mercredi 19 juin 2019

BRADER LA FRANCE ÉPARSE

C’est la spécialité de Macron. Pas seulement quelques aéroports ou la Loterie nationale. Non. Il veut nous enlever quelques milliers de kilomètres carrés jugés par lui insignifiants et dont il estime que la majorité l’approuvera. Raison pour laquelle, il vient de rouvrir les négociations avec Madagascar pour restituer les Iles Eparses de l’Océan Indien à l’Ile Rouge.

Déjà « restituer « !! Le terme suppose que les Iles Eparses aient, à un moment ou un autre, dépendu de Madagascar. Ce ne fut jamais le cas. Ce sont des atolls coralliens, inhabités et inhabitables, des confettis de l’Empire. Elles n’ont été prises à personne, il n’y a rien à restituer.

Faisons simple. Il y a les Eparses à l’Est de Madagascar (Tromelin par exemple) et celles à l’Ouest dans le canal du Mozambique (Europe, Juan da Nova et Bassais da India). Regardez une carte. Ce sont autant de porte-avions arrimés dans une zone sensible et sur des voies maritimes stratégiques. Les Iles Eparses permettent à la France de contrôler une partie de l’Océan Indien.

On y aurait suspecté une énorme réserve pétrolière. Relativisons : aucune prospection n’a été menée car c’est un milieu écologiquement fragile. Pour une fois, la prudence justifiée a été de mise. En revanche, nous y menons des recherches sur la biodiversité et nous y entretenons un réseau météorologique important pour le suivi des tempêtes tropicales ce qui  suppose la présence de quelques scientifiques protégés par une poignée de gendarmes. Présence indispensable pour conserver une zone économique exclusive de 600 000 kilomètres carrés (un peu plus que la France). Les Iles Eparses dépendent administrativement des TAAF, comme Kerguelen ou Bouvet.

Naturellement, les quitter est une énorme connerie. Pas à cause du pétrole ou de la richesse halieutique. A cause du vide.

Avec tout le respect que je dois à la République Malgache, je suis bien obligé de constater que, depuis son indépendance, elle n’a pas fait la preuve d‘une capacité de développement exceptionnelle. Les Iles Eparses vont ajouter un fardeau au poids que les Malgaches portent sur leurs épaules. Au mieux Madagascar n’en fera rien. Au pire, Madagascar essaiera de les valoriser.

Dans cette partie du monde, au sens large, la Chine et les USA sont engagés dans un bras de fer pour contrôler les voies entre Asie orientale et Europe/Afrique. Quitter le Canal du Mozmbique, c’est ouvrir une voie à l’un ou l’autre. Les USA sont à l’affut, installés sur cet autre confetti qu’est Diego-Garcia. La Chine, un peu moins car elle développe la ceinture et la route. Dans l’état actuel des choses, quitter les Iles Eparses revient à les offrir à Trump.

Si elles nous coûtent, il était possible de trouver un accord avec les Chinois, accord où nous aurions gardé la main pour l’écologie. Mais nos gouvernants ont les yeux fermés : pour eux, nous sommes au bout de la ceinture et la route. On oublie toujours les confettis. Il vaut mieux les balayer d’un revers de la main.

Je repense aux quelques arpents de neige de Voltaire. Pour Macron, seule compte la surface du pays d‘origine qu’il est, de toutes façons, incapable de gérer. Les confettis sont une gêne pour la « synthèse ». On s’en débarrasse donc, en se donnant les gants de s’abriter derrière une résolution de l’ONU, dont tout le monde se fout, y compris les Malgaches.


Macron fait plaisir à Trump : il lui offre une pierre sur le plateau du weiqi. Les USA n’en feront rien. Plus grave : la France ne pourra plus rien en faire. En donnant les clefs, elle se prive de la serrure. C’est facile de faire des cadeaux quand ils appauvrissent les autres. Méthode Macron. Et les autres, c'est nous.

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