mercredi 3 avril 2024

LES RAPPEURS DE MOUSSEROLLES

 Je m’inquiète toujours quand on réfléchit sur un sujet qui s’impose : réfléchir quand on n’a plus le choix conduit inévitablement à l’erreur. Si on n’a pas vu le problème avant qu’il ne soit un problème, on doit s’inquiéter sur ses capacités intellectuelles.

 

Prémisses : peut on comparer une ville de 50 000 habitants et une ville de 1 600 000 habitants ? On le peut en suivant La Fontaine, la grenouille veut toujours imiter le bœuf. Et donc les Bayonnais sont fiers de leurs fêtes qui rivalisent avec l’Oktoberfest munichoise, les Fermines navarraises ou le Carnaval carioca. Pamplona 250 000 habitants, Munich 1,6 million d’habitants, Rio 7 millions de cariocas. On ne joue pas dans la même cour. Sauf sur un plan : toutes ces villes, sous prefecture comprise sont des villes à forte identité culturelle. Elles sont donc condamnées à supporter les effets de cette plaie de la mondialisation que l’on appelle surtourisme quand l’abondance de visiteurs détruit le cadre urbain et civilisationnel qui attire les visiteurs. En clair : l’abondance ne se gère que par la coercition sauf à accepter la destruction programmée car un cadre prévu pour 50 000 habitants ne peut pas en recevoir 6 fois plus.

 

Phrase inacceptable pour qui doit sa position au choix (c’est l’un des sens de l’election) de la population convaincue de la capacité à trouver des solutions, même quand il n’y a pas de solutions car personne ne peut faire rentrer six litres dans une bouteille d’un litre.  Notre cher adjoint à la culture affirme que le problème vient d’une méconnaissance de nos codes. C’est vrai mais c’est un peu court jeune homme car les fêtes reposent partout sur les codes du territoire, codes d’autant plus riches et plus nombreux que le territoire repose sur une base culturelle forte qui sépare les autochtones (les indigènes) des visiteurs. Le fossé ne peut pas être comblé. J’ai essayé de lister ces codes pour les enseigner à mon fils, descendant direct de plus de douze générations bayonnaises mais natif de Lutèce. Quand il est venu, sa mère (nous avons divorcé depuis) m’avait fait promettre de ne pas l’amener voir une corrida. Je l’ai donc amené un dimanche matin voir une novillada piquée. Je n’ai pas trahi ma promesse, une novillada n’est pas une corrida. Aficionado, mais pas menteur. Et j’ai passé deux heures à parler, à expliquer, à décrypter ce magnifique système sémiologique qu’est l’art d’envoyer un bovin ad patres. Tout en me disant qu’une fois ne suffisait pas et qu’il faudrait beaucoup plus de faenas pour qu’il me rejoigne culturellement. Mais j’avais le sentiment de poursuivre mon histoire en la lui confiant.

 

Fort de cette expérience, je me suis posé la seule question qui vaille en matière de surtourisme : mais pourquoi viennent ils nous emmerder ? La première réponse est valorisante : parce que nous sommes uniques. Mais nous ne sommes pas les seuls à être uniques, les Venitiens peuvent en dire autant. Et les Venitiens ont trouvé une solution radicale : ils font payer. Comme les Bhoutanais. Ce petit pays qui a inventé l’indice du bonheur fait payer les touristes : 200 dollars par jour pour dormir dans des monastères et bouffer des lentilles.

 

Solution que l’opposition rejettera avec la majorité : les vacances (le tourisme) est un acquit social et se doit d’être égalitaire. A propos de cette unanimité, j’écrivais voici cinq ans :

 

L’action des politiques compte moins que la vision mise dans la tête par les médias, vision toujours simplificatrice ou simplifiée, amplifiée par les hordes de couillons de base qui balbutient leur bonheur d’être venus dans ce quasi-paradis. Parenthèse : après trente ans de tourisme, je continue de constater que personne, jamais, n’affirme s’être trompé sur le choix d’une destination et avoir passé des vacances de merde.

 

Et donc, les politiques font semblant d’avoir organisé une croissance qui ne leur doit rien. Alors qu’ils ne font rien et poursuivent leur aménagement basé sur un état des lieux obsolète ce qui explique que les plans de circulation ou l’aménagement des parkings ne tiennent jamais compte des variations saisonnières, ni des prévisions de croissance. Ne parlons pas des réseaux d’épuration ou de la politique culturelle.

 

Avant de voter, pensons y. Aurons nous des candidats avec une vision intelligente, structurée, cohérente, ce qui signifie aussi une vision limitative car aucune croissance, jamais, ne s’est poursuivie ad libitum.

