mardi 27 décembre 2011

GEOMETRIE VARIABLE

On le sait depuis longtemps, mais désormais on en est sûrs. L’Europe est à géométrie variable. On est 27, mais on fait des traités à 17, à 23, à ce qu’on peut comme on peut. Quand je dis des traités, c’est pas tout à fait vrai. C’est des projets de traités, c’est à dire des effets d’annonce. Vu qu’un traité, faut qu’il soit présenté au Parlement (le referendum, on oublie, trop risqué) et qu’il soit voté. Dans trois mois, si tout va bien.

Dans l’intervalle, on va se faire dégrader, la situation économique va s’aggraver, on refera des sommets. Entre nous, y’a tellement de sommets qu’on croirait une ligne de crête. Plus personne ne descend. Pour aboutir à quoi ? Les commentateurs le disent avec une gravité artificielle : le temps de l’économique n’est pas le temps du politique. Tu parles d’un scoop ! Le vrai scoop, c’est qu’il n’y a plus de temps du politique. Le politique qui devrait donner le tempo de la marche du monde reste à la remorque de l’économique.

Alors, ils disent tous la même chose, d’un ton grave, comme Manuel Valls, samedi soir chez Ruquier. Le PS est un parti responsable qui croit à l’économie de marché. Valls, il ne se rend pas compte que laisser faire le marché n’est pas responsable, mais totalement irresponsable. Parce que les marchés se foutent totalement de la vie des gens ordinaires tandis que la vie des gens ordinaires devrait être la priorité de tout parti politique responsable. Chacun a des priorités différentes et irréconciliables. Pas la peine d’avoir fait l’ENA pour s’en rendre compte.

Faut pas raconter (encore) des conneries. A 17, à 23, à 27, les préoccupations seront les mêmes. Comment assurer sa réélection ? N’imaginez pas un seul instant qu’un homme politique ait une autre priorité. Et n’imaginez pas un seul instant que vous soyez sa priorité.

Pour se faire réélire, faut juste un truc : du fric. On vient de l’entendre : Villepin, il a tout pour lui, sauf du fric. Si pas de fric, pas d’équipe (ben oui, les équipes elles sont grassement payées), pas de locaux, pas de panneaux 4 x 3, pas de photographes, pas d’avion pour aller de Sète à Lorient dans la matinée, pas de conférences de presse. Si pas de fric, pas de campagne.

Et qui donne le fric ? Les riches. Liliane Bettencourt à droite (et un peu à gauche aussi, on sait jamais), Pierre Bergé à gauche (et un peu à droite aussi), les mecs qui manipulent les rétrocommissions, les présidents africains. Tout ça, on le sait. Pas dans les détails, mais on le sait. Une campagne présidentielle, c’est payé par les riches, pas par les minuscules dons des minuscules électeurs.

Alors, quand t’es élu avec le fric des riches, tu fais une politique pour les riches. Que ce soit à Paris ou à Bratislava. Que tu sois de droite ou de gauche. Tiens, t’a qu’à regarder Séguéla. Il a pris du pognon avec Mitterrand, il en prend avec Sarkozy, il s’en fout, il sait que de toutes façons le gouvernement élu va faire plaisir aux grosses sociétés, c’est à dire à ses clients. Si mes clients vont bien, moi aussi je vais bien.

Faut pas croire, l’électeur de base, il le sent bien. Il le sent bien que Fabius, il a fait enlever les objets d’art de l’assiette de l’ISF parce que son papa était antiquaire. Fabius, il se gratouille pas l’Œdipe, il a pas envie de ruiner papa. Le citoyen de base sent bien que le patronat « de gauche », il est patronat avant d’être de gauche. Il sent bien que l’Europe est d’abord un fromage à eurodéputés et à pouvoir augmenté. Alors, l’électeur de base, il regarde vers les « petits candidats », ceux qui lui semblent pas baigner dans un fric insensé.

