jeudi 7 juin 2018

TRADITION ET MODERNITÉ

C‘est exprès. Quand vous lisez ça, vous avez affaire à un scribouillard bouffeur de clichés, alors barrez vous, vous êtes en dessous de la sous-littérature.
C’est devenu un pont-aux-ânes. Vaut il mieux être d’un côté ou de l’autre ? Ou bien sagement au milieu. Aucune importance.

Ainsi, moi. En matière de bouffe, j’ai un côté ayatollah et je me fais régulièrement assaisonné au motif qu’il ne faut pas être figé, que les recettes sont faites pour évoluer et toutes ces sortes de choses. Toutes manières de me traiter de vieux con. Le leitmotiv : faut adapter, le monde change.

La semaine dernière, je vais dans un restau marocain. L’accueil me plait pas. Et donc, je décide de faire « moderne » et de filer un coup de  tatane à la tradition. Je dis au mec que j’aime bien le tajine « revisité ». Ça aussi, c’est un mot à la con qui signe le ringard stylistique. Je le sais, je l’ai utilisé. Le garçon, il trémousse du fion en m’assurant que la revisite (revisitation ?) du tajine, c’est quasi le credo du chef et que je vais en juger. 

« OK, je prendrai un tajine au porc . »

Là, le trémousseur des basses côtes, il se fige. Il sourit plus du tout. Ah ! mais, c’est pas possible. Ça existe pas.

Bon, on va se relativiser la revisitation. J’y demande des explications. Comme quoi, on revisite les fruits et légumes d’accompagnement, mais la viande, c’est mouton ou poulet. Même pas bœuf ? Ha, le bœuf, c’est possible mais faut commander à l’avance. Ben, dis je, c’est possible. Pour ma soirée d’anniversaire. Ça, c’est la phrase magique. Le mec, il calcule sa marge avant de regarder le calendrier. Ce serait quand ? La semaine prochaine. No problem, votre Majesté est déjà la bienvenue. Génial. On commencera par une pastilla et après tajine au porc. Ha non ! Porc, pas possible. Comme quoi, le cuistot il a pas le droit d’y toucher, des trucs comme ça.

« Pourquoi, vous êtes islamiste ? » Là, y’a deux mecs qui se lèvent et me reconduisent à la porte avec toute la délicatesse réservée à un vieux bonhomme. Fin de l’épisode.

Y’a donc des manières de revisiter ou pas. Je raconte l’histoire à des bons copains. Et vlan ! j’en prends plein la gueule. Comme quoi, je suis intolérant, provocateur, raciste. L’un des mecs, il a un restau, il est moderne, il sert de la « choucroute de la mer » où il remplace le cochon par de la morue, du merlu et des crevettes. Je connais un peu l’Alsace, j’ai jamais longé la mer entre Mulhouse et Saverne et je n’en ai pas visité les plages. Mais lui, il a revisité la choucroute dans le respect. De quoi ? De qui ? Lui, il a le droit de bousiller un plat traditionnel, emblématique d‘une région elle-même emblématique, mais moi, je manque de respect. Envers qui ?

Ça finit par sortir. Je manque de respect envers un livre écrit par un Prophète autoproclamé. Je m’en fous. Je ne crois pas en Dieu. Alors, les prophètes… Je respecte plus la choucroute que les prophètes. Quant au Coran, je l‘orthographie Corent et ça fait longtemps que j’ai pas bu de Corent. Qui boit du Corent aujourd’hui ? A part Vincent Pousson ? Je ne vois que Christian Bétourné, …

Je manque de respect envers les croyants. Peut être. En fait, ça dépend lesquels. Il y a des croyants respectables que je respecte. Et ceux qui n’ont que la foi, ceux avec qui on ne peut pas parler.

Mais j’ai appris une chose : il est des traditions que l’on doit violer et d‘autres qu’il est impératif de figer. Et sur ce coup, je suis mauvais car je suis toujours à contretemps.

Ce soir, un jeune gandin sur LCI prétendait qu’il était temps de déconnecter le livre et le savoir. Voilà longtemps que c’est fait. Les seuls livres qui surnagent sont ceux qualifiés de saints.

D‘ailleurs, il n’y a plus de savoir. Il faudra attendre qu’on revisite le savoir.

On en reparlera


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