jeudi 28 juin 2018

LA ROUTE DE LA SOIE (2)

Jean Chesneaux m’avait collé un drôle  de pensum : l’analyse du Chinese Recorder and Misionary Journal. C’était un gros mensuel qui faisait le point sur l’activité missionnaire anglo-saxonne en Chine et publiait des articles de synthèse sur la société chinoise, son évolution et les rapports qu’il fallait entretenir avec elle. L’une des obsessions des copains de Pearl Buck étaient les pieds bandés des Chinoises. Parfois, l’insignifiance est signfiante : les pieds bandés justifiaient la canonnière.

Une autre obsession était une idée qu’on qualifierait aujourd’hui de « géopolitique ». Les penseurs du Chinese Recorder avaient remarqué que le monde évoluait autour des mers : l’Antiquité (connue) autour de la Méditerranée, l’époque moderne autour de l’Atlantique, ce qui traçait la voie de l’avenir ; le monde futur serait structuré par le Pacifique. Ça tombait bien : nos géopoliticiens venaient de la côte Est du Pacifique et travaillaient à bâtir les terres de l‘Ouest. Ils étaient au bon endroit au bon moment ce qui justifiait à la fois leur présence et leur action. Dieu était grand !

Cette idée a perduré longtemps. Elle survit dans les dizaines d’articles sur la mer de Chine qu’on nous inflige à longueur d’années. La libre circulation maritime dans la mer de Chine est indispensable au développement de la zone Pacifique (plus particulièrement la façade orientale, i.e. les U.S.A.).

Les Chinois, qui connaissent bien la géographie et n’ont pas subi le lavage de cerveau américain, considèrent l’idée avec suspicion. Depuis un demi-siècle, les bateaux ont atteint leurs limites. Il est difficile de dépasser la taille record de 500 000 tonnes, difficile et risqué, le Pacifique ne l’étant pas autant que ça, et surtout, il est difficile de diminuer les temps de transport. Si on ne peut pas transporter plus et plus vite, ça limite le développement. Ajoutons qu’on ne peut gagner de temps que par les canaux transocéaniques, lesquels ont le défaut de limiter les tonnages acceptables.

Ça ne les empêche pas d’avoir lancé un projet de canal au Nicaragua, pour doubler et remplacer Panama, mais c’est surtout pour défier les Américains car le projet n’avance pas très vite et son promoteur semble avoir disparu dans la nature. L’ouverture en 2020 est compromise.

Le pragmatisme chinois s’est donc mis au travail. Les trains vont plus vite que les bateaux. Ils dépendent moins des énergies fossiles et la Chine a fait de fantastiques progrès en technologie ferroviaire. Certes, il faut des infrastructures mais on peut les optimiser en doublant la voie ferrée par des autoroutes ou des gazoducs. Derrière la Chine, toute l’Organisation de Shanghai s’implique, notamment les Russes et les Kazakhs. On ne supprime pas pour autant les bateaux qui reviendront à leur fonction primitive : le cabotage entre les divers ports du sud eurasiatique.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre ce qui va se passer. L’Europe va devenir le plus gros partenaire commercial de la Chine, avec du commerce « direct », mais aussi en devenant la tête de pont du commerce sino-américain. En effet, la côte Est des USA sera beaucoup plus rapidement atteinte que par la route maritime qui oblige à passer par Panama et même qu’en débarquant sur la côte Ouest avec une traversée ferroviaire des USA.

A cet égard, je ne suis pas sûr qu’un traité comme le TAFTA ne soit pas une arme à double tranchant. Des marchandises chinoises embarquées au Havre garderont-elles leur origine asiatique ? Les USA appliqueront ils à ces marchandises les taxes prévues pour les Européens puisqu’elles transiteront par l’Europe ? Sans compter les dérives collatérales : la Réunion s’est positionnée toute seule sur la Ceinture maritime de la Route de la Soie. C’est le seul port important pour irriguer l’Afrique de l’Est. Bien joué ! Et quand j’écris « toute seule », je signifie bien qu’il s’agit d‘une initiative locale. Paris n’a pas bougé une oreille.

