lundi 25 septembre 2017

FORCE DE VENTE

Jadis, le prêt à porter n’existait pas. Ha bon ? Comment on s’habillait ?

Ben, déjà, on planifiait. L’achat d’impulsion, t’oublies. Tu voulais pas un pantalon, t’avais besoin d’un pantalon. C’est pas pareil. T’allais chez ton tailleur ou ton couturier, celui qui avait une fiche à ton nom avec toutes tes mensurations. Toutes.

Avant t’étais passé chez André Charpentier, tissus et tapis , pour choisir le tissu. Y’avait pas vingt modèles. Tu choisissais et basta ! Le père Charpentier, à intervalles réguliers il soumettait ses vendeuses à la question. Sur une grande table de drapier recouverte d’un drap, il mettait des échantillons de tissu (sous le drap, ça va de soi). Les vendeuses, elles allaient tâter l’échantillon à l’aveugle et elles annonçaient : « Ça, c’est un taffetas, ça c’est un tweed…. » et le père Charpentier complétait : « Oui, c’est un tweed, mais touche le bien. C’est un tweed de l’île d’Harris. Là bas, les moutons, ils ont la laine plus épaisse, ça se sent ». Monsieur Charpentier ne cotisait à aucun organisme de formation. Il formait et ça rigolait pas. Yvette, la vendeuse-chef, toujours première de la classe y veillait.

Alors, aujourd’hui, quand je rentre dans un magasin et que je demande des précisions sur le tissu, si la gisquette, elle va lire l’étiquette, elle prend son paquet. Parce que moi aussi je peux lire une étiquette. Mais je ne peux pas admettre que ce qui était possible, il y a quarante ans, soit devenu impossible. D’une vendeuse de fringues, je suis en droit d’attendre qu’elle ait quelques notions sur les tissus.

He bé, non ! Les commises (c’est comme ça qu’on disait) sont devenues vendeuses, puis conseilleres spécialisées et à chaque progression sémantique s’est surajouté une régression professionnelle. C’est qu’elles ont fait « force de vente ». Force de vente est une honte et tous ceux qui se sont impliqués dans cette filière devraient être virés de l’Education nationale. Force de vente suppose que toutes les ventes sont équivalentes et que vendre des chaussettes, c’est comme vendre des assurances ou des capotes anglaises. Chez Force de vente, on apprend la vente. De quoi ? De tout. Et donc, par définition, on fait l’impasse sur le produit.

Personne n’imagine que savoir tout vendre, c’et ne savoir rien vendre. Ce sera au chef des ventes de développer (ou pas) cet aspect des choses. C’est bien, ça fait des vendeurs dociles. Comme le jeune coq à qui je demandais des infos sur une voiture (je veux dire, le moteur, son couple, ces choses là) et qui m’a causé bluetooth et GPS. J’ai été obligé de le recadrer, surtout à propos du GPS, quand il a été incapable de me parler des satellites concernés (normal, y’en a pas). J’ai fini par le traiter de quelques noms d’oiseaux. Vu que c’est pas innocent. Ce que les vendeurs d’autos appellent des GPS ne sont pas branchés sur le système de positionnement par satellite, mais sur les relais de téléphones. En Europe, ça marche. Mais quand t’es dans le désert….ça marche plus.

Plus on forme, moins ils sont formés. J’en ai déjà parlé à propos des infographistes et même des garçons de café. La  perte des savoirs est incommensurable et le nivellement affolant. Le tout est facilité par les dérives langagières et l’effréné désir de raboter les masses salariales. Le rêve étrange et pénétrant d’une masse inculte appliquant des procédures fondées sur les statistiques pour vendre à tous le même produit dont le désir nait d’une réclame bien foutue est en bonne voie de réalisation. On n’est pas chez Orwell mais pas très loin de l’antichambre.

Ceci dit, on est tous coupables. Tous nous avons accepté la déliquescence du savoir des autres qui allégeait nos factures et la diminution de notre propre savoir qui nous assurait de disposer de temps. On marchait détail par détail… on élaguait, on allégeait..chaque détail n’était pas si grave…. He ben, y’a un moment où on peut plus alléger…y’a plus rien. Les centres de formation nous livrent des journalistes tout terrain qui passent de la politique au foot, les vendeurs vont des casseroles aux sex-toys et Jaguar construit des véhicules utilitaires. (Ferrari n’installe pas encore de boule à caravane sur ses voitures, mais ça ne saurait tarder). Le grand nivellement est pour demain.. Seuls y échapperont les joueurs de foot. On continuera à l’habiller du mot stupide de « mondialisation » en trouvant admirable qu’on mange à  Pékin comme à Abidjan alors que c’est seulement idiot.

Ceux qui voudront s’opposer seront marginalisés avant d’être éliminés (on agrandira les asiles, c’est facile) On en gardera quelques uns pour montrer à la jeune génération quelques vieux cons qui pensaient que la diversité des réflexions pouvait âtre une aide à la pensée. Vieux parce que ça coute moins cher à  nourrir.


On en reparlera.

mercredi 20 septembre 2017

L’ESCROC DU JOUR : CELIO

Je vais acheter un jeans. Banal. Certes. Je me rends dans une galerie commerciale, dans un magasin Celio et là, stupéfaction !!!

Attention : je vais faire un truc que j’ai jamais fait. Une dénonciation aux pouvoirs publics. Plus exactement à la DGCRF. Merci de faire suivre si vous connaissez des inspecteurs de cette honorable maison.

Stupéfaction. On me prend pour un red neck du Dakota. Chez Celio, si tu ne parles pas anglais, tu ne peux pas acheter.

Je ne parle pas de la coupe. Ce ne sont que slim fit, regular fit. Je fais pas la différence mais je m’assume regular. On me donne le choix entre waist et length. Taille et longueur de jambes eussent bien fait l’affaire… Je suis obligé de m’adresser à une vendeuse qui va me donner la correspondance entre la taille française et les tailles inscrites sur les bénards qui sont exclusivement américaines. De même la longueur des jambes est exprimées en pouces dont il faut rappeler que l’Assemblée Nationale a banni l’usage en 1792 !

Depuis on a fait la loi Toubon (1994) qui défend d’utiliser d’autre langue que la nôtre dans les pratiques commerciales. Loi que Célio bafoue alègrement. Dans le magasin où j’étais, il y avait bien 3000 références étiquetées en anglais. A 135 € l’infraction, voilà 400 000 euro plus faciles à ramasser qu’avec un radar automatique (il est prévu une contravention de quatrième classe par infraction). Célio se vante d’avoir plus de 300 magasins en France,soit un total de 120 millions d’euro.

C’est d’autant plus immonde que Célio est une société de droit français, même si pour des raisons que j’imagine fiscales, la famille Grossman, propriétaire de la marque l’a mise sous la coupe d’une société-mère belge. Célio pourra dire qu’il faut préserver des emplois, mais les jeans que j’ai achetés sont fabriqués au Bangla Desh. Si Célio est planté, les chômeurs ne seront pas des électeurs. Rien ne s’oppose à ce que Célio étiquette en français.

Rien, sauf le désir de s’agenouiller devant les USA comme une pipeuse du Sentier. Rien sauf la croyance que l’anglais fait vendre et peut être en sous main un désir de vassalisation inexplicable. En tous cas, moi, ça me gonfle. Oui, je parle anglais. Mais pas dans une galerie commerciale de province. Je parle anglais dans les territoires où je n’ai pas le choix. Quand j’ai le choix, je parle français et j’emmerde les non-francophones.

Et quand je vois des slogans ou des infos commerciales en anglais, je vois venir l’escroquerie, le mec qui veut que son client ne comprenne pas pour mieux l’estamper. Idem quand l’enseigne pue l’americanophile bêta. Il y a une loi. Pourquoi n’est elle pas respectée, à la virgule près.


Je crois, tout simplement que les mecs de la DGCRF pensent que ce n’est pas grave et que, finalement, fast food, c’est quasiment latin comme origine…

dimanche 17 septembre 2017

L'ETAT ET LE PATRONAT

L’avantage avec les livres, c’est que si on les loupe quand ils sortent, on en vient toujours à les retrouver. De celui consacré à la décadence de l’Empire romain que je suis en train de lire, 40 ans après sa parution, j’extrais cette phrase admirable :

La puissance des seigneurs fait que, même si leur intérêt collectif reste d’assurer la puissance de l’Etat, ils ne peuvent que le nier individuellement.

