lundi 20 janvier 2020

RENAUD CAMUS

« Lis ça. Ça va te plaire, c’est un facho »

Un ordre. Deux assertions. Le dialogue est mal parti. Le copain me tend un livre. Du bout des doigts, comme si c’était une tranche de mou de veau. Mépris digital et hyperbolique. N’était l’épaisseur, j’aurais le sentiment d’accepter Mein Kampf.

Libraire, j’ai le respect de l’imprimé. Je repère Fayard dont j’ignorais que c’était désormais un éditeur « facho ». Je n’ouvre jamais d’emblée un livre. Je vérifie avant tout les données techniques : copyright, achevé d’imprimer. Je suis libraire, passeur de livres, pas passeur d’idées. Je laisse ça aux professionnels, essayistes, universitaires, car je sais d’expérience le niveau intellectuel de ma  profession.

Vient ensuite le temps de la lecture. Ce doit être l’âge…..me voilà en phase avec un facho. Un facho qui parle de culture, en commençant par la langue laquelle est la meilleure chose qu’on ait trouvée pour se parler, fut-ce par écrit. Un facho qui affirme que la langue, blessée, maltraitée, joue plus un rôle d’exclusion que de partage. Il a raison, c’est une évidence. J’ai un mépris total pour les massacreurs de langue. Les petits, les médiocres, ceux qui confondent « amener » et « apporter », ceux qui introduisent un génitif par « à », mais aussi les grandioses, les locuteurs de « c’est qui qui », les inventeurs du « féminicide ». Francis Blanche revient : il peut le dire. C’est qui qui a amené aux gendarmes les preuves du féminicide de la fille à Gustave ?

Ce faisant, je suis Camus qui n’hésite pas à conchier les ennemis de la hiérarchie de la culture. La culture est discriminante, elle établit des hiérarchies fondées sur le savoir et l’expression du savoir. Seul Jack Lang peut affirmer qu’un tagueur n’ayant aucun sens de la perspective vaut Vinci ou Courbet. Camus n’aime pas Lang ; moi, je le hais. Hiérarchie.

D’autant que, soyons sérieux : dire que Mouloud de Gennevilliers, tagueur de bâtiments publics « vaut », c’est utiliser la hiérarchie pour détruire la hiérarchie. Erasme l’a fait avec talent, ce talent qui manque à Jack qui ne cherche les talents que par trente. Je hais Lang car il a concocté une loi pour offrir à la FNAC le marché du livre, loi qui a permis à Amazon de piquer le marché et détruit la librairie française. Je hais Lang qui croit et proclame que la musique est exécution quand c’est avant tout une écriture.

J’aurais aimé que Renaud Camus soit avec moi quand un enseignant de l’Institut de Formation des libraires de Montreuil m’a affirmé avec un grand sourire : « Je les forme pour Auchan parce que c’est Auchan qui embauche ». Résultat de la loi Lang…..

Camus a raison : la hiérarchie de la culture conduit à l’élitisme. C’est pas nouveau. Stendhal écrivait pour les « happy few ». Dans notre système républicain, il est temps de dire que l’élitisme est à la portée de tous. L’école est gratuite et il suffit de travailler. Et de se débarrasser de la doxa…. Cette doxa qui veut que le rap soit une musique. Cette doxa qui admire que l’on puisse entrer à l’Elysée sans avoir lu La Princesse de Clèves. Lang a été le premier à mépriser le peuple. Profondément. Ouvertement. Il a ouvert la porte aux sans-dents de Hollande et aux ouvrières illettrées de Macron.

Je n’ai pas fini le livre de Renaud Camus. Pas encore. Il m’a renvoyé à mon instituteur, une sorte d’anti-Lang : socialiste, résistant, capturé par la Gestapo, torturé, envoyé à Buchenwald, instituteur dans un quartier populaire où il enseignait aux fils de dockers les subtilités de la langue française. Basque et qui ne se cachait pas derrière ses origines pour fuir les règles de l’intégration au sein de la Nation. Il aurait aussi aimé Renaud Camus.

Qui est le facho ?


On n’a pas fini d’en reparler.

lundi 13 janvier 2020

GOUVERNER, C’EST GÉRER

Il faut revenir sur le sujet car il souligne l’assassinat du modèle social français.

