dimanche 9 décembre 2018

ECONOMIE ET POLITIQUE

Je ne comprends pas qu’on se complique la vie avec des statistiques et des arguments sans intérêt. Otons tout vocabulaire qui pourrait fâcher.

Il y a deux sortes de pays :

A/ ceux où le politique commande à l’économique

B/ les autres qui font le contraire.

La plupart des commentateurs affirment que les autres sont mieux gérés, plus modernes, plus libres même. Donc rappelons deux faits :

1/ jusqu’à Giscard, la France était dans le groupe A où l’avait mis le programme du CNR. Tout allait bien, la croissance était là et le peuple vivait bien. Le seul bémol était l’inflation, maladie bénigne qui affecte essentiellement ceux qui possèdent l’argent, c’est à dire les banquiers.

2/ la première économie du monde, la Chine, est dans le groupe A ce qui plaide pour l’efficacité du modèle.

Quand le politique commande, il protège deux choses :

A/ les activités régaliennes, celles ont le peuple a besoin, comme la justice ou la santé

B/ le patrimoine de l’Etat

Ça, c’est le principe. Naturellement, quand l’économique commande, il ordonne au politique de lui céder les activités les plus rentables, les autoroutes, l’énergie ou le Loto. C’est, en général, camouflé sous de belles raisons mais le mécanisme ne change pas : on vend à vil prix une structure que la Nation a mis du temps à édifier. Depuis le début du siècle, l’abandon de souveraineté est le complice de ce qu’il faut bien appeler une forfaiture.

Ceci, le peuple le sait. Ou, à tout le moins, le sent. Il se demande pourquoi il paie des impôts. Pour équiper son pays, par exemple avec des autoroutes qui seront bradées quand elles seront rentables !!! Le peuple se sent cocu. Les exemples sont légion. Airbus est un autre cas.

Qu’importent les cas. Seul le système compte. Simple, rodé, accepté par tous les partis (dont le PS avec le gouvernement Jospin auquel appartenait Mélenchon, ne jamais oublier). L’impôt finance des équipements bradés ensuite par la privatisation.

Ce n’est pas une remise à plat fiscale qu’il faut. Simplement une mention dans la Constitution interdisant de vendre les biens de l’Etat. Encore que ça existe déjà : les Musées nationaux n’ont pas le droit de vendre les œuvres qu’ils conservent. On pourrait imaginer étendre la mesure et adapter l‘interdiction. Les juristes peuvent gamberger. Les actions sont des biens mobiliers comme les tableaux ou les meubles.
La première mesure de justice fiscale est que le peuple ne soit pas dépouillé de ce qu’il a payé avec ses impôts.

Ou avec son travail. C’était le but de la loi sur l’intéressement portée par les députés gaullistes de gauche et qui visait à une meilleure répartition du pouvoir dans les entreprises. Dès après son adoption, en 1974, le patronat s’est empressé de la vider de son sens. Jusqu’à réserver des actions pour les cadres, les stock options, afin de préserver la gouvernance grâce aux cadres, ces valets qui croient être des maîtres.

Dans l’esprit des législateurs de 1974, les salariés devaient être protégés par les syndicats de toutes ces dérives. Le plus souvent, les syndicats ont fait droit aux demandes de leur ennemi et ont laissé le pouvoir pour préserver les maigres avoirs.

Et les stipendiés de la démocratie hurlent ou bêlent pour réclamer le respect du vote. Le peuple sait également que le vote ne sera jamais respectable tant que son résultat dépendra des sommes investies. Le peuple sait que le vote n’est pas respectable tant que des astuces permettent de ne pas en tenir compte comme en 2005. Le peuple sait que le vote n’est pas respectable quand on peut ne pas en respecter les règles sans aucune sanction. Le peuple voit Nicolas Sarkozy jeter aux chiens les  résultats d’un référendum et doubler indûment les coûts de sa campagne, avant de bénéficier de tous les avantages réservés aux présidents à la retraite, poste qu’il a obtenu en trichant. Et vous demandez le respect du peuple !!!!

Le peuple sait bien qu’on le prend pour un con. Il a l’habitude. Il s’énerve seulement quand c’est trop.

Et là, c’est trop.

On en reparlera


vendredi 7 décembre 2018

BACHAR EL MACRON

Je m’amusai à inventer des tweets. Pour rire en copiant Donald. Et j’ai trouvé celui-là, copié sur les titres de la presse aux ordres.

Le Président de la France envoie les blindés contre son peuple.

Court, percutant, précis. Manque plus que le petit mec en gilet jaune debout devant un engin blindé, façon Tien Anmen. J’espère qu’un photographe la fera

Ho ! c’est pas pareil !!! Ha ? bon ? Tu veux dire que le modèle de blindé Macron, il est plus petit que le modèle Jiang Zhemin ? Ou que les munitions de Bachar le Syrien, elles sont plus efficaces ? Parce que le symbole est exactement le même. Quand à mon tweet, il est d’une rigueur absolue. Le Président envoie les blindés contre son peuple. On peut le dire autrement, mais là, c’est une précision littéraire totale.

Bon, Bachar se tait. Il ne fait plus parler Griveaux dont c’est le boulot mais qui est pas trop crédible avec sa tête de premier communiant cherchant à perdre son pucelage. Celui qui cause, c’est Castaner, jamais bien rasé comme un barbeau de province caricaturé par Audiard, le genre de mec qui flâne sur les parkings pour te vendre une Audi d’occasion qu’il a chourré la veille. Castaner, il est aussi crédible que Nixon après le Watergate. Suffit de l’écouter.

Il affirme que des casseurs étrangers (il précise : un Allemand et un Portugais) étaient à l’Arc de Triomphe. Castaner c’est le patron de la PAF et si la PAF a laissé passer des casseurs étrangers, c’est lui, Castaner qui est responsable. Pas moi. Il va se planquer derrière l’Europe, bien entendu. C’est pour ça qu’ils sont tous pour  l‘Europe, elle les dédouane.

Castaner, il distille les infos inquiétantes comme quoi va y avoir des morts et ce genre de choses. Comme toujours, trop et trop peu. Castaner il a la haute main sur les RG. Il gère un service de renseignements. Et donc, soit il a des renseignements, soit il n’en a pas. S’il n’en a pas, c’est qu’il est mauvais. S’il truque sur ce qu’il a, c’est un menteur. Et samedi soir, on pourra vérifier.

On peut comprendre qu’il ne veuille pas donner des informations à l‘adversaire, sur son dispositif par exemple. C’est assez basique. A condition que l’adversaire n’ait pas les moyens de collecter et partager les infos. Castaner me donne le sentiment d’être sous-informé et de remplacer les infos qu’il n’a pas par de la bouillie communicante ce qui se retournera contre lui. On peut penser qu’il croit avoir un dernier joker : l’armée. Encore faudrait il qu’elle soit prête, dans tous les sens du terme. Et que ses chefs soient du côté du Président. Rien n’est moins sûr ce qui le laissera nu en cas de gros problème.

Car c’est assez simple. Soit le Ministre est informé et il a les moyens techniques et juridiques de désamorcer l‘insurrection qu’il affirme attendre ; soit il n’en sait pas assez et, effectivement, ça va péter. Mais, dans tous les cas, Castaner sera responsable.

En 68, c’était pas comme ça. De Gaulle pouvait remplir les Champs Elysées de ses soutiens au premier rang desquels Malraux.

Aujourd’hui, on a Riester qui vit en vendant des Peugeot aux Gilets Jaunes de Seine et Marne. Tu crois qu’il veut que ça change ?

On en reparlera…


jeudi 6 décembre 2018

PRAUD ET LA NÉGOCIATION

Ce matin, c’est le mot qui parsème toutes les interviews, toutes les interventions, surtout celles du pouvoir. Pour les macronophiles, c’est un mantra, la négociation est le maître-mot qui marque leur volonté de régler les difficultés du pays. Les macronophiles ne connaissent rien à la communication. Les Gilets Jaunes ne négocieront pas.

Un d‘entre eux, un brave type, l’a affirmé ce matin. Sans le dire, évidemment.