 

Avec un regard froid pensons que les fêtes coutent trois millions d’euros à la communauté ; faire payer les allochtones augmente ce budget (bracelets, points de contrôle), d’autant que la ville est sous-dimensionnée en hebergements. Sans campings il faut accepter l’invasion des tentes dans des lieux qu’il faut ensuite nettoyer, il faut prévoir des toilettes, des transports, pour quels avantages ? Augmenter le chiffre d’affaires des fast foods ou des zones commerciales ? Quelqu’un a-t-il fait une étude chiffrée sérieuse ? Pas une extrapolation baclée, une étude portant sur 20% des festayres (en deça, les chiffres seront insignifiants).

 

A l’heure actuelle, la mort des fêtes semble inéluctable. Les visiteurs n’apprendront pas nos codes car ils s’en foutent.. Seule les intéresse l’écume de la fête, la sono à fond et les verres qui basculent. Ils pensent que Patrick Sébastien connait mieux les sardines que les pêcheurs de Donibane et la liberté les autorise à pisser contre la Cathédrale. Les autochtones ne voient rien venir Ils ont accepté que le Labourd enfile le costume de Navarre, que le kebab remplace la ventrèche et que Beyonce dégage les Pottoroak comme Udo Jurgens a dégagé le chanoine Lamarque Quand on coupe les racines, l’arbre crève.

 

Les Bayonnais ont été décérébrés. Les vieux cons comme moi savent bien que les visiteurs affluent pour notre puissance culturelle plantée dans notre histoire, puissance qui est forte des emprunts culturels faits à d’autres groupes, à commencer par nos voisins espagnols. Nos clubs privés s’appellent des penas et on peut y boire du fino. Bayonne n’est pas monoculturelle. Mais les Bayonnais badent la culture des autres alors que le plus important est la culture que la ville a apporté au monde. Les « battles » des rappeurs sont nées en Gascogne sud quand les troubadours ont inventé la tenson, le duel de chant, au XIème siècle et la tenson était la forme romane du bertsu basque. N’admirez pas les rappeurs, ils se contentent d’exploiter une forme de chez nous, dix siècles après nous et n’oubliez jamais cette règle : le monde serait moins évolué sans la créativité bayonnaise.

 

C’est pour ça qu’ils viennent. 

 

vendredi 15 mars 2024

LE PRESIDENT IRRESPONSABLE

 Il ne sert à rien de commenter les dires de Macron. Il est préférable de les analyser. J’ai ma conclusion : ce Président est un Jocrisse. Il parle seulement au futur et au conditionnel, comme un mauvais employé de Publicis.

Elu en 2017, il reçoit aussi sec la démission du Chef d’Etat-Major des Armées (CEMA) auquel il a refusé l’augmentation de budget rendue nécessaire par l’évolution géopolitique. Aujourd’hui, sept ans après, il nous dit, au futur, que le nécessaire qu’il n’a pas fait, sera fait. Peut on le croire ? J’attendais que les journalistes intervieweurs posent la question.

 

La vérité, la triste réalité, c’est que le Président, élu pour l’avenir, n’a pas su le prévoir : la France a perdu sept ans. Et si je le sais, Poutine le sait. Un Président, sans vision militaire claire n’est pas un Président honorable, ni un Président fiable. On peut juger, on a du recul. Deux hommes se sont opposés et l’Histoire a donné tort à celui que l’autre conseillait. C’est une faute impardonnable. La faute d’un jeune imbécile qui pense que gérer, c’est agir et qui élimine le Temps de sa gestion.

 

On va aider l’Ukraine. Avec quoi ? Il ne nous reste plus qu’une usine de fabrication d’obus, par ailleurs privatisée. Parce que, depuis sept ans, Macron a suivi la doxa des cons : le privé gère mieux. Oui, pour ses actionnaires, pas pour la Nation, or c’est la Nation qui se bat et qui meurt. Aujourd’hui, sept ans après la démission de De Villiers, le Président n’a rien fait pour inverser la courbe descendante qui conduira les Français à la mort. Nous ne fabriquons plus de fusils ou d’armes de poing, nous ne fabriquons plus de munitions, nous ne fabriquons plus de chaussures militaires. Qui va se battre pieds nus ?

 

Ceci pour les équipements les plus basiques. Nous n’avons plus de sidérurgie, vendue à un magnat indien. Tous nos programmes de haute technologie (chars, drones) sont gérés par des regroupements internationaux d’où est absente  toute coercition nationale. Si Saab se retire nous n’avons plus de drones. On va aider l’Ukraine….Pieds nus ?

