mercredi 1 février 2017

Henry Beyle

J’ai pas fait d’études « politiques ».. A mon époque, la politique était pas objet d’études. Y’avait qu’une école de « sciences politiques » mais on savait bien que c’était pas une science, rien à voir avec la physique quantique. Et donc, pas une école.

Moi qui reste un littéraire, je pense à ce bon Stendhal qui a écrit :

« Le meilleur système politique est la tyrannie tempérée par l’assassinat »

Avant de hurler, lisez avec soin. Analysez ce « tempérée » qui introduit dans la phrase une délicate scansion. Il nous dit quoi Stendhal ? Que l’assassinat est inséparable du destin politique. Il y a une logique. Faire de la politique, c’est prendre des décisions qui vont impacter la vie des citoyens. Les choix du politique vont en enrichir certains, en appauvrir d’autres. Ceux qu’on enrichit apprécient. Les autres non. Et les autres, ils vont vouloir se venger.

Ha ! mais non….

Ha ! mais si…

Si tu organises la vie des gens, tu peux aussi organiser leur mort. Si tu t’imagines qu’ils vont accepter que tu les tues sans moufter, ce que tu te gourres, fillette, fillette.

L’assassinat politique est consubstantiel à la politique parce que l’homme politique est un destructeur de vies. Ce choix qui va créer quelques centaines de chômeurs, c’est l’homme politique qui le fait. Les familles détruites, les vies qui basculent, sont de son fait. Il ne peut pas s’en laver les mains. On ne joue pas au Monopoly.

Et donc, il doit payer. Parce que ses erreurs détruisent des vies, il doit mettre sa vie en face. Et il ne peut pas dire qu'il ne savait pas. Il a tous les éléments pour savoir.

La mort est le prix.

Tu veux être élu pour décider de la vie des autres ? Alors n’hésites pas à mettre ta  vie en face. Sinon le choix est pourri. Tu détruis sans risques.

J’admets de confier mon sort à des gens. J’admets qu’ils se trompent. Je n’admets pas qu’ils ne payent pas leur erreur.

Je n’admets pas que la mort ne soit pas au rendez-vous. Parce que c’est vie contre vie. On arrête de barbeusteiller.


J’aime Louis Barthou





mardi 31 janvier 2017

ET SI ON AIMAIT TRUMP?

Je pense beaucoup à un dessin de Reiser en ce moment. Le pseudo-orgasme d’une pute vietnamienne griffant le dos du GI qui la baise pour y écrire US Go Home.

C’était une couverture de Hara Kiri Hebdo aux temps où les capitales européennes se couvraient de manifs contre l’impérialisme américain.

C’est l’une des raisons pour lesquelles je comprends mal la mobilisation actuelle anti-Trump. Ce mec est un bonheur. Tout seul et en peu de temps, il va réussir ce que des milliers de militants n’ont pas réussi à faire en un demi-siècle : détruire les USA.

Il a déjà réussi à fissurer la société américaine. Certes, elle l’était avant lui  mais il se maintenait une fiction selon laquelle les red necks de l’Alabama et les bobos de Greenwich Village partageaient certaines valeurs. Tout ça vole en éclats, Trump exprime crûment cette vérité : il y a deux Amériques irréconciliables. On va pas rentrer dans les détails, mais c’est dit. Le Kentucky applaudit à l’interdiction de visas pour les Yéménites, Silicon Valley hurle au suicide. Silicon Valley dont la belle santé financière est une insulte aux difficultés des villes industrielles en déshérence. Ce qui, notons le, justifie d’autant plus la menace : voyez tous ces étrangers aux indécents salaires qui pompent le fric de l’Amérique, votre fric. Renvoyons les chez eux et gardons le fric.

C’est le fonctionnement même du populisme : retourner les arguments pour renforcer sa position. Et donc, un boulevard s’ouvre devant Donald et va lui permettre toutes les erreurs, toutes les conneries. La destruction des USA est en marche, cinquante ans après la chute de Saïgon. Pas la peine de m’engueuler, de me dire que ça ne marchera pas, qu’il y aura un sursaut, ou que sais je encore ? Je n’ai pas voté Trump, je me contente d’observer. Ce que je vois, c’est que les réseaux sociaux ne servent à rien, que la mobilisation citoyenne est inefficace et que, tout ce qu’on me vend depuis des années comme des instruments de progrès vers un avenir meilleur ne fonctionne pas. Parce que, réseau ou pas, derrière ton ordinateur, t’es tout seul. Et qu’un individu seul ne va jamais bien loin. On te fait croire que t’es un groupe, mais c’est faux, ton groupe n’existe pas. Il est virtuel. Inexistant. Quand tu pètes, personne ne sent.

