vendredi 3 février 2012

LA DETTE, MA DETTE, TA DETTE

Ha ! ça, on s’en balance des chiffres. Normal, c’est de l’économie, alors les économistes balancent des chiffres.

La dette de la France, c’est 1800 milliards d’euro. Faux. Ça, c’est la dette du gouvernement français. Pour les milieux financiers, c’est de la roupie de sansonnet. La vraie dette, c’est 4200 milliards d’euro. C’est le total de la dette du gouvernement plus les dettes des institutions financières, notamment les banques. Sont pas cons les marchés. Ils savent bien que si une banque fait faillite, le gouvernement va se précipiter. Et donc que ce que doivent les banques, faut en tenir compte.

Ça donne un ratio que j’ai trouvé sur le site économique de la BBC et que regardent les marchés. L’Etat doit 87% du PIB (ce qui est raisonnable, paraît-il) alors que les institutions financières doivent 235% du PIB. Nos grandes, belles et solides institutions financières sont plombées jusqu’aux oreilles. Elles s’en foutent : on est là pour payer à leur place.

Remarque, l’Allemagne, c’est pareil. 4200 milliards au total. Le PIB est un peu supérieur mais pas lerche. Les institutions financières allemandes, leur dette ça reste 176% du PIB. Alors ?

Alors, face à ces dettes, y’a des créances. Et ces créances, elles sont plus ou moins fiables. Les Français, ils ont prêté 41 milliards à la Grèce, l’Allemagne 15 milliards seulement. Forcément la part bancaire de l’endettement est plus fiable dans un cas que dans l’autre.

Les marchés, ces chiffres, ils les tournent et les retournent dans tous les sens. Qui doit à qui ? C’est la clef de la crise.

Tiens, prends les States : tout confondu, la France doit 202 milliards aux Ricains. Mais eux, nous en doivent 440. Pas grave : leur dette de 11 000 milliards d’euro (ça fait des sous quand même), elle est quasi exclusivement gouvernementale. On fait tourner l’imprimerie à dollars et c’est payé. Nous, on peut pas, on est coincés par l’euro. Et donc, expliquent gravement les économistes, les 440 milliards qu’ils nous doivent sont plus fiables que nos 202 milliards. C’est la poétique économique. C’est pas les chiffres qui comptent, c’est l’histoire qu’ils racontent.

Alors, l’Espagne qui est tant stigmatisée, on comprend que sa dette de 1900 milliards, elle est pas fiable. Le gouvernement doit à peine 67% du PIB, une misère. Mais les banques et les institutions financières, c’est 284% du PIB. Pas bon, ça. Imagine que le gouvernement espagnol dise qu’il se tape des dettes non-gouvernementales, le système explose.

A se palucher tous ces chiffres, on comprend vite où est la clef du problème. Ce n’est pas la dette des Etats, c’est la dette du privé. L’Etat comme dit Mélenchon, il a les moyens de rembourser. Les moyens, c’est les citoyens. Par contre, le privé, il peut pas. C’est sa dette qui pose problème vu que l’alternative est simple : soit il fait faillite avec toutes les conséquences que ça peut entrainer, soit il transfère sa dette à l’Etat. En fait, tout le monde se tient par la barbichette.

Mais le plus rigolo n’est pas là. Dans les graphiques, il y a un gros absent : la Chine. Tu prends la dette globale de la France : 4200 milliards. T’additionnes ce qu’on doit à nos principaux partenaires (USA, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Japon, etc…). T’arrives péniblement à 800 milliards. Il en manque donc (excusez du peu) 3400 milliards. A qui on les doit ? Au Kiribati ? A la Moldavie ? Cherchez pas les statistiques chinoises sur la question : il n’y en a pas.

Pas la peine d’écouter nos politiques, tous partis confondus, nous filer leurs recettes. La réalité est incontournable : la dette de la BNP approche les 2000 milliards d’euro (25 fois les capitaux propres), la dette de la Société Générale, en gros, c’est 1000 milliards d’euro (40 fois les capitaux propres). 2000 plus 1000, on n’est plus très loin des 3400 qui manquaient ci-dessus. Qui détient ces dettes ? Les Chinois en grande partie. Enfin, on suppose….

Alors, rêvons. Imaginons que Hu Jin Tao, il dise à Sarko (jusqu’en mai…après, c’est moins sûr) : « File nous la BNP, la Société Générale et le Crédit Agricole et on efface la dette ». Il fait quoi, le Président ? Le rêve, c’est qu’il dise OK. Qu’est ce que j’aimerais voir nos grands banquiers donneurs de leçons remplacés par des hiérarques communistes ! Ne rêvons pas. Le Président, quel qu’il soit, il va avoir un mouvement du menton : on va pas filer aux bridés les fleurons de notre finance tout de même !

Y’a une solution plus lente mais assez rigolote aussi : la dette de nos banques, c’est surtout des obligations. Imaginons que les Chinois filent toutes ces obligations sur le marché. Les cours dégringolent. Ça fait baisser la dette en même temps que la valeur de nos fleurons de la finance. L’Etat fait quoi ? Il intervient et rachète massivement ? Mais, disent les économistes, s’ils font ça, les Chinois, ils perdent du fric. Et alors ? Ils perdent un peu d’argent et ils prennent la main sur notre système financier.

Dans tous les cas de figure, on est coincés. Faire baisser la dette de l’Etat en augmentant la TVA, par exemple, n’a qu’une utilité : faire des réserves stratégiques pour aller sauver la BNP si c’est nécessaire. Mais ne nous leurrons pas : on ne pourra de toutes façons pas sauver tout le monde en même temps. Et peut être bien que les Français, ils vont pas aimer que leurs impôts servent à sauver les banques qui les emmerdent au quotidien pour leurs découverts et leurs difficultés C’est vrai ça : t’as du mal à payer des impôts pour sauver les banques et pour te remercier, elles te bloquent les comptes.

Va falloir suivre tout ça d’assez près. Peut-être même qu’il va falloir se battre un peu.

On en reparlera…

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