 

Le marché y pourvoiera.  S’il est libre, ce qu’il n’est pas.  Admettons que le gouvernement indien interdise à Mittal de nous fournir l’acier.  Pour d’excellentes raisons, Mittal arrêtera quelques hauts-fourneaux et destabilisera le marché. Il nous manquera quelques milliers d’obus et quelques millions de cartouches, mais Macron dégagera sa responsabilité.

 

Ça m’a frappé. Il l’a répété : Poutine est responsable. Il faisait penser à un gamin dans une cour d’école : c’est pas moi, M’dame, c’est lui. Bien entendu. J’avais eu le même sentiment en 2017 quand il descendait les Champs Elysées dans un EBR, fier comme un bar-tabac. J’avais pensé à un gosse auquel sa mère avait donné l’autorisation de porter la panoplie de chef que Papa Noël-Suffrage universel avait laissé devant la cheminée. Il frimait en décidant de réduire les crédits, préférant l’opinion de ses copains banquiers à celle de ses conseillers militaires. Bon. On va payer. Quoi qu’il en coûte.


Le gestionnaire est un imbecile de la pire espèce et un escroc. Gérer l'armée, c'est gérer le territoire, c'est à dire les civils. Les chaussures fabriquées en Tunisie n'aident plus la Haute-Soule où un bon millier emplois ont été supprimés. Il va bien falloir aider ces chômeurs et leurs communes en voie de désertion. Idem pour les arsenaux que la Troisième République, prudente, avait éloigné des frontières de l'Est. Les économies de l'Armée retombent sur Pôle-Emploi et c'est toujours le citoyen qui paie. Sans être défendu.

 

Moi, ça me donne envie de modifier la Constitution. D’obliger le Président, chef des armées, d’avoir fait son service militaire dans un régiment « action » pour lui donner la culture du baston, absente de l’ENA. Il est plus facile de négocier avec un mec qui saigne du nez. Talleyrand le savait.

lundi 26 février 2024

LE PRESIDENT ET L’ADMINISTRATEUR


 

Parlons du réel :


Luxembourg : 2500 km2

Malte : 320 km2

Danemark : 43 000 km2

Estonie : 45 000 km2

Slovénie : 50 000km2

France : 550 000km2

 

Le Président nous dit que l’Europe a son mot à dire sur l’agriculture française. C’est le vote des nains pour contraindre un géant. Il ne s’agit pas de refuser l’Europe, il s‘agit de regarder la réalité et de nier que le Luxembourg ait son mot à dire pour aménager un espace 22 fois plus grand que lui. De même, laisser la Hongrie légiferer sur la pêche est une preuve de stupidité himalayenne.

 

A écouter les discours de ce jour agro-inaugural j’ai passé ma journée à me dire : « Mais, il est con ou il fait semblant ? »

« La filière élevage » : ça existe et ça regroupe les couvoirs pour poulets en batterie et l’éleveur de Salers, et même les apiculteurs ; pour les éleveurs de vers à soie ou d’escargots, je ne sais pas. Même la « filière bovine » n’existe pas ; il y a, en France, une bonne cinquantaine de races, toutes adaptées à leur écologie, à leur terroir, sans compter les diverticules comme le Bœuf de Chalosse dérivé de la Blonde d’Aquitaine. Preuve : le grand éditeur naturaliste Delachaux et Niestlé a publié un guide des vaches de France qui fait plus de 400 pages !

 

 Devant cette diversité écologique (le bovin) et sociologique (l’éleveur), l’administrateur se désole. Comment gérer cette dentelle ? Il convient de simplifier en oubliant que la simplification est un appauvrissement de la pensée qui confond corrélation et causalité. La simplification réduit la taille des tableaux Excel, c’est tout. L’administrateur agrandit son territoire et le connait moins bien., Il a remplacé la nappe de dentelle par un bout de lino.

 

Au Salon, le Président n’a rien écouté car il  y avait un abime entre lui et ses interlocuteurs. Le Président est un piètre grammairien. On lui a dit qu’il était le président de tous les Français et il l’a cru, ça virilise son ego. En fait, on attend de lui qu’il soit le président de chaque Français, et donc son discours est incompris. Il a atteint les limites de la communication car communiquer c’est connaitre l’autre. Les paysans parlaient de leurs problèmes, il répondait comme s’il était à Sciences Po avec un prof.

 

Il aurait pu être aidé par son ministre si celui-ci n’avait pas été un Parisien parachuté en limite de Sologne et pour qui la ruralité est un vernis électoral.