« Ils veulent nous enfumer.. Moi, moratoire, je sais pas ce que c’est. J’ai du aller sur Internet pour comprendre ».

Tout est dit et plutôt deux fois qu’une. Le mec ne possède pas le vocabulaire pour négocier. Et il ne possède même pas de  dictionnaire. Le fossé linguistique se double d’une barrière culturelle. Il perçoit parfaitement cette distance, il sait qu’on le convoque à un duel sans qu’il ait les armes. Accepter la négociation, c’est aller à la défaite. Il n’ira donc pas.

En face, ce refus de négociation va être commenté, amplifié, déformé, comme une preuve de désir insurrectionnel, alors que la seule demande du type, c’est d’avoir un interlocuteur qu’il puisse comprendre. Et qui le comprendra en retour. Un mec avec qui il puisse parler sans dictionnaire.

De tous les politiques et journalistes que j’ai pu écouter, un seul m’a semblé capable de l’exercice, le mec qui me faisait zapper systématiquement tant il ne m’intéressait pas : Pascal Praud. Je suis tombé dessus par hasard, il ne parlait pas de foot, il m’a bloqué. Il faisait régner l’ordre sur son plateau en donnant la parole aux manifestants de base, en les faisant préciser, en utilisant leur vocabulaire, en faisant taire les intervenants dont le vocabulaire suait le mépris de l’autre. Il créait les conditions de l’égalité des discours, sans démagogie et sans forfanterie. On était loin des débats à la con qui font penser que le journaliste organise une confrontation pouvant se tenir dans un amphi de Sciences Po.

Je me suis dit que Praud avait la chance d’être en prise directe avec la « vraie » France, celle qui s’exprime dans les tribunes des stades. Ce pays là est soigneusement méprisé et évité : il ne possède aucun code linguistique de l’ordre du pouvoir. Et donc, quand il ne comprend pas, il se tait ou il dit « Non ». Ils veulent entendre Macron sans comprendre que Macron ne les entend pas.

Sans compter que les mots n’ont pas le même sens. Le peuple sait que la négociation est le moyen de le baiser par les mots. On met en première ligne les femmes, bouclier habituel du pouvoir. Alors que le peuple connaît de la négociation les premières minutes de toute confrontation sportive, la fourchette sous la mêlée ou le tacle sec pour que l’autre comprenne qui est le patron. Toute négociation sérieuse est précédée d’une bagarre. Il convient de connaitre le rapport des forces. La négociation est le moyen de liquider la violence ce qui suppose qu’elle s’exprime. Et c’est vrai que si tu te mets à la table de négociations avec un œil au beurre noir et l’arcade sourcilière recousue, ça décrit un monde, pas nécessairement à ton avantage.

La négociation n’a jamais été un moyen d’éradiquer la violence mais plus simplement la voie d‘en minimiser les effets. On arrête de se taper dessus alors qu’on avait commencé. Ce qui suppose un langage commun. Un langage, des codes, un vocabulaire. En ce moment, les journalistes affectent de croire que ce langage est celui qu’ils partagent avec les politiques entre gens de bonne compagnie, à l’éducation identique. Ce qui conduit le peuple à lancer aux journalistes les injures qu’ils réservaient aux politiques : le langage commun conduit aux réactions semblables.

L’injure est compagne de l’insurrection. Relire les tirades de Hébert dans Le Père Duchesne. Hébert qui utilisait un langage volontiers ordurier reste l’une des grandes figures de la Révolution. Hébert écrivait pour le peuple, avec le langage du peuple et les injures du peuple. Il savait que l’injure n’est pas la violence en un temps où la violence consistait à raccourcir les têtes ce que ne fait pas l’injure. Les glissements sémantiques nous ont convaincu du contraire mais le peuple n’est pas dupe car il ne confond pas les mots et les actes.

Raison pour laquelle il est parfois difficile à convaincre.


On en reparlera..

dimanche 2 décembre 2018

LA LUTTE DES CLASSES

On l’a déjà dit : depuis 1989, tous les politiques occidentaux ont enlevé de leur boîte à outils, les outils du marxisme. A commencer par la lutte des classes, rejetée (et c’est un comble) par le PCF, par exemple.

Changer les mots ne change pas les choses. Qui ne voit pas que la lutte des classes sous tend la plupart des mouvements sociaux aujourd’hui. Les gilets jaunes, c’est le Tiers Etat qui revient. Appauvri, méprisé, déclassé, en 2018 comme en 1789.

Elevés dans les berceaux cotonneux des formations paisibles, les hommes et femmes politiques n’ont plus conscience de leur action. Ils parlent de « ressenti ». Mais faire basculer la fiscalité d’une classe sur une autre, supprimer l’ISF, gonfler le crédit impôt-recherche et augmenter la CSG, ce n’est pas du ressenti. C’est un message direct à ceux que le Président actuel traite d’illettrés comme son prédécesseur les qualifiait de « sans-dents », un message qui affirme : vous ne comptez pas, en tous cas, vous comptez moins que ceux qui vous dirigent.

L’oligarchie (et tous les députés en font partie) a presque réussi à faire entrer dans la doxa ce mensonge majuscule : les travailleurs n’ont aucune place dans le système de production. En détruisant le code du travail, le Président a envoyé un message fort : les travailleurs ne comptent plus. Dans tous les cas, c’est ainsi qu’il a été compris. C’est la première étape du mépris de classe.

Le reste va de soi et se mêle avec la surconsommation réservée à ceux qui en ont les moyens, les niches fiscales réservées aux chiens de garde du gouvernement, tout un ensemble de règles qui, toutes profitent aux mêmes. Si ce n’est pas une opposition, classe contre classe, qu’est ce ?

Les vieux qui se sont frottés à Marx le savent bien. La clef est dans la redistribution. Quand la plus value se répartit inégalement, les tensions se créent. Les citoyens peuvent tout supporter, sauf l’inégalité. Surtout quand elle est affichée, glorifiée, encensée. Il est caricatural qu’au plein des Gilets Jaunes surgisse l’affaire Ghosn. Les citoyens horrifiés attendent que le gouvernement, actionnaire de référence de Renault depuis la Libération, réagisse, d’autant qu’il y a peu, le Président s’affichait avec Carlos dans une usine du groupe. RIEN. Pas un mot. Il semble normal ou à tout le moins accepté qu’un chef d’entreprise puisse être honteusement sur-rémunéré, fraude le fisc, tape dans la caisse pour ses besoins personnels.

Face à cette situation, le Président se tait, choisissant de facto son camp. Mais le Président ne croit pas à la lutte des classes. Je ne suis pas sûr qu’il sache ce qu’est une classe sociale. Pendant ce temps, le ton des réseaux sociaux change. Je ne peux pas résister à cette citation d’Alain Simon : « Dans la mesure où une classe sociale n'est pas solidaire de l'ensemble des citoyens, qu'elle se goinfre sans retenue, qu'elle vole le fisc honteusement, si elle est prête à s'expatrier plutôt que de supporter sa charge sociale, si elle se sent apatride, nous n'en avons plus besoin.
Un corps mort doit être dégagé du corps social, comme une peau morte... »

On revient à la définition d’Etienne de Silhouette : « Dans un royaume bien conduit, le fort supporte le faible ». C’est pourtant simple, sauf quand le fort ne se sent pas les épaules et préfère voir le faible crever. C’est la définition même de la lutte des classes car le faible a conscience de sa faiblesse mais aussi, très vite, de son nombre. Les tensions sociales débouchent sur les tensions politiques. Les appels à la raison sont inutiles et inefficaces, l’affect prend le pouvoir avec le désir de survie d’un côté et l’immonde cupidité de l’autre.

La lutte des classes n’a qu’un inconvénient. C’est le faible qui gagne, en général. Mais les moyens de gagner sont nombreux et divers.. et la plupart des auteurs ne se sont pas intéressés au résultat, connu d’avance, mais à la manière de l’obtenir, puis de le gérer. Le plus célèbre texte de Lénine est titré : Que faire ?

Il est donc plus simple de ne pas en tenir compte, quitte à  se retrouver devant une situation bloquée où l’oligarchie va chercher à conforter un pouvoir moribond en manipulant un peuple en manque  d’instruments de réflexion. Quand tous croient au pouvoir de la parole pour annuler le réel.

