dimanche 9 décembre 2018

ECONOMIE ET POLITIQUE

Je ne comprends pas qu’on se complique la vie avec des statistiques et des arguments sans intérêt. Otons tout vocabulaire qui pourrait fâcher.

Il y a deux sortes de pays :

A/ ceux où le politique commande à l’économique

B/ les autres qui font le contraire.

La plupart des commentateurs affirment que les autres sont mieux gérés, plus modernes, plus libres même. Donc rappelons deux faits :

1/ jusqu’à Giscard, la France était dans le groupe A où l’avait mis le programme du CNR. Tout allait bien, la croissance était là et le peuple vivait bien. Le seul bémol était l’inflation, maladie bénigne qui affecte essentiellement ceux qui possèdent l’argent, c’est à dire les banquiers.

2/ la première économie du monde, la Chine, est dans le groupe A ce qui plaide pour l’efficacité du modèle.

Quand le politique commande, il protège deux choses :

A/ les activités régaliennes, celles ont le peuple a besoin, comme la justice ou la santé

B/ le patrimoine de l’Etat

Ça, c’est le principe. Naturellement, quand l’économique commande, il ordonne au politique de lui céder les activités les plus rentables, les autoroutes, l’énergie ou le Loto. C’est, en général, camouflé sous de belles raisons mais le mécanisme ne change pas : on vend à vil prix une structure que la Nation a mis du temps à édifier. Depuis le début du siècle, l’abandon de souveraineté est le complice de ce qu’il faut bien appeler une forfaiture.

Ceci, le peuple le sait. Ou, à tout le moins, le sent. Il se demande pourquoi il paie des impôts. Pour équiper son pays, par exemple avec des autoroutes qui seront bradées quand elles seront rentables !!! Le peuple se sent cocu. Les exemples sont légion. Airbus est un autre cas.

Qu’importent les cas. Seul le système compte. Simple, rodé, accepté par tous les partis (dont le PS avec le gouvernement Jospin auquel appartenait Mélenchon, ne jamais oublier). L’impôt finance des équipements bradés ensuite par la privatisation.

Ce n’est pas une remise à plat fiscale qu’il faut. Simplement une mention dans la Constitution interdisant de vendre les biens de l’Etat. Encore que ça existe déjà : les Musées nationaux n’ont pas le droit de vendre les œuvres qu’ils conservent. On pourrait imaginer étendre la mesure et adapter l‘interdiction. Les juristes peuvent gamberger. Les actions sont des biens mobiliers comme les tableaux ou les meubles.
La première mesure de justice fiscale est que le peuple ne soit pas dépouillé de ce qu’il a payé avec ses impôts.

Ou avec son travail. C’était le but de la loi sur l’intéressement portée par les députés gaullistes de gauche et qui visait à une meilleure répartition du pouvoir dans les entreprises. Dès après son adoption, en 1974, le patronat s’est empressé de la vider de son sens. Jusqu’à réserver des actions pour les cadres, les stock options, afin de préserver la gouvernance grâce aux cadres, ces valets qui croient être des maîtres.

Dans l’esprit des législateurs de 1974, les salariés devaient être protégés par les syndicats de toutes ces dérives. Le plus souvent, les syndicats ont fait droit aux demandes de leur ennemi et ont laissé le pouvoir pour préserver les maigres avoirs.

Et les stipendiés de la démocratie hurlent ou bêlent pour réclamer le respect du vote. Le peuple sait également que le vote ne sera jamais respectable tant que son résultat dépendra des sommes investies. Le peuple sait que le vote n’est pas respectable tant que des astuces permettent de ne pas en tenir compte comme en 2005. Le peuple sait que le vote n’est pas respectable quand on peut ne pas en respecter les règles sans aucune sanction. Le peuple voit Nicolas Sarkozy jeter aux chiens les  résultats d’un référendum et doubler indûment les coûts de sa campagne, avant de bénéficier de tous les avantages réservés aux présidents à la retraite, poste qu’il a obtenu en trichant. Et vous demandez le respect du peuple !!!!

Le peuple sait bien qu’on le prend pour un con. Il a l’habitude. Il s’énerve seulement quand c’est trop.

Et là, c’est trop.

On en reparlera


vendredi 7 décembre 2018

BACHAR EL MACRON

Je m’amusai à inventer des tweets. Pour rire en copiant Donald. Et j’ai trouvé celui-là, copié sur les titres de la presse aux ordres.