On ne saurait mieux dire et décrire notre monde. L’auteur se nomme Pierre Dockès et le livre est publié dans la remarquable Nouvelle Bibliothèque Scientifique, dirigée par Braudel chez Flammarion.

A la suite de Marc Bloch, l’auteur voit dans le féodalisme le passage de l’esclavage à l’état servile. Et à la suite de Marx, il voit dans l’esclavage l’origine du salariat. Pas très politiquement correct, ça !!!!!

Mais que se passe t’il donc ? Simple. Les latifundistes romains ont besoin de l’Etat, des armées de l’Etat, des fonctionnaires de l’Etat. Mais pas toujours, pas tous les jours. En revanche, pèse sur eux le poids de la fiscalité.  Faut bien payer les soldats. Et ce discours là, on l’utilise tous les jours. Pour se plaindre. Pour refuser une augmentation. Pour retarder un investissement. Récurrent, il prend naturellement la première place. Il devient dominant, il se transforme en doxa. Et de ce fait, il conduit à l’affaiblissement de l’Etat. Le discours tenu par chaque propriétaire devient partie d’un discours dominant qui va à l’encontre de ses intérêts.

Nous le vivons. Le patronat, par la bouche de l’ineffable Gattaz, ne cesse de fulminer contre l’Etat. L’Etat qui assure plus ou moins bien la paix sociale, la protection des citoyens et qui garantit la croissance en injectant des sommes colossales dans la protection des plus faibles. Car ne nous leurrons pas, le RSA, il file direct dans un chariot de supermarché et une pompe à essence. C’est un cadeau déguisé à la grande distribution. Laquelle aimerait bien prendre le cadeau et ne rien donner en échange et surtout pas des charges sociales.

Pendant ce temps, les Barbares infiltrent l’Empire et s’étonnent de son peu de résistance. Deuxième citation :

L’affaiblissement de l’Etat lié  à l’affaiblissement de sa base sociale rend nécessaire à la classe dominante la recherche d’une autre organisation de son pouvoir.

Et on commence donc à intégrer les Barbares (ici, les Germains) au processus de changement. Ce qui revient à renforcer ceux qui ont intérêt à l’affaiblissement. On peut y voir le manque de mémoire du patronat. Tout au long de la construction de sa puissance, l’Etat a envoyé ses soldats calmer les ardeurs populaires. Relire Germinal. Mais ce besoin d’Etat s’est estompé. Les grévistes n’ont plus besoin d’émasculer les petits commerçants et les CRS sont loin d’avoir la virulence des lignards du siècle dernier. Le besoin d’Etat est plus diffus, plus subtil mais la subtilité ne semble pas la qualité première des représentants du patronat.

Dans la mesure où, de surcroit, l’Etat a été dilué dans l’ensemble européen qui le rejette expressément et ne prend pas le chemin de le remplacer, la destruction de l’Empire est en marche. Le problème, c’est que ce sont des processus longs. L’agonie du capitalisme va durer et les soubresauts risquent fort d’être intéressants. Que vont ils pouvoir inventer ? Pour nous grignoter, avant de se cannibaliser.

Les années à venir vont être amusantes, moi, je vous le dis.


On en reparlera…

jeudi 14 septembre 2017

L’ESCROC DU JOUR : INTERMARCHÉ

Nouvelle rubrique pour mettre en avant les arnaques diverses. Aujourd’hui, c’est un paquet de chips sur un beau présentoir chez Intermarché-Bayonne.. Elles ont une tête que je connais, elles ressemblent furieusement aux provençales chips d’Allauch. Mais non ! sur le paquet en grosses lettres noires, c’est bien marqué « Origine Pays basque ».

Donc, je regarde. Soigneusement. Je connais bien mon pays, je ne vois pas qui peut produire ça. Je trouve. Au dos du paquet, en petites lettres. C’est fabriqué à Aubagne, Z.I. de la Palud. Et donc, pas loin d’Allauch. Mais ça étend pas mal le Pays basque.

Intermarché sait bien ce qu’il commande. Il sait d’où arrivent les cartons et il sait ce qu’il y a dedans. Nous sommes donc face à une escroquerie patente qui vise à faire croire à l’acheteur qu’il achète un produit local.


J’avais plutôt confiance en Intermarché. C’est fini.

mercredi 13 septembre 2017

IRMA LA DOUCE


Il paraît que Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, aurait déclaré que, pour accélerer la reconstruction aux Antilles, il fallait alléger la réglementation.

C’est l’idée la plus conne de la semaine.

Aux Antilles, il y a deux dangers récurrents : les cyclones et les séismes. Ils ont du bol, les Antillais, les deux ne sont jamais survenus ensemble. Parce que c’est possible. Peut être pas au jour près, mais un beau tremblement de terre, trois jours après un cyclone, ça ferait mal. Et comme d’habitude on aura des journalistes et des politiques affirmer que c’est pas de bol.

Des cyclones, y’en a tous les ans, grosso modo entre aout et janvier. Grosso modo, parce qu’il y a quelques années Emmanuel (et donc le cinquième de l’année) a frappé en juin. Le cyclone n’est pas une science exacte. Et pourtant, c’est foutrement prévisible.

Donc, le petit frère d’Irma la douce, il se pointera dans un an, avec des vents à 250 m/h, et il foutra par terre tout ce qui n’aura pas été construit dans les normes. Et il y aura des trous du cul pour accuser la fatalité, ou la Nature ou le réchauffement climatique.

On est dans un vrai délire. Le seul bâtiment touché est la préfecure, bâtiment appartenant à l’Etat lequel se doit de montre l’exemple. A ce toit envolé, il y a forcément un coupable. L’architecte et son organisme de contrôle ? Les services techniques qui ont validé et choisi l’entreprise ? L’entreprise elle-même qui aurait (sait-on jamais ?) utilisé ce grand classique du grugeage, le sous-dosage du béton ? Si in fine, tout le monde a respecté les consignes, il reste le mec qui, à l’AFNOR a déterminé les normes. Lui, on est sûrs qu’il s’est planté. Il dira qu’il pouvait pas savoir alors qu’il est payé (grassement) pour savoir et qu’il a oublié ce vieux principe de constructeur « Trop fort n’a jamais manqué ». On peut imaginer qu’il a déterminé les normes pour aider à la rentabilité des entreprises du BTP avec lesquelles il a travaillé ou qui emploient ses copains de promo. Ça s’appelle le réseautage et c’est une des plaies de notre société.
Mais l’un dans l’autre, on est certains qu’il y a un coupable, qu’on peut l’identifier et le punir. Mise en danger de la vie d’autrui, c’est du pénal.

On ne règlera rien en baissant la barre Au contraire. Baisser les normes, c’est ouvrir la porte à d’autres catastrophes, à d’autres dégâts, à d’autres morts. Je vais donner une idée au Président Macron qui semble en manquer. Il devait de toute urgence créer un corps de contrôleurs sismiques qui iraient vérifier que les bâtiments antillais sont aux normes, surtout les plus récents. Vérifier avec compétence et sans céder un pouce. Et punir avec sévérité. En zone sismique avérée (ce qu’est l’arc antillais) ne pas respecter ces normes, c’est de l’assassinat pur et simple et la punition doit être à la hauteur du crime. Même si le coupable est.... Même. Surtout. Plus on pointe haut dans la hiérarchie, plus on est coupable car on a les moyens de savoir.

Et puis, c’est pas difficile de prévoir. Je me demande si on va pas se payer une nouvelle tempête historique en décembre. 1999, 2009, 2019 n’est pas loin. Ce sera une tempête tropicale en Gironde et en Vendée. Le système est simple. Une tempête comme Irma, elle se calme sur terre., l’océan ne lui sert plus de combustible. Après, elle dérive. Le plus souvent vers l’Est vu la rotation d la Terre et la force de Coriolis. Elle revient sur l’Océan où elle va pouvoir se recharger. Pas trop, l’eau est plus froide. Mais suffisamment pour venir taper Soulac-sur-Mer ou les Sables-d’Olonne. On n’a pas fini de voir des chouineurs sur les écrans.