L’idée essentielle qui parcourt l’opinion est simple : gouverner, c’est gérer. La France a affirmé le nabot élyséen, doit être une « start up nation ». Y’a de quoi se marrer… Sans remonter à Vercingétorix, notre pays, depuis Clovis existe depuis quinze siècles. Tu parles d’une start-up ! Classique : c’est la synthèse façon Sciences Po. Tu enlèves ce qui gêne ton raisonnement, surtout s’il s’agit d’un savoir que tu ignores.

Depuis Giscard, peu ou prou, l’idée est dans les tuyaux : un pays se gère comme une entreprise. Ce qui permet à la haute fonction publique de naviguer du public au privé, inscrivant dans notre réalité une oligarchie que le pays abhorre.

Hé bé, non !!! Le temps du gouvernement n’est pas celui de la gestion. Ces jours-ci, la presse se gargarise des résultats d’Airbus. Tout le monde a oublié les débuts d’Airbus, la fusion des deux sociétés gouvernementales Sud-Aviation et Nord-Aviation qui assemblaient la Caravelle et pour boucler les fins de mois construisaient des téléviseurs (Téléavia) et même des frigos (Frigéavia). Tout le monde a oublié la farouche volonté du Vieux Général qui voulait montrer que la France pouvait rivaliser avec les U.S.A., sous les ricanements des collabos professionnels. C’était pas gagné. Il a fallu monter un consortium européen, on en a profité pour privatiser un chouïa (le gros de l’investissement public était fait) mais quarante ans après, le pari est gagné et c’était un pari politique.

Le Vieux Général avait quelques principes dont celui-ci, essentiel. La France fait le poids. Il avait raison. On l’a bien vu, trente ans après sa mort, quand les U.S.A. ont lancé avec une grosse poignée de milliards leur plan génétique afin de décrypter le génome humain et de breveter la médecine génétique. L’objectif américain était à cinq ans. Un an plus tard Axel Kahn et son équipe du Généthon publiait son balisage et coupait l’herbe sous le pied des étatsuniens. Alors, qui c’est le meilleur ?

La France fait le poids. Chaque fois que je lis les commentaires dépressifs sur mon pays, j’ai des envies sauvages. Dénigrer la France, c’est ce que savaient le mieux faire Laval et ses copains dont les suiveurs encombrent journaux et réseaux sociaux de leurs pathétiques commentaires, occultant les vraies nouvelles : à la naissance de Spot Image, la résolution des images était le double de celles de Landsat que les américanolâtres portaient aux nues. La voie était ouverte pour l’industrie spatiale européenne et on pouvait imaginer Galileo, bien supérieur au GPS.

Le patrimoine industriel et scientifique appartient à la Nation et il est désormais géré par les puissances d’argent auxquelles tout est concédé, même notre système de protection sociale.

Personne ne dit qu’un gestionnaire est simplement un enfoiré de cost-killer, un mec grassement payé pour débarrasser les entreprises de leur capital humain car les actionnaires détestent l’humain. Il est préférable d’avoir des milliers de gens à Pôle-Emploi où la collectivité les paye. Après quoi on pleure sur les finances de la collectivité.

Le gestionnaire pose comme préalable : qu’est ce qui est bon pour l’entreprise quand l’administrateur se demande : qu’est ce qui est bon pour la Nation ? On a des exemples. Régulièrement, un benêt suggère qu’il faudrait disposer d’un second porte-avions. Riche idée. Mais, l’industrie sidérurgique ayant été vendue qui fournira l’acier nécessaire ? Le gestionnaire affirmera qu’on achètera sur le marché mondial affirmant du même coup que l’acier n’est plus stratégique. On verra bien. Mais le risque est lourd pour ça mais aussi pour nos sous-marins et nos TGV. Le gestionnaire aura trouvé un job ailleurs.

Le système communicant est bien réglé. Tout d’abord, nier l’homme. C’est plus facile en trouvant un épouvantail. En ce moment, c’est la reconnaissance faciale en Chine. Comme si la reconnaissance faciale était plus grave que les plans sociaux qui fauchent l’emploi comme blé en juillet. Le patronat respecte l’homme que les Chinois oppressent. On a le droit d’y croire.

Ensuite, nier la Nation. Marine sert à ça. Elle est caricaturale dans son rôle d’épouvantail à bobos, portant sur les épaules le poids d’une généalogie qui intègre le poujadisme avec le vichysme. Pire, elle déborde son territoire et infecte tous les souverainismes.

