mercredi 7 mars 2012

LES EMIGRES FISCAUX

Bon. La Gauche a le vent en poupe. Le peuple attend des changements, pense t-on. Légère erreur de perspective. Le peuple attend un bouleversement. Sans trop y croire, cependant. Mais il n’a pas le choix. C’est le bouleversement ou la mort, à peu de choses près. On va être surpris par le score des « extrêmes ». On est à deux mois du premier tour et les sondages donnent déjà entre 30 et 40% aux extrêmes. C’est une situation assez inédite.

Les politologues s’étonnent que les centres ne décollent pas. Les politologues confits dans leurs certitudes comprennent mal que les arguments raisonnables font long feu en ce moment. Nous sommes à ces moments-charnières où tout peut exploser. Personne n’a envie de se retrouver dans la situation de la Grèce. Et le discours des extrêmes s’est vachement normalisé quoiqu’on en pense. Si tu compares Marine en son papa, on n’est plus dans le même registre. Papa Jean-Marie, il tribunisait, il se gavait de rhétorique. La fille, elle te sort des graphiques et des tableaux Excel, elle jongle avec les chiffres. Mélenchon, pareil. Et que je te prends trois milliards ici et que je te les repasse là et regarde un peu si mon budget, il est pas en équilibre. J’ai été ministre, moi, je sais gouverner. Hé, se dit le peuple, on est plus dans le pipeau, là.

Et donc la Gauche a le vent en poupe. La Gauche et les extrêmes, on va pas coller Marine et Dupont-Aignan avec la Gauche. Mais dans tous les cas, le résultat est le même. Ça va bousculer.

Et donc, l’émigration fiscale revient au premier plan. Normal. Les riches vont pas se laisser saigner. On te parle de Bruxelles ou Genève. On te parle pas de plein d’autres endroits comme le Maroc ou la Thaïlande, des endroits mieux que Bruxelles. T’as pas d’impôts et t’as le soleil en plus et la bonniche à vil prix. Les mecs qui choisissent Bruxelles, c’est parce qu’ils gardent des affaires ou des biens en France, faut pas être trop loin.

Faut pas s’affoler, on a déjà connu ça. Pas en 1981, c’était peanuts. Non. En 1792. Les riches, ils filaient à Coblence, pas trop loin, de l’autre côté du Rhin pour pouvoir revenir. De préférence dans les bagages d’une armée allemande qui leur permettrait de récupérer à la fois leur thune et le pouvoir. Vu que les riches, ils savent parfaitement que le pognon fait son nid dans les allées du pouvoir.

Alors, la Constituante a réagi. Normalement et justement. Tu veux pas participer à l’effort national ? C’est ton droit. Mais comme tu peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre et comme si t’es parti, c’est que tu t’en fous, alors je nationalise tes biens. Les biens nationaux, ça a été un drôle de truc. Une vraie redistribution. Certes, un peu orientée. Le plouc de base, endetté jusqu’au cou, il a pas pu s’offrir le château du seigneur. Mais le marchand de grains assis sur son tas d’or, il en a profité. Les économies de la bourgeoisie, elles sont sorties des lessiveuses. Forcément, les émigrés, ils ont hurlé à la spoliation. Mais quand t’es loin, les hurlements s’atténuent.

On commence à y penser. Pas aussi clairement. Les énarques, ils ont le sens de la mondialisation et ils respectent le droit établi. Même s’ils sont à gauche. Les énarques, ils oublient qu’on peut toujours faire une loi pour changer la loi. Ils oublient qu’un pays est souverain sur son territoire. Ils oublient qu’on peut toujours envoyer sur les roses Bruxelles, Londres ou Washington. Ils vont pas nous faire la guerre, ils sont trop péteux pour ça. Tu vois le vieux Van Rompuy décréter la mobilisation générale, toi ?

On commence à y penser : on parle de récupérer les usines que les financiers voudraient fermer. T’en veux pas, je la prends, ça te manquera pas. Sur un coup comme ça, les extrêmes sont les plus crédibles. Le peuple approuve. Il sait bien que récupérer l’usine, c’est pérenniser son salaire.

Mais le peuple, il aimerait bien aller plus loin. Le peuple, ça l’énerve que l’émigré fiscal, il conserve ses avantages. C’est vrai, ça. T’habites Pattaya, tu payes plus d’impôts, mais quand t’es malade, tu reviens te faire soigner à Henri Mondor. Le peuple, il comprend que tu veux pas boucher le trou de la Sécu mais l’agrandir. Ça l’énerve, forcément. Emigré fiscal, ça veut dire que tu prends sans donner.

Faudrait revenir à l’esprit de Coblence. Tu veux pas payer, t’es plus Français. Hé ! ça marche pas. T’es Français pour l’éternité. Ben non. Y’a un statut juridique pour ça. Apatride. Ça veut dire que t’as plus de Patrie, vu que ta Patrie ne veut plus de toi. On a des exemples récents. Franco, il a enlevé la nationalité espagnole aux Républicains espagnols qui avaient quitté l’Espagne. Bon, Franco, c’est peut-être pas un modèle à suivre. Quoique… D’ailleurs les Américains font ça : tu payes pas d’impôts, on t’enlève la nationalité. On les imite sur tant de points qu’on pourrait les imiter sur ça…

Du coup, les émigrés fiscaux se retrouveraient à poil. La plupart profitent des conventions bi-nationales. Les Etats se mettent d’accord. T’es écrivain, tu vis en Irlande, tu payes tes impôts en Irlande où les écrivains ne sont quasiment pas taxés et la France renonce à te taxer. Sauf que si t’es apatride, la convention bi-nationale, elle marche plus. Et donc, la France peut saisir ton imposition à la source. En même temps, tu perds la Sécu et le droit de vote. Pas de raison que tu votes pour choisir un gouvernement à qui tu refuses ton pognon.Il parait que Houellebecque serre les fesses.

Je n’y vois qu’un souci politique. C’est la volonté de lier impôts et droits civiques. Ça s’appelle le mode censitaire. Parce que le corollaire, c’est que si tu payes des impôts en France, t’as les mêmes droits que les Français. La Gauche qui veut donner le droit de vote aux étrangers en situation régulière, elle ne peut qu’être d’accord. Question de logique. Si un mec a le droit de voter parce qu’il paye des impôts, alors celui qui échappe à l’impôt perd aussi son droit de vote. A ce compte, mon copain Roy, Anglais qui paye une taxe foncière et une taxe d’habitation à Paris, il pourrait voter à Paris. C’est pas choquant : c’est Delanoé qui gère le fric de Roy. Ça donne à Roy le droit de décider s’il veut garder Delanoé.

Y’a un truc à creuser. Séparer impôts locaux et impôt sur le revenu par exemple. Scinder le droit de vote : tu peux choisir le maire mais pas le député. Un droit de vote à deux vitesses en fonction de ton implication financière. Il faudra y venir.

Il faudra y venir parce que la mondialisation, ça ne marche que dans un sens. Il y a désormais deux classes sociales. Ceux dont le territoire est le monde et ceux qui sont attachés à la glèbe et n’ont pas la possibilité de choisir. Entre ces deux, le gouffre se creuse. C’est juste une question de territoire, c’est à dire de géographie….

On en reparlera….

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