dimanche 6 avril 2025

DONALD DONNE LES CLEFS A XI


 

Personne ou presque (sauf Donald) ne l’a remarqué.. L’économie mondiale appartient aux producteurs, pas aux marchands. Les « commerciaux », à force de réduire la guerre commerciale à la notion de prix, se sont déshabillés. Le commerce avait été créé dans un monde limité, un monde agricole où la météo assignait à chacun son rôle productif, rôle développé et exploité par les marchands qui pensaient que la production était adaptable au désir des marchés.

 

Mais ce n’est pas aussi simpliste que ça. La mondialisation a détruit le triangle producteur- produit-marchand et leurs rapports. Il faut dire que le triangle d’origine a été compliqué, agglomérant transport, emballages et communication. Le produit devient minoritaire mais entraîne les annexes dans le jeu mondial, parfois au point de les survaloriser.

 

Alors, c’est vrai, Donald avec ses taxes va rebattre les cartes du jeu producteur-vendeur, mais la clef reste le transport, et là, l’analyse doit être revue. Le transport maritime par container est dominé par une troïka occidentale (le danois MAERSK, l’italo-suisse MSC et le français CMA-CGM) et le chinois COSCO. On peut se demander pourquoi Cosco n’est pas le leader avec les moyens que lui donne le gouvernement chinois. C’est que le plan des Nouvelles Routes de la Soie va rendre secondaire le transport maritime. Le commerce mondial va replonger vers le train.. Sauf pour les USA. Donald veut s’isoler, il va être exaucé.

 

La mondialisation va changer et redevenir bipolaire : vieille Eurasie contre jeune Amérique. Vieille Eurasie irriguée par les trains chinois et armée par le bloc de l‘OSC. Jeune Amérique isolée et affaiblie et fracturée par le déclin de la doctrine Monroe dont les Latins du sud vont se débarrasser comme on fait d’une vieille houppelande.

 

Voilà 30 ans que la Chine travaille à son plan de domination du monde ou, plus justement, à son retour sur la plus haute marche du podium. Les USA, démocrates et républicains associés, sont incapables de comprendre la partie. « Propagande » bèlent ils à l’envi, persuadés que le dollar achètera leur avenir. Ils ont persuadé le monde que leur pensée, quantitative et donc financiarisée était la seule possible. On pourrait faire un livre des conneries qu’ils nous ont fait gober.

 

Mais la réalité est insurpassable et n’est pas soluble dans les tableaux Excel qui gomment la diachronie. Les USA ont passé des années à travailler sur le raffinage du pétrole en oubliant les terres rares. La Chine a eu le temps de prendre de l’avance et tient aujourd’hui 90 % du marché au moment où les terres rares deviennent un enjeu stratégique pour les activités spatiales et l’informatique.

 

Confronté à la réalité, Donald cède non sans quelques soubresauts qui évoquent la course du canard décapité. Parmi ces soubresauts figure l’intelligence artificielle. Personne n’a du lui dire que la capitale mondiale de l’IA est à Saclay.

dimanche 30 mars 2025

LES TITRES DU MONDE

 Bonne nouvelle pour mes chers lecteurs : sur certains sujets, vous êtes mieux et plus tôt informés que les lecteurs du Monde. En effet Le monde publie un grand article où il se demande si la Chine ne serait pas en train de montrer la voie aux autres pays en matière économique.

 

Je ne suis plus journaliste, je peux donc aller à la conclusion d’emblée : la Chine montre à l’univers la voie économique définie par De Gaulle, plus précisément par les gaullistes de gauche groupés autour de Pierre Billotte.. Le général Billotte était la courroie de transmission entre De Gaulle et Mao par le biais de Zhu Enlai, premier ministre francophone et francophile qui était son ami. Zhu Enlai dont le principal collaborateur était Deng Xiaoping. J’espère qu’un jour, leur correspondance sera publiée. En ces temps, je travaillais avec Billotte et je suivais le chemin qu’il traçait avec Zhu pour construire une nouvelle société, libérée des excès du communisme et du capitalisme, dans le respect de la souveraineté de chaque pays.

