vendredi 13 septembre 2013

LA LEGINE

Je suis sûr que vous ne connaissez pas. Et pourtant, ça vaut le coup. C’est un poisson des mers antarctiques (un genre Dissostichus, deux espèces). Très vilain, très carnassier, longtemps célèbre dans les milieux scientifiques parce qu’il produit une protéine antigel et que son cœur bat très lentement. Bon, tout ça, c’est sur Wikipedia. Ce qu'il y a pas sur Wikipedia, c'est l'étymologie. Ça doit être un patois réunionnais ou du breton adapté...Légine... Ça fait penser à des pantalons anglais.

Poisson des mers froides, très froides, poisson à la chair ferme, poisson carnassier, une sorte de brochet de la mer. Les Japonais qui sont mauvais en production d’électricité nucléaire mais très forts en gastronomie marine, l’ont découvert dans les années 90. Découvert et apprécié. Ils l’appellent ookuchi et considèrent que c’est le top du top pour les sushi. Mieux que le thon, c’est dire. Au point que le cours de la légine se porte bien, ça vaut deux à trois fois le prix du saumon. A ce prix, les arnaques ne devraient pas trop tarder. D’autant plus que les USA s’y sont mis : eux, ils la mangent en carpaccio, avec juste un filet de citron. Tout ça pour vous expliquer que la légine a gagné dans les milieux halieutiques, le surnom d’ « or blanc ». Pour les pêcheurs, c’est une bonne nouvelle.

Enfin, pas pour tous les pêcheurs. Ceux qui en profitent, c’est les Réunionnais vu que l’essentiel des populations de légines sont françaises. Elles vivent autour des Kerguelen et de Crozet dans les zones de pêche exclusives françaises. Ceci pour tous les couillons qui se demandent pourquoi on s’emmerde à garder ces cailloux paumés qu’on peut même pas y envoyer des touristes. Et donc, sur les 18 000 tonnes de quotas annuels autorisés, la France a droit au tiers. Calcul facile : 6000 tonnes pour un poisson qui vaut aux alentours de 150 000 € la tonne, ça fait un marché de 150 millions d’euro. Regarde une carte : les Réunionnais, ils sont à côté, quasiment, ils en profitent. Vu le prix, faut surveiller, les pirates abondent.

Les Réunionnais, ils sont aussi plus près du Japon que de la mère-patrie. Ça tombe bien, c’est les Japonais qui raquent. Je trouve ça un poil injuste : c’est chez nous qu’y a un poisson délicieux et il file à Tôkyô et pas à Rungis. J’en ai jamais mangé mais celui qui m’a mis au parfum, il m’a raconté. Paraît que le turbot et la lotte, à côté, c’est rien que du bas de gamme. J’en salive. La chair très ferme, facile à découper, les filets que tu lèves sans même t’en apercevoir, un goût très net de sel marin. Merde ! une merveille comme ça pour des Ricains qui vont le bouffer en buvant du mauvais chardonnay de Sonoma, c’est margaritas ante porcos…..

Un peu de protectionnisme m’irait bien. Parce que le protectionnisme en général, on pense que c’est réglementer les achats. Mais ça pourrait être tout aussi bien freiner les ventes. Pas filer aux autres ce qui nous fait la vie belle au motif qu’ils ont du blé. Les Nippons, ils m’ont déjà fait le coup avec la pibale. La délicieuse pibale de ma jeunesse, j’ai quasiment plus les moyens de me la payer. Les Japonais en raffolent, tout file vers Fukushima à des prix caviardesques. Et voilà qu’ils recommencent avec la légine. Tout en pourrissant le marché du thon. Et en remplaçant dans nos restos, la lamproie à la bordelaise par le sushi industriel. C’est des coups à te faire monter la colère, je trouve. A justifier Hiroshima... Ho ! les fils d'Amaterasu, vous z'êtes pas les seuls à aimer le poisson ! Calmez vous. Moi aussi, faut que je me calme...

Bon, le premier qui trouve de la légine sur une carte me fait signe.

On en reparlera….

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