrons, les rouges à gauche, les blancs à droite. Et à la floraison, les arbres étaient protégés par une fine gaze pour éviter toute pollinisation croisée. Une gaze assez fine pour que le but reste visible. Cousin Edmond aurait adoré bien qu’on soit chez des catholiques. Cousin Edmond était protestant et il avait pour le libre-arbitre une méfiance instinctive. Même le libre arbitre des plantes.

Naturellement, ceci exclut de l’art des jardins les jardins potagers et leurs alignements sinistres de plantes identiques. Ceux là sont des utilitaires auxquels manque la dimension esthétique. Il faut que Cyrano soit présent dans un jardin bien conçu. Une rose, à tout prendre, qu’est ce que c’est ? Un point rose sur l’i du verbe aimer. Tu te promènes dans un jardin avec la femme que tu aimes et, au moment où tu vas déclarer ta flamme, le jardinier a prévu un rosier dont les boutons sont parfaits de maturité. Ça marche pas avec les citrouilles, que Cendrillon le veuille ou pas.

Je suis chiant. Dans un jardin, je ne me laisse pas aller. Je compare, j’analyse. Putain ! il est bon le mec, il me fait une haie de potentilles, juste là, à l’endroit exact où leur abondance de jaune va me faire craquer. Ça ne m’empêche pas de faire des conneries, souvent par flemme. Les bougainvillées qui étaient si beaux ont crevé cet hiver faute de protection. Pas grave ! Je vais les remplacer par des plantes non gélives. Trachelospermum devrait convenir et j’aurais le bénéfice de l’odeur. C’est moi qui décide. Je suis jardinier et donc je suis Dieu.

Pour une fois….


On en reparlera

lundi 3 juillet 2017

LES PARACELS OU COMMENT REPRENDRE SA PAROLE.



Ça bouge en Mer de Chine. Tout ce que je lis est tiré du même tonneau où se mélangent avec bonheur les cépages de l’incompétence et les millésimes de la mauvaise foi. En gros, la Chine est accusée de s’approprier indument les îles Paracels

Aux Archives fort bien tenues du Ministère Français des Affaires Etrangères, tout un chacun pourra consulter et obtenir une copie du traité signé le 26 juin 1887 entre la Chine et la France représentant l’Empereur d’Annam afin de fixer les frontières maritimes et terrestres entre les deux pays.. Or, ce traité, en français et en chinois est très clair et stipule :

LES ILES QUI SONT A L’EST DU MÉRIDIEN DE PARIS 105°43 DE LONGITUDE EST SONT ATTRIBUÉES A LA CHINE ; LES AUTRES ILES QUI SONT A L’OUEST DE CE MÉRIDIEN APPARTIENNENT A L’ANNAM.

Le méridien de Paris étant à 2°20 à l’est de Greenwich, la limite fixée est donc aujourd’hui le méridien 108,03° est de Greenwich. Tracez la ligne : les Paracels appartiennent à la Chine avec l’accord des autorités françaises. C’est indiscutable.

Comment en est on arrivé à la situation actuelle ?

La politique a horreur du vide. Les Chinois ne s’étant pas installés sur les îles, la France y maintient une présence, allant jusqu’à y construire une station météo en1932. C’est que la guerre de 14 est passée par là et on a inventé le sous-marin qui change les paramètres stratégiques. Une note du Résident Supérieur en Annam l’exprime crûment en 1920 :

Ces iles constituent le prolongement naturel d’Hainan… une flottille de submersibles s’appuyant sur cette base pourrait isoler le Tonkin 
et l’attaché naval à Pékin enfonce le clou un an plus tard :
Bien qu’elles ne puissent être sans doute d’une grande utilité, elles gêneraient les communications si elles venaient à passer entre les mains d’une puissance maritime qui les utiliserait comme base

Bon. On a filé à la Chine un truc qu’on croyait inutile mais qui ne l’était pas. Faut revenir sur sa signature. Le Quai d’Orsay va s ‘y employer…

On commence donc par infléchir la position française et affirmer que le traité de 1887 concernait essentiellement la frontière terrestre et que la frontière maritime n’en était qu’un accessoire.

En 1937, une note au Ministre des Colonies indique

"Les dispositions du traité de 1887... n'avaient d'autre objet que de fixer la
frontière maritime entre la Chine et le Tonkin dans la région de Monkay,
en rattachant à la Chine quelques territoires et îles situés à l'Est de
l'embouchure de la rivière de Monkay et qui dépendaient autrefois de
l'Annam.
Il n’y a pas lieu de donner à la clause de 1887 une portée autre que locale.

Forcément les Chinois ne sont pas d’accord. Ils ne sont même pas d’accord pour un arbitrage. C’est signé, point barre. On cherche des solutions. Un certain Boissonnas suggère que la Chine pourrait nous les rendre en paiement de l’indemnité sur le chemin de fer du Yunnan. On tergiverse. Le Gouverneur d’Indochine écrit au Ministre :

Le gouvernement français n’a jamais renoncé à faire valoir des droits historiques et géographiques..seules des raisons d’opportunité se sont opposées à ce que ces droits fussent affirmés officiellement…
 Notre intérêt bien compris était de ne pas nous aliéner l’opinion chinoise..

Traduction : c’est le bordel en Chine, attendons de voir l’avenir. Et après la Seconde Guerre Mondiale, ça va donner une note au Ministère des Colonies :

Il parait préférable de différer le règlement du litige par voie juridictionnelle jusqu’à l’établissement d’une autorité gouvernementale unique et incontestée tant en Chine qu’au VietNam.

Normal. Le PCC a pris le pouvoir à Pékin et nous reconnaissons Taiwan tandis que Ho Chi Minh s’apprête à nous mettre à la porte.

1954, Accords de Genève. Les Paracels sont attribuées au Viet-Nam du sud par la même République française qui les avait reconnues chinoises.

Moi, j’attends de mon gouvernement qu’il respecte sa signature parce que c’est aussi un peu la mienne. La Mer de Chine devient une poudrière. J’attends de mon gouvernement qu’il calme le jeu et qu’il rappelle au gouvernement américain que, depuis 1975 et la chute de Saïgon, il doit rester sur l’autre rive du Pacifique et que la parole de la France, ce n’est pas du pipi de chat. J’attends de la presse qu’elle cesse de servir de porte-voix à la CIA et qu’elle donne à ses lecteurs des informations vérifiables.

Et la seule chose qu’on puisse vérifier,  c’est que les Paracels sont chinoises depuis 1887. Grâce à la France