 

L’administrateur ne parle qu’une langue, l’administratif que le paysan ignore quand il découvre soudain que sa ferme héberge  XX UGB (Unités de Gros Betail) unité de compte rarement égale à 1 (c’est administratif) mais qui permet d’agglomérer vaches, brebis et cochons : une vache laitière vaut 1 UGB, mais 1,45 UGBTA si elle est nourrie avec des suppléments alimentaires. Si elle ne mange que de l’herbe, elle reste UGBAG 1.TA veut dire Total Alimentaire et AG Alimentation Grossière et c’est vrai qu’une vache mangeant de l’herbe, c’est grossier vu de l’ENA. Croyez pas que c’est innocent. Ces statistiques permettent de calculer les tailles  des champs et le montant des aides et subventions, elles sont fondamentales pour le revenu des paysans et leur fiscalité. Ne pas remplir le questionnaire aujourd’hui, c’est comme ne pas aller au marché hier.

 

Moi, je suis un bouseux. Quand je regarde les questionnaires administratifs, je pense à mes oncles Adrien et Auguste ou à mon cousin Ricou, et je sais qu’en fin de journée, quand ils rentrent à la maison, ils n’ont ni le gout, ni la force, ni le désir de remplir des formulaires.

 

Le formulaire est la preuve du manque de savoir, de la nullité, de l’administratif. Le paysan, instinctivement, c’est ça qu’il comprend. Si tu demandes, c’est que tu sais pas…et si tu sais pas, tu es méprisable quand tu parles. Quand on sait pas, on ferme sa gueule.

 

Suivez mon regard

samedi 24 février 2024

MIKHAIL ET VLADIMIR

Vladimir va nous envahir. C’est le plus récent évangile des médias qui supputent la date et nous abreuvent d’un tsunami de données, y compris psychologiques, et cherchent à connaitre le vainqueur et sa stratégie, étant posé d’emblée que Poutine est obsédé par Staline, ce qui parait assez juste.

 

Staline étant déconsidéré après trente ou quarante ans de déconsidération du marxisme qu’il a représenté aux yeux du grand public, le bruit de fond est la supériorité de l’Occident dont l’Ukraine est le gonfanon.

La Russie est l’héritière du soviétisme. C’est certain mais cela ne prouve qu’une chose : Lénine pense encore, planqué dans les neurones de Poutine. Oublions les notions de Bien et de Mal, religieuses et donc inutiles.

 

Poutine s’appuie sur les biens physiocratiques : l’espace, la démographie,  l’agriculture, les matières premières. Il nous regarde ne pas livrer les munitions que nous ne savons plus produire. Le rapport de feu est de 1 à 10.Depuis cet imbécile de Tchuruk et  ses usines fabless, la mode, pour les dirigeants, est à la dématérialisation. C’est financièrement rentable mais quand il faut tuer, c’est un peu court. L’Occident veut passer en économie de guerre sans moyens quand les usines de Vladimir tournent à plein. En plus, on sous-traite depuis des années, des objets considérés comme secondaires : les chaussures, par exemple, fabriquées en Tunisie. Pas un politique n’a remarqué qu’on ne faisait plus la guerre nu-pieds, même pour conduire un char. Je vais pas faire la liste mais on ne va pas au combat sans matériel médical ou sans médicaments. En deux ans l’Ukraine a perdu 5 millions d’habitants sur un total de 40. Zelensky peut fanfaronner, il est sur une scène vide et il peut préparer le drapeau blanc.

 

Le corollaire, c’est que les Russes préfèrent la quantité à la qualité car la quantité sature le champ de bataille. Voilà quelques années que nous travaillons au remplacement de notre magnifique fusil d’assaut Famas pour découvrir que le remplaçant sera allemand faute de fabricant français. Vladimir s’en tamponne, il va produire, encore et toujours, le fusil AK-47, dessiné en1947 par le commandant et futur général Mikhail Kalashnikov, fusil éprouvé et efficace. Il est possible que nos armes (avions inclus) soient de meilleure qualité. La question est : en aurons nous suffisamment en temps de guerre ? Y compris pour les remplacements ? J’écoute nos généraux : discours convenus…Ils sont tous passés par l’OTAN qui les a décérébrés. A Stalingrad, les Russes ont perdu trois fois plus d’avions et d’hommes que les Allemands, et ils ont gagné. A la guerre, la taille compte. David et Goliath, c’est de la littérature, religieuse de surcroit.