Avec Trump, les USA vont disparaître parce que la pseudo-modernité va disparaître et qu’elle est le seul moteur économique du capitalisme moribond. Quand tes principales forces économiques s’appellent Facebook ou Twitter, t’es moins puissant que quand c’est Lockheed ou Gruman. Les USA ont préféré investir dans Twitter que dans Lockheed. Il va falloir payer. Un pays ne se défend pas en échangeant des bisous ou des likes mais en échangeant des baffes.

Mais, méééhhh…. C’est ça la modernité. On est civilisés, on n’échange pas de baffes. C’est exact. Mais si le mec en face te colle une baffe, tu fais quoi ? Concrètement. Tu le supprimes de tes amis Facebook ?

Trump, il est niqué grave. Il va le découvrir. Il va découvrir que son armée n’est plus la plus puissante du monde. Il va même découvrir que ça n’a jamais été le cas. Jour après Jour, il va s’apercevoir qu’il ne peut plus faire que les USA soient « Great again », que toutes les cartes sont biaisées. Il va devoir s’adapter et il va accumuler les erreurs, tout simplement parce qu’il n’est pas prêt. Pas prêt à découvrir le réel.


On en reparlera

samedi 28 janvier 2017

FILLON ET LA CORRIDA

Il m’est revenu un fait en mémoire. Quand il était un jeune politique aux souliers d’avenir, Fillon venait assez souvent voir son cousin Philippe. A Bayonne. Et Philippe ou Jean Grenet qui était alors notre bon Maire, l’invitait à la corrida.

Il y montrait un plaisir non dissimulé. Et je suspecte Philippe de l’avoir initié avec soin et patience car il en est fort capable.

Du jour où il a été Premier Ministre, fini, terminé. A priori un Premier Ministre ne doit rien partager avec Leiris, Picasso ou Hemingway .Je soupçonne dans cette absence la patte d’un communicant mononeuronal qui lui a soufflé, le con, qu’il pourrait y perdre des voix.

On y est. Je veux dire dans la perte de voix. Et pas qu’un peu.  Rien à voir avec les epsiloniques votes des sympathisants peu sympathiques du CRAC qui doivent représenter moins de 0,3% des suffrages nationaux. J’ai mis nationaux pour avoir un chiffre. Si tu passes au sud de la Garonne, on plafonne à 0,1%.

Ce qui est chiant avec les communicants, c’est qu’ils sont sympathiques et, par voie de conséquence, on ne peut pas les traiter de cons. Ils sont cons parce qu’ils ont l’obsession d‘un triangle qui va de la rue Saint Guillaume à la rue de Lille et à la rue Malard (ça, c’est un clin d’œil à ceux qui regardent la vraie actualité). En gros, les communicants communiquent d’abord à l’adresse des autres communicants et des journalistes, le monde des sciencepotards prompts à détester Trump et la corrida.

Il se trouve, pseudospécialistes, que les électeurs ne fonctionnent pas comme vous. Que Fillon aille voir tuer un toro, ils s’en foutent. Que Pénélope prenne 9000 euro par mois, ça, ils ne s’en foutent pas. Ce qui peut vous paraitre, à vous, comme un salaire « normal », est pour eux un scandale. Elle n’a rien en face, ni profil, ni diplômes (sa fiche Wikipedia la donne pour « avocate de formation »),ni talents, ni carrière. Rien que le fait d’être la femme de son mari, discrète épouse aux talents cachés.

Communiquons comme Charlie Hebdo  « Elle était payée pour se faire embourber ». C’est pas joli ? j’ai pas trouvé pire, sur l’instant. Mais ça, c’est ce que les électeurs voient et comprennent. C’est pas le langage de la rue des Saints-Pères, c’est l’analyse du Bar du Commerce à Meymac ou Pont-à-Mousson. A Pont-à-Mousson, c’est peut être le Bar de l’Industrie.