Oubliant que la seule parole est celle qui affirme que le roi est nu.

On en reparlera…



jeudi 29 novembre 2018

DIESEL ET FRET

Il y a des nouvelles qui font rire…jaune, surtout lorsqu’elles viennent de Chine dont les medias occidentaux s’accordent à dire que c’est le plus gros pays pollueur du monde. Imaginons que si le pigiste de TF1 le sait, les autorités chinoises le savent aussi. On en a déjà parlé. Et donc le Quotidien du Peuple en parle aussi.

Figurez vous qu’en Chine, les camions diesel représentent 7,8% des véhicules en service et 57,3% des émissions d’oxydes d’azote ainsi que 77,8% des particules présentes dans l’air. A priori, il y a peu de chances que les pourcentages soient différents chez nous. C’est pas nouveau et, depuis cinq ans, les Chinois ont retiré  la circulation une bonne vingtaine de millions de « véhicules diesel désuets » ce qui reste insuffisant.

La consommation de charbon est en baisse : moins de 10% dans le bilan énergétique de Pékin. Mais pour éviter la double peine, on a interdit que les camions diesel transportent le charbon : pas utiliser un transport polluant pour charrier un polluant. Ceci n’empêche pas que les chercheurs sont au boulot, par exemple en travaillant sur des nanoparticules susceptibles de diviser par deux la pollution du diesel. Les Chinois ne sont pas idiots et savent que diesel zéro sera impossible. Ils cherchent donc des équilibres.

Mais, bien entendu, les nouveaux équilibres supposent la disparition des anciens et la mort des situations de rente. Voilà bien longtemps que nous savons que le transport routier est un danger écologique. Et qu’il importe de le remplacer, autant que faire se peut par le fret ferroviaire, comme les Suisses qui ne sont pas de sanglants révolutionnaires. Mais toucher au transport routier revient à heurter le « lobby des transports » lequel implique également les pétroliers, les sociétés d‘autoroutes et les constructeurs de poids lourds.

L’ai je vu changer ce monde des transports routiers dans lequel je suis né quand Carrefour n’existait pas et que Vincent Auriol occupait le poste d’Emmanuel Macron. Monde que la SNCF a investi, avec la SERNAM d’abord, puis Géodis. Personne n’a voulu voir la destruction d’un monde où l’essentiel était le service public et le maillage des territoires. En s’emparant du transport routier, la SNCF a pu détruire conjointement le fer et la route. Il suffisait de mettre au premier plan la rentabilité. Quel que soit le moyen choisi, le colis que m’envoyait ma marraine n’était pas rentable.. Alors, on supprime d‘abord le plus coûteux, puis le moins coûteux.

Mais on ne peut accuser la SNCF d’avoir tué le transport routier !! Si. Et d’abord en aidant à la mort de dizaine de petites entreprises, ceux qu’on appelait les « commissionnaires » devenus les « logisticiens du dernier kilomètre ». Vous n’avez pas connu ? Quand un train arrivait dans une grosse gare, il y avait des dizaines de petites voitures qui s’emparaient des colis destinés aux villages les plus proches pour les livrer.. Ces colis se trouvaient dans tous les trains car même les trains de voyageurs avaient un wagon « fret ». Avec l’arrivée de la Sernam, ces centaines d’entreprises sont mortes car la distinction fer/route a été abolie.

Encore une étude à faire pour détruire des idées reçues. Dernier détail : les voitures des commissionnaires ne roulaient pas au diesel. C’étaient des 2CV, des 4L des Juva4. Et parfois elles prenaient un voyageur sur le siège passager. C’était vraiment le bordel !


On en reparlera….

dimanche 25 novembre 2018

ESPELETTE ET GILETS JAUNES

Ho ! Les gilets jaunes ! sortez du symbole ! N’allez plus à Paris ! Ça vous coûte de l’argent. Pour quoi ? Pour aller sur le terrain de l’ennemi, pour vous affaiblir.

Castaner a donné les chiffres : 33 escadrons de policiers à Paris, 29 sur l’ensemble du territoire. Inutile de faire des comptes d’apothicaire : vous avez moins de risques à manifester chez vous, chez vous où vous connaissez mieux le terrain, les bretelles et les rocades, chez vous que l’Etat laisse en jachère pour vous appauvrir. L’avenir de votre mouvement est chez vous.

Les objectifs sont nombreux. Chez vous, il y a 100 préfectures, plus de 200 sous-préfectures, quelques centaines d’hôtel des impôts. Aucun de ces objectifs n’est fondamental, mais leur nombre en font un avantage stratégique. Cent hôtels des impôts qui brûlent et Bercy est désorganisé. 500 péages bloqués et la grande distribution est à genoux tandis que Vinci pleure. Pensez aussi aux Chambres de Commerce, aux Chambres d ‘Agriculture où plastronnent ceux qui détruisent l’environnement et se gavent sur votre pouvoir d’achat. Avec ce qui reste de policiers en région, tous ces objectifs peuvent être atteints sans risques pour vous.

Ne vous focalisez pas sur les régions. C’est dans les capitales régionales que l’ennemi a regroupé ses troupes. Pensez à Espelette. Voici vingt ans, les habitants d’Espelette, exaspérés par la détention de leur curé, ont bloqué la gendarmerie. Un millier d’habitants, vingt gendarmes, ce n’était pas l’affrontement du siècle mais l’Etat a cédé. Dans vos villages, vous êtes plus nombreux que les gendarmes, vous pouvez les enfermer, les rendre inutilisables. Vous les connaissez, vous faites du sport avec eux, vous êtes au conseil des parents d’élèves avec eux, vos femmes font leurs courses ensemble. Vous croyez qu’ils vont vous tirer dessus ? Dans de nombreux cas, ils vous seront reconnaissants de pouvoir sortir d’un affrontement qu’ils ne souhaitent pas. Et vous, vous remettez de l’humain dans le conflit.

Vous imaginez ? BFM annonçant que 2000 ou 3000 gendarmes sont prisonniers des gilets jaunes. Castaner aurait l‘air d‘un vrai con. Il dirait quoi ? Que l’Etat reste ferme ? Vu l’état des troupes, il lui sera impossible d’envoyer des renforts car il ne dégarnira pas Paris. Et s’il veut le faire, vous tiendrez les autoroutes. Si vous voulez du symbole, prenez les véhicules de gendarmerie et conduisez les devant la sous-préfecture la plus proche. Ça fera de belles images avec les gyrophares allumés.

Chers gilets jaunes, vous avez en mains l’arme absolue, celle qui ridiculise. « Qu’ils viennent me chercher » disait le président sûr de sa force. Enlevez la force, il ne restera rien. Rien que des mots dont vous ne serez pas dupes.

En plus, vous n’êtes pas obligés d’attendre samedi. Il doit bien y avoir 4 ou 5000 gendarmeries susceptibles d’être bloquées. Vous pouvez mettre le pouvoir à poil, jour après jour.


Bon, moi ce que j’en dis…..

vendredi 23 novembre 2018

FAISONS TABLE RASE

Demain, ça pète. De manière nouvelle parce que le cadre est nouveau. Le gouvernement est tétanisé. Il est incapable de gérer la situation.

Ça ne va pas péter comme en 89 ou 48. La capitale ne concentrera rien. Un paquet de manifestants, certes, mais bien loin des centaines de milliers que l’on sait gérer. Bien entendu, vu la concentration de caméras et la haute qualité intellectuelle des analystes et observateurs, l’information parisienne monopolisera l’attention pour arriver à la conclusion que ce n’est pas un vrai succès, pas comme le temps où Krasucki attirait un demi million de mecs entre Bastille et République. Mais, la proximité de lieux de pouvoir installera plus de policiers au bord de la Seine que sur les rives de l’Adour. Le stock de défenseurs de l’ordre (établi) n’étant pas extensible, le gouvernement pulvérisera le disponible dans les plus grandes villes. Logique. Hagetmau et Oloron-Ste-Marie ayant été oubliés de l’aménagement seront également oubliés de la répression. Tel est le logiciel de nos administrateurs.