Quoiqu’il se passe, c’est une bonne nouvelle. En premier lieu, il faudra des transporteurs, des transitaires, des logisticiens. Le transport mondial impactera moins l’effet de serre. L’Europe bénéficiera de sa position géographique pour glaner les miettes du fantastique développement économique chinois.

Les géopoliticiens cléricaux américains n’ont fait qu’une erreur : croire que les limites et les frontières peuvent toujours être repoussées. A quoi, ils ont ajouté une bêtise : leur désir d‘imposer leur leadership et de mépriser leurs voisins.

Je ne suis pas naïf. Tous ces trains fonctionneront à l’électricité nucléaire. Je remarque simplement que l’EPR chinois, conçu par AREVA, fonctionne tandis que Flamanville ne sort pas de ses retards. Quand on collabore, on règle les problèmes techniques.

Avec les Chinois, la géographie reprend sa place. Et j’aime ça. Un géographe, ça pense avec ses pieds…..qui réfléchissent plus qu’un cerveau de sciencepotard.

On en reparlera….



mercredi 27 juin 2018

CINQUANTENAIRE

Juin s’achève. Et personne n’a commémoré Mai 68. Ça aurait pourtant valu le coup de faire un état des lieux. On aurait pu voir comment on a changé. Ou pas.

Moi, je jubile. En mai 68, je manifestais contre la guerre du Viet Nam. US, go home. Bon, ça c’est fait. Je manifestais pas contre les enfants grillés par le napalm ou l’agent orange. Je savais que la guerre entraine ce genre de situations. Je voulais simplement que les Ricains cessent de soutenir des gouvernements dont la pensée politique allait contre mes idées, idées qui étaient marxistes, n’est ce pas, Dany le Rouge ?

Le monde était composé de deux blocs antagonistes. Choisis ton camp, camarade. Souvenez vous. Y’avait les Rouges et les « tenants de la démocratie ». Y’avait aussi les entre-les-deux. De Gaulle, par exemple. Ou les pays du Tiers-monde, les fils de Bandoung. Mais qui se souvient de Bandoung ? Les pays du Tiers Monde, ils hésitaient : où était leur intérêt ? Le vieux Général, il était malicieux : un coup, il reconnaissait la Chine, un coup il virait l’OTAN de France, un coup il soutenait les Québécois. Malicieux, mais à sens unique : il adorait emmerder les Américains. Et ça, ça me convenait.

Et donc, pendant cinquante ans, ça a duré comme ça avec les Ricains qui semblaient conforter leur hégémonie et devenir les maîtres du monde. C’est ce que nous disait la presse achetée par le grand capital (je sais, ça fait ringard comme formule). On a baigné là dedans pendant cinquante ans. Avec la conviction que le capitalisme avait gagné la bataille.

Et voilà t’y pas qu’au moment de fêter le cinquantenaire, la même presse annonce que la Chine est devenue la première puissance économique du monde et même que ce pauvre Trump s’inquiète vu que les Chinois vendent, en les bradant un peu, les bons du Trésor américain dont ils ont pléthore dans leurs coffres. Ouais, mais les Chinois sont capitalistes…. Et donc le capitalisme a quand même gagné. On peut pas se désavouer.

Voilà des années que j’explique que la Chine ne s’est pas convertie au capitalisme mais poursuit sa voie pour construire le « socialisme à la chinoise ». Voilà des années que tout le monde rit et que les éditeurs me renvoient mes manuscrits à la figure. Je m’en fous. Les faits sont têtus et il faudra bien que les rieurs admettent cette chose incroyable : Mai 68 a financièrement gagné. Financièrement et politiquement. Trump s’agite en Corée du nord et s’écrase en mer de Chine. L’axe Moscou-Pékin est reconstruit et englobe désormais l’Inde et l’Iran. Ce qui fait que les Iraniens se marrent quand Trump gesticule. Ils sont désormais à l’abri.

J’aurais bien aimé qu’on commémorât. Sérieusement, je veux dire. Que tous les pseudo-spécialistes, les géopoliticiens auto-proclamés, viennent admettre qu’ils se sont plantés, qu’ils n’ont rien vu venir. Pourtant, Pékin n’a pas été avare de signes. Encore eut-il fallu que nous les percevions. Mais on ne voit que ce qu’on veut.