Mais si ça arrive, faudra pas dire que c’est la faute à personne. Si moi, je peux vous expliquer comment ça se passe, c’est clair que le gouvernement bardé d’experts doit être au courant. Y’a même un ministre qui s’en occupe Il a fait quoi, lui, devant Irma ? Il a rangé sa planche à voile et interdit le diesel.On est vachement protégés.

Sans compter que si l’info est juste, Hulot, je m’attendais à ce qu’il prenne la parole et dise à l’autre « Arrête de dire des conneries » vu qu’a priori, il est le ministre de la protection à long terme et que les tempêtes, c’est dans sa valise.

Je regarde nos Présidents. De Gaulle, il était militaire et avait donc quelques connaissances géographiques. Pompidou, normalien, devait avoir quelques copains susceptibles de l’aider. Giscard avait pris avec lui Alice Saunier-Séité, jolie géographe (et ce n’est pas un oxymore), Mitterrand jouait finement de la rivalité entre Tazieff et Allègre.. Après, plus rien. La géographie disparaît du paysage intellectuel.


Et donc, on n’a pas fini d’en reparler……

vendredi 1 septembre 2017

CREATIFS ET PLAGIAIRES

« Ce que vous appelez un créatif, Madame, est un salopard qui se brosse l’ego sur les débris de mon histoire. » Elle est interloquée, la femme du pâtissier. J’étais entré pour acheter un saint-honoré. Chez un pâtissier, c’est la moindre des choses. Et la patronne me propose des machins style charlotte à la mangue. Moi, dans les gâteaux, ce que j’aime c’est la crème et les choux. Choux du jour, ça va sans dire. J’aime la pâtisserie qui appelle l’armagnac. La mousse exotique, ils peuvent se la mettre au cul. Quand je rentre dans une pâtisserie, ça doit me rappeler Madame Fernandez et ses belles doudounes à la sortie de la Cathédrale. Que ça sensualise de partout. Et donc la pâtissi§re maigre me regarde comme si j’étais une crotte de chien de manchon en laissant tomber de ses lèvres trop minces pour être honnêtes : « Vous n’aimez pas les créatifs ». S’attirant la réponse ci-dessus.

La femme du génie de la mousse exotique, elle s’imagine qu’en parlant comme une journaliste féminine, elle introduit la littérature dans l’antre du mauvais goût qu’elle dirige. Bien sûr que j’aime les créatifs, sauf les autoproclamés. Tiens, on va parler d’un créatif, un vrai, un petit pâtissier d’une petite ville pyrénéenne : Artigarède d’Oloron Ste Marie. Quand j’étais petit (entre Vincent Auriol et René Coty), comme on ne pouvait pas aller à Oloron tous les dimanches, on allait chez Arosteguy à Biarritz qui tenait en dépôt le gâteau-phare d’Artigarède, le Russe. Aujourd’hui, on en trouve partout. Tous les pâtissiers de la Côte ont copié le Russe d’Artigarède.

C’est la définition du créatif : le mec qui invente un plat (ou un gâteau) que tous vont s’approprier car il correspond à une certaine perfection.. Le MOF  (dans ce cas Mari de l’Odieuse Femelle)qui ne sait pas faire de saint-honoré, j’attends qu’il crée un classique, mais je ne suis pas sûr qu’il en soit capable. Faire joujou pour amuser le gogo, oui. Inventer un gâteau qui défiera les années, c’est autre chose. Parce que les gâteaux, c’est comme les livres, y’a plein de prédécesseurs et ceux qui savent comparent. Et ils voient bien qu’il y a les plagiés (les créatifs) et les plagiaires.

Puisqu’on est sur la Côte basque, restons y pour parler d’un autre créatif : en 1660, le pâtissier Adam offre un biscuit de sa création à Louis XIV, pour son mariage. J’étais chez Adam la semaine dernière et la brunette qi me servait me disait qu’il faudrait écrire l’histoire du macaron. Inutile. Elle tient en deux lignes : en 1660, Adam invente le macaron. Ensuite, il est plagié. Et pas qu’un peu. On a même, à Paris, le roi du plagiat : il s’appelle Hermé. Le mec, il reprend une recette qui s’approche de ses quatre siècles. Il remplace l’amande par des saveurs moins subtiles, il y colle des colorants modernes, et la piétaille des gueux s’extasie. Au point que le plagiaire, le geai paré des plumes des cons, est parfois appelé le roi du macaron. !!On rêve…..

On va me dire ce que j’ai déjà entendu, à savoir que je n’aime pas la nouveauté. C’est faux mais elle ne doit pas faire disparaître la tradition. Qu’un chef crée un nouveau plat me va, même en cuisine moléculaire. Ce qui ne me va pas, c’est que les vieux classiques disparaissent. Qu’on ne retrouve plus sur les cartes de poulardes en vessie à la Albufera ne serait ce que parce que j’aime bien Suchet. Et pour moi, les meilleurs, les MOF, ne sont jamais qu’une passerelle entre les meilleurs de tous les temps. Le concurrent de Ducasse, c’est pas Alleno, c’est Carême. Si vous ne pouvez pas comprendre ça….

Quand j’étais môme, le geai de La Fontaine, m’explosait de rire. Un piaf persuadé qu’il pouvait enfiler les plumes d’un autre….Ben voilà, on y est. Et tout le monde applaudit le piaf déguisé.

C’est pathétique de sottise et d’inculture…


On en reparlera…

lundi 28 août 2017

PAS FRANCS DU COLLIER

Il y a deux franchises : celles de francs et celle des franchisés. Peut on en déduire qu’un franchisé n’est pas franc ? Bien entendu.

Un franchisé est un imbécile. C’est un mec qui veut entreprendre mais qui en est incapable = trouver un créneau, un nom, aménager un lieu, identifier les fournisseurs, tout ça, il en est incapable. Il n’a ni le savoir, ni les neurones. C’est un gros balourd. Et donc, il va voir quelqu’un qui sait et il achète le savoir qui lui manque. Après quoi il va vanter les mérites de l’entreprise, cette entreprise qu’il a été incapable de créer. Les vrais cons osent tout.

Dans le meilleur des cas, le franchisé sait gérer. Il n’a aucun savoir sur le métier qu’il exerce, c’est inutile, le franchiseur sait pour lui.

A cela, on doit ajouter le terrible appauvrissement que les franchises imposent aux villes qu’elles envahissent+

Les franchises banalisent affreusement les centres villes et sont le fer de lance des zones commerciales qui enserrent nos cités. Les commerces de Pont-à-Mousson sont aussi ceux de Barcelonette, Guinguamp ou Mont-de-Marsan. Cet appauvrissement de l’identité est difficile à mesurer, car il s’agit d’attractivité. On peut simplement noter que les villes se banalisent dans leur offre. Tant qu’il s’agissait de vêtements, on pouvait hausser les épaules. Le mouvement s’étend à la restauration ce qui est nettement plus grave.

On a une indication dans le temps qui nous est donnée par les concessionnaires automobiles qui sont également un type de franchises. Le renforcement de leur puissance est allé de pair avec la disparition de dizaines d’ateliers de mécanique où des mécanos pouvaient entretenir un véhicule quel que soit sa marque et laissaient au consommateur une liberté de choix qui n’existe plus. La banalisation s’acoompagne d’un affaiblissement quantitatif et d’une perte de savoirs.

Mais ce qui est plus grave, c’est le détournement des flux. Dans le commerce, chacun le sait, la marge produit la richesse et le chiffre d’affaires n’a que peu d’intérêt. Englués dans des pratiques commerciales agressives, les franchisés sont encouragés à la réduction des marges qui va de pair avec une délocalisation des fournisseurs. On achète moins cher et plus loin. L’argent glané chez le consommateur local va irriguer d’autres territoires. Lorsque la table du jardin vient de Thaïlande, elle n’enrichit pas le menuisier béarnais ou provençal. Qui, de ce fait, n’aura plus les moyens de faire vivre son voisin maraîcher. Cerise sur le gâteau, une partie de ces flux sert à payer les redevances du franchiseur lequel se trouve rarement dans la rue d’à côté.