 

Et donc, depuis une bonne quarantaine  d’années, je continue à suivre les évolutions de la France et de la Chine et je suis affligé des commentaires, frappés du sceau de l’incompétence et d’une absence flagrante de savoir. Mes billets sur ce blog avaient pour but de donner quelques informations et pistes de réflexion, et je me régale de voir un peuple suivre la pensée gaullienne.. Tout en me désolant de voir la rédaction du Monde être larguée.

 

Bon, je vois pas le Monde titrer : Economie : De Gaulle avait raison. Tant pis pour vous.

jeudi 27 mars 2025

LA GUERRE, ÇA SE PRÉPARE - Lettre à mon fils

 Mon fils,

 

Je sais qu’en ce moment, tu t’inquiètes du risque de guerre auquel je t’ai bien mal préparé. Je sais aussi que ton écosystème actuel, tant familial qu’universitaire, n’est pas favorable à l’apprentissage de la confrontation. Il est temps que je te parle de moi. C’est après tout le rôle d’un père.

A 27 ans, sursis résilié, libraire, géographe, linguiste, jeune marié, je me vois dans l’obligation de rejoindre l’armée. J’étais pacifiste, non par conviction mais par confort et sans menace avérée sur ma tête. Fait comme un rat dans un labyrinthe, en testant les échappatoires je m’adresse à un colonel sympathique et bon vivant jovial qui me propose une exemption à condition que je sois réserviste sous ses ordres au service géographique de la DGSE et qu’il soit mon « officier traitant ». Tout plutôt que balayer pendant un an la cour de la caserne de Lunéville !

J’ai donc découvert l’armée dans les meilleures conditions. Pour le dire simplement, j’ai découvert un monde quasi-universitaire où des officiers généraux sélectionnaient les meilleurs de chaque discipline pour former les troupes : les transmissions ou le chiffre recrutaient aux Langues O’. Ben oui, quand tu vas en Afghanistan, t’as intérêt à avoir avec toi des locuteurs du pashtoun. Pour comprendre une négociation, des psychologues sont utiles. En terre inconnue, le savoir des ethnologues compte. Et l’école de guerre abrite des spécialistes des guerres médiques ou des archéologues voués à la poliorcétique médiévale.

 

L’armée, lieu de savoir, personne n’y pense. Et même de savoir « mou » celui des sciences humaines ou des arts : depuis Colbert, la Marine entretient des peintres officiels. L’armée a besoin de musiciens, de rédacteurs et même de « gameurs » (pour piloter des drones). Chacun peut trouver dans l’armée son lieu d’épanouissement à condition d’avoir le gout de l’excellence et de la transmission. Dans mon poste non officiel, j’avais la chance d’être en liaison avec les meilleurs chefs de corps, généralement des paras..Je n’oublierais jamais la préparation d’une mission avec le colonel Erulin. J’étais allé chercher des cartes en Belgique. Il a posé ma récolte sur la grande table. En dix minutes, il m’a donné une leçon de lecture cartographique telle qu’aucun de mes profs n’en était capable. L’armée est un lieu de savoir car le savoir est une arme.

 

Réfléchis et parlons en. Et n’oublie pas mes conseils statistiques : les civils meurent plus que les militaires  et les hommes du rang meurent plus que les officiers généraux. La guerre, ça se prépare.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                               

lundi 24 mars 2025

NOUVELLES DE CHINE

Ce dimanche, j’ai fait un truc que je n’avais pas fait depuis longtemps : j’ai lu le Quotidien du Peuple.

 

OK, c’est de la propagande. Je sais, mais je voulais faire une comparaison avec le F-47 de Trump dont la conférence de presse était, à mes yeux, pure propagande. Or le Chengdu J-36 vole déjà tandis que Boeing n’a pas commencé à tirer un trait sur les plans du F-47.