Sans l’homme et la Nation, les gestionnaires ont le champ libre. Ils peuvent tout prouver, tout justifier. L’exemple de l’acier n’est qu’un exemple. On pourrait parler d’automobile électrique ou d’installation de la 5G. On pourrait aussi parler de l’ingénieur Bertin, nié dès l’arrivée de Giscard à l’Elysée et dont l’aérotrain vient d’être relancé par la Chine. Giscard qui a flingué le Concorde et l’aérotrain tout en croyant aux avions renifleurs de pétrole. Quelle vision politique ! Mais Giscard était un gestionnaire.

On en reparlera….



samedi 11 janvier 2020

HOMMAGE AU CNR

J’aimerai, avec ce texte, fermer tout commentaire, toute discussion avec des centaines de mecs qui ont de la merde sur les yeux, mais hélas ! pas sur la langue.

Pour être clair : l’ai débuté (et fini) en politique avec un mentor dont j’étais très proche. Pierre Billotte, général, Compagnon de la Libération, ministre du Général De Gaulle et chef de file de ce qu’on appelait les « gaullistes de gauche », par ailleurs très lié avec Zhu Enlai.

Nous avons vécu plus de trente ans sur un système économique et social inventé par un gouvernement d’union nationale avec l’appui du Conseil National de la Résistance. Le fer de lance de ce système était la protection du citoyen. Citoyen français, ça va sans dire. Citoyen protégé contre les aléas de la vie grâce à la Sécurité Sociale, mais aussi et surtout citoyen protégé des assauts des « puissances d’argent ». Tout ce qui était indispensable au citoyen (les transports, l’énergie, les assurances, par ex.) passait sous contrôle d’Etat pour assurer au citoyen l’accès le plus fiable et le moins cher possible aux services indispensables. L’impôt venait couronner le tout pour affiner l’égalité.

Pompidou meurt. Dans la foulée, Chirac fait ce qu’il a toujours fait : il trahit. Alors que tous les gaullistes historiques soutiennent Chaban, le Corrézien priapique prend le parti de Giscard. Billotte m’appelle : « Chabaud, nous soutenons Mitterrand. Giscard, c’est Vichy qui revient ».

Je n‘ai jamais oublié cette phrase : Giscard, c’est Vichy qui revient. Le sens en était clair ; Giscard, c’était la soumission aux puissances d’argent et aux puissances étrangères, au premier rang desquelles les U.S.A. en qui les gaullistes historiques (ceux qui avaient fait la guerre avec De Gaulle) voyaient la menace essentielle pour la France. Il est vrai que le premier acte de Giscard fut de sacrifier le Concorde qui était avec Airbus une menace majeure pour l’aéronautique américaine.

Les gaullistes historiques avaient pour eux la légitimité des armes. Giscard sut s’entourer d’une bande de jeunes branlotins qui n’avaient jamais rien risqué et qui piaffaient devant des postes qu’ils ne méritaient pas, qui voulaient gouverner un pays que leurs concurrents avaient sauvé.

Le détricotage fut long. Pour commencer, Giscard ne détruisit rien. Il fit pire en introduisant les idées qui battaient en brèche les principes du CNR. La rentabilité succédait à la protection. L’EDF n’était pas conçue pour être rentable ; son devoir était d’assurer au même prix l’énergie électrique à chaque citoyen. Et la lettre que délivrait la poste portait le même timbre pour un studio parisien que pour une maison forestière au fond des Pyrénées. L’égalité existait dans les chiffres ; la SNCF appliquait un tarif au kilomètre.

Insupportable pour les gestionnaires. Trop complexe alors qu’au fond de chaque gestionnaire sommeille un simplificateur. La complexité alourdit la gestion des statistiques. Giscard, puis Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. La même gestion alimentée par les écoles privées (non républicaines, HEC, Sciences Po)était à l’œuvre abandonnant les principes du CNR. Il fallait détruire et non protéger.

