samedi 11 août 2012

DOUX, C’EST DUR

Ben voilà. Grâce à la faillite de Doux, le grand public apprend des choses. Par exemple que 40% des poulets vendus en France viennent d’ailleurs. Non ? Si. Pourtant, je fais gaffe quand j’achète un poulet. Fermier. Avec une belle certification. Saint-Sever, Loué.

Oui, mais le vrai marché du poulet, c’est pas ça. C’est les préparations, les boulettes, les nuggets, tout ce qui est conditionné après avoir été broyé, malaxé. La peau, les bas morceaux, les abats. Pour ces trucs, pas la peine d’avoir du poulet de St-Sever, élevé en liberté et nourri au bon maïs des Landes. L’étique volaille chinoise ou le poulet roumain suffisent bien. Au passage, notez que la publicité des producteurs de Loué fait vendre le poulet chinois. Le pékin de base qui voit courir des poulets en liberté, vifs et gras, il enregistre le message : le poulet, c’est bon, c’est sain. Après quoi, il va acheter des nuggets aux yeux bridés.

On en a déjà parlé pour les légumes. Dans les magasins, c’est que de l’Européen bon teint : France, Espagne, Italie. Un peu de Maroc aussi, faut être juste. Mais dans les boîtes ? Dans les boîtes, on sait pas. Ça dépend des cours mondiaux. Y’a du chinois, c’est sûr. Du vietnamien aussi. Et du kenyan, de l’argentin, du péruvien. Du pas cher dont tu sais pas comment c’est cultivé.

Les cours mondiaux, c’est rigolo. Les fruits augmentent à cause du printemps humide. Chez nous. Les céréales augmentent à cause de la sécheresse. Ailleurs. La réciproque, c’est que nos céréales devraient baisser ainsi que les fruits des autres. Pas du tout. Les cours, ça s’ajuste toujours au plus haut. Les producteurs de maïs landais, ils bénéficient de la sécheresse américaine et les producteurs d’abricots marocains touchent les dividendes de la pluie languedocienne. Enfin, quand je dis ça, c’est pour simplifier. Celui qui touche, c’est le distributeur. Il calcule son prix de vente sur le produit rare et il applique ce prix au produit abondant. C’est doux, la musique du tiroir-caisse.

Sur Facebook, j’ai une copine productrice de foie gras qui pleure parce que le maïs est à 270€ la tonne. Où qu’on va ? qu’elle dit. Ben, ma chérie, tu vas où va le chemin que tu as choisi. Tu fais de l’agriculture sans amont. Jadis, les producteurs de foie gras, ils produisaient leur maïs. Les cours mondiaux, ils s’en tapaient. Faut être juste, la production du maïs, c’est vachement plus dur que la production de foie gras. Labourer, semer, arroser, récolter, stocker, égrener (c’est dur d’égrener du maïs, ça bousille les pouces, je sais, j’ai fait au long de veillées interminables sans Laurent Ruquier). Et si tu veux augmenter le nombre de canards, faut augmenter le nombre d’hectares. Et investir dans une égreneuse, toujours protéger les pouces. C’est quand même plus simple de téléphoner à Maïsadour.

Faudrait voir à comprendre que l’agriculture, c’est un tout. Avec un aval et un amont. Tu cultives des betteraves pour nourrir les cochons, du maïs pour nourrir la volaille et du foin pour l’hiver des vaches. Après, tu peux décider que c’est plus simple d’acheter les betteraves, le maïs ou le foin. Après encore, tu vas prendre des succédanés, des granulés de Duquesne-Purina, estampillés INRA, que c’est quasi la même chose.

La différence essentielle, c’est que tu t’es libéré du travail, du climat et des aléas pour te coller entre les mains de ton fournisseur. Or, je sais pas si tu as remarqué mais le climat, c’est changeant. Pas le distributeur. Le climat, y’a de bonnes années et de mauvaises années. Le distributeur, macache ! Ça baisse jamais. Avec le temps, tu t’aperçois qu’il y a de mauvaises années et de très mauvaises années. Trop tard ! T’as vendu les terres, ou tu les a converties, t’as plus le tracteur et l’épandeuse à engrais. T’es ficelé. Tu t’es mis dans un modèle où tu es dépendant. Restent tes yeux. Pour pleurer.

L’agriculture étant ficelée, le consommateur est bloqué. Plus personne n’a le choix. Le camembert normand est fabriqué avec du lait roumain à 10 centimes le litre. Le ministre a la réponse : le camembert, c’est une AOC pas une IGP. AOC, c’est Origine, IGP, c’est Géographique. Bon. L’origine n’est pas géographique. Le journaliste pourrait demander au ministre s’il se fout pas un peu de notre gueule. Parce que Origine, ça désigne un lieu, c’est à dire un point géographique. Pas en novlangue.

Suivez moi bien. Origine, c’est le lieu de fabrication. Les produits de base, on s’en fout. Raison pour laquelle une partie du roquefort est fabriqué avec le lait des brebis pyrénéennes. Leçon n° 1 : on ne sait pas quel lait, il y a dans nos fromages. Ce qui n’empêche pas les publicitaires de te présenter de mignonnes brebis cévenoles ou de grasses vaches mayennaises pour vanter le frometon. Kikékoku ? aurait dit Queneau.

Géographique, c’est autre chose. Là, t’es sûr que le produit vient intégralement du lieu indiqué. Tu crois ? L’IGP Jambon de Bayonne prévoit que les cochons peuvent être élevés dans le Poitou. Poitiers, banlieue de Bayonne ? En géographie agro-alimentaire, oui. Quand t’en es là de la manipulation, tout est possible. Bayonne ayant été possession anglaise jusqu’à Jeanne d’Arc, on aurait pu ajouter les cochons du Yorkshire.

Tiens, une autre bien bonne sur le jambon de Bayonne. Si tu vas à Arzacq-Arraziguet, au Musée du Jambon de Bayonne (si,si, ça existe), tu verras un beau panneau où qu’on t’explique que le jambon sèche bien à cause du vent du sud, que c’est le vent du sud qui fait les bons jambons. Le musée est adossé à un séchoir industriel où tout est informatiquement contrôlé, bien clôt et où jamais ne pénètre le vent du sud. C’est beau les produits naturels !

Que peut-on faire ? En l’état, rien. Décrypter des étiquettes mensongères ou incomplètes, avaler des publicités mensongères (pas au sens de la loi, au sens de la morale) et se débrouiller comme on peut.

Mais comme m’a dit un de mes copains : on n’en meurt pas.

Qu’est ce qu’il en sait ?

On en reparlera…..

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