 

Nous avons un bon test mais que personne ne peut faire : c’est le renseignement. Le renseignement dépend des hommes, pas des satellites, car les infos doivent être recueillies, recoupées, contextualisées. Les Américains savent recueillir, c’est évident. Et après ? En Afghanistan, ils ont recueilli des milliers d’infos. En pashtoun.. Sans avoir les traducteurs permettant de les exploiter. A ce compte, ça ne sert à rien de collationner des infos. La seule info, c’est : combien d’hommes aux aguets dans chaque pays occidental ? Poutine sait bien qu’un pic à  glace est plus efficace en politique qu’un satellite. Mais ce n’est pas la philosophie américaine. L’avenir nous dira si la machine peut remplacer l’homme. Pour l’heure, la situation en Ukraine est le baromètre de l’efficacité américaine. On a du souci à se faire.

jeudi 8 février 2024

DE CHARLES LE FRANC A EMMANUEL LE PICARD

 Charles portait l’échec.En 711, les musulmans avaient envahi l’ Europe ouvrant un nouveau front guerrier dont Roncevaux était la marque. Le vieux grand père Martel avait signalé Poitiers mais l’Hispanie restait prise qui attirait les chevaliers de toute l’Europe ; Rotrou du Perche venait de s’emparer de Tudela, la Normandie s’invitait dans la vallée de l’Ebre. Il n’y avait plus de roman national, tout était mêlé. Le XIIème siècle inventait la littérature qui faisait son nid en Aquitaine et terres du sud. Les Navarrais appelaient leur nouveau roi Thibaud « le grand chansonnier » ; il venait de Champagne d’où venait aussi le roi Arthur sous la plume de Chrétien de Troyes. Dans la même époque, Guillaume, duc d’Aquitaine, est également connu comme troubadour et grand père d’Aliénor. Champagne, Navarre et Aquitaine composent l’Europe de la chanson et de la poésie, mais aussi de la guerre car la chanson, de Roland à Guillaume d’Orange, chante d’abord les exploits guerriers. L’Europe se bâtissait à la pointe des glaives contre les envahisseurs musulmans. Il est vrai que la guerre des sentiments s’infiltrait dans les exploits chevaleresques quand Orable-Guibourc offre Orange à Guilllaume. Dès le début du XIIIème siècle, l’arrageois Jean Bodel classe les premières chansons de geste en trois catégories : la matière de Rome regroupe les textes inspirés de l’Antiquité ; la matière de Bretagne réunit les textes de la légende arthurienne dont on doit rappeler qu’ils sont rédigés en Champagne ; et la matière de France concerne les textes où apparait Charlemagne. On parle la langue d’oil à Arras, on ne doit pas s’étonner d’une classification aussi outrageusement septentrionale. Ce qui surprend, c’est la masse de médiévo-romanistes adoptant le classement de l’arrageois sans barguigner.On ne saurait s’étonner d’une matière gasconne regroupant les textes liés à la Reconquista, c’est-à-dire l’essentiel de la matière de France qu’il est permis de suspecter de partialité, tant elle vise à prouver la francité de Charles.

 

De Roncevaux à Orange, lutter contre l’Islam relevait du Midi ce qui était la réalité historique et géographique : Le Béarn n’est pas le Vermandois et Tarik n’avait pas franchi le Pas-de-Calais mais Gibraltar. Se créait une fracture intellectuelle entre midi et septentrion, le Sud s’appropriant la croisade. On le vit dès la Première Croisade qui attribuait la prise de Jérusalem à un petit seigneur belge de la vallée de la Semois quand les seigneurs aquitains savaient que Jérusalem avait été prise par Gaston de Béarn et ses machines de siège. Le Sud payait des mercenaires pour protéger le territoire quand le Nord communiquait car les musulmans menaçaient Orange, pas Amiens. La Troisième croisade fut bien pire qui vit la déroute de Philippe de France, qualifié d’Auguste par les chroniqueurs du Nord. Evitons l’anachronisme qui ferait du Capétien un clown burlesque, mais ce fut le sentiment général. Philippe ne fut Auguste qu’au prix de la destruction de la culture méridionale qu’il paracheva avec la croisade albigeoise, croisade dont il fut absent même si ses adversaires n’étaient pas de l’étoffe de Saladin. C’est une belle histoire, Philippe est l’homme d’une bataille, une seule, Bouvines, sur laquelle il a bâti sa légende, avec l’aide de ses communicants.

 

Philippe eut l’obsession de la France qu’il voulait résistante aux Plantagenêts ce qui le conduisit à en améliorer l’administration mais sa vision était géographiquement marquée, centrée sur les terres royales. Flandre, Artois, Normandie le préoccupent.La chance de son règne fut la mort de Richard  Cœur de Lion dont personne ne défendit les droits.

