samedi 5 avril 2014

LE STADE ULTIME DU FÉMINISME

Mes copines brûlaient leur soutien-gorge. Il fallait un symbole et la liberté de danser des seins en était un. Moi, ça m’allait : on distinguait tout de suite l’érection mammaire de la flaccidité nichonale. Le symbole des unes devenait promesse des autres.

C’était le temps où la femme était désignée comme le prolétaire de l’homme. Prolétaires de tous les pays, unissez vous. Et l’union devint libre. Pour les unes, l’émancipation, pour les autres, la copulation. On était ravis, on abondait, on poussait vers la libération car la voie de la libération était le chemin de la couche.

Libre ou pas, l’union conduisait vers le couple. Et là, ça a commencé à merder. Les mecs étaient de petits princes. Ils se sont vite aperçus que la libération de la femme conduisait à la répartition des tâches. Leurs pères ne faisaient qu’une chose à deux : baiser. Et voilà t-y pas qu’il fallait désormais faire plein de trucs à deux : la vaisselle, les courses, langer le petit, faire chauffer les biberons à deux heures du mat’… Holà ! ça allait plus vraiment.

On a surfé un temps sur quelques vieilles rengaines. La force physique. Y’a des trucs que tu peux pas faire, ma cocotte. Sur la technologie : le bricolage, c’est un truc de mecs. Moi, j’avais des copines qui laissaient leur perceuse bien en évidence, histoire de me dire « J’ai pas besoin de toi ».

La loi suivait. Pas très vite, pas toujours très bien, mais elle suivait. Elle ouvrait aux femmes des pans entiers de la vie professionnelle. L’armée, par exemple. Quand t’as une gonzesse qui se met en treillis le matin, ça te relativise la libido.

Le féminisme a donné aux femmes la liberté de dire non. Notamment sur le plan sexuel. Théoriquement, on était d’accord. Pratiquement, on s’est vite aperçus qu’elles pouvaient aussi nous dire non à nous. Bon, c’était pas exactement ce qu’on avait prévu.

Et donc, de glissement en évolution, la femme (je devrais écrire la Femme) a expliqué à l’homme qu’elle pouvait se passer de lui. J’ai pas besoin de toi pour payer le loyer. Ni pour planter un clou.

Nous sommes face à un bel exemple d’effet pervers. La libération de la femme a supprimé l’un des ciments de la relation : le besoin. Besoin économique d’un côté, besoin sexuel de l’autre. Le mâle a désormais toutes les femelles à sa portée. La contraception enlève un frein, la peur de se retrouver face à une obligation non désirée. Le salaire féminin en détruit un autre, la peur de se retrouver sans ressources. Certes, ceci impliquait un fonctionnement brinquebalant, des situations tordues, on était loin de la perfection d’un monde rêvé.

Toutes barrières levées, le fonctionnement du couple a explosé et on arrive désormais au stade ultime du féminisme : la famille monoparentale. Le mec ne se sent plus aucun devoir (hou ! le vilain mot), il n’a plus aucun avantage à rester. Donc, il se barre. Tu veux plus de moi ? T’as plus besoin de moi ? Salut !

Certes, c’est une analyse à l’arrache. Il faudrait affiner. Mais, grosso modo, c’est comme ça que ça fonctionne dans les têtes.

Pour la nana, ça ne change rien, sauf le patron. Elle était le prolétariat de l’homme, elle devient le prolétariat de l’employeur. Sous-payée (c’est ça ou rien), avec plus d’obligations (elle garde le ménage, la vaisselle, l’aspirateur et les mômes à torcher mais elle reçoit en plus l’obligation d’aller au boulot, le plus souvent loin de chez elle). Elle a perdu au change.

Je pensais à ça en apprenant la mort de Régine Desforges. Par parenthèse, on n’a pas beaucoup entendu citer sa maison d’éditions, L’Or du Temps. Comme beaucoup, l’icône du féminisme était une grande bourgeoise cultivée. Les femmes ont suivi celles qui parlaient bien, les avocates, les artistes, les écrivains, toutes celles qui s’emmerdaient pas avec le quotidien parce qu’elles avaient des revenus. Et donc des employées de maison. Toutes celles qui savaient que la libération de la femme améliorerait leur sort personnel.L'Or du Temps, c'était du porno soft, avec orgasme au lit, pas dans la cuisine.

Elles ont gentiment mêlé la lutte des sexes et la lutte des classes. Forcément, elles appartenaient à la classe dominante et donc, la lutte des classes, ça leur allait pas trop. Glisser de l’économique au sociétal leur permettait de faire joujou avec la politique sans mettre les mains dans l’eau de vaisselle. Pour ça, il y avait des bonnes, sous-payées : si la Berrichonne augmentait ses tarifs, il y avait l’Equatorienne ou la Philippine. Des fois, on voit sortir une affaire croustillante comme l’Africaine qui attaque Noah pour « esclavage ». Saga Africa. C’est un peu anecdotique, même la famille du fondateur des Editions du Seuil y a eu droit. Ça signifie juste qu’il y a deux camps : ceux qui ont des domestiques et les autres.

C’est avec des glissements comme ça que le sens politique pointe le bout du nez. Quand on confond, on sème la confusion.Les femmes seules peuvent dire merci à la dame.

On en reparlera….

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