Non contents d’être incompétents, les franchisés se trouvent ainsi en position de parasites qui avancent à bas bruit, imposant les pratiques et fonctionnements délétères de la grande distribution. Lorsqu’on regarde les enseignes participant à un salon de la franchise (plus de 250) on s’aperçoit, non sans effroi, qu’aucun secteur n’est épargné. La franchise est venue renforcer le mouvement des succursalistes et des concessionnaires, le mouvement de destruction de l’entreprenariat individuel. Le quantitatif commande à nos vies et nous fait surfer sur la bosse de la courbe de Gauss.

J’avais, en son temps, été approché par des gens qui voulaient reproduire le modèle de ma librairie. Je n’ai jamais donné suite. Un magasin culturel, ce n’est pas un assemblage de statistiques. Aucun des impétrants n’avait la culture et le savoir pour me permettre de dupliquer la formule (pardon, on dit le concept). J’ai surement loupé une occasion de gagner de l’argent.

Mais pour ça, j’aurais du éduquer des cons. Et c’est épuisant.


On en reparlera….

samedi 19 août 2017

BOMBARDER BIARRITZ

Je me suis promené dans Biarritz aujourd’hui. Et j’ai retrouvé, face au Musée de la Mer, la plaque qui commémore le bombardement de mars 1944. Il va de soi que ça m’a fait penser.

Pas à cause des 117 morts. Non. A cause de la manière.

L’objectif était de rendre l’aéroport inutilisable. Pour ce faire, il y avait deux manières, l’américaine et l’intelligente. Comme toujours.

L’intelligente eut consisté à envoyer quelques avions dont certains auraient bombardé l’objectif avec des frappes qu’on qualifie aujourd’hui de chirurgicales. C’était possible, la RAF avait avions et pilotes pour ça. Les Allemands faisaient ainsi avec leurs Stukas. Sans parler des Japonais

Les Américains ont choisi la manière américaine…. Une escadrille de B 24 qui ont lâché un tapis de bombes dès la côte en vue au Port Vieux. Pas très efficace de surcroît. Les bombes tombées près du Rocher de la Vierge n’ont pas fait de mal à l’aéroport. Couper la jambe pour guérir le genou.

Je ne rigole pas. On peut toujours prendre un problème de deux manières, même si je pense qu’une seule est intéressante.

Quand on se trouve face à un corpus, la meilleure manière de faire est de chercher les signes pertinents, ceux qui vont conduire à la solution. Ils sont le plus souvent rares, cachés. Ils demandent savoir, intelligence. Pour un médecin, c’est distinguer dans une cohorte de plusieurs milliers, les deux ou trois cas sur lesquels se concentrer. Mais c’est aussi le cas pour un assureur : trouver dans quelques milliers de sinistres, ceux qui parlent.

Bien entendu, les gens capables de ça sont rares. Comme le pilote capable de détruire un pont au milieu des obus de DCA. Comme le généticien qui va s’attaquer à une allèle signifiante. Et donc, comme ils sont rares, on les remplace par des troupes de brèles, statisticiens ou actuaires,  chargés de baliser le terrain. Un bel exemple fut le séquençage de l’ADN au tournant des années 2000. Le gouvernement américain avait mis sur le sujet des dizaines d’équipes avec quelques millions de dollars et un objectif à 5 ans. Un an plus tard, un homme, Axel Kahn, avec son équipe du Généthon, avait terminé. La science américaine était ridiculisée. L’histoire est connue de tous et pourtant, personne n’y pense.

Comme les gens intelligents sont rares, au lieu de les chercher, on cherche à les remplacer. C’est le bombardement de Biarritz que je pense très caractéristique d’une vision épistémologique qui consiste à analyser beaucoup pour penser peu. C’est la pensée Google : si tu as 3 millions de followers, tu as raison. Si tu vends beaucoup, ton produit est bon…

Celui qui est mal, c’est Galilée…

On en reparlera…



mercredi 16 août 2017

TOURISTES, NATURE ET CULTURE

Bayonne, Porte d’Espgne. Ils sont six, c’est une petite rondouillarde qui parle :

« Ouah, c’est juste trop beau… On va faire une vidéo, on part de là, on suit là… »

Je peux pas m’empêcher :

« Vous laisserez une pièce pour le décorateur ? »

Etonnement, stupéfaction. Le décorateur ? Quel décorateur ? Ben le mec ou les mecs qui entretiennent le décor, qui le nettoient, qui mettent des fleurs dans les vasques. En général, on dit le contribuable. Les gamins, ils me comprennent pas bien. Je suis obligé de faire le vieux con pédagogue. De leur dire que depuis que ça a été construit, il a bien fallu entretenir, reconstruire des fois, réparer, repeindre les volets, entretenir les plantations, bref, dépenser des sous pour le décor de leur vidéo dont ils seront si fiers sur Fesse de Bouc. Ben oui, mais ça vous rapporte. A moi ? Non, ça me coûte. Comme à mon père, à mon grand père, à tous mes aïeux (17 générations dans la même ville, ça fait des sous en euro constants). Les mômes, ils sont dans un camping sur la côte landaise, ils fastfoudent non loin de la guitoune, ils trouvent que le Pays basque c’est pas cher. Ben, quand tu payes pas, c’est jamais cher. Bon, on est chez les rats..On connaît.

Par contre (non, en revanche, juste pour Cécile), ce qui me troue le cul, c’est qu’ils puissent imaginer qu’une ville historique ne coûtait rien. Ben oui, c’est construit, c’est construit…Comme une forêt. Ben non, dans une forêt, y’a des gens qui travaillent, qui coupent des arbres, qui en replantent, qui nettoient. Une forêt aussi ça coûte. Et même un champ. Des que des hommes travaillent, ça coûte. Pour que tu puisses faire ta belle photo qui te vaudra l’admiration des amateurs de cartes postales, de l’argent est dépensé et c’est même pas par toi. Tu prends. Qu’est ce que donnes en échange ? Et surtout en équivalence ? Nous, on te donne de l’histoire, de la beauté, du savoir. Toi, tu crois que le fric suffit. Je repense à ce brave Café qui avait viré un mec de son bistro en lui disant : « Tu m’as acheté un verre, tu l’as eu. Tu n’as pas acheté mon amitié, mon attention, mon goût pour Pradera. Alors, ton verre, je te l’offre et tu dégages ».

A force de faire du fric l’étalon des relations humaines, on en est là. Tout ce qui fait la réalité d’un paysage, les générations qui se sont suivies, les gens qui ont cherché à mieux faire, tout ça est gommé. Le voyageur est devenu touriste, c’est à dire consommateur d’émotions, pas de savoir. Avec un consumérisme arrogant, où on rogne sur tout, sauf sur les stéréotypes. On explique à l’indigène ce qu’il doit penser et savoir de son pays, mais on refuse de payer ce qu’offre ce pays.

Trente ans que je suis dans le tourisme. Mon premier Guide Bleu, je l’ai écrit en 1981. Aujourd’hui, on fait confiance au Petit Futé. Et parfois, à pire. Le niveau moyen de l’information touristique, c’est un catalogue de tour operator. Pas qu’ils soient tous mauvais. Mais aucun n’est bon, aucun ne met en avant ces deux mamelles de l’écriture touristique : la géographie et l’histoire. Là, ça commence à coincer. L’indigène se rebiffe. Quand l’allochtone permettait à son village de vivre, de préserver des maisons, de maintenir des emplois, l’indigène acceptait  les nuisances. C’est fini. Le touriste fréquente les épiceries qu’il connaît, les magasins qu’il a chez lui. La vague des nuisances engloutit la plage des bénéfices.

Pire encore, on transforme les lieux touristiques en berceaux de domestiques. On ne forme plus pour créer ou pour inventer, on forme pour servir. Servir est une activité noble quand le servi ennoblit son serviteur. Mais quel ennoblissement attendre de la plupart des servis ? Ils ne trouveront jamais Vatel chez McDonald


On en reparlera….

jeudi 10 août 2017

LE TERRIER DES RATS

Internet est un trou à rats… Tous les rats, les radins, les matois, les sans-classe s’y retrouvent, s’y pressent, s’y reproduisent.

