mardi 14 août 2018

LE SUD-OUEST N'EXISTE PAS (2)

LE SUD OUEST N’EXISTE PAS.

Marrant. Il faut être lourd, insistant… la finesse a disparu. Avec elle, la litote, l’euphémisme, tout ce qui fait qu’on peut parler à demi-mots, être léger, sérieux mais amusant.

Signature. Lecteurs inquiets
« qu’est ce que c’est que ce titre ? »

C’est l’expression d‘une vérité. Le Sud Ouest qui n’existe pas est le Sud Ouest des clichés, un Sud Ouest bâti sur une pseudo-authenticité, une ruralité rêvée, toutes choses qui n’ont rien à voir avec la réalité. Le Sud Ouest qui n’existe pas est le Sud Ouest des rêveurs de Sud Ouest.

Je le regarde avec le recul nécessaire. L’authenticité est fille de l’Histoire. Que n’ai je lu de sottises, de fadaises sur mon sud-ouest ? Il est devenu un passage obligé du bien-vivre alors qu’on y vit moins bien qu’avant.

Voilà. Le mot est lâché. Avant. Avant que certains de nos paysans aient plongé dans le productivisme, avant que changent les paysages et que les banlieues soient devenues les verrues de nos villes, avant que tant aient cru que l’argent achetait tout. Pire. Avant que tant aient pensé que tout pouvait se vendre et ceux là sont les miens.

Elle est là, la blessure. Profonde, vivace. Le Sud-Ouest a vendu son âme, ses paysages, ses traditions. Non. Le Sud-Ouest a bradé. Parce que les acheteurs étaient…radins… fauchés..stupides. Surtout stupides… N’hésitant pas à chouiner devant les ortolans ou les toros de combat. Mais ils sont nôtres.. Les « petits oiseaux » se réchauffant à la flambée de l’Armagnac n’ont jamais été un problème écologique pour aucun de mes ancêtres, ni pour moi. Nous n’étions pas assez nombreux pour être des destructeurs de Nature et nous n’y avions pas d’intérêt : on ne salope pas la maison où on vit.

Mais l’acheteur croit qu’il peut tout acheter, même l’Histoire. Il croit que son chèque achète la Vie et qu’il en fera une vie idéale. Au prix de tous les renoncements, de tous les changements, ceux qui l’arrangent même s’ils me dérangent.

Ils veulent un Sud-Ouest mondialisé. Pas moi. Le monde, je le connais un peu. J’ai passé trente ans à le parcourir, à l’étudier. Jusqu’à ce jour de 1999, à San Miguel de Aralar, où j’ai eu brutalement conscience que j’avais cherché bien loin ce que j’avais sous la main. Et que la mondialisation était un marché de dupes où je déposais les vêtements de mon Histoire pour enfiler les défroques de tout un chacun.

Il est devant moi, rue Déodat de Séverac. Il m’explique qu’il va faire de la boite du vieux une icône du luxe. Le vieux, je le connaissais un peu. Mon père allait chez lui acheter des foies gras quand Tante Marie avait mal calculé la consommation annuelle. Le gamin a réussi. Le nom du vieux illumine les rayons du Carrouf d‘Hénin-Beaumont. A vil prix, à vile qualité. Le gamin a réussi : il a vendu mon passé à la grande distribution.. Il a fait une belle carrière sur les débris de ma vie.

Et donc, oui, je ne suis pas content.. Et j’en ai fait un livre.


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