Dans la mesure où les gilets jaunes n’ont pas même les moyens de se déplacer dans la capitale, ils seront nombreux, au total, à ne pas être nombreux sur les milliers de lieux où ils seront pourtant. Chez eux. Comme des poissons dans l’eau. Les analystes ont d’ailleurs ressorti le vieux mot de « jacquerie » que je n’avais pas entendu depuis quelques séminaires au CERM voici quarante ans. Jean Chesneaux apprécierait.

Les gilets jaunes sont d’ailleurs confiants. Ils se savent capables de bloquer le pays car ils savent qu’une artère minuscule peut provoquer un AVC. Un centre commercial ici, une gendarmerie là, peuvent avoir un effet dévastateur par leur nombre. Si un village de 1000 habitants encercle les 20 gendarmes de la caserne locale, les pandores ne leur tireront pas dessus mais ne seront pas disponibles, non plus, pour protéger la sous-préfecture voisine. Etre abandonnés n’a pas que des inconvénients.

Il va de soi qu’aucune de ces manifestations dispersées n’aura les honneurs des chaînes de télé, leur nombre même les desservira médiatiquement. Le vrai danger est là : qu’une image fausse ne vienne dévaloriser la réalité de l’action, faisant passer la société du spectacle au premier rang des instruments d‘analyse.

Le vrai espoir est l’universalité du mouvement. Demain peut nous prouver que des milliers d’hommes se croyant isolés prendront conscience de leur force, ramenant Marx au premier rang des penseurs politiques. Marx et Mao. Le mouvement est rural nous affirme t’on. Serait ce la seconde mort de Li Lisan ?

Le passé a condamné les gilets jaunes. Il est temps de faire de ce passé table rase, de réinstaller une planification, de redonner au politique le pouvoir sur l’économique.

Et de mettre sur pied une véritable force de communication. Etre isolé n’est rien. Se croire isolé peut être mortifère. Et si Facebook était un outil de la Révolution ?


On en reparlera…

mercredi 21 novembre 2018

LA FAILLITE DE L'ENA

C’est une grande nouveauté. La géographie revient en force dans les commentaires sur les gilets jaunes. Rendons hommage à Christophe Guilluy dont la France périphérique a fait école. Ce que les lecteurs de ce blog peuvent lire depuis des mois et des années reprend du service. Il y a un pays de la ruralité et il est majoritaire, même dans les villes. Seisme à l’ENA.

L’ENA, l’école de nos gestionnaires dont on dit en ce moment qu’elle est en cessation de paiement, ce qui plaide pour les capacités de gestionnaires de ceux qui forment les gestionnaires de demain.

Si l’on observe bien le fonctionnement de notre administration depuis la création de l’ENA en 1945, on s’aperçoit que tout a été fait pour simplifier les processus, au nom d’une meilleure gestion. Les énarques ont tout regroupé au nom des économies d’échelle et autres billevesées. Par exemple, les bureaux de poste ou les écoles. Il est vrai qu’il est plus simple de gérer un bureau de poste de chef lieu de canton que la douzaine d’officines qui en dépendait.

Remarquons d’abord que la simplification cache la vraie question. La baisse de trafic d’un bureau de poste ou la baisse d’élèves dans une école est un symptôme qui signale une activité déficiente ou un problème démographique. Soigner le symptôme n’a jamais guéri la maladie. D‘un administrateur, on attend un diagnostic puis un remède. Fermer la poste ou l’école ne corrige rien. Au contraire, le remède aggrave le mal. Le mal est pourtant connu : un excellent géographe l’a décrit dès la fin de la guerre dans son livre Paris et le désert français. Mais Jean-François Gravier souffrait de sa réputation : royaliste, conseiller du Maréchal Pétain, on en a dit pis que pendre. A croire que d’aucuns préfèrent mourir qu’être soignés par un médecin dont ils ne partagent pas les idées politiques.

Une autre remarque doit être faite : le nombre d‘instituteurs est à peu près stable, aux alentours de 300 000. Les administrateurs des années 30 avec leurs plumes sergent-major, leurs encriers violets et leurs fiches quadrillées ne les géraient pas plus mal que les énarques connectés d‘aujourd’hui. S’il y a problème de gestion, il réside donc dans la qualité des cerveaux des gestionnaires, et non dans les outils.

Nous voici confrontés à l’aporie initiale de l’ENA qui produit des administrateurs soucieux de modifier l’objet de leur pratique plutôt que de s’y confronter. Ceci conduit inéluctablement aux regroupements et aux externalisations : quand l’Etat ferme les écoles, le problème des transports scolaires devient inéluctable et s’invite à la table des conseils départementaux ou régionaux. L’administrateur fermeur de classes a réussi son coup : il s’est facilité le travail, a allégé le poids budgétaire qui lui incombe et a refilé le bébé à une autre structure. Le tout en alignant des chiffres qui ne tiennent aucun compte de la santé d’enfants obligés de remplacer dix minutes de marche par une heure de bus, ni de l’accidentalité inévitable. Un gosse blessé ou tué par un bus scolaire, c’est un autre dossier, une autre statistique.

Administrateurs osée par certaines statistiques qui modifient la répartition territoriale des établissements de santé sans tenir compte de l’existence de patients, sauf pour les compter. Administrateurs qui n’ont pas compris que, dans le service public, le seul taux de satisfaction possible est 100% et qu’en obligeant les parturientes à faire 100 km pour accoucher, ce taux ne sera pas atteint.

Mais voilà, administrer un territoire, c’est le connaître, intimement, ce qui suppose des heures de terrain et des semaines de lectures. Ce qui suppose aussi un doute hyperbolique et une inquiétude sans failles. Chercher l’entourloupe, à qui profite la bretelle de la rocade par exemple.

Et croyez moi, on n’y est pas. Pour faire leurs rapports, les sous-prefets ne vont plus aux champs.

On en reparlera.



jeudi 15 novembre 2018

LA TVE......UNE VRAIE TAXE

Je comprends pas. Je rumine une idée simple et je ne comprends pas pourquoi personne n’y a jamais pensé.

On devrait créer une TVE, une Taxe sur la Valeur Ecologique. Mécanisme simple que j’imagine avec les limites administratives actuelles vu qu’il faut pas se compliquer la vie. On ferait payer en fonction de la distance. Au départ le produit hors taxes. Puis :

1/ acheté dans le département de production : pas de taxe.

2/ acheté dans la région de production : taxe + 5%

3/ acheté dans le pays de production : taxe + 10%

4/ acheté  en Europe : taxe + 15%

5/acheté ailleurs : taxe + 20%

Pas se compliquer la vie et pas discuter. T’es maraîcher dans le sud des Landes, tu vends au Pays basque, tu payes. Même si faire venir des fraises de Capbreton, c’est moins loin que de Pau. Dans l’ensemble, ça se régulera. Y’aura des gagnants et des perdants. C’est vrai que certains départements seront pénalisés. Les Landes où il y a plus de producteurs que de consommateurs sont un bon exemple. Pour faire plaisir aux énarques, on peut imaginer un ratio producteurs/habitants qui s’appliquera. Ça sera convenable pour nos administrateurs parce qu’indémerdable. Tout ceci suppose qu’on travaille sur la nourriture, mais on s’en fout : on mange deux fois par jour et on n’achète jamais de chars de combat. Dispenser les chars de combat de TVE n’affectera pas mon budget. Le tien, je sais pas, mais j’imagine.

J’ai pensé à ça en regardant manœuvrer le gros camion qui, toutes les semaines, vient approvisionner le Biocoop à côté de chez moi. Les volutes de fumée endiésélée qui embaumaient l’espace m’ont paru incompatibles avec le préfixe Bio de l’enseigne, va savoir pourquoi.

C’est une idée acceptable parce qu’elle n’emmerde personne à part les acheteurs de la grande distribution qui vont devoir apprendre la géographie. On peut moduler si l’Europe renâcle et considérer que le Bade-Wurtemberg c’est comme l’Alsace ou le Gipuzkoa comme l’Aquitaine. Ça ne changera rien sauf aux marges.

