mercredi 15 août 2018

DISNEY GERE LES ZOOS

J’ai bien aimé l‘Ours. C’était ma période dorstienne.
Voilà qu’il revient sous la forme de chialeurs plaignant l’actrice principale « enfermée » depuis trente ans. Ce qui rouvre le énième débat sur les zoos. On peut réfléchir calmement ?

Passées les premières années de collectionnite et d‘exhibition, les zoos ont vite trouvé leur place scientifique. Ils aidaient à comprendre les comportements, ils protégeaient les animaux des aléas du monde et ils favorisaient la reproduction. Trois buts avec lesquels on ne peut qu’être d‘accord. Trois buts que des centaines de scientifiques partagent dans des centaines de jardins zoologiques et pour lesquels ils travaillent dur. En étant souvent incompris du grand public. Grand public qui ignore tout des problématiques de la conservation et de la protection. Enquillons les exemples :

Le cerf du Père David a été réintroduit en Chine d’où il avait disparu complètement grâce aux groupes d’élevage européens, notamment Woburn Abbey et la Haute Touche.

Le zoo de Gérald Durrell à Jersey conserve avec soin les espèces et sous-espèces d‘iguanes endémiques des Antilles, mais aussi des tamarins du Brésil et le Mainate de Rothschild.

Contrairement à ce qui est dit, l’orang outang n’est plus menacé. Il y en a des dizaines de groupes de reproduction dans le monde entier, génétiquement identifiés (à cause des sous-espèces). Total peut produire des tonnes d‘huile de palme, il y aura toujours des orangs dans le monde.

Alors, il est exact que l’Afrique abrite de moins en moins de rhinocéros blancs, mais il y en a de plus dans les zoos. Plus le stock invisible. Dès qu’ils le peuvent, les scientifiques congèlent le sperme des mâles et les ovocytes des femelles, vu que préserver une espèce, c’est surtout préserver son patrimoine génétique. Et peut être que protéger la biodiversité, c’est construire des chambres froides, pas des parcs nationaux. Pour les photos, c’est moins bien.

Parce qu’il faut pas rêver. Ce qui provoque les commentaires à la con, c’est la plume et le poil, pas l’écaille. La vieille ourse crée la  larme.. Pas l’alarme.

Tiens, en France métropolitaine, quatre espèces de vipères sont menacées dont la péliade et l’aspic. Tu peux toujours attendre la campagne de presse. Pareil pour les requins où une espèce sur trois est menacée. Tu peux attendre que Surfrider s’empare du problème !!

La protection de la Nature, l’écologie a changé de mains. Créée par les scientifiques, elle a été confisquée par les journalistes. Hulot a remplacé Dorst. On l’a offerte en pâture au grand public lequel est inculte et entend bien le rester car il n’aime que ses sentiments, hypertrophiés, et se méfie de son savoir, lacunaire. La protection de la Nature compte moins que le discours sur la Nature. La réalité, c’est que la vieille ourse, on s’en fout. C’est un grizzly et le grizzly n’est pas vraiment menacé. La vieille, elle a été logée et nourrie pendant trente ans pour rien. Le vrai scandale est là. Elle a pris la place d‘une espèce qui aurait pu être sauvée.

Tiens. Faudra parler des scorpions un jour. Surtout ceux de Reggane. Ça me permettra d’évoquer Claude Grenot.


Et donc, on en reparlera…

mardi 14 août 2018

LE SUD-OUEST N'EXISTE PAS (2)

LE SUD OUEST N’EXISTE PAS.

Marrant. Il faut être lourd, insistant… la finesse a disparu. Avec elle, la litote, l’euphémisme, tout ce qui fait qu’on peut parler à demi-mots, être léger, sérieux mais amusant.

Signature. Lecteurs inquiets
« qu’est ce que c’est que ce titre ? »

C’est l’expression d‘une vérité. Le Sud Ouest qui n’existe pas est le Sud Ouest des clichés, un Sud Ouest bâti sur une pseudo-authenticité, une ruralité rêvée, toutes choses qui n’ont rien à voir avec la réalité. Le Sud Ouest qui n’existe pas est le Sud Ouest des rêveurs de Sud Ouest.