J’aurais bien aimé qu’on commémorât. Et qu’on en tire les leçons en changeant notre système d‘alliances ce qui est inconcevable pour nos dirigeants. Ils vont préférer s’accrocher aux basques des Ricains qui nous entraineront dans leur désastre. J’espère seulement que nous ne les suivrons pas dans leur délire politique qui deviendra militaire. Il vaut mieux finir pauvre que mort.

J'aurais bien aimé que soit admise la victoire des soixante-huitards.

Je ne suis pas pessimiste, je repense à Lao Pierre qui me disait parfois : « Le seul truc qu’ils savent faire, c’est renverser la table pour changer le cours du jeu ». Pierre ne connaissait pas Trump.

Notre seule chance, c’est que le moment choisi pour renverser la table ne soit pas le bon.


On en reparlera

dimanche 10 juin 2018

LA CARTE ET LE TERRITOIRE

Là, Michelin touche le fond. Ils étaient déjà hors jeu pour les livres, ils deviennent calamiteux pour les cartes. J’espère que Philippe Sablayrolles est à la retraite et que son père ne lira pas ce papier.

Mon œil glisse sur une carte Michelin. C’est la Côte Basque.Et mon œil accroche, s’abîme, pleure. Sur la carte, Biarritz est en caractères plus gros que Bayonne (2 points au moins) !

J’ai assez traîné dans les milieux cartographiques pour savoir qu’une telle différence n’est possible que dans deux cas : un écart démographique ou un statut administratif. Or, ici le statut de sous-préfecture est annulé et la population de la plus grosse lettre est la moitié de la plus petite. On marche sur la tête ! L’idéologie a définitivement pris le pas sur le sens.

Une carte, c’est un code, une règle. Y’a que les cons et les connes pour croire que c’est des gens. Après Hiroshima, le cartographe n’est pas là pour chouiner sur les pauvres Nippons radieux devenus irradiés. Il calcule combien il reste d’habitants et combien il en restera à la fin de la durée de vie de sa carte et il corrige les symboles. Froidement, tranquillement. Son boulot c’est de transmettre un savoir, pas des larmes. C’est bien triste, mais lui, il doit obéir à une règle : la légende. Parce que la légende, c’est le code qui permet au lecteur de comprendre le dessinateur. Enfin, ça c’était avant…

A la fin des années 1970, je vendais des palanquées de cartes de France. Et je cherchais à m’améliorer les marges. Et voilà t’y pas que je découvre sur le catalogue du GUGK, une carte au 1/1Mio à un prix imbattable. Je commande aussi sec une petite quantité pour tester le produit. Et je reçois une carte vachement agréable, imprimée sur un beau papier avec de la main. Je jette un coup d’œil sur la région parisienne et je m’aperçois que Saint-Denis est plus gros que Versailles. Un peu intrigué, je vérifie chez moi pour constater que Tarnos et Boucau sont aussi gros que Bayonne. Eurêka ! Le GUGK étant l’un des bras de la propagande du PCUS, les villes dirigées par le PCF avaient eu droit à une petite gonflette. Produit invendable sauf à des collectionneurs et à des spécialistes. J’en avais plein dans ma clientèle. Ils ont adoré.

J’ai eu droit à des remarques acides. Salauds de communistes qui truquaient une image pour leur propagande ! C’était que le début. Michelin fonctionne désormais comme le PCUS.. Et pas que. Ma copine Jasmine, excellente cartographe par ailleurs, ne cesse de se battre pour que soit reconnu la propriété intellectuelle des habitants d‘un village palestinien sur les données topographiques de leur territoire. C’est un vieux débat qui oppose depuis des années cartographes institutionnels et utilisateurs privés. Quand tu dessines une carte, qui t’en fournit la matière ? Comment sais tu que telle ville est par tant de degrés de latitude et tant de degrés de longitude ? Sinon par les relevés orthonormés de ton Institut Géographique ? Pendant longtemps, on s’est abrité derrière une notion floue mais pratique : les connaissances communes à l’Humanité. Tout le monde sait où est Paris. Ou Londres. Mais, y’a des villages, à part les habitants….. Seules les autorités américaines ont toujours été claires : considérant que tous les contribuables avaient payé pour la collecte des données, elles étaient libres d‘accès. A priori, en Palestine, ça marche pas comme ça. Jasmine veut introduire l’homme dans un système où il n’a jamais été. Et ça, ça fout le souk. Parce que l’homme est magnifiquement absent des cartes où ne figure que le résultat de ses activités. Le bief que tu construis sera sur la carte après ta mort.