En revanche, l’idée doit bouleverser la géographie des transports. Au lieu d‘acheter des tomates à Almeria et  de les faire transiter par Rungis pour livraison à Bordeaux, on s’approvisionnera directement à Marmande. C’est con ! On n’y avait pas pensé avant !! Les producteurs d‘outre-mer ne seront pas vraiment impactés. Plutôt moins que leur concurrents exotiques, en tous cas.

Les vrais punis seront les habitants des métropoles, ces lieux où on consomme plus qu’on ne produit, mais comme, en général leurs revenus sont supérieurs, ce sera un simple rééquilibrage qui incitera peut être les citadins à préférer le fromage de brebis d’Auvergne à l’héllénique feta.


On en reparlera….

dimanche 11 novembre 2018

LE ROBIN ET LE RABBIN

Puisqu’on parle de Brésil, parlons de Bernanos. Il a calmé la colère que j’avais contre Cassin. Ici, à Bayonne, tous les six mois, on a droit à un hommage à Cassin, surnommé le Bayonnais universel, alors qu’il est moins connu que son compatriote Didier Deschamps.

Cassin, comme beaucoup de Prix Nobel, est une vieille ordure. Pour comprendre ce quasi-blasphème, il suffit de comparer deux textes : la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 et la Déclaration Universelle qu’il a élaborée en 1948. Cassin réintroduit dans sa déclaration des droits comme le droit à la religion que la Convention avait délicatement évacué. Bernanos a bien regardé la genèse de la Déclaration et il y voit une opposition déterminée entre Rousseauistes, fanatiques de l’Homme et Robespierristes obsédés par la préservation de la puissance de la Nation. Et il est patent que les Robespierristes ont tenu la dragée haute à leurs adversaires, de 1789 à 1948. Il n’est d’article où le mot de Nation n’apparaisse.

Quand Madame Roosevelt, chargée du problème dans le cadre de la préparation de l’ONU, confie le problème à Cassin (et à Stéphane Hessel) elle doit glisser quelques instructions contre lesquelles il ne s’indignera pas (Hessel non plus) car le cassinien résultat est un crachat à la figure des Constituants. Cassin réintroduit l’homme de Rousseau dans la Déclaration qu’il transforme subrepticement en Déclaration des Droits de l’Individu. La Déclaration de 1789 mentionnait inlassablement l’Homme(comme concept, non comme genre) et le Citoyen (membre d’une Nation). La Déclaration de 1948 parle seulement de « personne » et admet que cette personne puisse être victime de la Nation. Ainsi le Citoyen est évacué et le triomphe des Rousseauistes est total.

Au moins dans les mots. Les pays « démocratiques » étaient sur-représentés. Cassin, pour plaire aux communistes, ajoute « collective » à « propriété ». Pour les musulmans et les protestants, il admet les manifestations publiques de la religion. Ce sont les droits de Cassin qui permettent aujourd’hui de considérer que la liberté de parole de l’individu surpasse l’intérêt de la Nation et permettront demain, peut-être, de punir le blasphème, droit imprescriptible de l’Homme.. Sauf aux yeux de Madame Roosevelt

Dans l’enthousiasme provoqué par la création de l’ONU, ce glissement sémantique est passé inaperçu, d ‘autant que l’ONU s’était doté d’instruments de coercition qui manquaient à la SDN. On créait une société d‘Etats que leurs citoyens pouvaient attaquer sur des fondements discutables puisque le postulat était que l’Etat menaçait la personne, ce qui semble paradoxal. Il suffit que la doxa s’empare d’un cas et la condamnation est inévitable.

Prenons un cas précis. Le Pakistan adopte la charia comme base juridique. Rien dans la charte onusienne ne l’interdit. Au contraire. L’ONU va accueillir dans ses rangs, l’Inde, le Pakistan ou Israel, pays qui ne font pas mystère de leurs racines religieuses. Cassin l‘a permis. A parti de là, on peut imaginer que ces Etats vont menacer les personnes qui ne partagent pas l’opinion dominante. Oui, mais dans ce cas, ça ne marche pas. Parce que la doxa internationale n’est pas dans le coup. La doxa internationale, c’est celle des USA. Celle qui admet que c’est pas bien de condamner une chrétienne qui a bu de l’eau musulmane (comme si l’eau pouvait avoir une religion), mais qu’on peut enfermer des citoyens qui ont enfreint un interdit religieux.

Tout ceci est passablement incohérent. 60 ans après son admission,  on reproche au Pakistan une attitude qui était en germe dans la dite admission. Quand un Etat se crée sur des bases religieuses,  il va de soi que ceux qui ne partagent pas cette religion seront des citoyens de seconde zone. Mais les Droits de  l’Homme version Cassin l’admettent. Ainsi l’Etat n’est plus une menace vis à vis de croyants différents dans la mesure où il privilégie les croyants qui soutiennent l’Etat.

Cette éradication des critères religieux est devenue la pierre de touche de l’humanisme. On admet que les Saudiens peuvent fouetter un blogueur opposant, par exemple. « On » ce sont les autres membres de l’ONU qui sont censés partager les mêmes valeurs. En réalité, ce qui compte, c’est la majorité. Le système cassinien permet de condamner en tout état de cause car il est aussi peu fiable qu’une religion.

Le hic, c’est que Cassin n’avait pas prévu que les religions deviendraient prégnantes et que leur hiérarchie changerait, au point que la religion est désormais clivante puisqu’elle est acceptée, admise, valorisée. Curieusement, on parle d’états musulmans, mais jamais d‘états chrétiens.

Bref, Cassin  a foutu le bordel en démontant les « vrais » droits de l’Homme, ceux de la Révolution, pour les remplacer par une soupe de mots où les dieux surnagent avec les croutons. Juriste, Cassin était aussi israélite : le robin a t’il cédé au rabbin ?


On en reparlera

mercredi 7 novembre 2018

PRIVÉ-PUBLIC (SUITE)

Bon, la vérité se fait jour. Même dans Sud Ouest. J’y apprends ce jour que 25% des cliniques privées du pays sont au bord du dépôt de bilan. Hé bé !!!

1/ les mecs, ils sont sur un secteur protégé. Leurs clients discutent pas les prix vu que c’est la Sécu qui paie. Bon, ils ont pas les meilleurs praticiens qui sont en CHU mais ça allège leur masse salariale.

2/ ils n’ont aucune obligation. Pas d‘enseignement, pas de recherche, pas de contraintes administratives. Pas d‘intervention complexe non plus. Le privé réalise seulement 4% des transplantations du pays. Les actes de radiologie interventionnelle, délicats et bons pour la Sécu, sont exclusivement du domaine du public.

Ceci pour dire que tous ceux qui vont bêlant que le privé gère mieux que le public devraient fermer leur clapet.

En l’espèce, le privé s’est emparé d‘un service citoyen (la santé) pour y puiser de la rentabilité. Ce n’est pas nouveau. Dès le 19ème siècle, il existait des cliniques privées qui concurrençaient l’hôpital public avec un succès certain. Les temps changent et changent les outils.

La création des CHU en 1958 va bouleverser la donne. L’Etat admet que les divers visages de la médecine doivent cohabiter : les CHU intègrent les activités de soins, d’enseignement et de recherche. Ils attireront mécaniquement les meilleurs praticiens, les meilleurs enseignants et les meilleurs chercheurs, en s’appuyant sur le système sélectif des concours d‘internat.

Dès lors, la concurrence privé-public est morte. Le privé est incapable d‘intégrer à son modèle les activités de recherche et n’a pas les compétences pour l’enseignement. Les subsides de l’Etat lui échappent.  Le système a un effet pervers : la médecine se coagule dans les métropoles régionales qui accueillent majoritairement les CHU. La désertification des provinces en est renforcée. Dans les ville moyennes ou sub-moyennes, les cliniques privées seront assez vite à vendre et commencera la valse des fusions sous l’égide de groupes spécialisés (Capio, Clinifutur, Elsan, etc…).