Je le regarde avec le recul nécessaire. L’authenticité est fille de l’Histoire. Que n’ai je lu de sottises, de fadaises sur mon sud-ouest ? Il est devenu un passage obligé du bien-vivre alors qu’on y vit moins bien qu’avant.

Voilà. Le mot est lâché. Avant. Avant que certains de nos paysans aient plongé dans le productivisme, avant que changent les paysages et que les banlieues soient devenues les verrues de nos villes, avant que tant aient cru que l’argent achetait tout. Pire. Avant que tant aient pensé que tout pouvait se vendre et ceux là sont les miens.

Elle est là, la blessure. Profonde, vivace. Le Sud-Ouest a vendu son âme, ses paysages, ses traditions. Non. Le Sud-Ouest a bradé. Parce que les acheteurs étaient…radins… fauchés..stupides. Surtout stupides… N’hésitant pas à chouiner devant les ortolans ou les toros de combat. Mais ils sont nôtres.. Les « petits oiseaux » se réchauffant à la flambée de l’Armagnac n’ont jamais été un problème écologique pour aucun de mes ancêtres, ni pour moi. Nous n’étions pas assez nombreux pour être des destructeurs de Nature et nous n’y avions pas d’intérêt : on ne salope pas la maison où on vit.

Mais l’acheteur croit qu’il peut tout acheter, même l’Histoire. Il croit que son chèque achète la Vie et qu’il en fera une vie idéale. Au prix de tous les renoncements, de tous les changements, ceux qui l’arrangent même s’ils me dérangent.

Ils veulent un Sud-Ouest mondialisé. Pas moi. Le monde, je le connais un peu. J’ai passé trente ans à le parcourir, à l’étudier. Jusqu’à ce jour de 1999, à San Miguel de Aralar, où j’ai eu brutalement conscience que j’avais cherché bien loin ce que j’avais sous la main. Et que la mondialisation était un marché de dupes où je déposais les vêtements de mon Histoire pour enfiler les défroques de tout un chacun.

Il est devant moi, rue Déodat de Séverac. Il m’explique qu’il va faire de la boite du vieux une icône du luxe. Le vieux, je le connaissais un peu. Mon père allait chez lui acheter des foies gras quand Tante Marie avait mal calculé la consommation annuelle. Le gamin a réussi. Le nom du vieux illumine les rayons du Carrouf d‘Hénin-Beaumont. A vil prix, à vile qualité. Le gamin a réussi : il a vendu mon passé à la grande distribution.. Il a fait une belle carrière sur les débris de ma vie.

Et donc, oui, je ne suis pas content.. Et j’en ai fait un livre.


samedi 11 août 2018

LE PALETOT DE JAVERT

Faudra vous habituer. Quand je dis « les curés », c’est toutes les espèces, souvent fagotées comme des gonzesses. Les hommes de Dieu, ils aiment la robe. Comme les drag Queens.

Vous croyez que c’est de la provocation gratuite ? Vous avez la tête bloquée. Vous refusez de voir que les curés ont gagné. Vous nous cassez les burnes avec la laïcité et vous plongez tête première dans la pensée primitive et religieuse. Vous bavez tous devant Hugo. Victor, pas Boss. Le vieil enfoiré patriarcal (et talentueux) qui a passé sa vie à détruire l’œuvre de la Révolution en faisant semblant de s’attaquer au Second Empire. « Lorsque l’enfant paraît »… Lorsque l’enfant paraît, Papy, il le colle aux femelles et il va changer d‘air entre les cuisses de Juliette.

Faut pas confondre. Totor, il nous a chanté le grand air de la Rédemption, ce cliché médiocre que les curés valorisent par dessus tout : Jésus, c’est le divin rédempteur. Exemple : les Misérables ou comment un voyou de basse caste peut devenir un irréprochable bourgeois (le contraire est beaucoup plus plausible). Chez Hugo, les ficelles sont grosses comme des cables. Celui qui montre la voie à Jean Valjean, c’est l’évêque de Digne. Digne ! Avec Pont-à-Mousson, ça marchait pas. Après quoi, le bagnard rédempté, il prend le nom de Madeleine. Rigolez pas ! Le nom d‘une pute sortie du tapin et sauvée par Jésus. Il lui sera beaucoup pardonnée parce qu’elle a beaucoup aimée. Totor, il a peur de rien !