 

Philippe Auguste, le paysan matois

 

Philippe de France était un paysan obsédé par l’augmentation de son domaine et capable de déplacer les  bornes pour gagner quelques empans, il suffit de voir l’acharnement mis à conserver le Vexin normand. Quant à sa réputation de « chicheté », elle a traversé les siècles. Face à lui, Richard Plantagenet, guerrier flamboyant, fou de poésie, parfois sauvage au point de faire décapiter 3000 mahométans pour ne pas entraver ses déplacements, vassal de France pour la Normandie, le Maine, l’Anjou voire l’Aquitaine (même si c’est discutable) mais surtout roi d’Angleterre par droit de conquête.. Avec Richard, César revenait mettre en évidence la singularité de l’Aquitaine. On sait aujourd’hui, grâce aux travaux d’Anne Zink que le bassin de la Garonne était terre de primogéniture absolue : l’ainé hérite quel que soit son sexe. Les Gaulois respectaient les femmes mais peut être pas au point de leur permettre d’hériter de la maison. L’Aquitaine transmettait différemment et cela marque le fossé culturel entre Richard et Philippe, le premier étant roi d’Aquitaine du chef de sa mère quand le second fit de son existence le dépouillement des femmes successives de son père. Philippe fut le premier à créer un poste d’historien attaché à sa personne ce qui conforte son image par delà les siècles.

 

La mort de Richard ouvrait la voie à la destruction de la civilisation aquitaine. Les Capétiens mirent en place une colonisation de l’intérieur, où le mode de vie franc, septentrional, remplaçait le mode de vie méridional, ce dernier axé sur la vergogne et l’harmonie du groupe social. Sous le vocable « gascon », l’Aquitain conservait en ses mains le patrimoine de son peuple, patrimoine largement immatériel mais à la transmission assurée ; il suffit de regarder le vocabulaire gascon pour y déceler une antiquité qui ne pèse plus sur les épaules françaises ainsi qu’une romanité que les spécialistes battent en brèche depuis au moins deux siècles.Etre aquitain, ce n’est pas vraiment être français, c’est s’opposer au mode de vie des Francs que les Capétiens imposèrent au Midi.

 

Les règles du genre littéraire n’étaient peut être pas prioritaires au XIVème siècle, mais les règles de  transmission s’imposèrent vite, deux siècles plus tard Henri IV se saisissait de l’exemple d’Aliénor.La croisade albigeoise permit aux seigneurs du Nord de se saisir des fiefs ainsi que de leurs archives et des bibliothèques, la prise fut littéraire avant tout. Sans corpus littéraire une langue est condamnée à devenir patois, langue de vilains éloignés du pouvoir. L’absence de bases historiques ne peut qu’aggraver la situation. Les Capétiens ont fait porter à l’Aquitaine le poids du supposé péché d’Alienor, qui s’est contentée de défendre son bien. L’histoire d’Aliénor marque bien une différence culturelle que, curieusement, Duby n’a pas mise en évidence. Il aurait pu noter que les injures venaient toutes des rangs capétiens et s’interroger sur l’origine de cette haine.. Chroniqueurs et jongleurs étaient les roquets aboyeurs de leurs maîtres septentrionaux. On peut simplement supposer que  l’honorable professeur a été pris dans les rets du roman national après que le dimanche de Bouvines l’ait convaincu des bienfaits du bonheur de la capétophilie.

 

Beaucoup d‘historiens ont pris le parti des Capétiens contre « les Anglais » oubliant que les Plantagenets étaient d’origine  normande et tissant des liens anachroniques avec la guerre de Cent Ans. Capet se protégeait de l’armure de Jeanne d’Arc. L’affrontement Capétiens- Plantagenets était une guerre civile opposant deux familles culturellement différentes, la Nation n’avait rien à y voir. Les linguistes distinguent soigneusement l’anglo-normand des autres  langues d’oil, le Sud se séparait du Nord et la frontière devenait ténue. Aucun historien ne prend le risque de mettre en cause l’unité nationale, notion idéologique qui supporte les statues de Michelet et de Lavisse et se nourrit, tel un vampire, de l‘approximation historique.

 

L’homogénéité des terres  anglaises

 

Le domaine Plantagenet comprenait plusieurs entités Normandie, Maine, Anjou Poitou, Saintonge, Aquitaine, aux statuts politiques différents avec des relations différentes et des rapports, économiques,administratifs, fiscaux, différents. L’unité y était créé par le pouvoir exercé sans qu’on puisse parler de société féodale, Marc Bloch ayant limité cette dernière aux territoires compris entre Loire et Meuse, les pays de la Gaule Belgique identifiés par César, ce qui n’empêcha pas chroniqueurs et historiens d’appliquer à l’Aquitaine les concepts du Nord. Approximation….