Il faut bien constater que la santé n’est pas une marchandise. Si c’était le cas, nos valeureux gestionnaires issus des meilleures écoles, afficheraient des résultats flamboyants. En réalité, ils se préparent à faire appel à l’Etat lequel serait stupide de mettre de l’argent dans le secteur privé quand le secteur public a également du mal à assumer en plus ses missions d’enseignement et de recherche.

Dès qu’on sort du strict intérêt du citoyen (santé, éducation, énergie, transports), le libéralisme montre ses insuffisances et ses lacunes.
 Beaucoup (dont moi) pensaient au moins que le privé faisait du fric. Même pas vrai.

Encore un truc à ridiculise le Medef.

On en reparlera…




dimanche 28 octobre 2018

SILENCE, ON TOURNE

Ma première voiture était une Citroen Traction Avant 11 Légère. Sur le tableau de bord, sous le levier de vitesses, il y avait un bouton qui servait à régler…l’avance à l’allumage. Plus personne, ou presque, ne sait ce que c’est. Juste une manière d‘améliorer les performances du moteur. Ne faisons pas de théorie. Après le démarrage, l’oreille informait sur le fonctionnement des pistons et on tournait le bouton pour que l’ensemble tourne rond.

C’était le temps où seuls les véhicules de sport ou les « préparés rallye » arboraient des compte-tours, accessoire d’exception qui marquait une vocation sportive affirmée. Nous savions tous conduire à l’oreille. Nous n’imaginions pas conduire autrement qu’à l’oreille. Chacun savait le ronronnement de son moteur et quand on changeait de voiture, la première chose qu’on mémorisait, c’était la nouvelle musique.

Plus tard, Mario me l’expliquât. « A Modène, on a deux grands hommes : Enzo Ferrari et Luciano Pavarotti. C’est normal, c’est la même chose. Un moteur, c’est de la musique. » Après il développait. Pour lui, le feulement d’un V12 Ferrari à Maranello, c’était comme l’orchestre de la Scala conduit par Claudio Abbado dans un mouvement de Verdi. A l’oreille, Mario savait où était né un moteur. Il détestait les moteurs allemands qui manquaient de tout. « Mais enfin, Mario, les Porsche… » Oui, mais non… Les anglaises, oui, c’était de la bonne musique. Il ne conduisait que des françaises puisqu’il avait choisi la France. Comme son copain Amadeo. L’homme qui a fait de Renault un grand motoriste et qu’il a accompagné un jour dans sa dernière demeure à Montmartre, demeure ornée d’une copie du MoIse de Michel Ange. L’Italie n’était jamais loin.

Pourquoi je vous raconte ça ? Pour vous expliquer qu’il y a une esthétique de l’auto qui dépasse le simple design. Encore que j’ai honte d‘utiliser ce mot anglo-saxon pour parler du travail des maîtres italiens, de Ghia à Zagato, quand les carrosseries naissaient du crayon et non de l‘ordinateur. L’esthétique de l’auto, ce n’est pas seulement une carrosserie de qualité, c’est aussi la musique des pistons. C’est une pointe de génie, incompatible avec l’informatique, cette niveleuse des talents. Aujourd’hui, dans les parkings, toutes les voitures se ressemblent. Les constructeurs utilisent les mêmes logiciels auxquels ils donnent les mêmes instructions et qui donnent donc les mêmes résultats. Hier, à Biarritz, Parking Foch, il y avait attroupement. Pas autour d’une de ces merdes formatées, autour d‘une TR3, état collection. Une vraie auto.

Je suis allé voir la nouvelle Alpine. Renault ayant eu la mauvaise idée d’interrompre la production de la A 110, s’est aperçu vingt ans après que c’était une mauvaise idée. Mais voilà. Entre temps, Jean Redélé est mort, comme Amédée. La nouvelle Alpine n’a pas eu de père et ça se voit. On va pas détailler, mais elle n’a pas l’allure de panthère du bitume de l’A 110. Elle ne sera jamais culte. Comme aucune Mustang actuelle ne me fera oublier ma première vision d’une Mustang Shelby dans les lacets du Lohitzun. Pilote Henri Greder, copilote Jean Todt, alors au début d‘une jolie carrière. Le feulement du V8 en sortie d’épingle, le bout du capot qui remontait alors, oui, on était à l’opéra.

Alors, les trouducs qui se gargarisent devant une électrique (ou une hybride) qui pensent qu’ils sont sauver la planète en effaçant l’esthétique, que la Terre peut vivre sans excès et sans génie, je les emmerde puissamment. La vraie question n’est pas là. C’est grand l’Italie. Mais si tu regardes la carte, tu t’aperçois que tous les grands (Ferrari, Maserati, Lamborghini, Gordini) ont tous pour berceau un triangle minuscule entre Bologne et Modène. Tous Emiliens comme Mussolini. Et mon vieux Mario qui s’était barré parce qu’il supportait mal l’huile de ricin, m’a emmené un jour manger les tortellini à Forli, chez Dona Rachele, veuve du Duce, qui entretenait avec soin le patrimoine culinaire de la province natale. La politique est une chose trop vulgaire pour influencer la bouffe.

Nous vivons dans un monde qui recherche une sorte de perfection et qui a oublié que le génie pouvait naître de l’erreur ou de l’imperfection. A condition d’être à l’écoute. A condition de casser les codes et de conserver les passerelles, d’être capable de comprendre que les tortellinis se cuisent à l’oreille, comme se règlent les soupapes et les pupitres d’un orchestre A ne pas le comprendre, on s’emmerde à l’opéra, en conduisant et même à table.

On s‘emmerde déjà. On va se préparer à aller faire du vélo avec les végans en écoutant du pop mou. Tiens, à cet égard, Pantani aussi était émilien. Un peu excessif, il est vrai.

Et si l’excès était le signe ?

Dans la plaine du Po ?


Ben oui. C’est le seul endroit où un curé de village parle à Dieu. N’est ce pas, Don Camillo ?

dimanche 14 octobre 2018

PLATON ET LA PRISON

Je sais pas qui conseille notre Garde des Sceaux mais elle devrait faire le ménage. Voilà t’y pas qu’elle demande à Google de flouter les prisons pour limiter les évasions. Plus con c’est impossible.

Le système Google map est bien connu car il est génial : c’est une arnaque majuscule. Je vous explique. Quand on agrandit les images Google, on a l’impression qu’on commande au satellite dont la camera va zoomer à la demande. Rien n’est plus faux. Google Map ne comporte  que des images fixes organisées en tuiles. Tu ouvres Google Map, tu cliques, tu vois s’agrandir l’image. Sauf qu’il ne s’agit pas de la même image. C’est une autre photo, plus détaillée du même endroit.  Chaque image recouvre une série d’images plus détaillées, comme une grande tuile pourrait recouvrir une série de tuiles plus petites mais à une échelle plus détaillée. C’est l’organisation de ces tuiles et l’algorithme d’affichage qui te donnent l’impression de zoom. Sauf que tu n’as pas la date de prise de vues. Ce matin, devant chez mon beau frère, Google Map me montre fièrement sa voiture, voiture qu’il m’a prêtée et qui est garée devant chez moi, à 5 kilomètres de sa position Google.

Pour vérifier, je vais jeter un œil sur Panama Beach City que, selon la télé, l’ouragan Michael vient de dévaster. La petite ville est admirable de propreté. Pas un arbre au sol, pas un terrain de golf à refaire. Tout le monde peut faire ce genre de vérification. Il suffit de déplacer sa voiture.

« Mais alors, c’est faux » ; non. L’image (ce n’est pas une photo mais une image numérique) est juste. C’est le temps qui n’est pas le bon. C’est toi qui la crois en temps réel mais Google ne le dis pas. Google suggère, seulement. Et donc flouter l’image est complètement inutile. Simplement, Madame Flageolet fait une belle annonce, un coup de com’, un coup de con, pour faire croire qu’elle gère le problème, problème totalement inexistant. Fonctionnement macronien pur : je donne des solutions à un problème inexistant que, de surcroit, je ne connais pas.