Les Misérables ont introduit une cassure dans notre monde. Avant, entrer dans un prétoire, c’était être coupable. Aujourd’hui, c’est aspirer à la rédemption. Quand c’est toi qui crois ça, c’est con mais pas grave. Quand c’est le Président du Tribunal, ça change la donne. S’il est un peu cureton-orienté, le juge, il va se prendre pour le Rédempteur. Tout homme a droit à une seconde chance. Le genre de stéréotype inventé par la novlangue. Walt Disney au Palais de Justice. Seconde, c’est pour faire bien. Ça marche aussi après cinq condamnations ! Ou plus si affinités…..

Surtout qu’en face, il y a l’horreur absolue : Javert. Inhumain, jaloux, corrompu, débauché.. Tout flic marche avec, sur les épaules, le paletot de Javert. Saparole, est, par essence, détruite. Qui peut croire Javert ?

Et donc, la mise en cause des flics, elle est permanente et immarcescible. Sauf dans la cour des Invalides quand on accroche la médaille au coussin. Là, on a droit au chapelet des banalités pleurnichantes.

Seuls les petits voyous ne comprennent pas que les flics sont corsetés, entravés, par un Code de Procédure plus épais que le Code du Travail, surveillés par leur hiérarchie et que le flic ne peut jamais travailler normalement. Quand Benalla pense que le brassard Police autorise toutes les dérives, il signe son appartenance à la racaille.

Et puis, on cherche peu hors des flics. Quand deux petits voyous, pour échapper à un contrôle, se refugient dans un transformateur et grillent comme des chipolatas sur le barbecue de Marcel, on accuse les flics. Javert. Mais sur les transformateurs, il y a toujours une plaque interdisant l’accès et prévenant des dangers.  Ils ne l’ont certainement pas lue. Mais savaient ils lire ? Ils ne sont pas Gavroche citant Voltaire et Rousseau. En tous cas, les policiers ont eu droit à un procès et les instituteurs étaient absents.

L’ombre de Javert plane sur la police. Elle protège les voyous et les petits délinquants (les grands ont des avocats pour ça). On ne peut pas éliminer Javert.

On peut simplement dire que les flics ne sont pas des voyous. N’en déplaise à Lautner.


On en reparlera

jeudi 9 août 2018

LES TOURISTES SONT PAUVRES

Bien. Voilà que les professionnels du tourisme de ma chère région survitaminée se plaignent que la saison n’est pas bonne. C’est une rengaine annuelle que les sites de voyage en ligne nourrissent année après année. Que nous disent ils ces pauvres gens ?

1 : les destinations balnéaires résistent mal. Voilà des années que ça dure. Personne ne veut dire que le balnéaire tire le tourisme vers le bas. Le balnéaire, c’est l’industrialisation du voyage, l’irruption du quantitatif et des promos. Regardez les offres des professionnels de la commercialisation de masse, je veux dire les agences de voyages de la grande distribution : 90% de balnéaire ! Sur des plages qui sont au tourisme ce que le jambon sous vide est à la nourriture
Le produit balnéaire, c’est un bout de sable, du soleil et des prix cassés : hôtels HLM et paninis au déjeuner. Vu la taille des océans, tu penses bien que ce type de produit, y’en a partout. Seuls changent les cocotiers. Certes, il faut de l’aérien mais l’avion se brade comme les paninis. Voilà bien longtemps que la tendance est en place et que la Croatie concurrence la Corse, sans parler des Canaries ou des Baléares. Le combat est inégal et perdu d’avance. Il faut de plus en plus d‘investissements pour attirer une clientèle dont le pouvoir d‘achat  n’assure plus le retour sur investissements.

2 : la météo impacte les résultats. C’est une tendance récente liée à la multiplication des infos. Jadis, on avait un temps pourri, on le subissait, on en parlait à la rentrée et on se jurait de ne pas revenir, serment oublié avant la Noël. Aujourd’hui, on est mobile. On fait 200 bornes pour changer de station et retrouver le soleil. Si le budget le permet, un click sur un site spécialisé et on va encore plus loin.
Comme les météorologues peinent à augmenter la durée temporelle de leurs modèles de prévision et que le changement climatique est solidement installé à la table des agapes, prévoir l’avenir touristique par l’anticyclone des Açores va devenir un défi. Tout comme les prévisions de remplissage de caisse.

