mercredi 20 septembre 2017

L’ESCROC DU JOUR : CELIO

Je vais acheter un jeans. Banal. Certes. Je me rends dans une galerie commerciale, dans un magasin Celio et là, stupéfaction !!!

Attention : je vais faire un truc que j’ai jamais fait. Une dénonciation aux pouvoirs publics. Plus exactement à la DGCRF. Merci de faire suivre si vous connaissez des inspecteurs de cette honorable maison.

Stupéfaction. On me prend pour un red neck du Dakota. Chez Celio, si tu ne parles pas anglais, tu ne peux pas acheter.

Je ne parle pas de la coupe. Ce ne sont que slim fit, regular fit. Je fais pas la différence mais je m’assume regular. On me donne le choix entre waist et length. Taille et longueur de jambes eussent bien fait l’affaire… Je suis obligé de m’adresser à une vendeuse qui va me donner la correspondance entre la taille française et les tailles inscrites sur les bénards qui sont exclusivement américaines. De même la longueur des jambes est exprimées en pouces dont il faut rappeler que l’Assemblée Nationale a banni l’usage en 1792 !

Depuis on a fait la loi Toubon (1994) qui défend d’utiliser d’autre langue que la nôtre dans les pratiques commerciales. Loi que Célio bafoue alègrement. Dans le magasin où j’étais, il y avait bien 3000 références étiquetées en anglais. A 135 € l’infraction, voilà 400 000 euro plus faciles à ramasser qu’avec un radar automatique (il est prévu une contravention de quatrième classe par infraction). Célio se vante d’avoir plus de 300 magasins en France,soit un total de 120 millions d’euro.

C’est d’autant plus immonde que Célio est une société de droit français, même si pour des raisons que j’imagine fiscales, la famille Grossman, propriétaire de la marque l’a mise sous la coupe d’une société-mère belge. Célio pourra dire qu’il faut préserver des emplois, mais les jeans que j’ai achetés sont fabriqués au Bangla Desh. Si Célio est planté, les chômeurs ne seront pas des électeurs. Rien ne s’oppose à ce que Célio étiquette en français.

Rien, sauf le désir de s’agenouiller devant les USA comme une pipeuse du Sentier. Rien sauf la croyance que l’anglais fait vendre et peut être en sous main un désir de vassalisation inexplicable. En tous cas, moi, ça me gonfle. Oui, je parle anglais. Mais pas dans une galerie commerciale de province. Je parle anglais dans les territoires où je n’ai pas le choix. Quand j’ai le choix, je parle français et j’emmerde les non-francophones.

Et quand je vois des slogans ou des infos commerciales en anglais, je vois venir l’escroquerie, le mec qui veut que son client ne comprenne pas pour mieux l’estamper. Idem quand l’enseigne pue l’americanophile bêta. Il y a une loi. Pourquoi n’est elle pas respectée, à la virgule près.


Je crois, tout simplement que les mecs de la DGCRF pensent que ce n’est pas grave et que, finalement, fast food, c’est quasiment latin comme origine…

dimanche 17 septembre 2017

L'ETAT ET LE PATRONAT

L’avantage avec les livres, c’est que si on les loupe quand ils sortent, on en vient toujours à les retrouver. De celui consacré à la décadence de l’Empire romain que je suis en train de lire, 40 ans après sa parution, j’extrais cette phrase admirable :

La puissance des seigneurs fait que, même si leur intérêt collectif reste d’assurer la puissance de l’Etat, ils ne peuvent que le nier individuellement.

On ne saurait mieux dire et décrire notre monde. L’auteur se nomme Pierre Dockès et le livre est publié dans la remarquable Nouvelle Bibliothèque Scientifique, dirigée par Braudel chez Flammarion.

A la suite de Marc Bloch, l’auteur voit dans le féodalisme le passage de l’esclavage à l’état servile. Et à la suite de Marx, il voit dans l’esclavage l’origine du salariat. Pas très politiquement correct, ça !!!!!