Neuf messages sur dix sont là pour expliquer que le scripteur est plus malin car il a trouvé…moins cher !! Personne, jamais, n’analyse l’offre, le produit, le service. Le rat ne parle que de fric. De fric économisé et aucun n’imagine renoncer à sa dépense qui lui ferait gagner bien plus encore. Les rats se ruent vers Hubert, Couillaque, Bouquingue ou Rbiyandbi. Ils hurlent pour les 5 euro d’APL sucrés par Macron sans dire que  s’’ils favorisent ceux qui s’échappent fiscalement, y‘a plus de fric pour payer le social. En plus, ils donnent des leçons : la France croule sous les charges qui pénalisent les créateurs.. Mais les créateurs bénéficient de la sécurité sociale et peuvent soigner leurs insignifiantes maladies ou les bobos psychologiques de leurs gosses (bobos dont ils sont généralement responsables). Mais voilà : un bon créateur ne veut pas payer les charges qui l’aident à se soigner.

On en a déjà parlé. Je ne donne pas les liens hypertextes…. Cherchez et vous trouverez, feignasses !

Internet, c’est les 4 par 3 des centres commerciaux, ces trucs qui ne parlent que d’une chose : le prix. Le prix, le degré zéro de la communication commerciale. Degré zéro utilisé par les cancres de la commercialisation. Quand j’étais libraire et que je formais des jeunes gens, je leur expliquais doctement (non, j’étais virulent, mais c’est moins joli dans la phrase) que les Pléiades étaient les livres les moins chers. Naturellement, les jeunes cons réagissaient. Il me fallait donc leur expliquer que ce qu’on doit dépenser pour la Comédie Humaine en poche est bien supérieur au prix en Pléiade qui offre de surcroit un texte vérifié, un appareil critique, une reliure qui passe le temps et une typographie impeccable. Après, j’étais moins gentil.

Un Pléiade, c’est le prix le moins cher à la page de l’édition française. Tous ces jeunes cons vérifiaient le prix au kilo de leurs saucisses, mais n’avaient pas l’idée de faire la même chose pour Balzac ou Zola. Ajoutons qu’on n’achète pas Zola pour le lire une fois, dans un train de banlieue et que, reporté à plusieurs lectures, le prix à la page devenait epsilonique dans la mesure où la durée de vie d’un poche ne dépasse pas ce que vivent les roses.

Je sais gré à la jeune fille qui me dit un jour : « Oui, mais ça fait vieillot ». Ben voilà, ça devait être dit. On parle de prix mais le prix n’est pas l’essentiel.

J’y ai repensé récemment, dans un bouge loué par Bouquinge. Il me fallait un hôtel près du lieu d’une soirée entre copains. Plus près, selon Bouquinge, pas possible. Moi, je pensais que je sortirai calciné comme un cierge lourdais, j’ai pris. Sauf que ma piaule était au quatrième sans ascenseur. Un escalier qu’avec trois grammes, tu peux même pas le regarder. Bon, j’ai assuré. En fait, le client du site, c’était pas moi.. c’était l’hotelier vu que c’était lui qui payait la commission.

Après quoi, on m’a demandé mon avis. J’ai répondu n’importe quoi. J’ai donné mon avis sur des centaines d’hôtels mais j’étais payé pour ça. J’avais un boss et une équipe pour me contrôler, contrôler mes avis et mes infos. Alors, Bouquinge qui me demande mon avis gratos, ça me fait rire. En plus, ils veulent mes photos. Gratos. Ils se touchent ou quoi ? Je vais leur donner des dizaines d’heures de vérifications d’hôtels pour rien ? Après tout, j’ai été baisé, que d’autres le soient aussi, ça me plait. On est dans une tribu, non ?

Sur moi, Bouquinge m’a rien demandé. Je suis un acheteur comme les autres. La com’, connard de Bouquinge, ça commence par définir le lieu de parole de celui qui parle. Tu t’en fous. Et bien, moi, je me fous de toi. Au bout du bout, tu finiras par tout niveler. Pas grave, statistiquement, tu trouveras une justification.

Nous sommes tous égaux dans la critique disent les sites Internet. Pour Tripadvisor que tu ais fait une école hôtelière, ne te donne aucun avantage. Aucune compétence. Youpi ! Nous sommes tous pareils. Egalité parfaite. Ressenti parfait. Millau vient de mourir. Reste plus que Gloaguen, mais lui, il s’accroche. J’aime bien, il est lié à ma jeunesse. Mais il ne sait plus que je l’aime bien.

Au fait…Et s’il était le père des rats ?

On en reparlera….



mercredi 9 août 2017

LE TOURISME ET LES FLUX

A nouveau le même débat : le tourisme est-il ou non une richesse pour une ville ? L’argument est toujours le même : un touriste dépense en moyenne 100 euro/jour. On me donne en exemple une ville qui reçoit 30 000 touristes/jour en me disant que ça fait  3 milllions d’euro par jour. Bien entendu, c’est totalement faux. Ce sont juste des chiffres pipeautés élaborés par des économistes au rabais, le plus souvent avec une visée politique.

Ce qu’un touriste dépense par jour englobe tout, mais ça n’a aucun intérêt.. Ce qui compte ce sont les marges. Ce sont les marges qui restent dans la ville. Exemple simple : un plein d’essence peut coûter 100 euro. La station locale va gagner 10 euro, le reste repartira chez Total ou Esso.

Personne ne peut discriminer LE LIEU de la dépense. Si le touriste visite Biarritz en vivant dans un camping à Bidart, nous ne disposons d’aucune statistique fiable mais il est clair qu’il n’aura pas dépensé son budget dans la ville qu’il visite. Il est tout aussi clair qu’il utilisera les infrastructures (les investissements) prévues pour ceux qui y dorment (parkings par exemple). Le touriste est volontiers parasite.

Ajoutons que l’important, dans ce qui reste, c’est la destination finale de l’argent. Les dépenses sont des flux. L’hôtelier qui reçoit 100 euro va en dépenser une partie dans sa ville. L’autre partie (la commission de Booking, par exemple) file ailleurs. Comme filent ailleurs les redevances des franchisés, les bénéfices des supermarchés ou l’achat de l’essence.  Et donc, même la marge est un paramètre flou puisqu’une partie de la marge sort des rentrées locales. En clair, la ville concernée est loin de bénéficier des dépenses engagées par le visiteur.

Du moins, pensera l’économiste simplificateur, cela crée des emplois…Oui. Le plus souvent occupés par des banlieusards, fiscalisés ailleurs. Car chaque ville a sa banlieue où vivent ceux qui n’ont pas les moyens de vivre dan le centre d’un phare touristique. Ce sont aussi ceux qui vont engraisser les bénéfices des supermarchés et des stations service.

Je ne connais aucun exemple d’une telle analyse…Personne ne l’a faite car elle n’aurait pas de portée générale alors que statisticiens et économistes ne rêvent que de modèles applicables à Bayonne comme à Uzès. Mais c’est pas comme ça que ça marche.. Par contre, si on commence une telle analyse sur un territoire précis, on ne tarde pas à s’apercevoir que le tourisme ne rapporte pas tant que ça. Sauf à l’Etat dont la redistribution pourrait être revue.

Travailler sur des moyennes est de la dernière stupidité. J’ai le souvenir de la phrase du grand maire d’une grande ville touristique qui m’avait dit : « Faire une place de parking me coûte le même prix que l’on y gare une Clio ou une Mercédès. Mes électeurs préfèrent y voir des Mercédès ». C’est rudement dit, mais ça recouvre une réalité qu’on peut contester politiquement, pas économiquement. Accepter des franchises bas de gamme dans un centre ville n’y fera pas venir les clients dépensiers. Au contraire, ça revient à installer des répulsifs.

On a ce problème en ce moment à Bayonne avec les Fêtes. Nous dépensons près de 3 millions d’euro pour permettre à des dizaines de milliers de visiteurs de venir faire la fête. Pour quel bénéfice ? Il y eut un temps un bénéfice d’image. Je le sens en voie de disparition. Quand on accepte d’un cœur léger une société à deux vitesses, on accepte du même coup que le mélange ne se fasse pas.