Je l’ai déjà dit des dizaines de fois. Les hommes politiques (femmes inclues) ont cessé de parler au peuple. Quand ils font des efforts, ça sonne faux, comme Mélenchon, par exemple. Parce qu’ils prêtent au peuple des sentiments qui ne sont pas les siens, exprimés par des mots qui ne sont pas les siens. Tout faux. Quand je vois Hamon imiter Macron en hurlant façon Troisième Reich, ça ne trompe personne. Regardez Trump  il n’imite pas Adolph. Marine non plus.

Je vous le dis, on n’a pas fini de se marrer.


On en reparlera

mardi 3 janvier 2017

FEIGNONS D’EN ETRE L’ORGANISATEUR

C’est une citation de Jean Cocteau qui est désormais le leitmotiv des politiques de tout bord

Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur

C’est assez clair et j’y pensais ce matin en lisant Sud-Ouest qui s’émerveille de l’augmentation démographique de la « Nouvelle Aquitaine ». Premier point, cette Aquitaine n’est nouvelle que pour ceux qui ne savent rien de l’Histoire. Elle correspond, peu ou prou au Duché de Poitiers au XIIème siècle. Y’a plus nouveau, sauf pour Rousset qui est moderne et fait du nouveau avec de l’ancien.

En lisant ça, je pensais au vieux Xavier de Planhol, l’un des plus intéressants géographes français que plus personne ne lit car il était plutôt de droite et être caractérisé « faf », ça condamne une pensée, même si elle est intéressante et structurée.. Nous sommes aux temps où l’étiquette suffit pour parler.

L’un des thèmes de recherhe de de Planhol, c’était la naissance des villes au Proche-Orient, leur développement et leur capacité de polarisation, c’est à dire de structuration d’un territoire. Doit on dire que c’est un sujet parfaitement actuel dont certains géographes font leur miel sans jamais citer de Planhol. S’appuyant sur le données géographiques, de Planhol décrivait très tôt des migrations saisonnières, des bouts de population qui allaient dans les montagnes du Liban chercher la fraicheur l’été. Un pré-tourisme, 2000 ans avant notre ère.

Ces migrations ont continué avant de culminer au XIXème siècle dans la fréquentation balnéaire des « têtes couronnées ». Sissi la tubarde sur la Côte d’Azur, Napo et sa montijotte à Biarritz. Quand ces gens là se déplacent, leurs copains viennent leur rendre visite. Leurs copains mais aussi tous les lèche-culs qui ne peuvent s’éloigner du pouvoir. Attention : ils ne viennent pas lécher les culs, ils viennent pour d’excellentes raisons rabachées à l’envi par les hygiénistes. La douceur du climat, le soleil qui tue les bacilles, l’air marin qui décrasse les bronches. Que le soleil favorise le mélanome, ils le savaient pas. Ils savaient pas tout, mais ça allait.

Après, y’a plus qu’à attendre. Les lèche-culs, ils continuent à venir vu qu’ils ont acheté la maison pas loin de la tête couronnée, et puis leurs enfants viennent pour rentabiliser l’investissement, puis leurs petits enfants, qui finissent par t’expliquer qu’ils sont d’ici alors qu’ils votent à Neuilly. Lèche-culs, radins, menteurs, ça fait de belles générations pour le CAC 40. Année après année, le stéréotype gonfle et embellit, le cadre fait comme son patron et achète une villa en banlieue du balnéaire pour pouvoir lécher le cul à son tour. Bon, on s’éloigne un peu du palais d’origine  mais si tu vas à Soorts tu peux toujours affirmer aller en vacances sur la Côte basque. Y’a que moi qui râle, ça va pas bien loin.

Le tropisme est en marche. Les vacances, c’est au Sud, pas au Nord. La retraite emboite le pas. La population gonfle, plus exactement, elle fait de la gonflette, les populations allogènes ou exogènes agissent comme les endorphines chez les haltérophiles.

Le politique local, il voit ça, il éructe « Qu’est ce que je suis bon, ils viennent chez moi ». Il refuse de voir qu’il peut faire n’importe quoi, comme construire une grosse merde sur la Grande Plage à Biarritz, le mouvement n’en sera pas inversé.

L’action des politiques compte moins que la vision mise dans la tête par les médias, vision toujours simplificatrice ou simplifiée, amplifiée par les hordes de couillons de base qui balbutient leur bonheur d’être venus dans ce quasi-paradis. Parenthèse : après trente ans de tourisme, je continue de constater que personne, jamais, n’affirme s’être trompé sur le choix d’une destination et avoir passé des vacances de merde.