Mais que se passe t’il donc ? Simple. Les latifundistes romains ont besoin de l’Etat, des armées de l’Etat, des fonctionnaires de l’Etat. Mais pas toujours, pas tous les jours. En revanche, pèse sur eux le poids de la fiscalité.  Faut bien payer les soldats. Et ce discours là, on l’utilise tous les jours. Pour se plaindre. Pour refuser une augmentation. Pour retarder un investissement. Récurrent, il prend naturellement la première place. Il devient dominant, il se transforme en doxa. Et de ce fait, il conduit à l’affaiblissement de l’Etat. Le discours tenu par chaque propriétaire devient partie d’un discours dominant qui va à l’encontre de ses intérêts.

Nous le vivons. Le patronat, par la bouche de l’ineffable Gattaz, ne cesse de fulminer contre l’Etat. L’Etat qui assure plus ou moins bien la paix sociale, la protection des citoyens et qui garantit la croissance en injectant des sommes colossales dans la protection des plus faibles. Car ne nous leurrons pas, le RSA, il file direct dans un chariot de supermarché et une pompe à essence. C’est un cadeau déguisé à la grande distribution. Laquelle aimerait bien prendre le cadeau et ne rien donner en échange et surtout pas des charges sociales.

Pendant ce temps, les Barbares infiltrent l’Empire et s’étonnent de son peu de résistance. Deuxième citation :

L’affaiblissement de l’Etat lié  à l’affaiblissement de sa base sociale rend nécessaire à la classe dominante la recherche d’une autre organisation de son pouvoir.

Et on commence donc à intégrer les Barbares (ici, les Germains) au processus de changement. Ce qui revient à renforcer ceux qui ont intérêt à l’affaiblissement. On peut y voir le manque de mémoire du patronat. Tout au long de la construction de sa puissance, l’Etat a envoyé ses soldats calmer les ardeurs populaires. Relire Germinal. Mais ce besoin d’Etat s’est estompé. Les grévistes n’ont plus besoin d’émasculer les petits commerçants et les CRS sont loin d’avoir la virulence des lignards du siècle dernier. Le besoin d’Etat est plus diffus, plus subtil mais la subtilité ne semble pas la qualité première des représentants du patronat.

Dans la mesure où, de surcroit, l’Etat a été dilué dans l’ensemble européen qui le rejette expressément et ne prend pas le chemin de le remplacer, la destruction de l’Empire est en marche. Le problème, c’est que ce sont des processus longs. L’agonie du capitalisme va durer et les soubresauts risquent fort d’être intéressants. Que vont ils pouvoir inventer ? Pour nous grignoter, avant de se cannibaliser.

Les années à venir vont être amusantes, moi, je vous le dis.


On en reparlera…

jeudi 14 septembre 2017

L’ESCROC DU JOUR : INTERMARCHÉ

Nouvelle rubrique pour mettre en avant les arnaques diverses. Aujourd’hui, c’est un paquet de chips sur un beau présentoir chez Intermarché-Bayonne.. Elles ont une tête que je connais, elles ressemblent furieusement aux provençales chips d’Allauch. Mais non ! sur le paquet en grosses lettres noires, c’est bien marqué « Origine Pays basque ».

Donc, je regarde. Soigneusement. Je connais bien mon pays, je ne vois pas qui peut produire ça. Je trouve. Au dos du paquet, en petites lettres. C’est fabriqué à Aubagne, Z.I. de la Palud. Et donc, pas loin d’Allauch. Mais ça étend pas mal le Pays basque.

Intermarché sait bien ce qu’il commande. Il sait d’où arrivent les cartons et il sait ce qu’il y a dedans. Nous sommes donc face à une escroquerie patente qui vise à faire croire à l’acheteur qu’il achète un produit local.


J’avais plutôt confiance en Intermarché. C’est fini.

mercredi 13 septembre 2017

IRMA LA DOUCE


Il paraît que Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, aurait déclaré que, pour accélerer la reconstruction aux Antilles, il fallait alléger la réglementation.