Tout ceci pose la question de ce qu’on vend…Car le tourisme, c’est de la vente… Si tu vends de la plage, tu te positionnes face à la Croatie ou à l’Ile Maurice..Si tu vends de la cathédrale gothique, y’a moins de concurrents.. Moins de clients aussi, mais ils fonctionnent différemment…Et ils n’ont pas la même carte de crédit dans le larfeuille. Chacun fait son choix. Pour faire simple, tu es dans le camp de Carrouf ou dans le camp de Vuitton. Je sais, c’est pas bien. Faut pas être élitiste…mais quand je regarde et que je vois que tous mes copains connaissent autant La Roque d’Antheron que Bayonne, je me pose des questions.

C’est ça, mon problème…Je me pose des question alors que tout le monde a des réponses.


On en reparlera…

jeudi 3 août 2017

LA SANCTION

Je l’aime bien. Je la connais depuis longtemps. Cursus brillant, études internationales, mondialisation acceptée voire revendiquée… Et l’informatique comme phare…Bref, tout ce que je ne suis pas. C’est pour ça que j’aime parler avec elle. Elle me sert de profondimètre, de mesure pour mes lacunes.

Ce soir, ça roulait sur la responsabilité, étymologiquement, la capacité à répondre de ses actes. Ma jeune cadre est une farouche partisane de la responsabilité, surtout en cas de succès. Face à l’échec, elle est, comment dire, plus réservée…

Le sujet du jour, c’est encore la SNCF. On en  déjà parlé. Ma jeune amie me dit, méprisante, que je ne me rends pas compte de la complexité de la tâche. Parfaitement exact. En revanche, les mecs chargés de cette tâche, la complexité, ils la connaissent. Ils ont été engagés pour ça. Le plus souvent, ils ont postulé. Quand tu postules, c’est que tu te juges capable d’assumer. Ils ont négocié leur salaire comme une preuve de leur capacité. Là, ils se sont plantés.

« Ouais, mais il y a des aléas » rétorque la minette. Ben oui. Y’a toujours des aléas. Tu commandes un bateau, paf ! tu te prends la tempête du siècle. Le chef, c’est celui qui maîtrise les aléas. Sinon, c’est pas un chef…Des fois, c’est con, un aléa. Je me souviens d’un camion renversé après avoir quitté l’imprimerie chargé des couvertures d’un hebdo célèbre. Le responsable de fab s’est tapé un infarc sur le coup. Une semaine de ventes loupées, plus les indemnités aux annonceurs, c’est du lourd dans le budget. C’est vrai que le mec, il pouvait pas prévoir la plaque de verglas. Mais il pouvait prévoir deux camions pour limiter le risque.

Le vrai problème n’est pas là et les citoyens le savent. Qu’un manager soit surpayé, tout le monde peut le comprendre, surtout si le succès est au rendez-vous. Mais en cas d’échec ? Quelle est la sanction ? Ben, en général, on tapote la tête du planté et on le recase dans un autre poste.

A vrai dire, les cadres de la SNCF, je m’en tape. Celui qui m’intéresse, c’est Guilaume Pepy. Lui, depuis 1988, il cumule et accumule les postes de responsabilité. Trente ans ! Trente ans durant lesquels, les trains arrivent de moins en moins à l’heure. Trente ans à choisir ses collaborateurs. Trente ans à voir bouger les choses. Lui, il peut pas dire qu’il a des trucs à découvrir. Il a participé à tous les choix, il  a pris toutes les décisions. Et après trente ans, il se découvre dépassé par le merdier de dimanche dernier. Nous prendrait ils pour des cons ?

Depuis trente ans, ce mec a postulé, intrigué, manipulé pour arriver au sommet. Sa carrière montre ses choix. La vraie question est : que risque t’il ? Quand il réorganise, modifie, choisi,  que risque t’il ? La réponse est : RIEN.

Eventuellement, perdre ses 400 000 euro de salaire, mais ça ne fera pleurer personne. Personne n’a discuté de son salaire en cas de succès, personne n’a imaginé l’échec.

Et donc, Monsieur Pépy peut faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut. Qu’on le veuille ou non, ce mec est un irresponsable car il est inaccessible à la sanction. Les citoyens le savent, surtout les cheminots.

La responsabilité, c’est ça : des bons points quand tu gagnes, le martinet si tu perds. Nous voyons bien que certains sont abonnés aux bons points et nous aimerions voir leurs fesses rougir sous la morsure du martinet. Mais non, impossible…On appelle ça un fonctionnement oligarchique.

Moi, y’a qu’un truc qui m’emmerde vraiment.. Pepy appartient à la promotion Louise Michel de l’ENA. On peut imaginer ce que la bonne Louise aurait écrit sur lui.


On en reparlera…

mardi 1 août 2017

COLETTE ET LE DROIT DU MACAQUE

On touche le fond…


Reprenons. Un photographe animalier bosse sur une population de macaques indonésiens. Il les accoutume, leur file ses appareils et l’un des macaques fait un autoportrait dont les réseaux sociaux s’emparent. C’est vrai que c’est une photo sympa. Là, où c’est moins sympa, c’est quand la photo est pillée et publiée et que le mec touche pas une thune au motif qu’il n’est pas l’auteur de la photo. Celui qui a appuyé sur le bouton, c’est le singe et donc l’auteur, c’est le singe. C’est lui qu’on doit payer….

Déjà, là, on est en plein délire. Le photographe est quand même celui qui a rendu la photo possible. Filer un droit d’auteur qui est un droit de propriété intellectuelle, c’est à dire un droit patrimonial à un macaque, faut oser. Ils ont osé…..Et ils ont gagné…..

Et donc, moi, je me tourne vers ma copine Colette. Colette, tu es juriste. Tu es tellement juriste que tu es intervenue pour faire voter une loi qui accorde aux macaques un droit à la sensibilité. Est ce que tu t’es rendue compte que tu ouvrais une porte ? Parce que ton droit à la sensibilité, il va pas tarder à devenir un droit à la créativité. Voire un droit à l’image. Qu’on pourra conduire dans les prétoires un photographe taurin dont les images auront choqué la sensibilité d’un Miura, de surcroit privé du droit sur son image ?

Je déconne ? Non. Le macaque ci-dessus, il a trouvé des défenseurs. De vrais, beaux, purs défenseurs. Qui vont en justice pour défendre ses droits. Et qui, affirmant qu’ils le représentent, demandent à toucher ses droits. Beaux et purs jusqu’au portefeuille inclus. Le propriétaire de l’appareil et de la péloche, il a tout perdu. Une association de connards décérébrés qui n’ont jamais rien su faire l’ont dépouillé.

Alors, imaginons. Imaginons un procès intenté par des collectivistes anticorridas au nom de la sensibilité des bovins ibériques. En s’appuyant sur le précédent du macaque, ils vont réclamer des sous pour compenser une sensibilité violée. Tu vas l’avoir ta notoriété Colette. Pas exactement comme tu prévoyais… Parce que tu as cru à la sincérité des protecteurs des animaux et que tu as refusé de voir que leur fonctionnement est un fonctionnement purement marketing pour récupérer des adhérents, des cotisations, des aides, des legs, bref du fric et du poids médiatique ou des électeurs. En enlevant les animaux de la catégorie des meubles, tu as ouvert la boîte de Pandore, espérant gratter quelques voix pour assurer ta réélection. Tu es assez jeune pour contempler le résultat de ton action. A moins que tu n’aies prévu de devenir l’avocate spécialisée de la sensibilité animale, une sorte de Collard du poulet en batterie.

Voici quelques années, le droit à l’image était lié à la propriété du support. Les grandes agences fournissaient leurs photographes en pellicules. Propriétaires du support, elles étaient de facto propriétaires de l’image. C’était trop simple mais surtout l’investissement modeste ne faisait pas le poids face aux sommes payées par les médias. Les photographes se sentaient lésés et ils l’étaient. Mais ils étaient aussi mieux protégés. A vouloir se protéger juridiquement, on s’affaiblit. Nous avons accepté que tout un chacun se croit photographe, nous arrivons au bout : un macaque a droit à la propriété intellectuelle, notion pervertie et qu’il faudra bien un jour discuter. Si un macaque y a droit, un enfant de trois ans aussi. Lors du divorce, c’est papa ou maman qui va gérer les droits ?