Et donc, les politiques font semblant d’avoir organisé une croissance qui ne leur doit rien. Alors qu’ils ne font rien et poursuivent leur aménagement basé sur un état des lieux obsolète ce qui explique que les plans de circulation ou l’aménagement des parkings ne tiennent jamais compte des variations saisonnières, ni des prévisions de croissance. Ne parlons pas des réseaux d’épuration ou de la politique culturelle.

Avant de voter, pensons y. Aurons nous des candidats avec une vision intelligente, structurée, cohérente, ce qui signifie aussi une vision limitative car aucune croissance, jamais, ne s’est poursuivie ad libitum.

C’est une simple question d’équilibre. On ne peut imaginer une croissance démographique basée sur le bétonnage du littoral.

En fait, on ne peut imaginer une politique dont le maître mot est « feignons ».


Parce qu’on ne feinte pas avec le réel.

lundi 5 décembre 2016

VIVRE AVEC SON TEMPS

Je commande un carton de six bouteilles de vin. Non loin de Saint-Sebastien. En gros à cinquante kilomètres de chez moi. Au bout de quatre jours, ne voyant rien venir, j’envoie un mail poli et le vendeur, tout aussi poli me donne un numéro de suivi et le site qui me confirmera la livraison.

Et là, je tombe de cul…comme on dit chez moi.

Le colis a d’abord été envoyé de Saint Sébastien à Bilbao. Une bonne centaine de kilomètres dans l’autre sens.

Puis de Bilbao au hub européen de Garonor. Neuf cents kilomètres et on peut supposer que de Bilbao à Garonor le camion a emprunté l’autoroute qui passe à Bayonne. Et donc, il a bien fallu qu’il revienne et fasse dans l’autre sens quelques huit cents kilomètres. Il l’a fait avec une halte au dépôt régional de Niort, puis à Bordeaux.

Jadis, aux temps où personne ne se préoccupait du réchauffement climatique, lorsqu’on voulait envoyer un colis de Saint-Sebastien à Bayonne, on téléphonait à la SEUR qui le livrait le lendemain après avoir parcouru 50 kilomètres.

Il faut vivre avec son temps. Certes. On n’en a pas  d’autre à disposition. Mais il faudra m’expliquer comment a évolué le secteur des transports pour qu’il soit moins onéreux de transporter un petit colis sur 2000 kilomètres plutôt que 50. Bien entendu, le site du transporteur affirme maitriser le CO2 mais on me permettra d’être pour le moins dubitatif. Je suis bien certain que la rentabilité, elle vient de calculs statistiques bien complexes, d’une exploitation sérieuse des chauffeurs et des magasiniers ( il y a quand même cinq ruptures de charge).

Le sentiment qui me taraude est qu’on nous prend, encore une fois, pour des cons. D’abord parce que on n’a jamais le choix du transporteur. Tu commandes et tu perds la main. On pourrait me demander si je préfère que ma commande soit expédiée par chemin de fer, par exemple.

Aucune chance que ça arrive.. Con comme je suis, je serais capable de préférer la SNCF, retirant ainsi le pain de la bouche des transporteurs qui engraissent Vinci, Total ou Eiffage. On serait peut être nombreux à faire ça ? Et on pourrait détruire le bel édifice prévu par Macron et aidé par Fillon, à base de privatisation, d’autobus.

Imaginez … on serait quelques milliers à faire ça ? il faudrait peut être rouvrir des lignes, embaucher des cheminots et former des chefs de gare ? Va savoir.. Le peuple est capricieux et il aime emmerder les gouvernants. Et puis où irait on ? On va ouvrir le train à la concurrence, c’est pas pour donner le choix mais pour le restreindre…


On en reparlera

samedi 26 novembre 2016

MEYMAC, BERCEAU DE LA COMMUNICATION POLITIQUE

L’abbé Breuil avait coutume de dire que le berceau de l’Humanité était un berceau à roulettes, signifiant ainsi qu’on ne pouvait assigner un lieu à ce qui était complexe.

Voilà longtemps que je pensais qu’il en allait de même pour la communication de masse, surtout politique. Genève à cause de Saussure, Paris pour Gustave Le Bon, Nuremberg pour Goebbels. Plus les innombrables universités d’où sont sortis de passionnantes recherches.

Hé bien, non. La communication politique est née à Meymac, ravissant bourg de Haute-Corrèze. Il faut que je vous raconte.

