jeudi 27 septembre 2012

MONTE BOURRE LE MOU

Il est rigolo Arnaud Montebourg. Il est avocat et donc, il pense que les mots suffisent. Normal, c’est son fonds de commerce la causette.
Il veut qu’on consomme patriotique. J’approuve, bien entendu. Mais comment je fais ? Je veux dire au quotidien.

Tiens, juste un exemple dont j’ai parlé par ailleurs. Les conserves. Chez ton épicier, tu veux acheter des haricots verts, sur l’ardoise tu as la provenance. Kenya, France. Tu sais. Tu sais à peu près, parce que les cours des halles, des fois, ils se gourent. Ou ils approximent, style « Union Européenne » pour les champignons ramassés en Pologne. Mais, bon, en gros, t’es au courant. Pas de tout. Tu sais pas si c’est du plein champ ou du sous-serre. Mais, la nationalité, ça va.

Les conserves, tu sais pas. Tu sais juste où ça a été mis en boîte. EMB 84, ça veut dire que c’est mis en boîte dans le Vaucluse. Comme la tomate qui arrive de Chine en container On en a déjà parlé. Conserveries du Cabanon, ça veut dire tomate chinoise. Là, tu admettras que pour consommer façon Déroulède, c’est pas évident.

C’est pas lié à l’Europe, pour une fois. Les Espagnols, ils sont obligés de mettre où le légume a été produit. C’est comme ça que tu vois de belles asperges dans des bocaux castillans avec la mention « Produit de Chine ». Ou des poivrons péruviens. L’Andalou de base, il peut choisir. Pas moi.

C’est une idée que je suggère au ministre bavard de l’érection efficace. A mon âge, redressement c’est synonyme d’érection, faut me comprendre. Obliger, et vite, les conserveurs à mettre là ousque le légume a poussé. On découvrirait plein de trucs marrants, par exemple sur les produits Carrefour discount. Pas la peine de te compliquer la vie. Tu passes la frontière, tu vas chez Pryca, la filiale espagnole de Carrefour et tu verras les mêmes produits que chez toi. Estampillés Chine en général. Normal. Carrefour a trois centrales d’achats en Chine, et pas que pour les jouets. On peut même penser que pour les illettrés, on pourrait mettre le drapeau.

La grande distribution va hurler, renâcler, trouver des prétextes. Dire que ça oblige à refaire les étiquettes et que ça coûte. Mais le consommateur de base, il saurait et il pourrait choisir. Des fois c’est difficile. Comment tu fais avec les macédoines de légumes où les carottes sont chinoises, les haricots verts kenyans et les petits pois argentins ? J’admets, c’est complexe. Faudra plein de drapeaux et le consommateur de base devra apprendre la vexillographie (c’est le mot correct pour l’art des drapeaux et Word me le souligne comme si c’était pas français. Imbéciles !)

Un truc comme ça, ça leur détruirait les marges. Parce que les produits importés, ils sont achetés beaucoup moins cher et vendus un peu moins cher. La différence entre moins et beaucoup, c’est beaucoup d’argent. Mais ça reste une bonne idée. Si le consommateur choisit d’acheter français, la grande distribution, elle va rogner sur ses marges pour continuer à vendre de l’exogène. Et donc, c’est bon pour le pouvoir d’achat. En faisant ça, Arnaud Pulvar, il gagne à tous les coups. D’un côté, il brosse les paysans dans le sens du poil, de l’autre il fait baisser les prix.

Dans le même ordre d’idées, ce cher Egmont Labadie, excellent journaliste car vrai fouille-merde, publie sur sa page Facebook (Les zinzins du zinc) une photo hallucinante d’un jambon industriel où il est indiqué que le cochon (retenez votre souffle) est né au Canada, élevé en Australie et abattu et transformé en Belgique. Le bestiau, il a fait le tour du monde et il reste plus rentable que le goret vendu sur le marché de Trie-sur-Baïse qui est La Mecque (si j’ose dire) du cochon. J’aimerais qu’on m’explique. Doit y avoir de la subvention planquée.

Arnaud, il s’intéresse pas aux paysans. Il parle que de ferraille. Il cogne sur les voitures coréennes produites en République Tchèque (c’est l’Europe) mais il lui vient pas à l’idée qu’on achète plus souvent des carottes que des bagnoles. Le cul-terreux, c’est pas sa tasse de thé. En plus, il doit se dire que la balance de l’agro-alimentaire étant positive, y’a pas de raison de s’énerver. Ben si. Dans le redressement productif, il y a aussi les paysans, la mort des villages, la désertification des campagnes.

Y’a d’autres idées simples. Par exemple obliger à mettre les producteurs de semences. Une belle boîte de maïs avec l’étiquette « Maïs Monsanto », ça serait de la vraie information. Géant Vert ferait un peu la gueule. Je rêve d’emballages de saumon fumé avec la mention « Saumon génétiquement castré » ou de lire chez mon poissonnier « Panga élevé au Viêt-Nam » ou « Lotte pêchée par un bateau japonais ».

Mais voilà. J’ai le sentiment qu’Arnaud nous bourre le mou. Il cause, il cause, mais des mesures simples pour nous aider à choisir, on les attend encore. Remarque, quand on a l’info, on achète pas français pour autant. Je regarde mon voisin fleuriste revenir de Rungis. Roses d’Equateur, orchidées de Thaïlande, qu’on va mettre dans des vases chinois, c’est pas patriotique. Il paraît qu’on n’en produit plus en France des roses.

C’est Ronsard qui ferait la gueule s’il revenait.

On en reparlera

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