Ouais, mais si mon cousin est en tôle, je fais quoi ? Simple mon gars, tu achètes la carte IGN du lieu où figure la prison, tu la scannes et tu l’agrandis (le dessin IGN permet d’agrandir trois fois sans perte d’infos). Tu auras donc les infos floutées à la demande de Madame la Ministre. Tu peux aussi demander un extrait cadastral au 1/5 000°, c’est un peu plus cher mais la précision est superbe et comme c’est au trait, tu peux agrandir encore plus. Le hic, c’est qu’on va te demander une pièce d‘identité. Envoies un membre de la famille. Ou un copain.

Tu vois, depuis que ton cousin est en tôle, tu commences à regretter d’avoir séché les cours de géo. La géographie, ça sert à mettre au point des stratégies. Ça sert à faire la guerre. Madame Galoubet te l’a rappelé. Maladroitement, mais on peut corriger.

Tu as aussi appris qu’il ne faut pas faire confiance à Internet. Internet te manipule. Merde ! Ça j’aurais pas cru.

Parce que t’as aussi séché les cours de philo…..

On en reparlera …




mardi 9 octobre 2018

SECTES ET INSECTES

Vous croyez vraiment que les végans ont inventé cette pseudo-égalité ou équivalence entre les hommes et les animaux ? Point du tout. C’est une vieille idée qui remonte au XIIème siècle. Et c’est l’un des fondements philosophiques de ceux que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de Cathares.

Cette bande de fadas implantée en Languedoc s’opposait au catholicisme, alors dominant. S’opposait ? Pas vraiment. Les deux sectes croyaient en Dieu, mais les fadas d’oc étaient un poil plus excessifs que les fadas d‘oïl. Ainsi croyaient ils que le sang est le siège de l’âme ce qui les conduisait à considérer que tuer un animal était aussi grave que tuer un homme. Ils imaginaient également une forme de métempsychose où l’âme des hommes passait dans le corps des animaux ce qui confortait leur sentiment d’équivalence.

Leur vision du monde restait toutefois bien particulière. Leroy-Ladurie expose que les longues séances d’épouillage était souvent un moment privilégié pour la conversion. On prêchait le catharisme en éradiquant les insectes. La secte ne protégeait  pas l’insecte. Pardonnons leur : ils ne savaient pas que le pou vit du sang.. Il devait y avoir pas mal d‘accommodements avec le ciel. L’une des têtes cathares de Montaillou était cordonnier et il fallait bien qu’il se procure du cuir.

Les sectes ont toujours une visée morale. Les cathares rejetaient la sexualité pour d’obscures raisons religieuses. Ce qui leur valut l’accusation d’homosexualité car ils vivaient en couples du même sexe pour éloigner la tentation du pêché. Pour l’instant, les végans ne prêchent pas l’abstinence sexuelle. Pour l’instant….

Grosso modo, ça a duré deux siècles. Deux siècles à vivre avec des Aymeric Caron ! T’as intérêt à croire en Dieu pour supporter l’épreuve. Ils sont gentils les Cathares…Pas trop guerriers mais gentils. Et donc, ils vont prendre pâtée sur pâtée, jusqu’à la funeste bataille de Muret. Muret, c’est l’espoir qui revient, l’événement historique qui prouve que les végans peuvent être éradiqués. D’autant que la perspective géographique s’est inversée et que les actions véganes ont lieu au Nord désormais.

Nous, on a donné. Et depuis qu’on s’est remis à faire des boudins, on va beaucoup mieux. Au point qu’on a rajouté la corrida à notre patrimoine immatériel, histoire de se protéger la perfection. Bon, on héberge quand même quelques végans ; j’en ai vu un troupeau à Biarritz, il y a peu. Isolés les animistes spécistes. Faudra se méfier. Le cancer commence toujours par des cellules isolées.


On en reparlera….

jeudi 4 octobre 2018

MON AMI, GEORGE KISH

« Allons au Quartier Latin ». Il n’a plus vingt ans, sec et maigre comme un vieux hareng et ses yeux brillent d‘un éclat amusé.
Evidemment, tout a changé, mais le vieux géographe retrouve sans peine la trace de ses pas, les lieux où il a vécu, les troquets qu’il aimait.
« Où veux tu dîner ? » Nous nous connaissons depuis deux heures et nous nous tutoyons.
« Au Balzar, si c’est possible » .
Il me raconte. A 20 ans, le Balzar lui semblait un paradis. Il arrivait de Budapest pour faire des études de géographie. Son rêve était de travailler avec Emmanuel de Martonne, il lui fallut se rabattre sur André Siegfried. Deux Français, deux spécialistes de cette Europe centrale qui lui colle au cœur.
« je n’ai jamais mangé une aussi bonne raie au beurre noir ». Qu’à cela ne tienne, George, c’est un rêve facile à réaliser.

J’interroge un peu. Il parle. Pourquoi il a quitté la Hongrie. La menace hitlérienne. La France, pays rêvé. 
« Après Munich, j’ai compris, il n’y avait que l’Amérique »
Je m’étonne, mais il secoue la tête.
« Pour les Juifs, nous savions… Et j’étais, non, je suis Juif . C’était une question de vie ou de mort. »
Et il raconte, le bateau, la traversée. New York.
« Nous débarquions en troupe et, sur les quais, les bureaux de recrutement des universités avaient ouvert des comptoirs pour nous engager. C’est ainsi que j’ai rencontré Carl Gans et Lévi-Strauss ».
Il avait fait le tour des recruteurs avant de choisir l’Université du Michigan, Ann Arbor. Le deal était simple : géographie historique et mise en place d‘une collection de cartes historiques.
« Le budget était conséquent. J’imaginais concurrencer la BNF. »
Nous parlons de Sven Hedin, de son engagement nazi. Il utilise un vocabulaire de tendresse. De Hedin, il sait tout, même les petites compromissions et les grandes lâchetés.Il me raconte les plans allemands sur l’Asie centrale. Un immense travail géographique. Je lui indique vouloir utiliser un texte de Martonne qui est un hommage à Hedin. Il approuve, bien entendu. Avant d’être de l’idéologie, c’est de la géographie. Et le bout du nez finit par pointer. Von Richthofen s’invite au dessert. L’homme qui a formé Hedin mais également Wegener et Eriksson,l’un des inventeurs de la paléogéographie. George a une grande admiration.

« Il a eu des disciples. J’ai eu beaucoup d‘élèves. Je n’ai pas eu de disciple. »

Je le savais. J’avais eu l’occasion de rencontrer un de ses élèves, cadre supérieur à la National Geographic Society, qui aurait du lui succéder. George roule de la mie de pain entre ses doigts pour faire des boulettes.
« Le salaire…. Tu sais, j’ai longtemps pensé que l’Amérique devrait élever une statue à Hitler sur chacun de ses campus. Grâce à Hitler, nous, les intellectuels européens, juifs et antifascistes, nous avons construit le système universitaire américain. Nous l’avons mené aussi haut que nous avons pu. Et il va se liquéfier. Nous n’avons pas su créer des universitaires, des gens pour qui la fonction compte plus que le salaire. Et l’université américaine mourra de ce manque d’universitaires. »

Il a l’air bien triste, mon nouvel ami.

« George, un peu de palinka ? de palinka de prune ? »

Il a un joli sourire.

« Je bois peu. Mais oui à la prune. Ce ne sera pas de la palinka mais ce n’est pas grave. Tu es bien un Français. Tu sais que la prune est reine dans toute la vallée du Danube. Tu l’as choisie pour me réchauffer le cœur. Je ne peux pas refuser »

George est mort deux ans plus tard après avoir traduit en français sa biographie de Hedin. Il y tenait. Le français était sa langue maternelle de géographe. Et il aimait Vidal de la Blache.



vendredi 28 septembre 2018

A MES AMIS VEGANS

J’aime bien les antiphrases. Vous n’êtes pas mes amis. Vous êtes trop cons.

Mais j’ai quand même envie de vous aider. Vous voulez créer les conditions de la bagarre. Soit. Mais vous vous plantez de cible. A viser des artisans bouchers et des abattoirs de campagne, vous placez la guerre sur un terrain minuscule où vous allez vous faire détester.