3 : la région souffre de l’absence récurrente des touristes étrangers. En clair, elle manque de stéréotypes, d’images aisément lisibles comme la Tour Eiffel ou les champs de lavande provençaux. Seul le vignoble bordelais tire son épingle du jeu mais c’est de la brand communication pure sur le nom de Bordeaux.

Le discours de tous les professionnels interrogés par Sud-Ouest est univoque. J’avais le sentiment de lire un numéro vieux de vingt ans. Forcément, rien n’a changé et surtout pas les salaires des pays concurrents. Tous les commentaires sont quantitatifs. On est heureux d‘être juste derrière l’Occitanie qui rafle toute la clientèle de Palavas et alentours sur un bout de côte aménagé dans ce but. Manquerait plus que ça !

Mais quelle est la stratégie pour demain ? va t’on s’obséder à compter des nuitées comme s’il fallait savoir qui a la plus longue ? Pour nous, que compte faire Atout France qui a déposé notre nom comme marque ?

On parle de bateaux de croisière mais pour quels ports ? Rien n’est correctement aménagé. A Bayonne, les bateaux de croisière contemporains n’ont aucun mouillage correct, permettant aux passagers de se rendre facilement en centre ville. Voilà des années qu’on en parle. Sur le terrain, rien.

L’attitude face aux touristes est scandaleusement inefficace. Je ne suis pas partisan d’un tourisme trop important, qui détruira plus qu’il n’apportera. Mais il faut bien comprendre que le tourisme de l’avenir est basé sur le patrimoine. Notre Président, en bon disciple de Jacques Généreux, accepte la di-société, voire la renforce. En clair, destinations chics pour touristes argentés et destinations pour pauvres. La communication ne sera pas la même, les retombées économiques non plus.

Je ne prends pas parti. Personne ne prendra parti Et donc, personne ne prendra de décision… On finira par être trop élitistes pour la clientèle désargentée et trop bas de gamme pour les premiers de cordée. C’est une stratégie perdant-perdant. Comme le centre de Bayonne a perdu tous ses commerces haut de gamme pour les remplacer par des franchises dignes d‘un centre commercial de Seine-Saint-Denis. On accueille des croisiéristes riches pour leur offrir les magasins d‘Argenteuil !


Une politique est un ensemble. Rien n’y est indifférent, rien n’y est insignifiant. La région préfère les plages landaises à la vallée de la Gartempe ? Elle y gagnera des nuitées et y perdra de l’argent. Et ne me dites qu’on peut faire les deux, ce serait une insulte.

jeudi 28 juin 2018

LA ROUTE DE LA SOIE (2)

Jean Chesneaux m’avait collé un drôle  de pensum : l’analyse du Chinese Recorder and Misionary Journal. C’était un gros mensuel qui faisait le point sur l’activité missionnaire anglo-saxonne en Chine et publiait des articles de synthèse sur la société chinoise, son évolution et les rapports qu’il fallait entretenir avec elle. L’une des obsessions des copains de Pearl Buck étaient les pieds bandés des Chinoises. Parfois, l’insignifiance est signfiante : les pieds bandés justifiaient la canonnière.

Une autre obsession était une idée qu’on qualifierait aujourd’hui de « géopolitique ». Les penseurs du Chinese Recorder avaient remarqué que le monde évoluait autour des mers : l’Antiquité (connue) autour de la Méditerranée, l’époque moderne autour de l’Atlantique, ce qui traçait la voie de l’avenir ; le monde futur serait structuré par le Pacifique. Ça tombait bien : nos géopoliticiens venaient de la côte Est du Pacifique et travaillaient à bâtir les terres de l‘Ouest. Ils étaient au bon endroit au bon moment ce qui justifiait à la fois leur présence et leur action. Dieu était grand !

Cette idée a perduré longtemps. Elle survit dans les dizaines d’articles sur la mer de Chine qu’on nous inflige à longueur d’années. La libre circulation maritime dans la mer de Chine est indispensable au développement de la zone Pacifique (plus particulièrement la façade orientale, i.e. les U.S.A.).