C’est l’idée la plus conne de la semaine.

Aux Antilles, il y a deux dangers récurrents : les cyclones et les séismes. Ils ont du bol, les Antillais, les deux ne sont jamais survenus ensemble. Parce que c’est possible. Peut être pas au jour près, mais un beau tremblement de terre, trois jours après un cyclone, ça ferait mal. Et comme d’habitude on aura des journalistes et des politiques affirmer que c’est pas de bol.

Des cyclones, y’en a tous les ans, grosso modo entre aout et janvier. Grosso modo, parce qu’il y a quelques années Emmanuel (et donc le cinquième de l’année) a frappé en juin. Le cyclone n’est pas une science exacte. Et pourtant, c’est foutrement prévisible.

Donc, le petit frère d’Irma la douce, il se pointera dans un an, avec des vents à 250 m/h, et il foutra par terre tout ce qui n’aura pas été construit dans les normes. Et il y aura des trous du cul pour accuser la fatalité, ou la Nature ou le réchauffement climatique.

On est dans un vrai délire. Le seul bâtiment touché est la préfecure, bâtiment appartenant à l’Etat lequel se doit de montre l’exemple. A ce toit envolé, il y a forcément un coupable. L’architecte et son organisme de contrôle ? Les services techniques qui ont validé et choisi l’entreprise ? L’entreprise elle-même qui aurait (sait-on jamais ?) utilisé ce grand classique du grugeage, le sous-dosage du béton ? Si in fine, tout le monde a respecté les consignes, il reste le mec qui, à l’AFNOR a déterminé les normes. Lui, on est sûrs qu’il s’est planté. Il dira qu’il pouvait pas savoir alors qu’il est payé (grassement) pour savoir et qu’il a oublié ce vieux principe de constructeur « Trop fort n’a jamais manqué ». On peut imaginer qu’il a déterminé les normes pour aider à la rentabilité des entreprises du BTP avec lesquelles il a travaillé ou qui emploient ses copains de promo. Ça s’appelle le réseautage et c’est une des plaies de notre société.
Mais l’un dans l’autre, on est certains qu’il y a un coupable, qu’on peut l’identifier et le punir. Mise en danger de la vie d’autrui, c’est du pénal.

On ne règlera rien en baissant la barre Au contraire. Baisser les normes, c’est ouvrir la porte à d’autres catastrophes, à d’autres dégâts, à d’autres morts. Je vais donner une idée au Président Macron qui semble en manquer. Il devait de toute urgence créer un corps de contrôleurs sismiques qui iraient vérifier que les bâtiments antillais sont aux normes, surtout les plus récents. Vérifier avec compétence et sans céder un pouce. Et punir avec sévérité. En zone sismique avérée (ce qu’est l’arc antillais) ne pas respecter ces normes, c’est de l’assassinat pur et simple et la punition doit être à la hauteur du crime. Même si le coupable est.... Même. Surtout. Plus on pointe haut dans la hiérarchie, plus on est coupable car on a les moyens de savoir.

Et puis, c’est pas difficile de prévoir. Je me demande si on va pas se payer une nouvelle tempête historique en décembre. 1999, 2009, 2019 n’est pas loin. Ce sera une tempête tropicale en Gironde et en Vendée. Le système est simple. Une tempête comme Irma, elle se calme sur terre., l’océan ne lui sert plus de combustible. Après, elle dérive. Le plus souvent vers l’Est vu la rotation d la Terre et la force de Coriolis. Elle revient sur l’Océan où elle va pouvoir se recharger. Pas trop, l’eau est plus froide. Mais suffisamment pour venir taper Soulac-sur-Mer ou les Sables-d’Olonne. On n’a pas fini de voir des chouineurs sur les écrans.

Mais si ça arrive, faudra pas dire que c’est la faute à personne. Si moi, je peux vous expliquer comment ça se passe, c’est clair que le gouvernement bardé d’experts doit être au courant. Y’a même un ministre qui s’en occupe Il a fait quoi, lui, devant Irma ? Il a rangé sa planche à voile et interdit le diesel.On est vachement protégés.