Réfléchissez un peu espèces de spécistes. Qui dézingue quotidiennement des centaines d’innocents bovidés, sur tout le territoire, des bovidés élevés sans soins, abattus sans tendresse, des bêtes dont la vie et la mort auront été une vie de merde et une mort sans qualités ? Qui fait ça et que personne n’aime, tant c’est le symbole de toutes nos dérives, de toutes les turpitudes du capitalisme ?

Bon sang, mais c’est bien sûr. MACDONALD

Le voilà l’ennemi parfait, celui que personne ne peut défendre. Même pas lui. Restaus isolés dans des zones industrielles qu’un seul cocktail Molotov peut réduire en cendres. Attendez que les lieux soient vides, déjà que les mecs sont sous-payés…. Coordonnez vous. Cent MacDo en feu dans la même suit, ça a une autre gueule qu’un abattoir rural, vous croyez pas ?

Surveillez le siège social. Chaque journaliste voudra avoir une interview de cadre. Cadres que vous pourrez entarter devant les caméras pour ajouter le ridicule à la vengeance.

Allez y amis végans. C’est une cible parfaite et sans risques. Une cible dont les établissements sont posés comme pustules sur la face du pays. Moi, je vous donne le truc mais je peux aussi imaginer que d’autres fassent cramer des Macdo et vous utilisent pour revendiquer faussement le feu de joie. Coup double : Des établissements merdiques en moins et votre stigmatisation en prime.

 Bon. Je dis ça, je dis rien. Ce peut être d’autres cibles, moins emblématiques, comme l’autre colonel sudiste qu’aime tant les poulets ou toute autre chaine de sandwichs à la viande.. Mais, dans tous les cas, vous tapez sur des adversaires indéfendables. Tandis que le boucher du quartier ou le patron de  l’abattoir rural, ils vont soulever la compassion du téléspectateur. Personne ne peut compatir avec le patron d‘un MacDo.  Suffit de l’interviewer devant une Porsche dont le téléspectateur pensera que c’est la sienne et le tour est joué.


Réfléchissez spécistes……

jeudi 27 septembre 2018

GYNOCENTRÉ

C’est Benoit qui me communique le mot : gynocentré. Nous vivrions dans une société gynocentrée. Immédiatement, je pense à Leroy-Ladurie qui, à propos des Pyrénées ariégeoises utilise le mot « adamocratique » qu’il préfère au trop connoté « phallocratique ». Par parenthèse, il remplace « esprit de clocher » par « esprit campaniliste », plus chantant, plus goûteux.

Après, je vais chercher. Plein d’auteurs ont parlé de sociétés gynocentrées, mais l’analyse me semble douteuse. Glissements sémantiques… Pour certains, la société basque fait partie des sociétés gynocentrées. Les arguments sont ridicules et se limitent à mettre en évidence des traits matriarcaux. Il est exact qu’en de nombreuses occurrences, les femmes basques savent se saisir du pouvoir. La question est : pour en faire quoi ?

Le matriarcat est tout simplement un changement de mains, pas un glissement social. De la Veuve Cliquot à Marie Brizard, nombreuses furent les femmes qui se saisirent du pouvoir dans les entreprises et, partant, dans les familles. Le matriarcat du XIXème siècle s’accommodait fort bien de l’adamocratie. Le plus souvent, les fonctionnements sociaux et économiques n’étaient pas menacés. Les femmes au pouvoir étaient avant tout des représentantes de leur classe et se comportaient comme des hommes ou, si l‘on préfère, comme leurs maris ou leurs frères. Une société matriarcale n’est pas une société gynocentrée. C’est une société où les femmes se comportent comme des hommes.

Un société gynocentrée est plutôt une société où changent les perspectives et les priorités. Prenons un seul exemple : l’homosexualité. Dans une société gynocentrée, on considère que les pédérastes sont des hommes comme les autres hommes et les lesbiennes des femmes comme les autres femmes, tandis que les sociétés adamocratiques les considèrent comme des êtres à part. On peut en discuter encore que les aventures sexuelles avec des individus du même sexe sont rarement vecteur de procréation. Or, pour les sociétés adamocratiques, une démographie galopante est signe de bonne santé, de puissance. Les sociétés adamocratiques sont généralement des sociétés guerrières, consommatrices d‘individus, des sociétés qui privilégient les actions de mort, la défense dans le meilleur des cas mais aussi l’attaque, la conquête des terres ou des femmes. Rome à ses débuts, enlève les Sabines. Mais c’est un viol ! Institutionnalisé, ce qui relativise.

Soyons clair. Les sociétés adamocratiques acceptent l’homosexualité, surtout chez les militaires. César mais aussi Hadrien ou le grand Condé, pour prendre des exemples connus. Les militaires sont dans le bon camp, le camp de ceux qui donnent la mort. Surtout s’ils donnent aussi le change comme le Grand Condé qui fut marié avec une jouvencelle de 13 ans.

Les sociétés gynocentrées se donnent bonne conscience juridique avec un arsenal législatif le plus souvent axé sur le pardon. Ce sont des sociétés de mères qui ont du mal à punir, à punir vraiment et définitivement, des sociétés de l’excuse et du pardon, des sociétés aussi de la compréhension, voire de la rédemption.

En fait, on n’en sait rien. Les sociétés matriarcales sont mises en doute par de nombreux chercheurs et, souvent, les arguments volent bas. Quant aux sociétés gynocentrées, on n’en connaît aucun exemple, sauf, peut être la société occidentale actuelle qui n’est pas encore aboutie. Bien entendu, il existe des sociétés qui n’obéissent pas aux canons du patriarcat traditionnel, comme les Murias ou les Mossos, mais la différence porte essentiellement sur la vie sexuelle et l’éducation des enfants, éducation souvent avunculaire. Toutefois, les ethnologues prêtent peu d’attention au poids des guerriers et au seul vrai pouvoir qui est le pouvoir d’éliminer l’autre.

Nos sociétés européennes sont structurées selon le triptyque : guerrier-religieux-laboureur. Celui qui travaille, celui qui prie, celui qui tue. Cela ne laisse pas grande place aux femmes, sauf au couvent et à la cuisine, car il est implicitement entendu que la prière de l’homme a une supériorité « naturelle » ; les premiers monastères étaient masculins. Mais ce détail relevé, il est indéniable que le pouvoir (politique, social) est le pouvoir de celui qui tue.

Ce que l’on appelé le Progrès ou la Civilisation n’est rien d‘autre qu’un incessant combat contre le pouvoir de tuer. A  tout le moins, le pouvoir de tuer ouvertement. On peut librement tuer avec de la pollution, des produits chimiques, dès lors qu’il s’agit d‘un massacre collectif. Mais l’assassinat singulier a disparu, y compris au niveau de l’Etat, avec la suppression  de la peine de  mort.

Peut être est ce mieux. La question est : que devient le pouvoir lorsque quelqu’un se saisit à nouveau du droit de tuer ? Change t’il de mains ? Change t’il de nature ? C’est l’une des questions posées par le terrorisme. Or, il me semble que ce rapport à la mort est la pierre de touche de la structuration des sociétés et que ce qu’on appelle une société gynocentrée n’est rien d‘autre qu’une société refusant de donner la mort. Refusant de surveiller et punir. Par définition, refuser la mort de l’Autre revient à accepter que l’Autre puisse se saisir de ce pouvoir. Il est angélique d’imaginer un monde où personne ne se saisira d’un pouvoir tombé en déshérence. Mais l’éducation ? Ouais, si on a le temps. Et si l’Autre l’accepte, c’est à dire s’il a les mêmes structures mentales que toi. Dans le cas contraire, c’est foutu. Tu as perdu.

Même Marx avait accepté l’idée qu’on vivait dans un monde darwinien où le faible est condamné. Le faible, c’est celui qui ne peut pas survivre. Et celui qui ne peut pas changer les règles. La force fonde le droit. Pas la peine de dire que c’est mal, c’est simplement une constatation. Jadis, c’était un grand coup d’épée dans la gueule. Aujourd’hui, c’est un lobbyiste qui glisse une enveloppe. Mais c’est pareil. La loi s’adapte aux puissants. Vas y. Hurle que c’est en train de changer.


C’est ton désir… Le réel est plus solide…