Le Président de la France envoie les blindés contre son peuple.

Court, percutant, précis. Manque plus que le petit mec en gilet jaune debout devant un engin blindé, façon Tien Anmen. J’espère qu’un photographe la fera

Ho ! c’est pas pareil !!! Ha ? bon ? Tu veux dire que le modèle de blindé Macron, il est plus petit que le modèle Jiang Zhemin ? Ou que les munitions de Bachar le Syrien, elles sont plus efficaces ? Parce que le symbole est exactement le même. Quand à mon tweet, il est d’une rigueur absolue. Le Président envoie les blindés contre son peuple. On peut le dire autrement, mais là, c’est une précision littéraire totale.

Bon, Bachar se tait. Il ne fait plus parler Griveaux dont c’est le boulot mais qui est pas trop crédible avec sa tête de premier communiant cherchant à perdre son pucelage. Celui qui cause, c’est Castaner, jamais bien rasé comme un barbeau de province caricaturé par Audiard, le genre de mec qui flâne sur les parkings pour te vendre une Audi d’occasion qu’il a chourré la veille. Castaner, il est aussi crédible que Nixon après le Watergate. Suffit de l’écouter.

Il affirme que des casseurs étrangers (il précise : un Allemand et un Portugais) étaient à l’Arc de Triomphe. Castaner c’est le patron de la PAF et si la PAF a laissé passer des casseurs étrangers, c’est lui, Castaner qui est responsable. Pas moi. Il va se planquer derrière l’Europe, bien entendu. C’est pour ça qu’ils sont tous pour  l‘Europe, elle les dédouane.

Castaner, il distille les infos inquiétantes comme quoi va y avoir des morts et ce genre de choses. Comme toujours, trop et trop peu. Castaner il a la haute main sur les RG. Il gère un service de renseignements. Et donc, soit il a des renseignements, soit il n’en a pas. S’il n’en a pas, c’est qu’il est mauvais. S’il truque sur ce qu’il a, c’est un menteur. Et samedi soir, on pourra vérifier.

On peut comprendre qu’il ne veuille pas donner des informations à l‘adversaire, sur son dispositif par exemple. C’est assez basique. A condition que l’adversaire n’ait pas les moyens de collecter et partager les infos. Castaner me donne le sentiment d’être sous-informé et de remplacer les infos qu’il n’a pas par de la bouillie communicante ce qui se retournera contre lui. On peut penser qu’il croit avoir un dernier joker : l’armée. Encore faudrait il qu’elle soit prête, dans tous les sens du terme. Et que ses chefs soient du côté du Président. Rien n’est moins sûr ce qui le laissera nu en cas de gros problème.

Car c’est assez simple. Soit le Ministre est informé et il a les moyens techniques et juridiques de désamorcer l‘insurrection qu’il affirme attendre ; soit il n’en sait pas assez et, effectivement, ça va péter. Mais, dans tous les cas, Castaner sera responsable.

En 68, c’était pas comme ça. De Gaulle pouvait remplir les Champs Elysées de ses soutiens au premier rang desquels Malraux.

Aujourd’hui, on a Riester qui vit en vendant des Peugeot aux Gilets Jaunes de Seine et Marne. Tu crois qu’il veut que ça change ?

On en reparlera…


jeudi 6 décembre 2018

PRAUD ET LA NÉGOCIATION

Ce matin, c’est le mot qui parsème toutes les interviews, toutes les interventions, surtout celles du pouvoir. Pour les macronophiles, c’est un mantra, la négociation est le maître-mot qui marque leur volonté de régler les difficultés du pays. Les macronophiles ne connaissent rien à la communication. Les Gilets Jaunes ne négocieront pas.

Un d‘entre eux, un brave type, l’a affirmé ce matin. Sans le dire, évidemment.

« Ils veulent nous enfumer.. Moi, moratoire, je sais pas ce que c’est. J’ai du aller sur Internet pour comprendre ».

Tout est dit et plutôt deux fois qu’une. Le mec ne possède pas le vocabulaire pour négocier. Et il ne possède même pas de  dictionnaire. Le fossé linguistique se double d’une barrière culturelle. Il perçoit parfaitement cette distance, il sait qu’on le convoque à un duel sans qu’il ait les armes. Accepter la négociation, c’est aller à la défaite. Il n’ira donc pas.

En face, ce refus de négociation va être commenté, amplifié, déformé, comme une preuve de désir insurrectionnel, alors que la seule demande du type, c’est d’avoir un interlocuteur qu’il puisse comprendre. Et qui le comprendra en retour. Un mec avec qui il puisse parler sans dictionnaire.