 

Le lien entre les terres des Plantagenet existe et c’est l’océan. De l’embouchure de la Seine au fond du golfe de Biscaye, les terres de Richard Cœur de Lion étaient des terres atlantiques. On peut revenir à César : les Plantagenets occupaient le territoire des Venetes ce que personne n’a noté puisque personne n’a borné l’océan. Le golfe de Biscaye attend son Braudel. Ce n’est pas un détail : Adour, Garonne, Loire, Seine, les biens de l’Europe occidentale dépendaient de ces embouchures pour leur  commercialisation. La géographie explique le désir des Capétiens possesseurs des seules bouches du Rhin par leurs liens avec les Flamands. Encore n’y a-t-il aucune certitude, Bayonne entretient des liens avec les ports hanséatiques, liens encore mal connus même si l’on sait qu’au XIIIème siècle, un maire bayonnais s’appelle Van Oosterom. Il conviendrait également d’analyser  les rapports entre les communautés israélites, de la Baltique à la Biscaye, en rappelant que la Gascogne est zone drapière grâce à la Navarre.

 

Le XIIème siècle marque donc une cassure que symbolise la mort de Richard…..L’empire Plantagenet se fissure, personne, et surtout pas Jean sans terre, ne saisit plus le glaive du Conquérant. Les Plantagenets n’ont plus de chef, les vassaux prompts à la traitrise, tel le comte de Limoges, entament le ballet  des abandons. Philippe de France va profiter de la situation en jouant sur tous les tableaux, notamment juridique, il s’agit de détruire Jean qui est le point faible de la famille. La première proie sera la Normandie, Philippe protège son domaine. Puis au fil des années, la toile capétienne va capturer les terres atlantiques, la seconde colonisation est en cours : les terres latines vont connaitre le joug de la société franque, la colonisation est facilitée par la commune religion qui s’est mise en place sur les décombres de l’Empire d’Occident .Le pape tient d’une main ferme le réseau des eveques dont le pouvoir religieux se double d’un pouvoir politique auquel cèdent même les monarques, comme l’Empereur Henri à Canossa. Les cerveaux sont prisonniers, l’essentiel existe,  la société féodale gagne l’Aquitaine et la Lombardie et devient la règle de la chrétienté occidentale. Seules les règles de succession ne sont pas homogènes et permettent à la Navarre de tomber dans les  mains champenoises, les juristes sont aux commandes. C’est le plus souvent indice d’un bouleversement.

 

L'ARCHIPEL METAPHORIQUE

 C’est une marque épistémologique…Un je-ne sais-quoi utilise plus de 200 pages pour décrire la France résumée comme un « archipel ». Economisez 20 et quelques euros, c’est la reprise en moins bien d’une phrase de De Gaulle. : »Comment voulez vous gouverner un pays qui produit plus de 300 fromages ? »

 

Saint cyrien et donc géographe, De Gaulle connaissait son sujet qui échappe absolument à Fourquet. Le fromage est fils de la terre et donc de l’histoire et devient aisément le symbole d’un terroir. Rien à voir avec l’archipelisation qui suppose une rupture entre les îles. J’ai toujours préféré parler de dentelle, chaque motif est différent mais relié aux autres motifs dans une notion d’ensemble.  Fourquet n’hésite pas à mélanger exemples locaux et vues d’ensemble quand ça l’arrange ce que faisait déjà Guilluy. Le tout avec une sensibilité exacerbée à la doxa bien élevée. Les prénoms ? Quand tu appelles ton fils Kévin, ça veut dire que tu es biberonné à la télé et si c’est Mohammed, c‘est que tu n’es pas  Lapon. Rien de plus. Il est vrai que le prénom est un marqueur : s’appeler Raymond à Paris en pleine vague des Bidochon n’est pas évident. Mais marqueur de quoi ? Je me souviens d’une analyse fine avec le RASED de mon école. Tous les gosses en difficulté parlaient arabe, wolof ou bambara chez eux, ce qui m’avait conduit à la conclusion que ce n’étaient pas les gosses qui étaient en difficulté mais les parents. Si Fourquet veut analyser l’intégration, qu’il s’intéresse aux familles. Mais il n’y a pas de statistiques !! Alors change de sujet….ou de méthode

 

La religion catholique n’en finit pas de mourir depuis,au moins, deux siècles. La fréquentation des églises n’est pas le marqueur mais bien plutôt la quantité d’hosties fabriquées, dimanche après dimanche. Il faut compter les dévots, pas les visiteurs. Statisticien ou ébéniste, l’important est de choisir la matière. Les instruments statistiques sont peu affinés et la géographie assez absente. « Il faut chercher l’eau » disait Pierre Gentelle en référence à André Siegfried, mais les statistiques mêlent désormais terres granitiques et terres calcaires.