Les Chinois, qui connaissent bien la géographie et n’ont pas subi le lavage de cerveau américain, considèrent l’idée avec suspicion. Depuis un demi-siècle, les bateaux ont atteint leurs limites. Il est difficile de dépasser la taille record de 500 000 tonnes, difficile et risqué, le Pacifique ne l’étant pas autant que ça, et surtout, il est difficile de diminuer les temps de transport. Si on ne peut pas transporter plus et plus vite, ça limite le développement. Ajoutons qu’on ne peut gagner de temps que par les canaux transocéaniques, lesquels ont le défaut de limiter les tonnages acceptables.

Ça ne les empêche pas d’avoir lancé un projet de canal au Nicaragua, pour doubler et remplacer Panama, mais c’est surtout pour défier les Américains car le projet n’avance pas très vite et son promoteur semble avoir disparu dans la nature. L’ouverture en 2020 est compromise.

Le pragmatisme chinois s’est donc mis au travail. Les trains vont plus vite que les bateaux. Ils dépendent moins des énergies fossiles et la Chine a fait de fantastiques progrès en technologie ferroviaire. Certes, il faut des infrastructures mais on peut les optimiser en doublant la voie ferrée par des autoroutes ou des gazoducs. Derrière la Chine, toute l’Organisation de Shanghai s’implique, notamment les Russes et les Kazakhs. On ne supprime pas pour autant les bateaux qui reviendront à leur fonction primitive : le cabotage entre les divers ports du sud eurasiatique.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre ce qui va se passer. L’Europe va devenir le plus gros partenaire commercial de la Chine, avec du commerce « direct », mais aussi en devenant la tête de pont du commerce sino-américain. En effet, la côte Est des USA sera beaucoup plus rapidement atteinte que par la route maritime qui oblige à passer par Panama et même qu’en débarquant sur la côte Ouest avec une traversée ferroviaire des USA.

A cet égard, je ne suis pas sûr qu’un traité comme le TAFTA ne soit pas une arme à double tranchant. Des marchandises chinoises embarquées au Havre garderont-elles leur origine asiatique ? Les USA appliqueront ils à ces marchandises les taxes prévues pour les Européens puisqu’elles transiteront par l’Europe ? Sans compter les dérives collatérales : la Réunion s’est positionnée toute seule sur la Ceinture maritime de la Route de la Soie. C’est le seul port important pour irriguer l’Afrique de l’Est. Bien joué ! Et quand j’écris « toute seule », je signifie bien qu’il s’agit d‘une initiative locale. Paris n’a pas bougé une oreille.

Quoiqu’il se passe, c’est une bonne nouvelle. En premier lieu, il faudra des transporteurs, des transitaires, des logisticiens. Le transport mondial impactera moins l’effet de serre. L’Europe bénéficiera de sa position géographique pour glaner les miettes du fantastique développement économique chinois.

Les géopoliticiens cléricaux américains n’ont fait qu’une erreur : croire que les limites et les frontières peuvent toujours être repoussées. A quoi, ils ont ajouté une bêtise : leur désir d‘imposer leur leadership et de mépriser leurs voisins.

Je ne suis pas naïf. Tous ces trains fonctionneront à l’électricité nucléaire. Je remarque simplement que l’EPR chinois, conçu par AREVA, fonctionne tandis que Flamanville ne sort pas de ses retards. Quand on collabore, on règle les problèmes techniques.

Avec les Chinois, la géographie reprend sa place. Et j’aime ça. Un géographe, ça pense avec ses pieds…..qui réfléchissent plus qu’un cerveau de sciencepotard.

On en reparlera….



mercredi 27 juin 2018

CINQUANTENAIRE

Juin s’achève. Et personne n’a commémoré Mai 68. Ça aurait pourtant valu le coup de faire un état des lieux. On aurait pu voir comment on a changé. Ou pas.

Moi, je jubile. En mai 68, je manifestais contre la guerre du Viet Nam. US, go home. Bon, ça c’est fait. Je manifestais pas contre les enfants grillés par le napalm ou l’agent orange. Je savais que la guerre entraine ce genre de situations. Je voulais simplement que les Ricains cessent de soutenir des gouvernements dont la pensée politique allait contre mes idées, idées qui étaient marxistes, n’est ce pas, Dany le Rouge ?