A la fin du XIXème siècle, les Meymacois sont pauvres. Certains se lancent alors dans le courtage ce qui est courageux vu que Meymac ne produit rien. Rien de vendable, s’entend.

Nos Corréziens partent sur les chemins et vont, notamment en Belgique, vendre du vin de Bordeaux. Les plus riches achètent des barriques à Saint Emilion ou Pomerol et mettent le vin en bouteille. Les moins riches commencent par vendre les bouteilles et se débrouillent ensuite avec les autres pour assurer la livraison.

Mais déjà, nos colporteurs savent qu’il leur faut une légitimité. Ils se munissent donc de belles cartes de visite où ils indiquent dans l’adresse « Meymac-près-Bordeaux ». Le « près » correspond à 300 kilomètres mais vu de Bruxelles ou de Namur, ça peut passer.

Et ça passe !!! Meymac devient incontournable dans le négoce bordelais. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Les plus riches se font construire de belles maisons (pas trop ostentatoires, le Corrézien est plus près de ses sous que de Bordeaux) qu’ils baptisent « châteaux », comme à Bordeaux, afin de compléter l’adresse. Parfois, un client débarque et s’étonne de ne pas admirer de beaux rangs de vignes. Qu’à cela ne tienne, la réponse est toute prête : « Les vignes ? Mais quand le temps n’est pas beau, on les rentre pour les protéger ».

La vérité oblige à dire que les Meymacois investissent dans quelques propriétés autour de Pomerol ou Saint-Emilion, histoire de s’assurer l’approvisionnement. C’est ainsi que Pétrus, La Conseillante, Angélus ou Cheval-Blanc deviendront fiefs de Corrèze.

J’ai appris l’histoire à Meymac, avec quelques vieux Corréziens, autour de jolis flacons de vin des gorges de la Vézère, véritable AOP corrézienne qui mérite qu’on s’y intéresse. La moitié des interlocuteurs trouvaient  l’histoire intéressante (d’autant que l‘Office de Tourisme s’en est emparée), l’autre moitié affirmait que les « vieux » étaient des escrocs, sympathiques et rubiconds, mais profondément malhonnêtes.

La lumière se fit quand une voix rocailleuse crut trancher le débat : « Ben, c’est une tradition. Regarde l’autre Normand qui se fait passer pour Corrézien. Rouen, c’est plus loin que Bordeaux quand même ! »

Ben oui. La vérité, on s’en fout dès lors que le mensonge l’habille bien. D’un seul coup, j’ai compris pourquoi le département a donné deux Présidents à la France. Quand on réussit à se faire élire par des gens qui savent déguiser ainsi la géographie, pourtant la chose la plus infalsifiable du monde, toute carrière est permise.

Et donc, pour 2017, on a du bol, on n’aura pas de candidat corrézien. Sauf si Juppé nous explique qu’il est maire de Bordeaux-près-Meymac ce qui serait un joli retour des choses.

Dans la foulée, je suis allé à Combressol, berceau de la famille Pécresse. Elle n’y est pas allée. On a eu du bol !


lundi 17 octobre 2016

LE BASTIAT DU PAUVRE


Je l’aime bien, Agnou. C’est une bonne libraire quand elle veut.

Là, elle s’est plantée. Elle m’a refilé une daube, alors je vous préviens. Et je vous explique.

Vendons les Parisiens. Le titre est sympa, même si on se demande pourquoi vendre un truc qui ne vaut rien. Normal. Le mec est un ancien d’HEC, il sait l’importance du titre. Et ça l’emmerde pas que le titre soit faux. C’est juste de la com.

Les Parisiens, pour lui, c’est les hauts fonctionnaires qui appliquent les directives gouvernementales. Notamment les ingénieurs des Ponts et Chaussées qui cherchent à nous enfler avec la LGV Bordeaux-Bayonne. Ça fait vingt ans que ça dure, vingt ans que Victor Pachon et ses copains d’Ortzadar se battent contre. Lui, c’est un converti récent, il ne dit mot des luttes anciennes. Acceptons la conversion au nom de St Paul et de Claudel.