C’est pas la première fois que Michelin triche et modifie les règles par lui définies. Les premières cartes Michelin classaient les cartes en fonction de la signalisation routière. Les routes nationales bordées de bornes chapeautées de rouge étaient en rouge, les départementales dont les bornes étaient jaunes étaient en jaune. Simple, logique, efficace. La plupart des cartographes adoptèrent.

Puis vinrent les autoroutes. Les cartographes anglais et allemands se mirent à les dessiner en bleu puisque leurs panneaux étaient bleus. Pas Michelin, pourtant inventeur du code. Michelin a décidé que ses lecteurs étant habitués au rouge pour les grands axes, les autoroutes devaient être en rouge.

Clairement, on introduisait le ressenti (supposé) du lecteur dans un code d‘où il aurait du rester absent. Aujourd’hui où l’on écrit sans regarder le dictionnaire, c’est devenu une norme. Car le dictionnaire est également un code qui assure la précision de la communication. Et qui interdit de croire au sens d‘un mot.

Bon, on va s’arrêter là. Une autre fois je vous parlerai de Bertin et de sa sémiologie graphique, l’un des systèmes les plus intelligents et le plus inutilisable qui soit.

En attendant, si j’étais Maire de Bayonne, je porterai plainte pour diffamation contre Michelin.


On en reparlera…

jeudi 7 juin 2018

TRADITION ET MODERNITÉ

C‘est exprès. Quand vous lisez ça, vous avez affaire à un scribouillard bouffeur de clichés, alors barrez vous, vous êtes en dessous de la sous-littérature.
C’est devenu un pont-aux-ânes. Vaut il mieux être d’un côté ou de l’autre ? Ou bien sagement au milieu. Aucune importance.

Ainsi, moi. En matière de bouffe, j’ai un côté ayatollah et je me fais régulièrement assaisonné au motif qu’il ne faut pas être figé, que les recettes sont faites pour évoluer et toutes ces sortes de choses. Toutes manières de me traiter de vieux con. Le leitmotiv : faut adapter, le monde change.

La semaine dernière, je vais dans un restau marocain. L’accueil me plait pas. Et donc, je décide de faire « moderne » et de filer un coup de  tatane à la tradition. Je dis au mec que j’aime bien le tajine « revisité ». Ça aussi, c’est un mot à la con qui signe le ringard stylistique. Je le sais, je l’ai utilisé. Le garçon, il trémousse du fion en m’assurant que la revisite (revisitation ?) du tajine, c’est quasi le credo du chef et que je vais en juger. 

« OK, je prendrai un tajine au porc . »

Là, le trémousseur des basses côtes, il se fige. Il sourit plus du tout. Ah ! mais, c’est pas possible. Ça existe pas.

Bon, on va se relativiser la revisitation. J’y demande des explications. Comme quoi, on revisite les fruits et légumes d’accompagnement, mais la viande, c’est mouton ou poulet. Même pas bœuf ? Ha, le bœuf, c’est possible mais faut commander à l’avance. Ben, dis je, c’est possible. Pour ma soirée d’anniversaire. Ça, c’est la phrase magique. Le mec, il calcule sa marge avant de regarder le calendrier. Ce serait quand ? La semaine prochaine. No problem, votre Majesté est déjà la bienvenue. Génial. On commencera par une pastilla et après tajine au porc. Ha non ! Porc, pas possible. Comme quoi, le cuistot il a pas le droit d’y toucher, des trucs comme ça.

« Pourquoi, vous êtes islamiste ? » Là, y’a deux mecs qui se lèvent et me reconduisent à la porte avec toute la délicatesse réservée à un vieux bonhomme. Fin de l’épisode.