Le monde était composé de deux blocs antagonistes. Choisis ton camp, camarade. Souvenez vous. Y’avait les Rouges et les « tenants de la démocratie ». Y’avait aussi les entre-les-deux. De Gaulle, par exemple. Ou les pays du Tiers-monde, les fils de Bandoung. Mais qui se souvient de Bandoung ? Les pays du Tiers Monde, ils hésitaient : où était leur intérêt ? Le vieux Général, il était malicieux : un coup, il reconnaissait la Chine, un coup il virait l’OTAN de France, un coup il soutenait les Québécois. Malicieux, mais à sens unique : il adorait emmerder les Américains. Et ça, ça me convenait.

Et donc, pendant cinquante ans, ça a duré comme ça avec les Ricains qui semblaient conforter leur hégémonie et devenir les maîtres du monde. C’est ce que nous disait la presse achetée par le grand capital (je sais, ça fait ringard comme formule). On a baigné là dedans pendant cinquante ans. Avec la conviction que le capitalisme avait gagné la bataille.

Et voilà t’y pas qu’au moment de fêter le cinquantenaire, la même presse annonce que la Chine est devenue la première puissance économique du monde et même que ce pauvre Trump s’inquiète vu que les Chinois vendent, en les bradant un peu, les bons du Trésor américain dont ils ont pléthore dans leurs coffres. Ouais, mais les Chinois sont capitalistes…. Et donc le capitalisme a quand même gagné. On peut pas se désavouer.

Voilà des années que j’explique que la Chine ne s’est pas convertie au capitalisme mais poursuit sa voie pour construire le « socialisme à la chinoise ». Voilà des années que tout le monde rit et que les éditeurs me renvoient mes manuscrits à la figure. Je m’en fous. Les faits sont têtus et il faudra bien que les rieurs admettent cette chose incroyable : Mai 68 a financièrement gagné. Financièrement et politiquement. Trump s’agite en Corée du nord et s’écrase en mer de Chine. L’axe Moscou-Pékin est reconstruit et englobe désormais l’Inde et l’Iran. Ce qui fait que les Iraniens se marrent quand Trump gesticule. Ils sont désormais à l’abri.

J’aurais bien aimé qu’on commémorât. Sérieusement, je veux dire. Que tous les pseudo-spécialistes, les géopoliticiens auto-proclamés, viennent admettre qu’ils se sont plantés, qu’ils n’ont rien vu venir. Pourtant, Pékin n’a pas été avare de signes. Encore eut-il fallu que nous les percevions. Mais on ne voit que ce qu’on veut.

J’aurais bien aimé qu’on commémorât. Et qu’on en tire les leçons en changeant notre système d‘alliances ce qui est inconcevable pour nos dirigeants. Ils vont préférer s’accrocher aux basques des Ricains qui nous entraineront dans leur désastre. J’espère seulement que nous ne les suivrons pas dans leur délire politique qui deviendra militaire. Il vaut mieux finir pauvre que mort.

J'aurais bien aimé que soit admise la victoire des soixante-huitards.

Je ne suis pas pessimiste, je repense à Lao Pierre qui me disait parfois : « Le seul truc qu’ils savent faire, c’est renverser la table pour changer le cours du jeu ». Pierre ne connaissait pas Trump.

Notre seule chance, c’est que le moment choisi pour renverser la table ne soit pas le bon.


On en reparlera

dimanche 10 juin 2018

LA CARTE ET LE TERRITOIRE

Là, Michelin touche le fond. Ils étaient déjà hors jeu pour les livres, ils deviennent calamiteux pour les cartes. J’espère que Philippe Sablayrolles est à la retraite et que son père ne lira pas ce papier.

Mon œil glisse sur une carte Michelin. C’est la Côte Basque.Et mon œil accroche, s’abîme, pleure. Sur la carte, Biarritz est en caractères plus gros que Bayonne (2 points au moins) !

J’ai assez traîné dans les milieux cartographiques pour savoir qu’une telle différence n’est possible que dans deux cas : un écart démographique ou un statut administratif. Or, ici le statut de sous-préfecture est annulé et la population de la plus grosse lettre est la moitié de la plus petite. On marche sur la tête ! L’idéologie a définitivement pris le pas sur le sens.