Dans propriété intellectuelle, le syntagme important, c’est « intellectuel » qui suppose une formation, une réflexion, une préparation, une expérience. Mais c’est « propriété » qui assure le fric. Ce n’est pas nouveau. Déjà des dizaines d’éditeurs ont eu à lutter contre des ayants-droit ou des veuves abusives contrôlant une œuvre à laquelle ils n’avaient aucune part pour s’assurer des revenus.

J’ai décidé de ne plus photographier les chats de mes enfants. Ces saloperies qui chient dans le jardin, qui collent des poils partout et qui ruinent le budget en croquettes hors de prix, pourraient me demander un droit à l’image. Si pas eux, leurs ayants-droit, surtout auto-proclamés. Les fabricants de calendriers publicitaires devraient se méfier. Entre les chatons sur coussins brodés et le regard humide de bovidés au pacage, leur budget risque d’exploser. Depuis le temps qu’ils  exploitent leur sensibilité. Ou la nôtre.


On en reparlera….

mercredi 26 juillet 2017

PRIVÉ-PUBLIC

Qu’est ce qu’un lieu public ? En premier lieu, un lieu appartenant à la puissance publique, un bâtiment officiel. Tout comme un lieu privé est un lieu appartenant à une personne privée.

La différence est fondée sur la qualité du propriétaire. C’est clair, simple et indubitable.

Or donc, voici que, depuis des années, cette différence a été gommée, par l’Etat lui même. Est considéré comme public, tout lieu susceptible d’accueillir du public. Ce qui n’est à l’évidence, pas le cas. .Certains lieux sont des lieux privés susceptibles d’accueillir du public. Tous les commerces, par exemple.

Le commerçant est un homme libre. Cette liberté inclut le choix de vendre ce qu’il veut, à qui il veut, dans les conditions qu’il détermine librement.

Bon, moi je ne m’intéresse qu’aux biens culturels. Les livres, pour lesquels j’ai quelque expérience, mais ce peut être la gastronomie, par exemple. Premier point : il y a des gens qu’on n’a pas envie de servir. C’est pas une question de couleur ou je ne sais quoi. C’est des gens qui te parlent mal. Le mec qui entre chez toi et te dit pas bonjour. Ouais, c’est pas important… Ben si…Moi, le mec qui entre chez moi et me dit pas bonjour, je veux dire normalement, poliment, en français correct, il peut aller crever ailleurs. Moi, je suis un commerçant normal, pas une grande surface à la con. Tu entres, tu enlèves ta coiffure. Ben oui, les codes de la politesse imposent que tu enlèves ton chapeau ou ta casquette. Tu me trouves ringard ? Tu vas ailleurs. Si tu veux pas de mes codes, tu veux pas de ma marchandise. Je te rejette pas. C’est toi qui me rejettes en rejettant mes codes.

C’est toi qui veux m’entraîner dans un monde qui n’est pas le mien. Un monde avec tes horaires, tes envies, tes produits. Moi, je décide de mes horaires, de mes envies, de mes produits. Si ça te va pas, tu vas ailleurs. Tu peux hurler ou pleurer que c’est chez moi que tu veux venir. Tu viens. Mais à mes conditions. Tu refuses de me vendre ? Oui, la loi m’y autorise, si j’ai un motif légitime.Par exemple, si tu te pointes hors de mes heures d’ouverture. En ai-je vu débarquer à 18 h 58, me prenant pour un con avec des explications pourries.. Surtout le samedi, les bras chargés de sacs venus d’ailleurs. J’avais une raison toute prête : vous avez jugé que les achats faits ailleurs étaient prioritaires, tant pis pour vous, j’aime à être en tête de la liste de courses, on a sa fierté... J’en ai juste pour cinq minutes.. Raison de plus : acheter des livres, c’est sérieux, ça se fait pas en cinq minutes, il faut qu’on parle, qu’on échange. Si vous méprisez ainsi le livre, nous n’avons rien à échanger.

Mes clients, les vrais, les fidèles, ils savaient. Ils me pardonnaient tout et je le leur rendais bien… Un commerçant vend un produit. Pas de l’amour ou de la compassion. A fortiori de la compréhension. Ça, c’est en plus, ça se facture pas, c’est si je veux bien. Si tu le mérites. C’est vrai qu’il y a une dimension non-monétaire du commerce mais rien ne la réglemente. Si tu veux que je te comprenne, commence par me comprendre. On appelle ça vivre en société.

C’est basé sur rien. Un feeling, une parole. C’est quasi une relation amoureuse. Non tarifée. Un jour, je vous débarquer un jeune et beau mec qui voulait acheter des cartes pour faire le rallye Abidjan-Nice. On parle, il était un peu largué, il ne connaissait rien à l’Afrique et rien aux cartes. Il soulignait ses lacunes, en demande de connaissances autant que de papier. A la fin, deux ou trois heures après, je lui ai fait cadeau de ses cartes. Le budget était pas énorme, le cadeau pas somptueux, mais il n’a jamais oublié cette après midi. L’année suivante, il créait le Paris-Dakar dont il me nommait cartographe officiel. J’étais devenu copain avec Thierry Sabine. Comme on peut l’imaginer, le cadeau a été remboursé au centuple mais ça ne comptait pas. Thierry a eu des dizaines de propositions pour me remplacer, il a toujours tout rejeté. On avait cette après-midi entre nous que rien ne pouvait acheter. Car, contrairement à ce qu’on en a dit, Thierry n’était pas vénal.

Le commerce, c’est ça. Pas un échange de biens contre un chèque sous le regard froid du Code de la Consommation.

Après, il y a toujours des caguemerdes pour pourrir le jeu. Restau bayonnais. J’y déjeune, comme souvent. Entre un couple avec un gosse d’une dizaine d’années. Ils posent sur la table, bien en évidence le guide qui affirme que l’apéro sera offert sur présentation du dit guide. Le patron offre donc l’apéro. Trois apéros. Et la petite famille commande UN repas en demandant que l’entrée soit servie à Madame, le plat à Monsieur et le dessert au gniard. Ils se croyaient malins : trois apéros pour un menu du jour. Le patron les a virés en leur offrant leur apéro. Avec dignité et fermeté. Ils sont partis la rage aux lèvres affirmant qu’ils allaient écrire à l’éditeur et qu’on allait voir ce qu’on allait voir.

C’est pour ça que les consuméristes me gavent. L’utilisation de la loi pour faire chier les petits commerçants sans s’attaquer aux gros poissons.. La non-prise en compte des petites ruses mesquines qui détruisent le lien commercial. L’acceptation des escroqueries intellectuelles comme ces innombrables « poissons de la criée » qui fleurissent en bord de mer même quand les poissons arrivent en camion d’une criée située à 200 kilomètres.

La destruction du commerce de proximité par l’e-commerce est une catastrophe car cela ramène le commerce à sa dimension in-signifiante : le prix.

Mais, il faudra en reparler


lundi 24 juillet 2017

PARLONS DES ECOLOS

Ça me revient et j’ai envie d’en parler… C’était dans les années 2000. Je faisais dans l’édition écologique, je publiais des livres d’histoire naturelle, pas d’écologie. Des trucs imbittables sur la mémoire chez les corvidés ou le relevé des espèces avaires dans la forêt de Fontainebleau… Nicolas Hulot soufflait dans son micro… Forcément, j’avais plein de copains dans les facs..et ailleurs. Comme Jean-Philippe Siblet. Lui, il était facteur. Quand je l’ai édité, qu’est ce que j’ai pas entendu !! C’est qu’il était pas dans le sérail, Jean-Philippe. Je vous rassure, il y est. Il gère la biodiversité au Muséum. C’est comme ça qu’on apprend qu’on a de la vista, qu’on sait juger les hommes.