 

Au temps où l’un des mots les plus utilisés est « désertification », on attend vainement une analyse, qui vienne compléter l’oeuvre de Dresch, Gravier ou de Planhol. J’ai mis Dresch en tête pour des raisons de chronologie personnelle et pour rappeler que l’exploitation capitaliste des déserts  était une marque du colonialisme. Gravier était un géographe pétainiste, oublié comme géographe mais conservé comme idéologue. L’agriculture paye encore l’amour que lui portaient les pétainistes. Quant à De Planhol, tout directeur d’hypermarché devrait avoir lu son livre L’eau de neige qui est une étude géographique de la diffusion des boissons fraiches et qui montre que Coca-Cola est fils de l’islam. Mais De Planhol avait des positions de droite bien affirmées, à la trappe ! La géographie est mère de l’inégalité. Supprimer la géographie ne supprime pas l’inégalité, mais sa compréhension. Par goût du lucre, le capitaliste aménageur crée des déserts exploitables, les zones balnéaires, par exemple, vidées de résidents permanents pour leur faire cracher des marges. Voir la désertification comme une exploitation capitaliste du territoire change notre perception de la chose, mais stipendié des instituts d’opinion, Fourquet ne l’admettra jamais.

 

Fondée sur le territoire, la France est le lieu du petit. Si c’est un archipel, c’est un archipel d’îlots qui doit être analysé comme tel, et d’îlots reliés les uns aux autres, pas séparés, surtout pas séparés, les zones de contact sont omniprésentes. Mais nos instruments sont imaginés pour le grand, ce que n’est pas la géographie humaine qui est une géographie historique et matrimoniale, une géographie des réseaux subtils. Subtilité gommée pour s’achever en treize ensembles régionaux qui n’ont en commun que le nom sélectionné par les aménageurs.

 

Une discipline évolue. La géographie de Vidal de la Blache était fondée sur la ville, résidence de l’évêque. Aujourd’hui, les historiens mettent en évidence le rôle des monastères dont les abbés étaient en conflit avec l’évêque. Notre regard change quand les administrateurs figent.

 

Tout territoire a une histoire, toute géographie est historique. C’était le mantra de Gentelle.. Fourquet, géographe, a oublié Gentelle. La prochaine fois, il fera la biblio.

 

Ou pas.

samedi 30 décembre 2023

BOUVARD !! EN PRISON !!

J’ai recommencé ma cure annuelle de. Grosses Têtes. Ça me prend quand l’actualité me déprime. Grâce à Depardieu, mes yeux se desillent. Les Grosses Têtes, avec leurs histoires droles, salaces et  graveleuses forment la pointe avancée de la culture du viol, vue par Sandrine Rousseau. Et quand Carlos s’en mêle, Lacan n’est pas loin, vu que rode Dolto.

Il y a aussi des histoires de Noirs, d’Arabes, de Juifs,etc...où l’accent est un marqueur signifiant. Pour les disciples de Rousseau, marque de racisme, d’antisémitisme, d’islamophobie, que sais je encore ? J’oubliais les homos.

Tout ceci pour dire qu’au jour d’aujourd’hui, les Grosses Têtes crouleraient sous les amendes et les procès et que Bouvard serait menacé du bagne. Tout le monde a oublié que les Grosses Têtes étaient l’une des meilleures audiences de la radio. Les Français seraient ils racistes, antisémites et violeurs en série ?

 

Remontons le temps.

 

L’archeologie progresse et fouille les enclos rituels des Gaulois. Rituel, ça marque  la religion. Nos ancêtres avaient choisi le banquet comme cérémonie religieuse : une grande bouffe, bien arrosée qui pouvait durer plusieurs jours, bourrés, débraillés et braillards. Je n’ai rien trouvé sur la sexualité, mais on ne peut que la penser présente. C’est notre substrat civilisationnel. Imagine t’on une poignée de culs serrés bousculer plus de vingt siècles de civilisation ? « Mais, mééh, me dit une copine, ils étaient primitifs. » Connasse ! La religion était encadrée par les druides, disciples de Pythagore et philosophes de haut vol que toute l’Antiquité respectait. Primitifs !!

Ajoutons que la viande la plus consommée était le porc. Bon, ce que j’en dis…….

 

Les Grosses Têtes sont encore diffusées sur leur chaine You Tube. Technologie geek pour philosophie gauloise. Je me demande si les culs serrés vont porter plainte.