De tous les politiques et journalistes que j’ai pu écouter, un seul m’a semblé capable de l’exercice, le mec qui me faisait zapper systématiquement tant il ne m’intéressait pas : Pascal Praud. Je suis tombé dessus par hasard, il ne parlait pas de foot, il m’a bloqué. Il faisait régner l’ordre sur son plateau en donnant la parole aux manifestants de base, en les faisant préciser, en utilisant leur vocabulaire, en faisant taire les intervenants dont le vocabulaire suait le mépris de l’autre. Il créait les conditions de l’égalité des discours, sans démagogie et sans forfanterie. On était loin des débats à la con qui font penser que le journaliste organise une confrontation pouvant se tenir dans un amphi de Sciences Po.

Je me suis dit que Praud avait la chance d’être en prise directe avec la « vraie » France, celle qui s’exprime dans les tribunes des stades. Ce pays là est soigneusement méprisé et évité : il ne possède aucun code linguistique de l’ordre du pouvoir. Et donc, quand il ne comprend pas, il se tait ou il dit « Non ». Ils veulent entendre Macron sans comprendre que Macron ne les entend pas.

Sans compter que les mots n’ont pas le même sens. Le peuple sait que la négociation est le moyen de le baiser par les mots. On met en première ligne les femmes, bouclier habituel du pouvoir. Alors que le peuple connaît de la négociation les premières minutes de toute confrontation sportive, la fourchette sous la mêlée ou le tacle sec pour que l’autre comprenne qui est le patron. Toute négociation sérieuse est précédée d’une bagarre. Il convient de connaitre le rapport des forces. La négociation est le moyen de liquider la violence ce qui suppose qu’elle s’exprime. Et c’est vrai que si tu te mets à la table de négociations avec un œil au beurre noir et l’arcade sourcilière recousue, ça décrit un monde, pas nécessairement à ton avantage.

La négociation n’a jamais été un moyen d’éradiquer la violence mais plus simplement la voie d‘en minimiser les effets. On arrête de se taper dessus alors qu’on avait commencé. Ce qui suppose un langage commun. Un langage, des codes, un vocabulaire. En ce moment, les journalistes affectent de croire que ce langage est celui qu’ils partagent avec les politiques entre gens de bonne compagnie, à l’éducation identique. Ce qui conduit le peuple à lancer aux journalistes les injures qu’ils réservaient aux politiques : le langage commun conduit aux réactions semblables.

L’injure est compagne de l’insurrection. Relire les tirades de Hébert dans Le Père Duchesne. Hébert qui utilisait un langage volontiers ordurier reste l’une des grandes figures de la Révolution. Hébert écrivait pour le peuple, avec le langage du peuple et les injures du peuple. Il savait que l’injure n’est pas la violence en un temps où la violence consistait à raccourcir les têtes ce que ne fait pas l’injure. Les glissements sémantiques nous ont convaincu du contraire mais le peuple n’est pas dupe car il ne confond pas les mots et les actes.

Raison pour laquelle il est parfois difficile à convaincre.


On en reparlera..

dimanche 2 décembre 2018

LA LUTTE DES CLASSES

On l’a déjà dit : depuis 1989, tous les politiques occidentaux ont enlevé de leur boîte à outils, les outils du marxisme. A commencer par la lutte des classes, rejetée (et c’est un comble) par le PCF, par exemple.

Changer les mots ne change pas les choses. Qui ne voit pas que la lutte des classes sous tend la plupart des mouvements sociaux aujourd’hui. Les gilets jaunes, c’est le Tiers Etat qui revient. Appauvri, méprisé, déclassé, en 2018 comme en 1789.

Elevés dans les berceaux cotonneux des formations paisibles, les hommes et femmes politiques n’ont plus conscience de leur action. Ils parlent de « ressenti ». Mais faire basculer la fiscalité d’une classe sur une autre, supprimer l’ISF, gonfler le crédit impôt-recherche et augmenter la CSG, ce n’est pas du ressenti. C’est un message direct à ceux que le Président actuel traite d’illettrés comme son prédécesseur les qualifiait de « sans-dents », un message qui affirme : vous ne comptez pas, en tous cas, vous comptez moins que ceux qui vous dirigent.