Sans compter que si l’info est juste, Hulot, je m’attendais à ce qu’il prenne la parole et dise à l’autre « Arrête de dire des conneries » vu qu’a priori, il est le ministre de la protection à long terme et que les tempêtes, c’est dans sa valise.

Je regarde nos Présidents. De Gaulle, il était militaire et avait donc quelques connaissances géographiques. Pompidou, normalien, devait avoir quelques copains susceptibles de l’aider. Giscard avait pris avec lui Alice Saunier-Séité, jolie géographe (et ce n’est pas un oxymore), Mitterrand jouait finement de la rivalité entre Tazieff et Allègre.. Après, plus rien. La géographie disparaît du paysage intellectuel.


Et donc, on n’a pas fini d’en reparler……

vendredi 1 septembre 2017

CREATIFS ET PLAGIAIRES

« Ce que vous appelez un créatif, Madame, est un salopard qui se brosse l’ego sur les débris de mon histoire. » Elle est interloquée, la femme du pâtissier. J’étais entré pour acheter un saint-honoré. Chez un pâtissier, c’est la moindre des choses. Et la patronne me propose des machins style charlotte à la mangue. Moi, dans les gâteaux, ce que j’aime c’est la crème et les choux. Choux du jour, ça va sans dire. J’aime la pâtisserie qui appelle l’armagnac. La mousse exotique, ils peuvent se la mettre au cul. Quand je rentre dans une pâtisserie, ça doit me rappeler Madame Fernandez et ses belles doudounes à la sortie de la Cathédrale. Que ça sensualise de partout. Et donc la pâtissi§re maigre me regarde comme si j’étais une crotte de chien de manchon en laissant tomber de ses lèvres trop minces pour être honnêtes : « Vous n’aimez pas les créatifs ». S’attirant la réponse ci-dessus.

La femme du génie de la mousse exotique, elle s’imagine qu’en parlant comme une journaliste féminine, elle introduit la littérature dans l’antre du mauvais goût qu’elle dirige. Bien sûr que j’aime les créatifs, sauf les autoproclamés. Tiens, on va parler d’un créatif, un vrai, un petit pâtissier d’une petite ville pyrénéenne : Artigarède d’Oloron Ste Marie. Quand j’étais petit (entre Vincent Auriol et René Coty), comme on ne pouvait pas aller à Oloron tous les dimanches, on allait chez Arosteguy à Biarritz qui tenait en dépôt le gâteau-phare d’Artigarède, le Russe. Aujourd’hui, on en trouve partout. Tous les pâtissiers de la Côte ont copié le Russe d’Artigarède.

C’est la définition du créatif : le mec qui invente un plat (ou un gâteau) que tous vont s’approprier car il correspond à une certaine perfection.. Le MOF  (dans ce cas Mari de l’Odieuse Femelle)qui ne sait pas faire de saint-honoré, j’attends qu’il crée un classique, mais je ne suis pas sûr qu’il en soit capable. Faire joujou pour amuser le gogo, oui. Inventer un gâteau qui défiera les années, c’est autre chose. Parce que les gâteaux, c’est comme les livres, y’a plein de prédécesseurs et ceux qui savent comparent. Et ils voient bien qu’il y a les plagiés (les créatifs) et les plagiaires.

Puisqu’on est sur la Côte basque, restons y pour parler d’un autre créatif : en 1660, le pâtissier Adam offre un biscuit de sa création à Louis XIV, pour son mariage. J’étais chez Adam la semaine dernière et la brunette qi me servait me disait qu’il faudrait écrire l’histoire du macaron. Inutile. Elle tient en deux lignes : en 1660, Adam invente le macaron. Ensuite, il est plagié. Et pas qu’un peu. On a même, à Paris, le roi du plagiat : il s’appelle Hermé. Le mec, il reprend une recette qui s’approche de ses quatre siècles. Il remplace l’amande par des saveurs moins subtiles, il y colle des colorants modernes, et la piétaille des gueux s’extasie. Au point que le plagiaire, le geai paré des plumes des cons, est parfois appelé le roi du macaron. !!On rêve…..

