jeudi 22 mars 2018

AUGUSTIN, MESOLOGUE

Je l’aime bien, Augustin Berque. Depuis cinquante ans. Lao Pierre l’aimait bien aussi. En avons nous parlé de cette obsession qu’il a de réinventer les concepts de la géographie pour y réintégrer l’homme. Il aura eu du moins le courage de sortir du placard la vieille notion d’oekoumène de Max Sorre.
Depuis quelque temps, il se focalise sur la notion de mésologie vue comme l’étude des milieux. J’avoue avoir regimbé au début : on a l’écologie pour ça. Que tu crois, parce que l’écologie ne tient aucun  compte de l’homme dans une analyse fine et pertinente du territoire.

Moi, quand on me file un instrument théorique, je l’essaie. Je l’essaie sur une matière que je connais bien. Pour la géographie, c’est le bassin du bas-Adour. Là, l’écologie est homogène. Vallées alluviales, climax et climat atlantiques, effet de foehn, on est dans le même monde de Biarritz à Navarrenx.

Mais voilà, on perçoit des changements, au niveau des villages, mais aussi au niveau des fermes d’un même village et l’écologie ne peut pas en rendre compte, alors que la mésologie peut s’avérer fonctionnelle. Le terrain est identique mais le milieu change car le milieu intègre l’activité humaine.

Prenons l’exemple du soustre. Chaque ferme conservait quelques parcelles infertiles pour y laisser pousser le soustre, mélange de fougères et d‘ajoncs, qui est la base de la litière du bétail. Après utilisation, le soustre  gavé d’urine et de déjections, allait rejoindre le tas de fumier servant annuellement à fumer les champs. Voici quelque temps, les jeunes éleveurs, comme mon cousin Ricou, ont décidé que les bêtes venaient mieux en plein champ et qu’on pouvait se passer de la stabulation à la ferme. On a construit des abris et des mangeoires dans les champs. De ce fait, plus besoin de soustre mais également plus de fumier disponible. Les parcelles de soustre ont été remises en culture (souvent avec amendement artificiel), il a bien fallu remplacer le fumier désormais inexistant, le milieu a changé. Pas les conditions écologiques. Encore, le milieu n’a t’il pas changé de manière homogène. Ceux dont les fermes étaient en plein champ ont souvent opté pour des pratiques différentes.

La mésologie permet d’affiner l’analyse écologique. J’ai pensé au départ qu’il s’agissait seulement de réintégrer l’agronomie et les textes d’Augustin semblaient me donner raison car ils laissent une large place à la téléologie, à la modification utilitariste du milieu. Mais ça ne résiste pas à l’analyse. La montée en puissance du maïs dans le bas-Adour maritime est un autre signe pertinent. Avec une écologie inchangée, les milieux se modifient. Chaque culture introduite va induire de nouveaux changements. La croissance du kiwi risque de nous surprendre. Le kiwi et parfaitement adapté aux conditions écologiques mais nécessite des pollinisateurs que le maïs détruit. Le clash est inévitable à terme.

Pour l’heure, la mésologie utilise surtout des instruments théoriques et il va lui falloir inventer une problématique et se doter de modes d’analyse. Par bien des aspects, Augustin me fait penser à Barthes inventant la sémiologie. Mais Barthes était entouré et je sens Augustin bien seul. Les seuls à pouvoir se glisser dans la brèche sont les cartographes, orphelins de Bertin. On verra bien.

Je sais, ce texte est chiant comme tout ce qui est théorique. Il ouvre pourtant une porte à l’espoir. L’écologie n’existe que par l’invention d‘une écologie politique, censée réintroduire l’homme dans le milieu. La mésologie peut modifier la donne. J’aurais aimé voir Jean Dorst s’en emparer.


On en reparlera..

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