 

Première remarque : la Chine ne parle pas d’avion de 6ème génération. Prudence : si c’est une daube, il restera dans la cinquième génération et les Chinois ne perdront pas la face.

 

Deuxième remarque : confier la réalisation d’un prototype à Boeing aujourd’hui, c’est osé. A moins qu’il ne faille filer des contrats à Boeing, lié à Musk dans la galère SpaceLink. Financement déguisé.

 

Troisième remarque : les dessins montrent une réelle parenté entre le J-36 et le F-47, notamment l’aile delta et l’absence d’empennage. Trump a pompé sur la copie de Xi mais son F-47 ne vole pas encore. Dossier à suivre, on risque de rigoler.

 

Pour le reste, j’ai appris que les fusées Longue Marche étaient toujours en service et qu’elles ne cessaient de mettre des satellites en orbite avec une préférence pour les satellites Internet en orbite basse qui sont le fer de lance du réseau StarLink. Je suis prêt à parier qu’un de ces jours, le conflit va éclater. Avec une différence : la Chine signe des partenariats avec des pays en voie d’émergence qui veulent s’équiper.  L’avenir commercial de Musk s’assombrit, du moins chez les pauvres. En Europe, Eutelsat se réveille.

 

La station spatiale chinoise va bien et les rotations d’équipages y sont régulières. Le mois dernier, la Chine a lancé une invitation aux pays voulant l’utiliser à des fins scientifiques : c’est la mort de l’ISS.

 

Tout ceci pour dire que la domination américaine sur les airs et l’espace a vécu et que le duo Donald-Elon ne fera qu’accélerer l’extrême onction.

 

En écologie, les Chinois ont terriblement avancé en matière de lutte contre la désertification, surtout dans le Xinjiang, terre promise des Ouighours. Ils ont notamment créé des bambous génétiquement modifiés qui produisent de la biomasse. Ils commencent à travailler sur la mise en valeur des zones arides. On sait du moins qui nous remplacera au Sahel, et ce ne sera pas Poutine.

 

Le Quotidien du Peuple ne cesse de parler de la France. Normal. Je lis l’édition française. On m’a rappelé que 2024 marquait le 80ème anniversaire de la reconnaissance de la Chine par la France. 


Pour une fois qu’un grand peuple nous aime…

mercredi 12 mars 2025

ENCORE LES TERRES

 Trump attend la réponse de Poutine qui prend son temps. Normal…..

 

Coup de projecteur… Le cœur de la négociation, ce sont les terres rares. Tout le reste, Trump s’en  fout. Je vous explique… Pour ses aventures technologiques,  Musk a un impérieux besoin de terres rares. Et pas que Musk. Toutes les sociétés technologiques ont le même besoin, amplifié par l’émergence de l’IA. On a une estimation des réserves mondiales par pays exprimées en kilotonnes d’oxydes. Jetons un œil :

 

La Chine abrite 44 000 kilotonnes de ces réserves, le double du Brésil (21 000 Kt) Après, ça baisse : 3 800 Kt pour la Russie (avec l’Ukraine), 1900 Kt pour les USA, 1500 Kt pour le Groenland, 850 Kt pour le Canada…. Tout est clair : les USA sont un nain pour les minerais de l’avenir et les technologies qui en dépendent.

 

Complétons l’information : ces terres, il faut les extraire et les raffiner et c’est un sacré boulot : on estime qu’il faut de 10 à 15 ans entre la découverte du gisement et l’utilisation du minerai. Mais bon, tout ce qui est rare est cher.

 

Mais pas pour tout le monde. La Chine tient en mains le marché. Voilà trente ans que la Chine a préparé ce moment qui a été d’abord géré par Fosun, aujourd’hui actionnaire du Club Med. Trente ans que les Chinois mettent sur le marché des terres rares raffinées, prêtes à l’emploi, à un prix un poil de grenouille en dessous du prix de revient. De ce fait presque personne n’a investi dans le traitement des terres rares et la RPC a un monopole de fait.