Y’a donc des manières de revisiter ou pas. Je raconte l’histoire à des bons copains. Et vlan ! j’en prends plein la gueule. Comme quoi, je suis intolérant, provocateur, raciste. L’un des mecs, il a un restau, il est moderne, il sert de la « choucroute de la mer » où il remplace le cochon par de la morue, du merlu et des crevettes. Je connais un peu l’Alsace, j’ai jamais longé la mer entre Mulhouse et Saverne et je n’en ai pas visité les plages. Mais lui, il a revisité la choucroute dans le respect. De quoi ? De qui ? Lui, il a le droit de bousiller un plat traditionnel, emblématique d‘une région elle-même emblématique, mais moi, je manque de respect. Envers qui ?

Ça finit par sortir. Je manque de respect envers un livre écrit par un Prophète autoproclamé. Je m’en fous. Je ne crois pas en Dieu. Alors, les prophètes… Je respecte plus la choucroute que les prophètes. Quant au Coran, je l‘orthographie Corent et ça fait longtemps que j’ai pas bu de Corent. Qui boit du Corent aujourd’hui ? A part Vincent Pousson ? Je ne vois que Christian Bétourné, …

Je manque de respect envers les croyants. Peut être. En fait, ça dépend lesquels. Il y a des croyants respectables que je respecte. Et ceux qui n’ont que la foi, ceux avec qui on ne peut pas parler.

Mais j’ai appris une chose : il est des traditions que l’on doit violer et d‘autres qu’il est impératif de figer. Et sur ce coup, je suis mauvais car je suis toujours à contretemps.

Ce soir, un jeune gandin sur LCI prétendait qu’il était temps de déconnecter le livre et le savoir. Voilà longtemps que c’est fait. Les seuls livres qui surnagent sont ceux qualifiés de saints.

D‘ailleurs, il n’y a plus de savoir. Il faudra attendre qu’on revisite le savoir.

On en reparlera


samedi 2 juin 2018

INTERMARCHÉ ET LES ACHETEURS

Hé ! monsieur Intermarché, je serais toi, je foutrais à la porte toute mon équipe d’acheteurs de fruits et légumes. C’est un gros paquet  de nullasses.

Je justifie.

J’arrive dans mon Intermarché. En fait, c’est le tien. Quand on commence à dire « mon » (Intermarché, Leclerc, Carrouf), c’est que le piège se referme sur le locuteur. Le bouzin, il est pas à moi, il est à Monsieur Intermarché, Leclerc, Carrouf. Si on se l’approprie, on est sur le chemin d’être baisé. On se rapproche insidieusement. C’est quasi un ami au lieu d‘être un bandit pas manchot qui ment et truque dans chaque allée.

Et donc, dans l’Intermarché voisin, me saute aux yeux un étalage de Piments del Padron. C’est un peu tôt mais c’est des piments doux qui ont tellement bons qu’ils te feraient croire en Dieu si t’étais naïf (ou con, c’est pareil). Je me rue. Et là…..piments produits dans la huerta de Valencia.

Les piments del Padron poussent en Galice, sur une mince couche de terre arable posée sur un socle granitique et dans un climat atlantique. C’est ce qui fait leur goût, un sol pas trop riche et une bonne pluviométrie. Comme les piments doux d’Anglet. Les piments doux ne poussent pas en climat sec car la sécheresse renforce leur potentiel en capsicéine (le truc qui fait piquer les piments). Tout le monde sait ça. Alors des piments del Padron plantés dans le sol riche de la huerta de Valence et en bord de Méditerranée, c’est tout simplement pas possible. C’est limite escroquerie.

C’est pas la seule. Padron est une plage où les pèlerins de Compostelle allaient ramasser des coquilles saint-Jacques attestant qu’ils avaient fait le pèlerinage. Au jour d’aujourd’hui, les connards mettent des coquilles sur leur chapeau au départ, pas à l’arrivée. Et, en plus des coquilles en plastique fabriquées en Chine. Que le diable les patafiole !

Mais toi, monsieur Intermarché, t’as dans ton équipe un imbécile majuscule qui fait passer ton enseigne pour un repaire de menteurs et d’escrocs. Réagiras tu ? Expliqueras tu à tes acheteurs que tout ignorer du climat et du sol qui font tes légumes est une faute professionnelle. Remarque, les acheteurs d’aujourd’hui sont comme les vendeurs. On leur demande pas de savoir autre chose que la différence entre CIF et FOB et le prix du kilomètre conduit par un chauffeur polonais. Ce qu’on transporte importe peu tant que c’est pas cher. Enfin, toi, tu leur demandes pas plus. J’espère que tu es plus exigeant pour ta famille, tes copains et tes maîtresses.

