lundi 3 février 2014

LE VENTRIOTE ET LE SIDA

Y’a comme ça des livres qui filent des baffes. Khal Torabully a publié à La Passe du Vent, un délicieux petit Dictionnaire francophone de poche. Il y compile quelques dizaines de mots créés par les diverses populations francophones du monde. Et on y trouve des perles.

Ventriote est de ceux-là. Il vient du Burundi. Doit-on l’expliquer ? Il est tellement sonore, tellement parlant, tellement imagé qu’on doit pouvoir ne pas le définir. Un ventriote est un homme politique qui fait passer ses intérêts avant ceux de la Nation. En prononçant le mot, on voit l’estomac proéminent ceint d’une écharpe tricolore. Bien sûr tout ça vous a, chez nous, un petit air Troisième République avec banquets radicaux et rosières immaculées. Sauf que de nos jours, les ventriotes ne sont plus ventrus. Regardez donc Cahuzac. Et les autres. Dans les détournements, le budget fitness est inclus.

Ce mot devrait avoir un destin national. Il mérite de figurer partout, dans tous les dictionnaires. Ça a une autre gueule que boloss ou kiffer. J’aimerais que le langage populaire s’en empare, que les humoristes l’utilisent, que ventriote devienne une étiquette. Tiens, je l’imagine entre les lèvres d’un Mélenchon. Il se régalerait le Jean-Luc, je suis bien certain qu’il saurait le faire sonner comme une baffe.

Le SIDA, il est centrafricain. Ouah, l’autre ! y’en a partout. Pas celui-là. Celui-là, c’est un acronyme : Salaire Insuffisant Durement Acquis. On m’accordera que l’épidémie en est plus générale et plus dévastatrice que pour son homonyme. Mais voilà : le SIDA centrafricain n’a pas de célèbres avocats comme Pierre Bergé ou Line Renaud. Le SIDA de Montagnier, c’est une maladie qui inquiète les riches, le SIDA du Chari ne leur fait pas bouger une oreille. Déjà qu’ils trouvent que la Centrafrique nous coûte un peu cher en impôts militaires.

Des perles, y’en a d’autres, je vous rassure. A Jersey, un témoin assermenté est appelé un « voyeur ». Normal. Dans un paradis fiscal, contribuer à la justice, c’est un peu pervers. Toujours en Centrafrique, il n’y a pas de cougars, juste des « mères supérieures ». Cougar, si t’es pas zoologue, t’as du mal à comprendre, alors que « mère supérieure », c’est instantané. Des fois, les mots font la valise comme ce « gardinier » nigérien qui désigne un jardinier jouant le rôle d’un gardien ou le « facancier » marocain qui revient passer ses vacances dans sa famille. Au Burkina, on appelle les menteurs des "faux-bilaneurs" et, au Maroc, l’éboueur devient un « ordurier ».

Bref, je me suis régalé. Dieu sait pourtant que j’aime pas tous les couillons qui disent que la langue évolue, preuve qu’elle vit. C’est qu’en général, l’illustration du propos est faible, du niveau du verlan des cités. Ben oui, keuf, keum, pécho, ça manque sinistrement d’inventivité, de jeu sur la langue, de profondeur sémantique.

Tandis que « ventriote »…..

On en reparlera….

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