L’oligarchie (et tous les députés en font partie) a presque réussi à faire entrer dans la doxa ce mensonge majuscule : les travailleurs n’ont aucune place dans le système de production. En détruisant le code du travail, le Président a envoyé un message fort : les travailleurs ne comptent plus. Dans tous les cas, c’est ainsi qu’il a été compris. C’est la première étape du mépris de classe.

Le reste va de soi et se mêle avec la surconsommation réservée à ceux qui en ont les moyens, les niches fiscales réservées aux chiens de garde du gouvernement, tout un ensemble de règles qui, toutes profitent aux mêmes. Si ce n’est pas une opposition, classe contre classe, qu’est ce ?

Les vieux qui se sont frottés à Marx le savent bien. La clef est dans la redistribution. Quand la plus value se répartit inégalement, les tensions se créent. Les citoyens peuvent tout supporter, sauf l’inégalité. Surtout quand elle est affichée, glorifiée, encensée. Il est caricatural qu’au plein des Gilets Jaunes surgisse l’affaire Ghosn. Les citoyens horrifiés attendent que le gouvernement, actionnaire de référence de Renault depuis la Libération, réagisse, d’autant qu’il y a peu, le Président s’affichait avec Carlos dans une usine du groupe. RIEN. Pas un mot. Il semble normal ou à tout le moins accepté qu’un chef d’entreprise puisse être honteusement sur-rémunéré, fraude le fisc, tape dans la caisse pour ses besoins personnels.

Face à cette situation, le Président se tait, choisissant de facto son camp. Mais le Président ne croit pas à la lutte des classes. Je ne suis pas sûr qu’il sache ce qu’est une classe sociale. Pendant ce temps, le ton des réseaux sociaux change. Je ne peux pas résister à cette citation d’Alain Simon : « Dans la mesure où une classe sociale n'est pas solidaire de l'ensemble des citoyens, qu'elle se goinfre sans retenue, qu'elle vole le fisc honteusement, si elle est prête à s'expatrier plutôt que de supporter sa charge sociale, si elle se sent apatride, nous n'en avons plus besoin.
Un corps mort doit être dégagé du corps social, comme une peau morte... »

On revient à la définition d’Etienne de Silhouette : « Dans un royaume bien conduit, le fort supporte le faible ». C’est pourtant simple, sauf quand le fort ne se sent pas les épaules et préfère voir le faible crever. C’est la définition même de la lutte des classes car le faible a conscience de sa faiblesse mais aussi, très vite, de son nombre. Les tensions sociales débouchent sur les tensions politiques. Les appels à la raison sont inutiles et inefficaces, l’affect prend le pouvoir avec le désir de survie d’un côté et l’immonde cupidité de l’autre.

La lutte des classes n’a qu’un inconvénient. C’est le faible qui gagne, en général. Mais les moyens de gagner sont nombreux et divers.. et la plupart des auteurs ne se sont pas intéressés au résultat, connu d’avance, mais à la manière de l’obtenir, puis de le gérer. Le plus célèbre texte de Lénine est titré : Que faire ?

Il est donc plus simple de ne pas en tenir compte, quitte à  se retrouver devant une situation bloquée où l’oligarchie va chercher à conforter un pouvoir moribond en manipulant un peuple en manque  d’instruments de réflexion. Quand tous croient au pouvoir de la parole pour annuler le réel.

Oubliant que la seule parole est celle qui affirme que le roi est nu.

On en reparlera…



jeudi 29 novembre 2018

DIESEL ET FRET

Il y a des nouvelles qui font rire…jaune, surtout lorsqu’elles viennent de Chine dont les medias occidentaux s’accordent à dire que c’est le plus gros pays pollueur du monde. Imaginons que si le pigiste de TF1 le sait, les autorités chinoises le savent aussi. On en a déjà parlé. Et donc le Quotidien du Peuple en parle aussi.

Figurez vous qu’en Chine, les camions diesel représentent 7,8% des véhicules en service et 57,3% des émissions d’oxydes d’azote ainsi que 77,8% des particules présentes dans l’air. A priori, il y a peu de chances que les pourcentages soient différents chez nous. C’est pas nouveau et, depuis cinq ans, les Chinois ont retiré  la circulation une bonne vingtaine de millions de « véhicules diesel désuets » ce qui reste insuffisant.

La consommation de charbon est en baisse : moins de 10% dans le bilan énergétique de Pékin. Mais pour éviter la double peine, on a interdit que les camions diesel transportent le charbon : pas utiliser un transport polluant pour charrier un polluant. Ceci n’empêche pas que les chercheurs sont au boulot, par exemple en travaillant sur des nanoparticules susceptibles de diviser par deux la pollution du diesel. Les Chinois ne sont pas idiots et savent que diesel zéro sera impossible. Ils cherchent donc des équilibres.