Déterminons le lieu de parole. La Madone de Didier Picot, c’est Agnès Verdier-Molinié. On le voit, on est loin de la Révolution en marche.  D’ailleurs, l’ultra-libéralisme, il est globalement pour. Il croit écrire un pamphlet mais le style n’y est pas. Picot, c'est pas Daudet ou Béraud. Tout ça est bien poli, bien élevé, comme on peut l’attendre d’un mec d’HEC passé par Airbus qui a lu Verdier-Molinié plutôt que Boudon. Je vais vous dire un truc : Boudon, c’est un bon marqueur épistémologique, un penseur qui a passé sa vie à expliquer que la prise de décisions rationnelle était impossible. Et donc, tous les décideurs ou pseudo-décideurs enlèvent Boudon de leur boîte à outils intellectuelle. Même s’ils aiment à parler de l’effet pervers, notion inventée…par Boudon !

Et donc, notre pamphlétaire mou écrit près de 300 pages pour nos expliquer, dans le droit fil de sa balise intellectuelle, qu’il faut baisser le nombre de fonctionnaires. Les « hauts », parce que même les couillons ultralibéraux ont compris que, plaider pour la baisse du nombre de fonctionnaires c’était prendre dans les dents les policiers et les instituteurs ce qui est contreproductif. On se limite donc aux « hauts », préfets et énarques, comme le faisait déjà Poujade. Ceci pour mettre les choses en perspective. Et donc notre Picot (petite pièce destinée à être enfilée dans un trou prévu à cet effet) ne  tape que sur ses homologues, anciens élèves de grandes écoles. Lui, c’était le commerce et, comme tout actuel commerçant, il gomme l’histoire de son commerce. Alors, piqûre de rappel.

Airbus, qui l’a fait vivre et lui permet une retraite tranquille, n’est pas, à ses débuts une entreprise aéronautique classique. C’est une entreprise d’Etat, créée et gérée par de hauts fonctionnaires issus de l’ENA et l’ENAC (c’est l’équivalent des Ponts et Chaussées pour les avions), une entreprise d’Etat (horreur !) destinée à concurrencer une entreprise privée (horreur !!!) américaine (horreur !!!!!). Le mec, il crache sur ce qui l’a fait vivre pendant quelques années et aujourd’hui encore. Il a pas honte….

Ben oui. De Gaulle a réuni des entreprises nationalisées (notamment Sud Aviation et Nord Aviation) pour se faire Boeing. Il a mis les sous de l’Etat dans une entreprise dont le but avoué fièrement était de changer les règles de la concurrence. A ce propos, et à propos de la LGV, les ingénieurs de RFF, en ce moment, bossent pour préparer l’ouverture de nos lignes aux concurrents étrangers. Mais, ça, Picot, il en dit pas un mot, vu qu’il est d’accord comme sa gouroue Agnès. (Je préfère ce barbarisme qui m’évite de dire maîtresse, afin de ne pas prêter à confusion).

Négociateur, je suppose que la petite dent a vendu des Airbus aux Chinois. C’est à dire à de hauts fonctionnaires (en Chine, l’aéronautique est monopole d’Etat) qui se sont empressés de décortiquer les bestioles pour leur donner une descendance. C’est pas copier, c’est juste donner à son pays les armes pour se défendre. Incompréhensible pour les fadas de la mondialisation. Là, la petite dent s’énerve. Comme si les transferts de technologie n’avaient pas été sécurisés !!! Vous nous prenez pour des bambins !! Laissons tomber la colère et attendons. Il en ira de ça comme des moteurs de Safran ou du TGV, sans parler du Rafale…Les copiages apparaitront avec le temps. Voilà quarante ans que la Chine achète pour combler son déficit technologique. Y’a que Raffarin qui s’en est pas rendu compte.

Picot, il aurait pu se rendre compte que ses clients chinois utilisaient des armes que nous Français, pas très malins, avons rangé au magasin des accessoires : la planification, le nationalisme industriel, l’intervention de l’Etat, corollaire des deux autres, la maîtrise de la monnaie et des banques. Qu’en trente ans, ces armes avaient permis aux Chinois de devenir la première économie mondiale tandis que nous régressions parce que nous les avons abandonnées. Les théoriciens ont une obligation de résultat et les résultats du libéralisme ne sont pas glorieux.

Et donc le livre n’est qu’une énième resucée de l‘infect péan à la gloire du divin  marché. Je sais ce qui a plu à Agnou : le brouet a été mitonné à Urrugne, à la maison quasiment. Mais à ce compte, il eut été plus légitime de me proposer les œuvres du bayonnais Frédéric Bastiat qui a planté les premières pousses de ce chiendent : garantir aux marchands une liberté qu’ils n’ont jamais utilisé que pour tromper.


On en reparlera…