Pendant ce temps, un pays reprenait les principes du CNR dont le plus fort était que le politique commandait à l’économique. La Chine se transformait, nationalisait ses banques et ses assurances, regroupait son énergie. Zhu Enlai et ses collaborateurs adaptaient le programme du CNR, y compris la Sécurité Sociale. Ce travail, commencé il y a trente ans, arrive à son terme car il s’est poursuivi malgré la mort de Zhu, puis de Deng. Aujourd’hui, Areva et EDF, privatisés, n’arrivent pas à faire fonctionner un EPR alors que deux des réacteurs inventés par les Français fonctionnent en Chine et vont alimenter les chemins de fer des nouvelles Routes de la Soie. La gestion privée trouve ses limites dans une magnifique inefficacité

En adaptant le programme du CNR, la Chine est devenue la seconde économie du monde et la première en termes de croissance. La Chine planifie et tient son cap quand nous voguons au grè des choix étatsuniens.

Les tenants du libéralisme, au vu des résultats, peuvent comprendre qu’ils soient badigeonnés de mépris. Au vu des résultats, ils ont détruit et rien créé sauf des hordes de chômeurs et de nouveaux pauvres.

J’attends avec impatience une étude qui montrera quand les courbes se sont croisées. Il n’y a chez les Chinois, aucune duplicité. Ils ont choisi le meilleur modèle, le nôtre, que nous avons abandonné. On nous répond liberté et droits de l’homme quand le seul droit qu’un humain doit attendre de son gouvernement est la protection du bien-être que construit la Nation.

Où est la liberté quand les médias obéissent servilement aux puissances d’argent ? Où est la liberté quand les dirigeants politiques prennent pour boussole autre chose que le bien-être du peuple ? Où est la liberté quand un chef d’entreprise est félicité pour avoir créé des chômeurs ?

Ils se moquent de nous dit le peuple. Il le dirait un peu plus et un peu plus fort si les journalistes, jeunes couillons ou vieillards cacochymes, montraient la réalité par des comparaisons bien choisies. Tout le monde sait que la voiture électrique est un échec annoncé, personne ne dit que la Chine a choisi la voie de l’hydrogène, mais tout le monde félicite Ghosn pour ses choix stratégiques qui risquent fort de s’avérer calamiteux.

Ils se moquent de nous dit le peuple, sans savoir. S’il savait……



 On en reparlera….

jeudi 9 janvier 2020

EFFONDREMENT NATIONAL

Je reviens sur mon billet du 25 octobre. Car c’est en fait beaucoup plus pervers que l’imaginais. Et ça en dit plus sur la presse.

Vous vous souvenez du lancement de Blabla Car ? On était dans le délire le plus total. Un site internet pour trouver du covoiturage. Génial, hurlaient les cons ! Covoiturage = écologie. Covoiturage = activité participative. Un mec qui va à X… trouve un autre mec pour partager les frais. Moins cher, moins polluant, Blabla Car était quasi un bienfaiteur de l’Humanité. Blabla Car surfait sur la doxa et ça ne me plaisait pas.

En fait Blabla Car était le dernier avatar du Fabless de Tchuruk : une perfection capitaliste. Investissements nuls : les autos sont achetées par leurs propriétaires. Main d’œuvre nulle : les autos sont conduites par leurs propriétaires. Il reste seulement des flux financiers correspondant à un service rendu. Service qui n’est pas imposé. Où est la TVA ? Et qui la paye ? Tu râles me dit le connard de service, mais Amazon non plus ne paye pas d’impôt. Ni Uber, ni Deliveroo, aucune de ces merdes plagiées sur les USA et qui font que notre vie est magnifique. Règle n° 1 : si c’est d’inspiration américaine, danger pour la civilisation. Tout connard admire l’Amérique et râle après la CPAM sans voir que les deux sont incompatibles.

Hier, j’étais à Bercy gare routière. Pleine des bus de deux compagnies : les Boches de Flix Bus et les merdeux de Blabla Bus. Ben oui, Blabla Car a une compagnie de bus, bien polluants, bien tarifés et gérés façon Yield. On est loin de l‘écologie et du participatif.

Du coup, je regarde. Blabla Bus est simplement le nom nouveau de Oui Bus, filiale de la SNCF rachetée par Blabla Car. Cher ? Je ne sais pas encore, aucun article trouvé ne parle d’argent.

La SNCF a toujours été impliquée dans les bus. Au fur et à mesure qu’il fallait assurer des dessertes d’intérêt public et qu’on l’empêchait de le faire en train, la compagnie nationale a utilisé des bus. La loi Macron a accéléré le mouvement.

Reprenons. Blabla Car qui fait rien que mettre en rapport des gens a suffisamment d’argent dans ses caisses pour racheter 200 bus, même pas cher. La mise en rapport a un prix.

