vendredi 22 novembre 2019

BECASSINE AU PAYS BASQUE

Je sais pas si elle est venue chez nous, mais Julie Andrieu me fait penser au fameux album de Pichon. Où qu’elle aille, elle bade, elle admire, elle ne sait rien mais fait montre d’une belle volonté d’apprendre et de transmettre. Bien entendu, elle n’apprend rien et ne transmet pas grand chose, sauf des images et des discours dignes de Pierre Loti. Elle a remplacé Connaissance du Monde par Connaissance des Marmites. Marmites où on touille les stéréotypes admirables des provinciaux tant authentiques.

Je dis ça parce que je suis furieux d’avoir aimé, comme ça, spontanément, une page Facebook intitulée Gastronomie du Pays basque et initiée par un mec certainement charmant, mais « d’Athis Mons », ce qui peut donner des compétences culinaires, mais une légitimité basque inexistante. Oui, je m’en suis expliqué ailleurs, je n’aime pas trop les allochtones (http://rchabaud.blogspot.fr/2011/07/bayonne-bruxelles-lhasa.html)

Il existe une cuisine basque, celle illustrée par le remarquable livre de Hasier Etxeberria et David de Jorge. C’est la cuisine qu’on mangeait à la maison quand Fernande Arostéguy était aux fourneaux. Pour être franc, Fernande mélangeait ces recettes avec des recettes venues de Françoise Bernard ou de Tante Marie (la cuisine de Tante Marie, Taride éditeur, plus de cinquante éditions en un siècle, ça c’est du bouquin de cuisine).

Il existe une cuisine basque qu’on mange avec bonheur à Ossès ou Azpeitia. Mais je refuse qu’il existe une gastronomie basque. On n’en a pas besoin. Ce mot « gastronomie » suinte le snobisme, les petits maîtres au cul serré de Biarritz, l’appropriation d’un territoire par ceux qui vont le détruire.

Je pèse mes mots. Sur cette page, on trouve des recettes qui pourraient être faites à peu près n’importe où en France. La cuisine basque est une cuisine qui n’utilise que des produits locaux, des légumes qui poussent sur place, des poissons du Golfe, des  viandes de nos campagnes. Des produits locaux, des producteurs locaux, des transformateurs locaux. C’est une cuisine ostraciste qui peut, si nécessaire, chercher ailleurs, mais seulement si nécessaire. Bouffer de l’exogène, c’est pas notre truc et ça ne l’a jamais été, sauf nécessité. La côte de bœuf, par exemple. Le Pays basque ne produit pas trop de bœufs, alors faut importer. De Chalosse, par exemple. Bazas, c'est déjà loin.

C’est une règle assez courante qu’on ne trouve que des produits locaux et à la bonne saison. Tous les grands chefs, d’Etchemaïté à  Parra et de Tellechea à Arambide l’ont respectée. Je les ai tous beaucoup fréquentés mais, par exemple, je n’ai aucun souvenir de les avoir vus travailler l’huître. Il n’y a pas d’huitres au Pays basque et seuls les blaireaux d’ailleurs peuvent penser que mer = huîtres. Bouffer des huitres à Biarritz, c’est aussi con que de manger des harengs à Palerme. Mais Biarritz est l’exception, la ville où on essaye de parquer tous les cons qui croient que Lagerfeld est un grand couturier parce qu’ils l’ont croisé aux Halles.

A coup de communication, d’à-peu-près, de sottises, je vois se dessiner une image pseudo-moderne du Pays basque, je subodore un vol de mon histoire, de mes racines, de ma terre comme l’autre Gargamelle qui m’explique ce qu’est la piperade, à moi qui, pendant des années ait regardé faire Fernande Arostéguy, d’Ossès, qui sait quand même, en tant que cuisinière basquaise ce qu’est une piperade. Il faut dire que Gargamelle sait parler à propos du salmis de palombes « d’escoton de maïs traditionnel », alors que précisément le maïs n’est pas une plante de la cuisine basque. Seuls les pigniers mangent du pain de maïs, les Basques et les Béarnais réservent la chose aux cochons et aux canards.Le grand roux changera peut être les choses...Mais pas en six mois.

Il faut dire qu’Internet permet à tout un chacun d’écrire, de s’exprimer, d’exprimer n’importe quoi avec n’importe quels mots. Le gamin allochtone qui fait la promotion de la cuisine basque parce qu’à Athis-Mons, y’a rien à promouvoir, il m’écrit que « cuisine » et « gastronomie », c’est la même chose. Il ne lui vient pas à l’idée que deux mots différents n’existent que parce que leur contenu sémantique est différent.  Il faut dire que la confusion n’est pas que linguistique ; le héraut d’Euskal Herria habite au nord de l’Adour. Là encore, à-peu-près, glissements, confusions. Mais comment pourrait il savoir que la communication demande plus de précision que la cuisson ?

Tout ceci pour dire que je glisse de plus en plus dans l’identitaire. C’est assez normal, je trouve. Tous ces mecs qui m’envahissent, c’est déjà peu supportable. Je n’ai pas envie de partager mon territoire, je n’ai pas envie que tout un chacun vienne s’installer chez moi. Je n’ai surtout pas envie que mon histoire, ma culture, soient partagées n’importe comment, c’est à dire simplifiées, schématisées, ridiculisées. Qu’on puisse parler du piment d’Espelette sans parler du palmier d’Espelette. Quel rapport ? Comment, tu sais pas ? Tant pis pour toi.


En fait, j’ai pas envie de partager du tout. Je suis né à la bonne époque dans un pays sublime où ma famille vit depuis quelques siècles. J’ai du bol, je l’admets. Toi, t’es né dans une banlieue merdique sous un climat pourri. T’as pas de bol. Et donc, tu veux qu’on partage. Comprends que j’en ai pas envie. Admets que je puisse être égoïste. C’est un droit sacré.

On en reparlera..

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