samedi 17 décembre 2011

LE DROIT AU BLASPHEME

Jean-Michel Ribes est un zozo, un vieux clown un peu minable. Il s’arroge le droit au blasphème et il a raison. Le blasphème n’est pas un délit dans une République laïque.

Alors, il se moque du Christ. Et il a bien raison. Ce mec qui marche sur l’eau et qui multiplie les petits pains, c’est pas très catholique. Une poignée de catholiques intégristes se réunit devant son théâtre et Ribes la joue indigné, quasi-martyr, devant les caméras de télé. Même qu’on a trouvé un cutter sur un mec un peu douteux. Un cutter ! Vous vous rendez compte ? Ils viennent armés.

OK. Mais c’est pas si courageux que ça. Ribes, y’a des pseudo-dieux et des pseudo-prophètes qu’il se garde bien de toucher. Mahomet, par exemple. Pourquoi il nous monte pas une pièce bien salace sur Mahomet, une pièce qu’il pourrait écrire lui-même, il a le talent pour ?

Ben non. Là, ça coince. Charlie-Hebdo, on leur a foutu le feu pour moins que ça. Ribes, il sait bien que s’il touche au Prophète, son théâtre, il saute. Et lui, il peut se retrouver avec une bastos dans le crâne. Courageux, mais pas téméraire. C’est pour ça que je le trouve minable. Quand tu fais de l’alpinisme, tu grimpes pas la face nord de Montmartre. C’est l’Everest ou rien. Tu te mets en jeu. Le vrai courage, c’est quand il y a un vrai danger.

C’est facile, je trouve, de taper sur les chrétiens. Y’en a plus beaucoup et ils sont plutôt pas trop agressifs. Leur clergé, c’est pas des militants, mais des mecs plutôt cool. T’es pas marié mais si tu veux faire baptiser ton gosse, ils t’emmerdent pas. Ils s’excitent sur des trucs pas trop graves, et de toutes façons tout le monde s’en fout. On râle après le Pape mais on met la capote. Il faut bien le dire. Pour un athée, l’Eglise catholique, c’est plus trop un problème. On a mis deux siècles, il a fallu faire quelques lois, expulser un peu, nationaliser un chouïa (l’école en face de chez moi, c’est un temple protestant confisqué en 1905), brûler quelques presbytères, mais, l’un dans l’autre, on y est arrivé. Je sais : nationaliser, brûler, expulser, confisquer, c’est pas des mots gentils. Faut savoir ce qu’on veut, coercition c’est pas un gros mot. Mais, dans l’ensemble « l’infâme » comme disait Voltaire, on s’en est débarrassé. T’as qu’à rentrer dans une église, tu verras. Ou alors, tu vas un dimanche à la basilique de St Vincent de Paul. Les soutanes et les cornettes, c’est que du catho d’importation, black, tamoul ou latino. Faut bien compenser la crise des vocations européennes.

Le combat est plus là. D’accord, faut pas mollir. Faut surtout pas confondre. Moi, je suis religieusement athée et culturellement chrétien. Je crois pas en Dieu (même si je lui mets une majuscule, c’est comme ça qu’on distingue le dieu des religions monothéistes, c’est pas de la Foi, c’est de la typographie) mais je baigne dans le christianisme. Bach, c’était un cul-bénit, comme Racine. Architecture, musique, peinture, littérature, le petit Jésus est partout. Ce sont des traces historiques, on va pas les enlever. Et même, il faut les protéger. Pas comme traces religieuses, comme traces historiques. Même dans la langue, y’en a. Quand tu dis que tu vas sonder les reins et les cœurs, c’est tiré de la Bible. T’avais oublié ? Faut pas. L’Histoire, c’est précieux.

Le problème, c’est qu’on a le sentiment que le rejet du christianisme, il va de pair avec l’adoption des autres religions. Le mec, il va plus à l’église le dimanche pour pas faire comme son papa, mais il vénère le Dalaï-Lama. On discute plus ad nauseam sur les Evangiles, mais on dissèque les sourates du Coran. Tout ça, parce qu’on « veut comprendre ».

Ho ! les mecs ! Réveillez-vous ! Y’a rien de plus à comprendre. Toutes les religions fonctionnent pareil. Toutes, elles te promettent que tu vas pas vraiment mourir parce qu’à l’idée de clamser tu te chies dans les frocs. Après, y’a juste les détails qui changent. Le Paradis, ou la réincarnation, ou la survie de l’âme. Tout ça, c’est pareil. Un truc pour t’enlever la trouille. Parce que t’as la trouille. Tu l’avoues pas, mais t’en crèves. Et puis, c’est dur pour l’ego de se dire que le monde va fonctionner pareil quand tu seras plus là.

Le second étage de la fusée, c’est que pour pas vraiment mourir, faut que tu te comportes bien sur Terre. Là, les boîtes à outils divergent. Faut pas mettre de capote, faut pas manger de cochon, faut raser les cheveux de ta gonzesse, faut faire des aumônes (surtout au clergé que t’as choisi, ça aide). Les prescriptions sont innombrables, chacun les siennes. Plus ta religion est rustique, plus elle va dans les détails. Le juif ou le musulman, il t’interdit le cochon, le tupinamba il veut pas que tu bouffes de l’anaconda. Là, c’est facile, l’anaconda, y’en a pas au marché de Mont-de-Marsan. La religion tupinamba a de l’avenir dans les Landes. Ou le Gers.

Le dernier étage, c’est les rapports avec le politique. Pour pas vraiment mourir, faut que tu votes pour les gouvernements que ton curé t’indique. Je dis curé, ça peut être rabbin, imam ou bonze. Faut pas se gourer. L’Iran d’Ahmadinejab, c’est juste la France de Napoléon III. Ou le Tibet du Dalaï-Lama. Faut voter pour le chef qui protège ta religion. Forcément, ça exclut ceux qui sont pas de la religion du chef. Le côté du manche.

Cherche bien, réfléchis bien, toutes les religions fonctionnent comme ça. Avec des nuances, plus ou moins simples, plus ou moins complexes. Nuances que les gros bourrins religieux oublient. Dans les mecs qui prient devant le théâtre de Ribes, je voudrais savoir combien ont lu Augustin, Jérôme ou Pacôme. Pour savoir, va regarder les chiffres des ventes du rayon « Patristique » dans une librairie religieuse. Librairie religieuse parce que dans une librairie ordinaire, on te vend Matthieu Ricard mais pas St Augustin. Je voudrais savoir combien de fondus du yoga connaissent la pneumé de St Jean Chrysostome qui en est le pendant chrétien.

Parce que ça, c’est le dernier point. Capital. Les religions aiment les ignorants. Moins t’en sais, plus t’es malléable. Moins t’as lu, moins t’as réfléchi, plus t’es convertissable. Tu fais semblant de réfléchir, mais tu t’empresses de ne pas lire ceux qui ont réfléchi avant toi. Comme m’a dit un copain bou-bou (bourgeois-bouddhiste), c’est trop prise de tête. Faut dire que le mec, il fait chier tout le monde avec le Dalaï-Lama, mais il a jamais lu un soutra. Il écoute béatement son gourou. He bé ! te prends pas la tête. Tu as la foi du charbonnier. Expression chrétienne qui fonctionne aussi avec les autres religions et qui veut dire, admirativement, que moins t’en sais meilleur t’es, question religion. Laisse donc le curé (ou l’imam, ou le rabbin, ou le bonze) penser pour toi.

Je vois pas pourquoi je m’énerve. Relisez Voltaire.

On en reparlera….

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