samedi 3 février 2018

LE RENARD ET LE HERISSON

C’est le titre d’un des derniers livres de Stephen Jay Gould qui a été l’un des plus intéressants penseurs du siècle dernier. Gould ne donne aucune recette. Il se contente d’indiquer des pistes de réflexion.

Dans ce cas précis, il  oppose deux stratégies. En cas de difficultés, d‘une circonstance inattendue, le hérisson se met en boule et attend que ça passe. A l’opposé, le renard va inventer une stratégie, trouver une attitude nouvelle, pour faire simple, il va se bouger le cul.

Là où la piste devient intéressante, c’est que Gould, penseur évolutionniste, renvoie les deux attitudes dos à dos. Ni l’une, ni l’autre ne peut être qualifiée de supérieure, du moins en terme d’efficacité écologique. Bien sur, Gould n’ignore pas qu’il y a plus de hérissons écrasés sur les routes que de renards, mais les populations ne sont pas identiques.

La question devrait préoccuper les managers. Dans toute population, il y a la même proportion de renards et de hérissons. Le hérisson, c’est le mec qui se rencoigne, ne répond pas aux questions et adopte l’attitude : il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne résolve.

Et ça marche ! Dans plein de cas et à un moment précis. Pas dans tous les cas et à tous les moments. Le renard qui bouge tout le temps trouve souvent des solutions inédites et efficaces. Mais, parfois, la stratégie du hérisson est préférable et le renard ferait mieux de faire profil bas.

En fait, Gould nous dit (et c’est insupportable) ; ça dépend. Formule qui nous renvoie à notre liberté de choix, formule qui expose brutalement que les recettes n’existent pas. Que nous devons réfléchir et choisir, exercer notre libre arbitre d’être humain.

C’est la base de la réflexion écologique. Rien dans la biologie de l’homme ne le contraint. Certains supportent mieux le soleil car ils produisent de la mélanine, d’autres inventent des protections, de l’antique textile à la crème sophistiquée. L’oekoumène est universel tandis que l’inventif renard, notre goupil européen, doit se transformer en fennec pour vivre au Sahara. Toute stratégie a ses limites, mais l’homme peut sans cesse changer de stratégie et vivre partout. Plus ou moins bien.

Il est beaucoup plus confortable de s’abriter derrière des habitudes, des procédures, des recettes toutes faites, parfois même des stéréotypes. Tout ce qui évite la remise en question. Et comme les tomates ou le Nutella, la pensée se mondialise. Grâce à Facebook et au comptage de likes, la valeur vient se nicher dans la quantité et l’horreur suprême est d’être seul. On traque la pensée orpheline, celle de Galilée ou de Pasteur. Qui ne pense pas comme la masse, qui ne parle pas comme la masse, se condamne. On revient à Guy Béart : le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté.

Je repense à Orwell et à 1984. Après la parution du livre, la conjuration des imbéciles, unanime, y voyait une condamnation du communisme. Nous sommes chez Orwell, nous parlons une novlangue dont le sens est opposé à la forme, les écrans sont partout et Big Brother nous regarde. Mais, nous ne vivons pas dans un monde communiste. Et donc, la conjuration des imbéciles s’est auto-dissoute pour ne pas avoir à dire que le monde de 1984 avait été créé par le capitalisme.
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Peu importe de mourir tant qu’on est en groupe. Dans sa réflexion, Gould a oublié une troisième stratégie, celle qu’a choisie l’humanité :  ni conservatrice comme la stratégie du hérisson,  ni progressiste comme la stratégie du renard, qui restent des stratégies de l’individu, même si elles sont issues de stratégies de groupe, la nouvelle stratégie de l’humanité se calque sur une troisième espèce : c’est la stratégie du lemming.


On en reparlera…..

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