Une carte, c’est un code, une règle. Y’a que les cons et les connes pour croire que c’est des gens. Après Hiroshima, le cartographe n’est pas là pour chouiner sur les pauvres Nippons radieux devenus irradiés. Il calcule combien il reste d’habitants et combien il en restera à la fin de la durée de vie de sa carte et il corrige les symboles. Froidement, tranquillement. Son boulot c’est de transmettre un savoir, pas des larmes. C’est bien triste, mais lui, il doit obéir à une règle : la légende. Parce que la légende, c’est le code qui permet au lecteur de comprendre le dessinateur. Enfin, ça c’était avant…

A la fin des années 1970, je vendais des palanquées de cartes de France. Et je cherchais à m’améliorer les marges. Et voilà t’y pas que je découvre sur le catalogue du GUGK, une carte au 1/1Mio à un prix imbattable. Je commande aussi sec une petite quantité pour tester le produit. Et je reçois une carte vachement agréable, imprimée sur un beau papier avec de la main. Je jette un coup d’œil sur la région parisienne et je m’aperçois que Saint-Denis est plus gros que Versailles. Un peu intrigué, je vérifie chez moi pour constater que Tarnos et Boucau sont aussi gros que Bayonne. Eurêka ! Le GUGK étant l’un des bras de la propagande du PCUS, les villes dirigées par le PCF avaient eu droit à une petite gonflette. Produit invendable sauf à des collectionneurs et à des spécialistes. J’en avais plein dans ma clientèle. Ils ont adoré.

J’ai eu droit à des remarques acides. Salauds de communistes qui truquaient une image pour leur propagande ! C’était que le début. Michelin fonctionne désormais comme le PCUS.. Et pas que. Ma copine Jasmine, excellente cartographe par ailleurs, ne cesse de se battre pour que soit reconnu la propriété intellectuelle des habitants d‘un village palestinien sur les données topographiques de leur territoire. C’est un vieux débat qui oppose depuis des années cartographes institutionnels et utilisateurs privés. Quand tu dessines une carte, qui t’en fournit la matière ? Comment sais tu que telle ville est par tant de degrés de latitude et tant de degrés de longitude ? Sinon par les relevés orthonormés de ton Institut Géographique ? Pendant longtemps, on s’est abrité derrière une notion floue mais pratique : les connaissances communes à l’Humanité. Tout le monde sait où est Paris. Ou Londres. Mais, y’a des villages, à part les habitants….. Seules les autorités américaines ont toujours été claires : considérant que tous les contribuables avaient payé pour la collecte des données, elles étaient libres d‘accès. A priori, en Palestine, ça marche pas comme ça. Jasmine veut introduire l’homme dans un système où il n’a jamais été. Et ça, ça fout le souk. Parce que l’homme est magnifiquement absent des cartes où ne figure que le résultat de ses activités. Le bief que tu construis sera sur la carte après ta mort.

C’est pas la première fois que Michelin triche et modifie les règles par lui définies. Les premières cartes Michelin classaient les cartes en fonction de la signalisation routière. Les routes nationales bordées de bornes chapeautées de rouge étaient en rouge, les départementales dont les bornes étaient jaunes étaient en jaune. Simple, logique, efficace. La plupart des cartographes adoptèrent.

Puis vinrent les autoroutes. Les cartographes anglais et allemands se mirent à les dessiner en bleu puisque leurs panneaux étaient bleus. Pas Michelin, pourtant inventeur du code. Michelin a décidé que ses lecteurs étant habitués au rouge pour les grands axes, les autoroutes devaient être en rouge.

Clairement, on introduisait le ressenti (supposé) du lecteur dans un code d‘où il aurait du rester absent. Aujourd’hui où l’on écrit sans regarder le dictionnaire, c’est devenu une norme. Car le dictionnaire est également un code qui assure la précision de la communication. Et qui interdit de croire au sens d‘un mot.

Bon, on va s’arrêter là. Une autre fois je vous parlerai de Bertin et de sa sémiologie graphique, l’un des systèmes les plus intelligents et le plus inutilisable qui soit.

En attendant, si j’étais Maire de Bayonne, je porterai plainte pour diffamation contre Michelin.


On en reparlera…