Les sondages, aujourd’hui, sont cruels. Les deux candidats dont on admet, en général qu’ils seront au second tour, totalisent 51% des intentions de vote. La moitié des électeurs. C’est pas beaucoup compte tenu de la débauche de moyens. Chaque apparition d’un « petit » vient gratter quelques électeurs. C’est pour ça que les deux gros, ils sont assis sur leur pactole de signatures. Pour que le jour de la lutte finale, il y ait moins de concurrence. Pour éviter les candidatures « fantaisistes ». Comme si les trotskystes étaient des fantaisistes ! Pour un trotskyste, y’a beaucoup de qualificatifs possibles, mais « fantaisiste » ne me paraît pas le plus juste.

Sûr que ça va se décanter, mais il y aura de toutes façons un premier tour avec plus de deux candidats. Les trublions, on va essayer de les dézinguer, mais ils vont engranger de toutes façons. 3 points ici, 5 points là, 20 points un peu plus loin. Au bout du compte, on va s’apercevoir que plus de la moitié des Français qui votent rejettent le pouvoir en place. Je vous rassure, les politiques s’en foutent. Le pouvoir en place, c’est eux, et tant que l’arithmétique électorale fonctionne……

Tiens, prends Bayrou. Il te parle d’union nationale. Il se rend pas compte que l’électeur de base, il en veut pas. Il a pas envie d’un gouvernement où on reverra encore les tronches de Juppé, de Copé, de Ségolène et de Jack Lang, sur la même photo. On prend les mêmes et on recommence. S’il était malin, Bayrou (mais un Béarnais malin, on en attend un depuis Henri IV), s’il était malin, il proposerait un gouvernement d’union de l’opposition. Il dirait, voilà, les deux gros, ils ont foiré depuis trente ans, on va faire une union de ceux qui pensent pas pareil en collant dans le même sac le Modem, Marine, Mélanchon et les électeurs de Poutou à qui je fais un gros poutou. Les trotskards avec les fachos ? Pourquoi pas ? Les trotskards avec les cocos ? Là, j’admets, y’a un pic à glace entre les deux. Mais un jour ou l’autre, il faut bien la rompre, la glace….

Faudrait qu’ils abandonnent quelques dogmes, les uns et les autres. Que Marine, elle trouve la CGT sexy, que François se dise que l‘Europe, c’est pas une bonne idée, que Poutou trouve que l’armée, c’est utile… Des choses comme ça. Mais ils sont pas obligés de parler des choses qui fâchent. Un but dans le temps, ça suffit. Cinq ans pour annuler la dette, refaire quelques usines, des trucs comme ça. Et une relance de l’Etat avec un poil de coercition. La plupart, le gros bâton, ça les effraie pas. A part François qui préfère murmurer à l’oreille des chevaux que manier la chambrière. La chambrière, c’est un fouet pour les chevaux, pas une employée d’hôtel, je parle de Bayrou, pas de DSK.

Bien sûr, je rêve. Bien sûr, ça finirait mal. Jean-Luc, il aurait envie de virer les mencheviks, Marine, elle penserait Nuit de Cristal, la mère Boutin, elle voudrait inscrire le catholicisme dans la Constitution. Y’aurait des baffes, mais au moins, on s’amuserait un peu. Le Top 14, c’est plus rigolo que les séances de nuit à l’Assemblée.

Bien sûr, je rêve. Je pense à un digne sénateur-maire, proche de Bayrou, à qui je reprochais un jour de ménager un de ses adversaires politiques. Il m’a répondu cette phrase magnifique : « Mon petit, avant d’être un adversaire politique, c’est un collègue sénateur ». Tout le sel de la phrase est dans l’adverbe de temps. Avant. Avant tout, on est des notables et on est d’accord sur l’essentiel. Que ça dure…

Peut-être que je ne rêve pas. On a déjà eu ça en 46 quand Maurice Thorez siégeait avec De Gaulle, tous unis pour reconstruire le pays que Vichy avait bouzillé. Tout le monde a fait des concessions et on a construit un système qui nous a donné trente ans de bien-être. Allez, chiche, Jean-Luc Premier Ministre de Marine ? Avec Dominique de... au Quai d'Orsay ? Et Poutou à la Défense ?

On en reparlera…..

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