La SNCF a dépensé beaucoup d’argent pour assurer sa mission de service public, au point de devoir vendre une de ses filiales. Filiale présidée par Rachel Picard, grande prêtresse du low cost.

Je regarde et ce que je vois, c’est un immense coup de fric. Sous quelle forme ? Comme d’hab.  Le public investit, paye, au besoin en s’endettant, le privé rafle la mise. Les conditions de la vente restent obscures, même le plan de sauvegarde de l’emploi qui a accompagné la vente. La SNCF a été tirée vers le bas depuis des années pour augmenter ses pertes, diminuer ses profits afin de la dégraisser : hommes, retraites car dégraissage veut dire : virer l’humain. C’est une immense conspiration contre les acquits sociaux du Conseil national de la résistance, un fantastique complot pour déposséder la nation dont tous se foutent éperdument. Les retraites sont le dernier fortin avant de s’attaquer à la Sécurité Sociale. Et là, ça peut être une autre histoire.

Le CNR, c’était l’unité nationale qu’ils ont détruite. Je voudrais pouvoir expliquer à tous mes amis que ce qui se joue, c’est la tête qu’ils feront quand ils apprendront que leur dernière maladie ne pourra pas être soignée parce qu’ils ont voulu détruire les retraites des cheminots. Quel rapport ? L’unité nationale, justement. Les acquits des uns qui impactent les droits des autres. Diviser pour régner….. Ils le font très bien dans le silence total de la presse aux ordres.

La pédagogie macronienne est bloquée. Personne n’explique que les retraites des cheminots sont dans le même sac que la chimiothérapie des cancéreux de base. Personne n’explique que chaque citoyen est lié aux autres, que toucher une pierre de l’édifice menace la construction entière.

Normal, c’est le but du jeu : que l’édifice s’effondre


jeudi 2 janvier 2020

LES DEUX MERCENAIRES

J’avais, en son temps (février 2012), épinglé Carlos Ghosn et sa stratégie industrielle. Je n’ai pas un mot à enlever. Au contraire : les choix technologiques récents des Chinois me donnent, une fois de plus, raison. Ghosn a embarqué Renault dans l’aventure électrique sans tenir compte de l’environnement mondial. Zoé a vécu et Renault ne le sait pas encore.

J’écrivais : « L’erreur de Ghosn, c’est de sous-estimer l’adversaire ». Il en a donné la preuve avec Nissan. Comment qu’ils l’ont démoli les cadres aux yeux bridés. Quant la justice l’a saisi, les dossiers étaient prêts, nickel, les juges n’avaient qu’à piocher. Le PDG libanais inaltérable n’avait pas seulement sous-estimé l’adversaire : il ne l’avait même pas identifié. Dans le bureau à côté. Et pendant que les Nippons frappaient, les Chinois de Dong Feng embauchaient chez Peugeot Carlos Tavares, son dauphin désigné. Billard a trois bandes.

Faut dire que Ghosn est une caricature de dirigeant mondialisé. Né au Brésil, élevé au Liban, employé par la France, il oublie systématiquement la dimension nationale. Pour un spécialiste de l’Asie où cette notion est fondamentale, c’est ballot. Je l’écrivais, il y a près de dix ans : « Au nom de l’indépendance et de la fierté nationale. Seulement voilà : pour un capitaliste occidental, ces notions sont obsolètes. » Le Ghosn, il avait trois passeports officiels, comment tu veux qu’il s’y retrouve ?

Le premier qui me traite de ringard, je l’invite à regarder le monde autrement qu’avec les lunettes du MEDEF ou de LREM. Le monde prétendument mondialisé est une vaste plaisanterie. Tous nos concurrents sont organisés en nations, des vraies, avec un sentiment national déconnecté des Jeux Olympiques. Les Nippons, ils ont commencé à s’énerver quand Ghosn a menacé Nissan. Mais, me dit un stupide, il avait sauvé Nissan. Oui. Avec un gros paquet de fric qui lui a permis de payer et d’abandonner dans sa fuite une caution de 14 millions de dollars. Ce qui permet de rappeler que Ghosn est un mercenaire. Un domestique. Un domestique riche du pognon qu’il a piqué à ses maîtres.