Mais, bien entendu, les nouveaux équilibres supposent la disparition des anciens et la mort des situations de rente. Voilà bien longtemps que nous savons que le transport routier est un danger écologique. Et qu’il importe de le remplacer, autant que faire se peut par le fret ferroviaire, comme les Suisses qui ne sont pas de sanglants révolutionnaires. Mais toucher au transport routier revient à heurter le « lobby des transports » lequel implique également les pétroliers, les sociétés d‘autoroutes et les constructeurs de poids lourds.

L’ai je vu changer ce monde des transports routiers dans lequel je suis né quand Carrefour n’existait pas et que Vincent Auriol occupait le poste d’Emmanuel Macron. Monde que la SNCF a investi, avec la SERNAM d’abord, puis Géodis. Personne n’a voulu voir la destruction d’un monde où l’essentiel était le service public et le maillage des territoires. En s’emparant du transport routier, la SNCF a pu détruire conjointement le fer et la route. Il suffisait de mettre au premier plan la rentabilité. Quel que soit le moyen choisi, le colis que m’envoyait ma marraine n’était pas rentable.. Alors, on supprime d‘abord le plus coûteux, puis le moins coûteux.

Mais on ne peut accuser la SNCF d’avoir tué le transport routier !! Si. Et d’abord en aidant à la mort de dizaine de petites entreprises, ceux qu’on appelait les « commissionnaires » devenus les « logisticiens du dernier kilomètre ». Vous n’avez pas connu ? Quand un train arrivait dans une grosse gare, il y avait des dizaines de petites voitures qui s’emparaient des colis destinés aux villages les plus proches pour les livrer.. Ces colis se trouvaient dans tous les trains car même les trains de voyageurs avaient un wagon « fret ». Avec l’arrivée de la Sernam, ces centaines d’entreprises sont mortes car la distinction fer/route a été abolie.

Encore une étude à faire pour détruire des idées reçues. Dernier détail : les voitures des commissionnaires ne roulaient pas au diesel. C’étaient des 2CV, des 4L des Juva4. Et parfois elles prenaient un voyageur sur le siège passager. C’était vraiment le bordel !


On en reparlera….

dimanche 25 novembre 2018

ESPELETTE ET GILETS JAUNES

Ho ! Les gilets jaunes ! sortez du symbole ! N’allez plus à Paris ! Ça vous coûte de l’argent. Pour quoi ? Pour aller sur le terrain de l’ennemi, pour vous affaiblir.

Castaner a donné les chiffres : 33 escadrons de policiers à Paris, 29 sur l’ensemble du territoire. Inutile de faire des comptes d’apothicaire : vous avez moins de risques à manifester chez vous, chez vous où vous connaissez mieux le terrain, les bretelles et les rocades, chez vous que l’Etat laisse en jachère pour vous appauvrir. L’avenir de votre mouvement est chez vous.

Les objectifs sont nombreux. Chez vous, il y a 100 préfectures, plus de 200 sous-préfectures, quelques centaines d’hôtel des impôts. Aucun de ces objectifs n’est fondamental, mais leur nombre en font un avantage stratégique. Cent hôtels des impôts qui brûlent et Bercy est désorganisé. 500 péages bloqués et la grande distribution est à genoux tandis que Vinci pleure. Pensez aussi aux Chambres de Commerce, aux Chambres d ‘Agriculture où plastronnent ceux qui détruisent l’environnement et se gavent sur votre pouvoir d’achat. Avec ce qui reste de policiers en région, tous ces objectifs peuvent être atteints sans risques pour vous.

Ne vous focalisez pas sur les régions. C’est dans les capitales régionales que l’ennemi a regroupé ses troupes. Pensez à Espelette. Voici vingt ans, les habitants d’Espelette, exaspérés par la détention de leur curé, ont bloqué la gendarmerie. Un millier d’habitants, vingt gendarmes, ce n’était pas l’affrontement du siècle mais l’Etat a cédé. Dans vos villages, vous êtes plus nombreux que les gendarmes, vous pouvez les enfermer, les rendre inutilisables. Vous les connaissez, vous faites du sport avec eux, vous êtes au conseil des parents d’élèves avec eux, vos femmes font leurs courses ensemble. Vous croyez qu’ils vont vous tirer dessus ? Dans de nombreux cas, ils vous seront reconnaissants de pouvoir sortir d’un affrontement qu’ils ne souhaitent pas. Et vous, vous remettez de l’humain dans le conflit.