Remarque c’est mieux que l’acheteur au carré. L’acheteur au carré, c’est celui (ou celle) qui achète des prestations alimentaires sans connaître la manière dont l’acheteur de départ a choisi les produits. Si, si, ça existe. Le mec ou la nana qui va choisir entre Sodexho et Gromenteur pour alimenter quotidiennement un troupeau de salariés. Sans déc’, on est plus exigeants pour la bouffe des animaux de batterie.

Pour moi, monsieur Intermarché, je ne serais pas choqué que la Direction des Fraudes te colle une amende pour chaque paquet de Padron ainsi présentés. Je sais, il n’y a pas de fondement juridique dans la mesure où les Padron n’ont pas d’IGP. Parce que dans IGP, ce qui est important, contrairement à ce nous croyons tous, c’est pas « géographique », c’est « protégé » et que ce qui est protégé, c’est pas le consommateur, c’est le distributeur.

Bon, si t’en as une, je te laisse avec ta conscience.


On en reparlera…..

dimanche 27 mai 2018

LES HONGKONGAIS

Biarritz ne bruisse que de ça : les Hongkongais vont sauver le Biarritz Olympique. Complétons l’information.

Tout d’abord, depuis la phrase célèbre de Deng (un pays, deux systèmes) et depuis le jour où le dernier gouverneur de Hong Kong a descendu l’Union Jack du  mât de sa résidence, Hong Kong, c’est la Chine. Politiquement, je veux dire. Donc, on pourrait dire « les Chinois », mais ça écorcherait la gueule de pas mal de monde.

Sur le delta de la Rivière des Perles, Hong Kong est un pauvre village de pêcheurs jusqu’à ce que les Anglais s’y installent. La vraie capitale, économique, culturelle, patrimoniale, commerciale de la région, c’est Canton. Les Anglais vont renforcer Hong Kong, lui donner sa puissance financière et son poids touristique. Ça vous rappelle rien ? Un village de pêcheurs misérables gonflé à l‘EPO par des investisseurs étrangers et qui veut faire de l’ombre à la capitale historique de la zone ? Hong Kong-Canton, c’est Biarritz-Bayonne. Les Chinois seront pas dépaysés.

Les Chinois…Là, j’avoue, j’ai du mal. Territorialement, les investisseurs, ils sont plutôt franco-syriens. Les positions économiques et politiques de Messieurs Gave ne flirtent pas trop avec la doxa pékinoise. S’ils ont choisi Hong Kong, ils ont leurs raisons, mais elles m’échappent. La Chine n’a jamais accueilli Frédéric Bastiat. Tiens ! encore un Bayonnais.

Ils investissent dans le rugby. Faut savoir que Mao a condamné le rugby comme quoi c’était pas un sport honorable. Tous les Chinois savent ça. On peut penser que Messieurs Gave veulent se distinguer de la pensée maozedong. En fait, le rugby est devenu un sport olympique. A 7, mais quand même. Aux prochains JO, si la Chine prend une toise par le Japon, ennemi héréditaire et détesté, va y avoir du nettoyage dans les instances olympiques de Pékin. On peut donc penser que nous sommes face à une pensée stratégique bien menée. Vu qu’en l’état actuel des choses, le Japon devrait filer une toise à la Chine. Et donc, Messieurs Gave seront bien placés pour nettoyer l’orgueil national. Ils sont pas les seuls à penser ça. Voilà quelque temps que des clubs anglais tissent des liens avec le Guangdong.

Là, je fais une parenthèse géostratégique. Pour les instances dirigeantes du rugby français, le Pacifique, c’est un endroit où on va se promener tous les ans pour acheter des mercenaires. J’ai jamais compris pourquoi la Nouvelle Calédonie ne fournissait pas de joueurs du niveau des Tongiens ou des Fidjiens. Bon, on peut pas demander à Laporte de regarder une carte. Hors d‘un casino, je veux dire. Déjà qu'il n'y a pas de rugby en Corse..Alors en Kanaky....