Je déconne ? Ghosn, employé par Renault, dont l’actionnaire principal est l’Etat (toi, moi, nous) a fait de Renault, fleuron exportateur, un importateur d’automobiles. La balance commerciale de la France, il n’en avait rien à foutre : son salaire était indexé sur les résultats de Renault, pas sur les résultats de la France. Nous l’avons accepté. Nous nous sommes vautrés dans le discours libéralo-mondialiste servi par nos dirigeants et la presse stipendiée. Les mêmes journalistes qui détaillent avec gourmandise les avoirs de Carlos Ghosn, résultat de son activité mortifère pour notre pays.

Mondialiste, ma non troppo. Quand il s’évade il retourne au Liban, dans son pays, dans sa famille, pays qui va le protéger et protéger sa montagne de fric piquée à Billancourt et autres lieux. Il fonctionne à deux vitesses, le Levantin. (Ce n’est pas une injure, c’est ainsi qu’on désignait le Liban avant qu’il ne se constitue en nation). Comme la chauve-souris dont il a la tête : un coup rongeur, un coup oiseau.

Macron aime bien les domestiques ; le même jour, on apprend qu’un incertain Cirilli, énarque, vient d’être élevé au rang d’officier de la Légion d’Honneur, pour services rendus au capitalisme américain. C’est la prime à la désertion. Le mec, après des études payées par l’Etat français, une carrière dans l’administration française où il a pu se perfectionner et augmenter son  carnet d’adresses, est allé se mettre au service d’un groupe financier américain qui rêve de dépouiller les caisses de retraite françaises. Pour moi, ce mec est un déserteur ; la guerre actuelle est économique et un officier supérieur qui passe au service de l’ennemi relève du Conseil de Guerre et des fossés de Vincennes.
C’est pas le seul ? Pas grave, les fossés de Vincennes sont larges. Les Américains ne sont pas un ennemi ? Relis De Gaulle et regarde les « sanctions » dont Trump nous menace comme un instituteur face à un élève de CP.

Mon copain Benoit, complotiste avéré, affirme que Macron a fait diversion avec Cirilli pour qu’on oublie Ghosn. Impossible. C’est donner à Macron la stature de Machiavel alors qu’il a le QI d’un moineau. Le coup de Cirilli, c’est trois semaines de grève en plus et une balle dans le pied. Les deux mercenaires se répondent de part et d’autre de Mare nostrum. Les sommes en jeu justifient toutes les colères, toutes les exactions. Macron a choisi son camp. Deux fois. Et fait monter la haine.

Il faudra que le réparateur de Peugeot qui lui sert de Ministre de la Culture lui souffle que les mercenaires, ça va par sept quand on a du talent.

Mais ce Président quand tu lui parles de talent, il pense à des multiples de trente. Le prix de la trahison.


mardi 24 décembre 2019

LE VIEILLARD QUI MEURT

On disait ça au siècle dernier : un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Et tout le monde chouinait sur tout ce savoir qui disparaissait. Surtout dans les pays émergents. Forcément.

Dans le même temps, des tas de professionnels sciencepotards s’acharnaient à détruire des savoirs pour une seule raison : le salarié qui sait pèse plus lourd sur le bilan que l’ignorant. Le savoir détruit les bénéfices.

Comme la présence. Et donc la nouvelle doxa, c’est la mobilité. Un bon salarié est un salarié qui bouge. En ce moment, on n’entend que ça : l’horreur du salarié qui ne change pas de boite. Ce n’est pas  verbalisé ainsi. On nous explique que la carrière linéaire, c’est fini. La norme, c’est de changer de boite, voire de profession. Que le salarié ait créé des relations de confiance, voire d’amitié, avec clients et fournisseurs, est dangereux. Plus il sait, plus son départ est handicapant. On ne va pas virer un mec qui peut passer à la concurrence avec son réseau. Sauf a contrôler le réseau. Ce qui est possible dans un fonctionnement de classe. Remplacer un HEC par un autre HEC. Les petites mains circulent, perdent les avantages liés à l’ancienneté, sont enfermées dans des procédures qui dévalorisent leur savoir et leur expérience. Tout va pour le mieux dans un monde sans histoire.

La dévalorisation du travailleur atteint son apogée. On en a déjà parlé avec les garçons de café. Ce n’était qu’un début. Diplômes professionnels au rabais type « force de vente », non prise en compte des acquits de l’expérience, on fait semblant mais ça ne compte pas où ça compte : sur la fiche de paie ou sur le récapitulatif de carrière. Valoriser le travailleur pour valoriser les gains de l’actionnaire.