On va me dire ce que j’ai déjà entendu, à savoir que je n’aime pas la nouveauté. C’est faux mais elle ne doit pas faire disparaître la tradition. Qu’un chef crée un nouveau plat me va, même en cuisine moléculaire. Ce qui ne me va pas, c’est que les vieux classiques disparaissent. Qu’on ne retrouve plus sur les cartes de poulardes en vessie à la Albufera ne serait ce que parce que j’aime bien Suchet. Et pour moi, les meilleurs, les MOF, ne sont jamais qu’une passerelle entre les meilleurs de tous les temps. Le concurrent de Ducasse, c’est pas Alleno, c’est Carême. Si vous ne pouvez pas comprendre ça….

Quand j’étais môme, le geai de La Fontaine, m’explosait de rire. Un piaf persuadé qu’il pouvait enfiler les plumes d’un autre….Ben voilà, on y est. Et tout le monde applaudit le piaf déguisé.

C’est pathétique de sottise et d’inculture…


On en reparlera…

lundi 28 août 2017

PAS FRANCS DU COLLIER

Il y a deux franchises : celles de francs et celle des franchisés. Peut on en déduire qu’un franchisé n’est pas franc ? Bien entendu.

Un franchisé est un imbécile. C’est un mec qui veut entreprendre mais qui en est incapable = trouver un créneau, un nom, aménager un lieu, identifier les fournisseurs, tout ça, il en est incapable. Il n’a ni le savoir, ni les neurones. C’est un gros balourd. Et donc, il va voir quelqu’un qui sait et il achète le savoir qui lui manque. Après quoi il va vanter les mérites de l’entreprise, cette entreprise qu’il a été incapable de créer. Les vrais cons osent tout.

Dans le meilleur des cas, le franchisé sait gérer. Il n’a aucun savoir sur le métier qu’il exerce, c’est inutile, le franchiseur sait pour lui.

A cela, on doit ajouter le terrible appauvrissement que les franchises imposent aux villes qu’elles envahissent+

Les franchises banalisent affreusement les centres villes et sont le fer de lance des zones commerciales qui enserrent nos cités. Les commerces de Pont-à-Mousson sont aussi ceux de Barcelonette, Guinguamp ou Mont-de-Marsan. Cet appauvrissement de l’identité est difficile à mesurer, car il s’agit d’attractivité. On peut simplement noter que les villes se banalisent dans leur offre. Tant qu’il s’agissait de vêtements, on pouvait hausser les épaules. Le mouvement s’étend à la restauration ce qui est nettement plus grave.

On a une indication dans le temps qui nous est donnée par les concessionnaires automobiles qui sont également un type de franchises. Le renforcement de leur puissance est allé de pair avec la disparition de dizaines d’ateliers de mécanique où des mécanos pouvaient entretenir un véhicule quel que soit sa marque et laissaient au consommateur une liberté de choix qui n’existe plus. La banalisation s’acoompagne d’un affaiblissement quantitatif et d’une perte de savoirs.

Mais ce qui est plus grave, c’est le détournement des flux. Dans le commerce, chacun le sait, la marge produit la richesse et le chiffre d’affaires n’a que peu d’intérêt. Englués dans des pratiques commerciales agressives, les franchisés sont encouragés à la réduction des marges qui va de pair avec une délocalisation des fournisseurs. On achète moins cher et plus loin. L’argent glané chez le consommateur local va irriguer d’autres territoires. Lorsque la table du jardin vient de Thaïlande, elle n’enrichit pas le menuisier béarnais ou provençal. Qui, de ce fait, n’aura plus les moyens de faire vivre son voisin maraîcher. Cerise sur le gâteau, une partie de ces flux sert à payer les redevances du franchiseur lequel se trouve rarement dans la rue d’à côté.

