dimanche 15 juillet 2012

LES SAINTS ET LES ANGES

Horreur ! Corne au cul ! (c’est pas un gros mot, juste une citation d’un grand auteur que j’adore). Voilà t-y pas que les musulmans détruisent les tombeaux de saints musulmans. L’Occident s’effarouche comme une vierge . Ça doit pas être de l’islamiste pur jus, ces gens là.

Ben si justement. Et même plus pur que pur. Dans l’Islam, il n’y a pas de saints. Pas du tout. Y’a même pas d’intercesseur. Dieu (Allah pour les intimes), tu lui causes en direct. Et il te répond de même. Pas de brouillage sur la ligne.

Mais, pas du tout, bêle l’ancien touriste. J’y ai été, moi, en Algérie, et au Maroc, et en Tunisie. Y’en a partout des tombeaux de saints. Non. Y’a des tombeaux de mecs qu’on a choisi pour intercéder. Nous, on appelle ça des saints, vu qu’on a le mot et que le fonctionnement semble le même. Mais c’est pas des saints. Religieusement, c’est que dalle.

L’islam, le judaïsme et le protestantisme partagent ça : personne entre moi et Dieu. Nous, les cathos, on a gardé ce côté un peu primitif. Paysan et méfiant. On contemple Dieu et on se dit qu’il a vachement de boulot. Tous ces mecs qui prient, l’un pour avoir plus de thune, l’autre pour que sa vache vêle bien, celui-ci pour trouver la femme de sa vie ou le coup de sa soirée, comment il fait Dieu pour s’y retrouver ? Il doit se faire aider, c’est pas possible autrement. Et donc, on a inventé le Saint. Le Saint, il est au Paradis, près du pouvoir. Il est Saint, alors Dieu, il doit bien l’écouter un peu plus que les autres. En tous cas, plus que moi, chiure de mouche dans l’océan du Temps. Le Saint, il est spécialisé. Antoine de Padoue, c’est les objets perdus. Vincent de Saragosse, c’est la vigne. Roch, c’est la lèpre et les chiens. Chacun son truc. Et donc, t’augmentes l’efficacité quand tu t’adresses au Saint. Il connaît ton problème et il est près du Grand Dabe. Ça marche mieux, en principe. En plus, au début du christianisme, c’était pratique. Ça permettait de recycler les dieux d’avant. Mars est devenu Martin, patron des soldats. Le païen de base, il gardait ses repères. C’était plus un Dieu, mais tout comme.

Au Maghreb, les musulmans, ils ont été en contact avec le culte des saints. Et, ils se sont dit que c’était pas con. Le mec qui a été un grand religieux, au Paradis, il doit avoir accès plus facilement à Allah. Donc, en s’adressant à lui, j’augmente mes chances de succès. Pas grand chose à perdre. Le phénomène a été étudié magnifiquement par Emile Dermenghem dans un livre qui a cinquante ans et pas une ride.

Seulement, voilà. Pour un musulman pur jus (oui, j’ai envie d’écrire pur porc, mais faut savoir se limiter), c’est insupportable. D’autant qu’ils le sentent bien, les mecs, qu’il y a une grosse influence catholique, là-dessous. Alors, ils purifient. Ils se mettent en phase avec leur doctrine. Pas la peine de hurler, on a fait pareil : suffit de voir les différents mouvements iconoclastes que le christianisme a suscité au fil des siècles. Y compris les parpaillots au temps du bon roi Henri. C’est juste au cas où vous auriez oublié qu’iconoclaste désigne avant tout un mouvement religieux. Les ceusses qui détruisaient les images de Dieu. Encore un truc que les parpaillots partagent avec les musulmans.

J’admets, c’est dur de voir détruits des monuments anciens qui ont, malgré tout, un sens culturel. Mais moi, je me sens pas d’expliquer aux salafistes qu’ils ont pas une bonne vision de la religion. La seule chose qui me vient à l’esprit, c’est de leur dire qu’ils feraient mieux de pas avoir de vision religieuse du tout. Mais je ne pense pas que je serais écouté.

La religion, c’est toujours pareil : tu acceptes le doigt, plaf ! tu te prends le bras, voire plus si affinités. Les religieux, ils ont toujours un présentable. Le Dalaï machin, le père Di Falco, ce bon Malek Chebel. Des religieux que t’as envie de prendre l’apéro avec eux tant ils semblent gentils, ouverts, dialogueurs. Sauf que derrière, y’a les autres, ceux qui tiennent la kalashnikof ou le gourdin. Ceux là, ils rigolent moins. Les gentils te disent qu’il faut pas en tenir compte, que c’est des épiphénomènes. Des épiphénomènes majoritaires, c’est pas trop la définition de l’épiphénomène. Mais où va t’on si on respecte le dictionnaire ? On peut plus parler. Si. Et on dira moins de conneries.

Et donc les salafistes, ils détruisent un bout du patrimoine de l’Humanité. Comme leurs copains qui ont brûlé la bibliothèque d’Alexandrie. Mais aussi comme ceux, chez nous, qui ont brisé les sculptures romanes ou bûché les signes religieux en bas-relief dans les églises. C’est une constante chez le croyant, il détruit. Si tu veux pas qu’il détruise, commence par détruire sa croyance.

Si on accepte la religion, juste un peu, c’est ça qu’on obtient. Pas la peine de dire que c’est juste des mecs qui interprètent mal, des voyous ou je ne sais quoi. Pas la peine de minimiser, d’ergoter, d’argutier. La religion, c’est un mouvement de masse, ça fonctionne comme un mouvement de masse. Lourdes, c’est Nuremberg. Des milliers de gens qui croient pareil, qui raisonnent pareil, qui ressentent pareil et qui se rassemblent pour se rassurer. Il suffit qu’il y en ait un avec une allumette et flambe le bûcher. Ou un burin, c’est pareil.

On en reparlera….

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