samedi 17 mars 2012

LE DROIT DU SOL

Ça chauffe à l’OMC. Quelques pays, dont les USA, viennent de déposer plainte contre la Chine qui vient de mettre des restrictions à l’exportation des terres rares. Pour faire simple, les terres rares, c’est une bouillie de minéraux rares qu’on trouve dans certains grands plateaux alluviaux. C’est des noms imbitables, le lutécium, le dysprosium ou l’ytrium. Ils sont étroitement mêlés à la terre et les extraire est assez compliqué et plutôt coûteux.

On en a besoin pour quantité de choses liées à l’électricité. Produire des LED, améliorer les lasers, fabriquer des piles et batteries. Y’en a partout, en quantités infimes, dans les portables, dans les jouets, dans les satellites et les missiles, dans les télés. Sans les terres rares, l’industrie électronique se crashe comme un autobus belge. Et donc, les terres rares sont considérées comme des « minerais stratégiques ».

Quand l’économie chinoise s’est ouverte au monde, quelques sociétés privées se sont spécialisées dans leur exploitation. L’une d’entre elles était Fosun, fondée et dirigée par Guo Guangchang, Fosun par ailleurs actionnaire du Club Med. Fosun a gagné beaucoup d’argent avec les terres rares. Apple aussi. L’Occident était ravi. La Chine possède plus de 50% des réserves mondiales et les exploite à bon prix. Comme les usines étaient en Chine, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitaliste.

Et puis, en 2010, Pékin a créé un Office de protection des terres rares et en a réservé l’exploitation aux sociétés minières nationalisées. Fosun et ses copains ont gentiment rendu les concessions au gouvernement. Déjà, ça en dit long sur le fonctionnement des sociétés privées chinoises. Le gouvernement fronce les sourcils, elles obtempèrent. Privées peut-être, mais pas privées d’obéissance.

Pékin savait que les sociétés occidentales commençaient à réfléchir sur la relocalisation de certaines industries. Et donc, le gouvernement chinois a annoncé un nouveau quota sur l’exportation des terres rares. C’est juste un message envoyé à Apple et à ses copains : fabrique ailleurs si tu veux, mais t’auras pas la matière première.

L’Occident a trouvé la mesure saumâtre. C’est vrai, ça. Ils étaient en Chine pour la main d’œuvre. Ils se disaient qu’ils pourraient aller encore ailleurs, en Inde ou au Bangladesh. Et ils découvraient que la main d’œuvre sans matière première, ça servait à rien. D’où leur plainte à l’OMC. La situation est baroque. Les Chinois disent « c’est chez nous, c’est à nous et on fait ce qu’on veut ». C’est vrai ça. Des terres rares, il y en a ailleurs. Moins qu’en Chine, mais il y en a. Avec un bémol : partout ailleurs, ça coûte un bras à produire. Pour une raison essentielle, c’est que la Chine offrant une solution rentable, personne ne s’en est jamais occupé. Et donc, y’a tout à faire et c’est pas demain la veille qu’on va remplacer la production chinoise. Et voilà comment on laisse se constituer un monopole parce qu’on cherche la rentabilité à court terme et qu’on ne veut pas investir. Et puis, ils ont pas tort : c’est chez moi, c’est à moi. C’est un principe général. Si j’ai pas envie de te vendre les tomates de mon jardin, tu vas les acheter ailleurs. Le refus de vente, ça existe, surtout pour des trucs qualifiés de stratégiques. On fait ça tous les jours avec nos centrales nucléaires, par exemple.

L’Occident hurle : « Vous êtes obligés de nous vendre ». Les Chinois rigolent. Ils sont pas plus obligés de vendre le lutécium que les Ricains ne sont obligés de vendre la Maison Blanche. Il leur suffit de baisser la production et d’augmenter les prix. Ils tiennent le marché pour quelques années encore. Et ils ont de la marge de manœuvre. Ils vont laisser les prix juste en dessous du prix de revient en Occident. Un poil de cul de grenouille en moins. Du coup, les Occidentaux, ils vont hésiter, attendre, s’enferrer encore plus. C’est pas demain la veille qu’ils vont prendre des décisions pour se sortir du piège. Parce que ce seraient des solutions coûteuses, rentables sur le long terme seulement. Pas question d’abimer les bilans et d’effrayer l’actionnaire.

C’est assez jouissif à observer. D’autant que l’électronique, c’est pas que des IPhone. C’est aussi des ordinateurs de bord pour les avions de chasse, des missiles sophistiqués, des satellites d’observation et de télécommunications. Si on fait un bras de fer, on risque fort de plus avoir d’armée. Remarque, si on s’écrase, on est pas sûrs d’en conserver une. Là aussi, on est piégés. Sun Tzu a encore gagné : l’art de la guerre, c’est soumettre un ennemi sans combattre.

Les Chinois savent une chose : nous ne savons rien du terrain. A force d’encenser le monde virtuel, nous en sommes arrivés à nous moquer de la réalité géographique. Et la réalité nous revient en boomerang. On va faire quoi ?

La mère Joly, elle nous les brise avec les emplois de la « croissance verte ». La croissance verte, c’est de la haute technologie. Sans terres rares, pas de piles photovoltaïques, pas de croissance verte. Surtout que le dernier marché pour un gigantesque parc éolien au Chili, c’est les Chinois qui l’ont gagné, ils sont devenus leaders dans la construction d’éoliennes géantes.

Le père Ghosn, il nous fait le coût de la bagnole électrique. Sans lithium, pas de piles. La moitié du lithium exploitable à un bon prix, c’est en Chine qu’on le trouve. On fera des bagnoles électriques si Hu Jin Tao le juge bon. Bon pour lui, je veux dire.

On fait quoi ? Ben, mon petit père, on fait ce qu’on peut. On cause, on fait des promesses, on baratine. Va falloir qu’on s’habitue à mettre la main au portefeuille. Pour payer les terres rares, pour payer la main d’œuvre qui va augmenter (ça commence), pour payer le transport qui va suivre les coûts du pétrole.. Papa, c’est loin la Chine ?

Défaitiste ? Un peu, sans doute. Défaitiste parce que nos gouvernants (j’ai failli écrire « nos élites », mais c’eut été faux.) ont de la merde dans les yeux et les neurones à l’arrêt. Tous, sans exception. Ils cherchent des issues dans les systèmes et les idées qui nous ont mis dans cette situation. Forcément, ils trouvent pas. Leur seul critère, c’est le pognon. Et donc, ils baissent les bras. La mère Duflot, elle nous dit que le nucléaire dépend de nos importations d’uranium. Faux. Y’a de l’uranium en France. Sauf qu’il coûte cinq fois plus cher à extraire que l’uranium nigérien. Alors, on a fermé les mines, c’est plus sympa d’exploiter le Touareg de base. Et on s’est mis entre les mains d’Aqmi.

Qui va nous dire qu’on est sacrément dans la merde ? Qu’on est à un tournant de civilisation et qu’il va falloir faire machine arrière ?

Et apprendre à nouveau la géographie….

On en reparlera….

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