Non contents d’être incompétents, les franchisés se trouvent ainsi en position de parasites qui avancent à bas bruit, imposant les pratiques et fonctionnements délétères de la grande distribution. Lorsqu’on regarde les enseignes participant à un salon de la franchise (plus de 250) on s’aperçoit, non sans effroi, qu’aucun secteur n’est épargné. La franchise est venue renforcer le mouvement des succursalistes et des concessionnaires, le mouvement de destruction de l’entreprenariat individuel. Le quantitatif commande à nos vies et nous fait surfer sur la bosse de la courbe de Gauss.

J’avais, en son temps, été approché par des gens qui voulaient reproduire le modèle de ma librairie. Je n’ai jamais donné suite. Un magasin culturel, ce n’est pas un assemblage de statistiques. Aucun des impétrants n’avait la culture et le savoir pour me permettre de dupliquer la formule (pardon, on dit le concept). J’ai surement loupé une occasion de gagner de l’argent.

Mais pour ça, j’aurais du éduquer des cons. Et c’est épuisant.


On en reparlera….

samedi 19 août 2017

BOMBARDER BIARRITZ

Je me suis promené dans Biarritz aujourd’hui. Et j’ai retrouvé, face au Musée de la Mer, la plaque qui commémore le bombardement de mars 1944. Il va de soi que ça m’a fait penser.

Pas à cause des 117 morts. Non. A cause de la manière.

L’objectif était de rendre l’aéroport inutilisable. Pour ce faire, il y avait deux manières, l’américaine et l’intelligente. Comme toujours.

L’intelligente eut consisté à envoyer quelques avions dont certains auraient bombardé l’objectif avec des frappes qu’on qualifie aujourd’hui de chirurgicales. C’était possible, la RAF avait avions et pilotes pour ça. Les Allemands faisaient ainsi avec leurs Stukas. Sans parler des Japonais

Les Américains ont choisi la manière américaine…. Une escadrille de B 24 qui ont lâché un tapis de bombes dès la côte en vue au Port Vieux. Pas très efficace de surcroît. Les bombes tombées près du Rocher de la Vierge n’ont pas fait de mal à l’aéroport. Couper la jambe pour guérir le genou.

Je ne rigole pas. On peut toujours prendre un problème de deux manières, même si je pense qu’une seule est intéressante.

Quand on se trouve face à un corpus, la meilleure manière de faire est de chercher les signes pertinents, ceux qui vont conduire à la solution. Ils sont le plus souvent rares, cachés. Ils demandent savoir, intelligence. Pour un médecin, c’est distinguer dans une cohorte de plusieurs milliers, les deux ou trois cas sur lesquels se concentrer. Mais c’est aussi le cas pour un assureur : trouver dans quelques milliers de sinistres, ceux qui parlent.

Bien entendu, les gens capables de ça sont rares. Comme le pilote capable de détruire un pont au milieu des obus de DCA. Comme le généticien qui va s’attaquer à une allèle signifiante. Et donc, comme ils sont rares, on les remplace par des troupes de brèles, statisticiens ou actuaires,  chargés de baliser le terrain. Un bel exemple fut le séquençage de l’ADN au tournant des années 2000. Le gouvernement américain avait mis sur le sujet des dizaines d’équipes avec quelques millions de dollars et un objectif à 5 ans. Un an plus tard, un homme, Axel Kahn, avec son équipe du Généthon, avait terminé. La science américaine était ridiculisée. L’histoire est connue de tous et pourtant, personne n’y pense.

Comme les gens intelligents sont rares, au lieu de les chercher, on cherche à les remplacer. C’est le bombardement de Biarritz que je pense très caractéristique d’une vision épistémologique qui consiste à analyser beaucoup pour penser peu. C’est la pensée Google : si tu as 3 millions de followers, tu as raison. Si tu vends beaucoup, ton produit est bon…

Celui qui est mal, c’est Galilée…

On en reparlera…