Vous imaginez ? BFM annonçant que 2000 ou 3000 gendarmes sont prisonniers des gilets jaunes. Castaner aurait l‘air d‘un vrai con. Il dirait quoi ? Que l’Etat reste ferme ? Vu l’état des troupes, il lui sera impossible d’envoyer des renforts car il ne dégarnira pas Paris. Et s’il veut le faire, vous tiendrez les autoroutes. Si vous voulez du symbole, prenez les véhicules de gendarmerie et conduisez les devant la sous-préfecture la plus proche. Ça fera de belles images avec les gyrophares allumés.

Chers gilets jaunes, vous avez en mains l’arme absolue, celle qui ridiculise. « Qu’ils viennent me chercher » disait le président sûr de sa force. Enlevez la force, il ne restera rien. Rien que des mots dont vous ne serez pas dupes.

En plus, vous n’êtes pas obligés d’attendre samedi. Il doit bien y avoir 4 ou 5000 gendarmeries susceptibles d’être bloquées. Vous pouvez mettre le pouvoir à poil, jour après jour.


Bon, moi ce que j’en dis…..

vendredi 23 novembre 2018

FAISONS TABLE RASE

Demain, ça pète. De manière nouvelle parce que le cadre est nouveau. Le gouvernement est tétanisé. Il est incapable de gérer la situation.

Ça ne va pas péter comme en 89 ou 48. La capitale ne concentrera rien. Un paquet de manifestants, certes, mais bien loin des centaines de milliers que l’on sait gérer. Bien entendu, vu la concentration de caméras et la haute qualité intellectuelle des analystes et observateurs, l’information parisienne monopolisera l’attention pour arriver à la conclusion que ce n’est pas un vrai succès, pas comme le temps où Krasucki attirait un demi million de mecs entre Bastille et République. Mais, la proximité de lieux de pouvoir installera plus de policiers au bord de la Seine que sur les rives de l’Adour. Le stock de défenseurs de l’ordre (établi) n’étant pas extensible, le gouvernement pulvérisera le disponible dans les plus grandes villes. Logique. Hagetmau et Oloron-Ste-Marie ayant été oubliés de l’aménagement seront également oubliés de la répression. Tel est le logiciel de nos administrateurs.

Dans la mesure où les gilets jaunes n’ont pas même les moyens de se déplacer dans la capitale, ils seront nombreux, au total, à ne pas être nombreux sur les milliers de lieux où ils seront pourtant. Chez eux. Comme des poissons dans l’eau. Les analystes ont d’ailleurs ressorti le vieux mot de « jacquerie » que je n’avais pas entendu depuis quelques séminaires au CERM voici quarante ans. Jean Chesneaux apprécierait.

Les gilets jaunes sont d’ailleurs confiants. Ils se savent capables de bloquer le pays car ils savent qu’une artère minuscule peut provoquer un AVC. Un centre commercial ici, une gendarmerie là, peuvent avoir un effet dévastateur par leur nombre. Si un village de 1000 habitants encercle les 20 gendarmes de la caserne locale, les pandores ne leur tireront pas dessus mais ne seront pas disponibles, non plus, pour protéger la sous-préfecture voisine. Etre abandonnés n’a pas que des inconvénients.

Il va de soi qu’aucune de ces manifestations dispersées n’aura les honneurs des chaînes de télé, leur nombre même les desservira médiatiquement. Le vrai danger est là : qu’une image fausse ne vienne dévaloriser la réalité de l’action, faisant passer la société du spectacle au premier rang des instruments d‘analyse.

Le vrai espoir est l’universalité du mouvement. Demain peut nous prouver que des milliers d’hommes se croyant isolés prendront conscience de leur force, ramenant Marx au premier rang des penseurs politiques. Marx et Mao. Le mouvement est rural nous affirme t’on. Serait ce la seconde mort de Li Lisan ?

Le passé a condamné les gilets jaunes. Il est temps de faire de ce passé table rase, de réinstaller une planification, de redonner au politique le pouvoir sur l’économique.

Et de mettre sur pied une véritable force de communication. Etre isolé n’est rien. Se croire isolé peut être mortifère. Et si Facebook était un outil de la Révolution ?


On en reparlera…