Ceci dit, je ne crois pas à une vision stratégique car une vision stratégique s’appuie sur la jeunesse. Or, les statistiques sont claires : hormis quelques grandes écoles (Polytechnique, HEC) les jeunes Chinois sont obsédés par deux établissements d’enseignement : les Beaux-Arts de Paris et le Conservatoire de Musique de Paris. Or ce sont deux établissements accessibles par concours où les intermédiaires-requins n’ont aucune prise. Ce sont aussi deux établissements pour lesquels les écoles préparatoires de Bayonne ont  pratiquement 100% de réussite.

S’il y avait eu vision stratégique à Hong Kong, la construction d’une Maison pour héberger les étudiants chinois aurait coûté bien moins cher que le comblement du trou biarrot. On pouvait même y prévoir deux ou trois chambres pour les espoirs du rugby. Pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Investir dans les énergies vertes est aussi une bonne idée pour des financiers. Messieurs Gave auraient pu acheter un paquet d‘actions de China Tianyin, implantée à Bayonne. Bref, une vision stratégique conforme au weiqi qui choisit comme base la pierre que personne ne considère. Mais tout ceci repose sur une question encore sans réponse. Les Hongkongais vont ils accompagner le gouvernement chinois ou pas ?Au vu des informations publiques sur la famille Gave, je doute, mais un revirement est toujours possible.

Ou une mauvaise interprétation. On peut penser que Charles Gave a mieux compris Friedman que la plupart de ses épigones et que l’opposition Keynes-Friedman est une simplification abusive, pas nécessairement incompatible avec les positions économiques du gouvernement chinois. Nous avons peut être une idée biaisée de l’interventionnisme. Pourquoi ne pas imaginer que Gave est un cheval de Troie posé par la Chine pour miner le sport capitaliste ? Ce qui expliquerait qu’il n’investit pas dans les clubs de rugby à fort potentiel (Toulon, Castres, Montpellier) mais dans les canards boiteux.

Mais, là, je me laisse aller.


EUSKAL CHINOIS - 2

Je reviens sur mon billet concernant l’implantation chinoise à Bayonne (Euskal Chinois le 25/03) parce qu’il a été dit à un bon copain que c’était un gros pipeau. Je reviens donc sur le mécanisme, je suis un emmerdeur, pas un menteur. Tous les politiques ne peuvent en dire autant.

Et donc l’usine Canopia qui traite les déchets du syndicat BilTaGarbi appartient au groupe Urbaser. Information vérifiable sur le site du syndicat.

Sur le site d’Urbaser, une page (pas très jolie) indique que le 27 janvier 2017, le PDG, Monsieur Saint-Joly informe son personnel que le 7 décembre 2016, Urbaser a été cédé à un consortium chinois, composé de l’entreprise China Tianying (CNTY) et de plusieurs fonds d‘investissement de l’état chinois. Le PDG mentionne également le CECEP, en confondant un peu les rôles. Tout ceci est contrôlable.

Le CECEP (China Energy Conservation and Environmental Protection Group) est une société d‘Etat (State Owned Company) qui a succédé à China New Era laquelle dépendait de la Commission scientifique, technologique et industrielle pour la défense nationale (informations disponibles sur le site de la CECEP). Chemin classique : le sujet est sensible, on le confie à l’Armée, laquelle va l’habiller de vêtements présentables. Ça a marché pour la tomate. Naturellement, l’Armée capitalise les sociétés qu’elle contrôle et les introduit en Bourse, ça rassure l’investisseur. Le President de CECEP, Liu Dashan, diplômé de l’Université de  Tianjin, a commencé comme diplomate, après quoi il a dirigé le secteur chinois des machines-outils. Il est également Secrétaire du Comité du Parti Communiste de la CECEP. Mr Liu a notifié son désir de nouer des relations à long terme avec les sociétés européennes. Raison pour laquelle il les rachète. Il aime la mer : en avril 2018, il était en visite à Hainan, capitale chinoise du surf.

Et donc, Canopia, par le jeu des filiales, est géré par une société chinoise dépendant directement du gouvernement et peut être encore un peu noyautée par l’Armée.

Avant de dire que je mens, démentez et étayez….

Quant aux salariés de Canopia, soyez heureux : vous construisez le socialisme. A la chinoise, certes, mais c’est mieux que rien.


On en reparlera….