Voilà quelques décennies que la machine est en route. Quelques années que l’actionnaire n’est pas défini pour ce qu’il est : un rentier parasite détruisant la société qui l’héberge.

Reste la seule question qui vaille dans le parasitisme : est ce une symbiose ?

Le parasite vit bien. Mais il court toujours le risque de tuer son hôte ce qui entraine sa disparition.

Nous n’en sommes pas loin. Le capitalisme financier risque de s’apercevoir que ce qu’il prend pour un coût est indispensable à sa survie. C’est une vraie question que pose la réforme des retraites. L’idéal serait de jeter les retraités à la benne pour se débarrasser du coût humain. C’est le but final. On commence à s’en apercevoir.

Un pommier sans gui peut vivre. Le gui ne peut pas vivre sans pommier.


NOEL SUR LE GLOBE

C’est Noel. Je viens de commander le cadeau d’un petit garçon. Sur Internet. Un globe terrestre que je n’ai pas trouvé dans le commerce local. Raison pour laquelle je souhaite que tous ces commerçants crèvent !

Je voulais un globe terrestre. En verre. Ha non ! Trop fragile. Trop cher. Surtout trop cher. J’ai parlé avec les pseudo-vendeurs et les simili-commerçants. Pas un n’a validé mes arguments. C’est trop cher. Prenez en un en plastique. Salopards ! J’ai vendu des globes terrestres pendant plus de vingt ans. Ma plus belle vente ? Un globe américain en verre, sur support, pour VGE qui voulait dans son bureau le meme globe qu’à la Maison Blanche.

J’explique. Un globe en plastique est imprimé lors de sa création, quand on le forme. La technologie utilisée limite la finesse de la lettre car, dans le même temps, le plastique est chauffé, moulé et imprimé. Pour gérer la lettre, on ne peut descendre dans les corps inférieurs, en gros sous le corps 8 car on ne peut gérer les déformations. La cartographie devient grossière voire imprécise. Pour Paris, ça passe. Pour Aurillac, ça passe moins.

Là, on est dans le bas de gamme. Pas cher. Pas beau. Pas précis.

On n’imprime pas le verre. On imprime des fuseaux de papier qui sont ensuite contrecollés à la main sur la boule de verre. En imprimant du papier, on revient à l’imprimerie et on peut descendre dans les corps 5 ou 6 que le papier supporte. La cartographie revient à la précision et à l’esthétique. A la qualité.

Bien entendu, ça suppose des ouvrières compétentes et expérimentées : les fuseaux (plats) sont travaillés au doigt pour s’adapter à la boule (sphérique). Le premier fuseau, c’est simple. Le douzième, c’est une autre histoire.

D’où la différence de prix. D’où la différence de produit. Car si l’étiquette « globe terrestre » est la même, ce n’est pas le même produit. C’est une évidence.

Inutile d’indiquer qu’aucun des commerçants avec lesquels j’ai parlé ne savait ce que je viens d’expliquer. Aucun. Tout en se prétendant compétents, voire spécialistes. Un gros paquet de jean-foutres. Amazon les bouffe tout simplement parce qu’ils n’offrent rien de plus qu’Amazon.

Je suis donc allé sur le site du fabricant allemand pour commander mon globe.Oui. Il n’y a plus de fabricants français depuis la disparition de Périna qui faisait suite aux disparitions de Girard et Barrère et Taride. Sous la pression notamment de la concurrence italienne des globes en plastique Rico. Non, ce n’est pas mon expérience qui m’informe. Je n’étais pas encore libraire quand ceux là ont été portés en terre. Mais je vendais des globes. Donc, j’allais chez les antiquaires spécialisés, je comparais, je regardais. Je bossais. Et c’était un plaisir. Combien de ces pseudo-spécialistes font la même chose ?

Raison pour laquelle je ne participerai jamais à la moindre campagne contre Bolloré. Quelles que soient ces forfaitures, Bolloré reste le dernier fabricant français de papier bible, le papier des Pléïades. A ce titre, il a droit à mon respect. Vincent Bolloré est inscrit dans l’histoire du beau livre en France. Comme l’Imprimerie Nationale. Comme Didot. Comme Oberthur. Etre libraire, c’est le savoir.


Et ne pas acheter des globes en plastique chinois chez Cultura..Ou ailleurs….