samedi 8 juin 2013

MORT ET POLITIQUE

J’ai du mal avec ce fait divers. J’ai du mal parce que le discours est vachement brouillé, contrairement à ce que disent les commentateurs.

Clément Méric était un militant politique. Quand on fait de la politique, c’est pour conquérir le pouvoir ou le conserver. Pour un militant de gauche, on dira conserver. Quoique… En tous cas, le petit Méric, il était avec le pouvoir. Les images vues à la télé le montrent défilant contre les opposants au mariage pour tous. Il avait donc choisi son camp.

Le lieu n’est pas innocent non plus. Une vente privée… Il allait faire son shopping. Est-ce un lieu politique ? Ça peut l’être. Quand j’étais moins rouillé, on allait chez Fauchon. Pas pour acheter du saumon. Pour casser un lieu emblématique de la consommation capitaliste triomphante. Lui, le militant « de gauche », ça ne le gênait pas d’aller faire ses emplettes dans une « vente privée », un lieu réservé comme son nom l’indique, à l’élite consumériste. Navré, mais j’ai du mal à suivre. Tout ceci manque de cohérence. Où est la position de gauche ?

Et donc, Méric et ses copains s’embrouillent avec des fafs. Le présumé frappeur, il est vigile. Je regarde les photos de Clément Méric, il faisait pas le poids. La gauche est matérialiste et donc réaliste.. Quand tu vois le rapport de force, tu dégages. C’est pas de la lâcheté, juste de la survie. Et surtout, tu n’utilises pas les mots. Le vigile, les mots, c’est pas son territoire. Il sait qu’il aura le dessous. Alors, il regagne son terrain et il frappe. Avec les coups, il est chez lui. Ne jamais être sur le terrain de l’adversaire.

Sauf que Clément, à Sciences po, on lui apprend que les mots. On lui apprend que seuls les mots ont une légitimité en politique. Lénine doit se marrer. La Révolution n’est pas un dîner de gala. A Sciences Po, on n’apprend pas la Révolution, on apprend à gérer le monde. On apprend à négocier. Ce qui ne sert strictement à rien quand on est avec un mec qui frappe. C’est vrai pour une bagarre de rue comme pour un conflit armé. Avec une dimension supplémentaire : il n’y a aucune règle dans une bagarre, ni dans une guerre. Dans une bagarre, on savate le mec à terre, dans la guerre, on ouvre le robinet aux gaz de combat. C’est comme ça. Pas la peine de protester.

Par parenthèse, un conseil. Si vous voulez apprendre à vos enfants à se défendre, faites leur faire du rugby. Là, on apprend à se mettre en boule pour pas récolter une savate qui traîne.

Mais alors, la force prime le droit ? Oui. Car, dans nos sociétés, le droit est au service du pouvoir puisqu’il est, par essence, conservateur. Quand un homme politique dérape, tu peux toujours attendre la punition. Elle vient jamais, ou alors très tard, très atténuée, très négociable. Le pouvoir se protège.

Etre à gauche, c’est d’abord avoir compris que le pouvoir ne tombait pas comme un fruit mûr. Il doit être conquis et, le plus souvent, par la force des armes. Et, par voie de conséquence, il faut s’y préparer, avoir une stratégie et des moyens de l’appliquer. Ce qu’aucune gauche occidentale n’envisage aujourd’hui. Tout le reste est du théâtre.

Le môme est mort de cette mise en scène. De croire que s’embrouiller avec les fafs est un combat contre le fascisme. D’imaginer qu’on peut changer les mentalités avec des mots. De penser qu’on peut convaincre ceux qui ne veulent surtout pas être convaincus.

Les fafs, ils sont une poignée. Toujours la même. On va dissoudre. A nouveau. On a vu dissoudre le GUD, Union-Droit, Occident et bien d’autres. Ça ne change rien. Quand tu casses la coquille, le bernard-l’hermite va ailleurs.

Au bout du bout, quand tu réfléchis, tu arrives au problème de la mort. Elle est devenue insupportable en politique, alors qu’elle est consubstantielle au pouvoir. L’homme politique ne risque plus rien. On célèbre Jaurès, on oublie comment et pourquoi il est mort. On oublie Gavroche et le Mur des Fédérés. Pas tout à fait. On commémore à tout va. Mais rien de plus. Et on laisse les manifestations se disloquer (le beau mot !) au lieu d’aller vers l’Elysée, le Palais-Bourbon ou tout autre lieu emblématique d’un pouvoir qu’on prétend combattre alors qu’on se contente de le tancer.

Mais alors, tu prônes la violence révolutionnaire ? Je ne prône rien. Je regarde. Je n’analyse même plus. S’il doit y avoir violence, elle viendra d’un lieu inattendu et d’hommes inattendus. Comme toujours.

On en reparlera….

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