samedi 7 novembre 2015

QUESTION D'ECHELLE

Comme le seul argument de ma députée est l’expertise du cabinet Acadie qui a pondu des « centaines de pages » et comme je n’ai pas eu accès à ces centaines de pages (je dois être trop con pour tout comprendre), j’ai fait ce qu’on doit faire dans ces cas là, j’ai cherché à la source sur le site du cabinet Acadie.

Putain ! ça en dit long. Dix noms de chercheurs. Un seul géographe. Surement pas mauvais le géographe, il a travaillé à l’Institut de Géographie Alpine qui fut l’antre du délicieux Philippe Grenier, gourou de la géographie patagone, que j’ai un peu connu dans une autre vie.
Un cartographe aussi. Mais lui, j’ai lancé des recherches pour savoir de quelle promo de l’ENSG il faisait partie. Pas encore de réponses, c’est pas bon signe.

Pour le reste, une architecte, un prof à l’Ecole d’Urbanisme et des diplômés de Sciences Po. Point barre.

J’ajoute que le géographe, dont j’ai épluché avec soin la bibliographie, n’a bossé que sur les villes et leur évolution urbaine.

Nous prendrait on pour des demeurés ? Nulle part, je ne trouve trace des géographes spécialistes des territoires. Ni Pierre Gentelle, ni Roger Brunet (en fait aucun représentant de l’école de Montpellier), ni Augustin Berque. En remontant un peu, exeunt Jean Dresch, Jean Delvert, Maurice Le Lannou sans parler de Max Sorre, l’un des maîtres fondateurs de la géographie humaine. Y’a du souci à se faire.

Sciences Po n’a jamais produit de géographes depuis le départ d’André Siegfried. C’est une école où la géographie n’est vue que comme la base de l’aménagement. Il ne s’agit pas d’accompagner les territoires mais de les démembrer, de les triturer, de leur donner le visage que veulent les politiques. A cette aune, l’équipe d’Acadie doit être bonne : elle donne aux politiques le brouet qu’ils attendent. Elle sait emballer ses propositions pour obtenir le seul résultat qui compte : les subsides publiques qui la font vivre. Après eux, le déluge !!

Quant aux politiques, demander une expertise à un cabinet dont la spécialité avérée est la géographie urbaine afin d’étudier une question qui concerne moins de trente communes sur 160, toutes les autres relevant de la ruralité la plus profonde (ce n’est pas péjoratif, mais la ruralité de la montagne est bien plus ancrée que celle des piémonts ou des plaines), demander une telle expertise, c’est demander à Herta son expertise pour la production d’un charcutier de montagne. Vu leur CV, aucun de ces experts n’a jamais chaussé une paire de bottes pour visiter une exploitation isolée. Or, il se trouve qu’une large partie de l’intercommunalité prévue est composée d’exploitations isolées. Daniel Behar, patron d’Acadie, a beaucoup travaillé sur le Grand Paris dont il est, parait-il un spécialiste. Nous sommes en droit de craindre le pire.

Ce que je crois et que j’ai déjà exprimé, c’est que nos politiques nous prennent pour des imbéciles heureux qu’il convient de rendre moins heureux tout en les laissant mariner dans leur imbécillité.

Je pense sérieusement, sans les avoir lues, que les « centaines de pages » ne soient un hymne à l’urbanisation et à l’intérêt de noyaux urbains puissants, tellement plus faciles à gérer que des centaines de bouseux dispersés dans des vallées isolées.

Je peux donc comprendre que les politiques de ces villes voient dans les études un avenir flamboyant pour leurs bouts de territoires. Mais je peux prévoir aussi que les édiles ruraux ne se laisseront pas faire. Bien au contraire. Certains doivent être comme les bandits des vieux westerns, en embuscade pour dépouiller les voyageurs de la diligence.

Car il va falloir payer pour tous les services obligatoires et je peux penser que la « faisabilité fiscale » repose essentiellement sur la capacité des villes riches à payer pour les pauvres villages. Il est vrai que le spécialiste du Grand Paris doit penser que Bayonne paiera pour Pagolle comme Paris paye pour Stains ou Sucy en Brie.

Oubliant malgré son cartographe de service que la première notion géographique est l’échelle.

Cette échelle qu’on tire quand on s’est planté.

On en reparlera…

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