Il y avait un problème en Guyane. Il fallait produire du propergol à Kourou pour servir de carburant à la belle Ariane. Jusque là, le propergol il naviguait de Bordeaux à Cayenne et tout le monde craignait le naufrage. Produire sur place devenait logique. Mais voilà, pour ça, fallait de l’électricité. Et donc, on a nommé une commission scientifique. Je me souviens, nous les herpétologues, on avait désigné Jean Lescure. Impeccable ! Vingt ans de travail sur l’herpétofaune guyanaise, CNRS, Muséum. Y’avait aussi Jean-Pierre Gasc, il me semble. Même profil.

Et donc, la commission scientifique, elle a conclu à la nécessité de construire une centrale nucléaire.. Hou là !!! La réaction fut à la mesure de la conclusion. Du nucléaire !! Alors qu’il n’y avait aucune centrale en Amérique Latine !! Z’étaient fous les universitaires. On a donc déplacé le problème du champ scientifique vers le champ politique et EDF a construit le barrage de la Sinnamary, plus connu sous le nom de barrage de Petit-Saut. Je me souviens de copains vent debout.. Comme ce cher Exbrayat, spécialiste européen des Cécilidés. C’est des sortes d’amphibiens apodes qui vivent dans l’humus de la forêt amazonienne. Mal étudiés les amphibiens et mal connus. Exbrayat, il avait calculé qu’on allait rayer de nos connaissances un beau paquet d’espèces mais, à l’époque, tout le monde se foutait de la biodiversité. Chaque spécialiste hurlait à la destruction du biotope pour ses petites bêtes

Mais, tu sais ce que c’est ? Quand tu fais traiter un problème par les ignares, tu as une solution qui plait aux ignares lesquels sont plus nombreux que ceux qui savent. Et donc, l’opinion publique, composée de même, donne raison aux cons. Lesquels, en l’occurrence, étaient peints en vert.

Vint ans après, on peut faire le point. En zone tropicale, sous l’effet conjugué de la chaleur et d’une abondante biomasse, les retenues d’eau agissent comme un réacteur à produire du méthane et autres gaz à effet de serre. Le barrage de Petit-Saut en produit autant qu’une centrale thermique. Ha oui ? Oui.

Le barrage a noyé 400 km2 de forêt tropicale. Ce qui a disparu, on ne sait pas, vu qu’aucun inventaire exhaustif n’avait été fait. Mais ce ne sont que des insectes, des amphibiens, des choses qui n’intéressent personne, et surtout pas Brigitte Bardot, l’icône ridée des mémères à chat. Y’a aussi des plantes, mais ça…Monsanto s’en fout. Du moins, c’est bon pour les poissons.. Même pas. Le préfet vient de limiter la pêche dans le lac de retenue. L’eutrophisation excessive a fait baisser la « ressource halieutique », comme ils disent. Sympa, pour les Guyanais qui vivent du poisson. En aval, la population piscicole a également baissé du fait du manque d’oxygénation de l’eau.

EDF avait organisé une belle opération appelée Arche de Noé pour montrer des mecs récupérant des mignons singes pelucheux et des oiseaux bellement coloriés. Ça fait du bien à l'image. Les mygales, on s'en fout.

Dernier point : le barrage ne suffit plus à assumer les besoins guyanais. Je vous rassure : malgré le désastre écologique constaté, ils n’envisageront même pas la solution nucléaire.

J’adore cette histoire….Elle marque bien la connerie dont nous sommes capables quand nous ne faisons pas confiance aux spécialistes formés par la République. Quand nous leur préférons les histrions formés à notre manipulation.

Et moi, je vais perdre quelques copains. Un apologiste du nucléaire, c’est quasi pire qu’un pédophile…


On en reparlera…

dimanche 23 juillet 2017

LE FARDEAU DES GÉOGRAPHES

C’est sur leurs épaules et ils ne peuvent l’ôter. Ils ne peuvent même pas en parler sans être voués aux gémonies…. Alors, ils ont la parole honteuse et mesurée, ils avancent à bas bruit, ils se cachent derrière le vocabulaire et les statistiques. Comment peuvent ils dire ?

La géographie est inégalitaire.

Voilà, c’est dit. Et quand c’est dit, on fait quoi ?

Au pire, on se transforme en aménageurs pour trouver les rustines dont les gouvernements ont besoin.. Faire croire que le Progrès va régler les problèmes que le Progrès a ajouté aux conditions premières. On a un bel exemple en Europe avec les Pays-Bas. Rien que le nom, ça t’encourage pas à émigrer…Voilà quelques siècles qu’ils se battent contre l’inondation…Avec le Progrès général, le réchauffement climatique leur promet le bain de cul pour pas longtemps. Et donc, ils poursuivent, ils progressent, avec l’idée qu’ils vont gagner. Progrès contre Progrès… On verra….. Moi, je doute…mais c’est ma nature…

Le géographe, il peut pas dire que le natif du Mali risque plus de crever de faim que l’indigène de Normandie. Ou alors avec plein de circonlocutions. Vous verrez jamais un géographe parler cash. Dire : « Ben, c’est pas de pot, t’es pas né au bon endroit…. » C’est pas un hasard si les migrants du 18ème, ils viennent de la corne de l’Afrique et du Soudan du sud. L’Afrique est pas riche, mais l’Erythrée et le Soudan, c’est le pompon. Dis pas ça… Tu as tout de suite un zigue pour te dire « Oui, mais il a droit…. ». Oui, il a droit de crever ou d’émigrer. Les deux, parfois…..pas en même temps.

Ça, c’est le constat. Suit la question. Est ce que le fait d’être né dans un endroit merdique donne le droit d’aller ailleurs ? Surtout, si c’est chez moi….Moi, j’ai du bol, je suis né dans la plus belle région du plus beau pays du monde. Et  j’ai pas envie de partager .. Mais c’est pas bien ! Salaud ! Egoiste….

Oui..Egoiste. Et alors ?  Tu me fais la morale..Tu partages, toi ? L’égoisme, c’est le vilain nom de la survie. Avant de m’engueuler, dis moi ce que tu partages. Ton appartement ? Ta voiture ? Ta femme ? Ton boulot ? Tes économies ? Ben, tu vois. Ce que tu partages, c’est tes idées. Moi aussi. J’en ai pas trop, alors c’est facile. On peut avoir des postures, style BHL. Mais le partage, le vrai, personne n’y va. Même pas BHL…

La géographie est mère de l’égoisme Quand t’es Teuton installé dans le Mecklembourg-Poméranie, tu rêves de Provence. Tu tentes…Trois fois en moins d’un siècle mais ça marche pas. Et donc tu fais l’Europe. Moyen délicat et politique de mettre la Provence chez toi. T’es tranquille. Les fils de Pagnol, la Baltique, ils envient pas. D’ailleurs, personne n’envie. Mais tu viens d’annexer le pays où le citronnier fleurit sans que personne n’ait vu. Génial….

Le Provençal, il voit. Il assiste, impuissant, à la conquête de la lavande. C’est le monde nouveau. Le Provençal, il va trouver que Marine dit pas que des conneries. Peu à peu s’installe effectivement un monde nouveau. Un monde à rebours où les haines vont fleurir autant que le citronnier. Ho là ! Polop ! C’est pas ça qu’était prévu.

Le géographe, du coup, il est dans la merde. Alors, il cherche. Comme ce bon Augustin qui me sort la mésologie de sa manche. On a pas pu en parler, Augustin, mais la mésologie, j’adhère. Je pourrais t’aider à étudier mon milieu. On commencerait par l’impact des marées sur le territoire des évêques, histoire de poser le cadre de façon bien géographique. Juste pour dire que, chez moi, l’évêché fonctionne pas comme le décrit Florian Mazel. Normal, le Pays basque, c’est pas la Mayenne. On en viendrait vite à la singularité. On en viendrait à dire que la géographie n’a aucun caractère général..Peut être discuterions nous de l’influence vidalienne : et si les villes n’avaient aucun poids dans l’analyse des territoires ? Et si, prendre des villes pour fondement de l’aménagement était une erreur ?

Alors, on parachèverait la mort des géographes… Nous ajouterions l’impuissance à l’inégalité. On en a brûlés pour moins que ça…



On en reparlera…