jeudi 22 décembre 2011

LES ENFOIRES

Les enfoirés, c’est pas qu’un groupe de saltimbanques qui se sont autoproclamés ainsi par goût de l’antiphrase.

Non. C’est juste les mecs qui, au quotidien, font l’économie et le discours sur l’économie. Ceux qui manipulent les faits et font des présentations tronquées et utilisent des bouts de clichés mis bout à bout.

Les agents de sécurité prennent les voyageurs en otages. Faux. Quand tu fais grève, c’est pas l’usager que tu prends en otage, c’est ton patron. L’usager, c’est un dommage collatéral et, de toutes façons, c’est aussi un enfoiré, le plus souvent.

L’agent de sécurité, il est sous-payé pour se faire engueuler. La revendication, c’est 200 euro d’augmentation par mois, 8 euro par jour ! Un euro de l’heure, si tu préfères. Tu parles d’une menace ! En plus, si son patron lui en file 100, il va être content et reprendre le boulot. Pour ces 200 euro, il fait grève avant Noël et il a raison. S’il fait grève le 8 octobre, tout le monde va s’en foutre.

Soyons clairs : l’avion est un mode de transport de luxe. Si tu veux aller faire la bise à Tante Germaine à Bordeaux, t’as aussi le train. Pour aller te bronzer la couenne aux Seychelles, j’admets, c’est pas possible. Mais tu vas aux Seychelles parce que tu sous-payes l’avion. Tu veux pas le voir parce que ça t’arrange. Le mode de transport de luxe, à force de compagnies low-cost et de yield management, c’est devenu un mode de transport populaire. Et pour baisser les prix, vu que les infrastructures coûtent de plus en plus cher, que le pétrole ne baisse pas et qu’il y a de plus en plus d’intervenants, on utilise la seule variable d’ajustement possible : le salaire des minables. On touche pas trop aux pilotes, au nom de la sécurité des vols. Mais le soutier, le petit, le sans-grade, le bagagiste, le balayeur, lui, on le comprime. De toutes façons, il est pas qualifié. Pas qualifié, pas payé. Et toi, t’es tellement content d’emmener ta blondasse aux tropiques que tu trouves ça normal. S’il bossait gratos et que ça te permette de gagner encore trois euro sur ton billet, tu trouverais ça normal aussi.

Le coût de la sécurité, c’est vrai que tu le payes. C’est dans les taxes d’aéroport. Les compagnies s’en foutent, leurs promos, elles n’incluent pas les taxes d’aéroport. La taxe d’aéroport, c’est pas une taxe mais une redevance. C’est le montant que les compagnies payent à l’aéroport pour avoir le droit de décoller. Et l’aéroport, le plus souvent, il est privé. Aéroports de Paris (Roissy, Orly), c’est une société privée (privatisée par Sarkozy en 2005) cotée en Bourse. Certes, l’Etat est majoritaire (60% environ) mais le fonctionnement est de type privé.

Alors, là, ça devient très simple. Si c’est privé, l’Etat facture la sécurité. Au prix du gendarme de base, pas mal payé, avec plein d’avantages, et de la formation. Trop cher, dit le privé qui fait appel à des entreprises de sécurité. Il a le droit, c’est plus l’Etat. L’employé de sécurité de base, il a pas le port d’armes, ni les chiens renifleurs d’explosifs, en fait il a rien, que de la bonne volonté et l’envie de bosser. Et voilà un poste de dépenses en baisse, ce qui signifie du pognon pour l’actionnaire. Mais l’actionnaire, c’est l’Etat. Ben, plus officiellement. Si l’aéroport était public, l’Etat faudrait qu’il assure la sécurité qui est une de ses missions régaliennes. C’était comme ça avant. Avec la privatisation, l’Etat il peut remplacer le gendarme par un employé de sécurité. T’as compris ? C’est du bonneteau. Juste pour baisser les coûts. Au lieu d’embaucher des gendarmes, l’Etat fait embaucher des chômeurs à peine qualifiés par une société privée qu’il contrôle en sous-main.

La sécurité est la même ? Pas sûr. Mais c’est pas grave. S’il y a un bug, la responsabilité, c’est plus l’Etat, c’est l’entrepreneur privé. Tout bénef, je vous dis. Et puis, des attentats, y’en a pas tant que ça.

Alors, aujourd’hui l’Etat s’énerve et le Président pique une crise. Le Président qui a transféré les prérogatives de l’Etat au privé hurle parce que l’Etat est impuissant. Hé ! Nicolas, si t’avais pas remplacé les gendarmes par des salariés lambda, t’aurais pas de grève vu que les gendarmes, ils ont pas le droit de faire grève. Tu peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Celui qui a pris les Français en otages, c’est toi. Tu veux du privé partout ? Tu vas avoir les emmerdes du privé partout.

Le problème, c’est que nous aussi. Pourquoi la SNCF doit refaire ses horaires ? Pour laisser des créneaux aux compagnies privées. Pourquoi le gaz augmente deux fois par an ? Pour que Suez puisse engranger des bénéfices. On est pas au bout, je vous le dis. Tiens, la privatisation du contrôle aérien, les aiguilleurs du ciel. On n’en parle plus trop. Vous savez pourquoi ? Parce que les fonctionnaires chargés du dossier ont jugé que c’était trop dangereux. Alors, on laisse reposer le ragoût. Jusqu’à ce qu’on trouve de nouveaux fonctionnaires, plus dociles.

L’Etat se désengage. Pour tous les gogos, c’est une bonne nouvelle. La plupart des Français, ils bossent dans le privé et ils font des vannes sur les fonctionnaires. Le désengagement de l’Etat, ça leur laisse croire que ça va être du boulot pour eux. Et qu’ils feront mieux que les fonctionnaires. Mais c’est pas vraiment le boulot qu’ils imaginent. Quand il y en a. L’Etat se désengage de Renault ? Renault s’installe en Roumanie et on importe des bagnoles au lieu d’en exporter. L’Etat se désengage du courrier ? La Poste supprime quelques milliers d’emplois et tu vas payer des chômeurs plutôt que des facteurs.

L’Etat assumant ses fonctions, contrairement à ce que tu penses, c’est pas du communisme larvé. C’est juste son boulot. Notre énergie, notre transport, notre sécurité, c’est le boulot de l’Etat. Curieusement, plus il se désengage, plus il coûte cher. Il s’occupe moins de l’industrie, moins de l’énergie, moins du commerce mais on a plus de ministres au gouvernement que sous le vieux Général. Soit ils sont moins bons, soit ils sont plus fainéants. Ou les deux à la fois. Tu me crois pas ? Le gouvernement Debré, de 1958 à 1962, y’a 26 ministres et secrétaires d’Etat. Le gouvernement Fillon, en 2012, ils sont 33. Et Debré, fallait qu’il gère les colonies et la guerre d’Algérie.

Bon, à l’époque, tu payais l’avion cinq à six fois plus cher que le train. C’était la seule différence vu que les deux étaient à l’heure. Aujourd’hui, tu payes le même prix et les deux sont en retard. On vit une époque formidable, disait Reiser.

On en reparlera…..

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