 

Vous avez compris : les USA et la Chine se confrontent pour la technologie du futur et Poutine se trouve entre le marteau et l’enclume. Alors pour une décision rapide…..

 

Quant à Musk, il sera pas demain sur Mars….

 

mardi 25 février 2025

TERRES RARES ET SLAVES

 J’écoute les commentaires et je pleure. Je pleure devant tant d’ignorance tartinée sur le pain de l’Histoire. Le sujet : les terres rares et slaves. Je ne suis ni géologue, ni responsable politique mais j’ai une idée sur le sujet. Chez moi à Bayonne, j’ai deux copains : les deux sont descendants d’athmans cosaques, cosaques du Don pour l’un, cosaques du Dniepr pour l’autre.

 

Comment se fait ce ? Simple. En banlieue, au Boucau, les forges du Creusot avaient une filiale métallurgique : les forges de l’Adour. Les paléo-capitalistes du Creusot envoyaient dans toute l’Europe, notamment en Ukraine, de jeunes et aventureux ingénieurs des Mines pour en inventorier les richesses minières et certains (au moins deux) de ces jeunes gens sont revenus de leurs explorations avec une beauté blonde et slave et de bonne famille avant de s’installer à Bayonne pour y faire  souche.

 

Alors quand je vois Trump et Macron se partager les richesses minières d’Ukraine, je pense à des hyènes se gobergeant dans les entrailles d’un zèbre, cadavre dont ils ignorent tout. Je mets Poutine à part : les cosaques étaient troupes du Tsar. Je sais seulement que ces minerais sont français par droit de découverte. J’aimerais que les icono-cartes de la télé indiquent ces découvertes, avec de petits drapeaux, histoire de rappeler une histoire commune. Il doit bien y avoir dans les archives du Creusot ou de l’Ecole des Mines des concessions ou des traités garantissant à la France l’exploitation de ces minerais. Trump et Macron pourraient prévoir un virement à la Mairie du Boucau avec indemnités de retard.

 

Je ne délire pas. La géopolitique, c’est ça : on part du sous-sol pour arriver à la chambre à coucher. D’un siècle à l’autre… Je veux dire que tout compte, même et surtout ce qu’on ignore. Ça m’apprend aussi comment naissent les idées erronées. Beaucoup pensent que la cathédrale orthodoxe de Biarritz est née de la colonie slave installée dans la ville pendant les années impériales alors que l’inauguration date de 1892, bien après la mort de Napoléon III. Et bien avant l’arrivée des tsaristes chassés par Lénine. Ceci me dit une colonie stable, pas forcément aristocratique mais peut être anorexique. Et peut être liée au carré slave du cimetière de Salies-de-Béarn.

 

Encore une piste… c’est le bonheur de la géographie

dimanche 23 février 2025

LES GODILLOTS

 Bien. La France est en guerre, ou plutôt en quasi-guerre.Le Président l’a dit, nous nous mettons en économie de guerre. Traduction : nous nous préparons.

 

Pour nous rassurer, regardons l’Histoire. Avons-nous gardé nos élèments de guerre ?Avons nous conservé nos atouts ? Ou avons-nous tout détruit ? Et comment se prémunir ? Ne nous compliquons pas la vie. Regardons froidement une entreprise de défense créée dans une vallée basque au début des années 1950 : Pataugas.

 

Au départ, c’est un petit fabricant d’espadrilles de Mauléon en pays de Soule. Son problème : les semelles. L’espadrille, avec ses semelles de corde, résiste mal à l’abrasion des nouveaux revêtements de routes. Et donc René Elissabide cherche et trouve un type de vulcanisation permettant de réaliser des semelles solides en caoutchouc. Pataugas devient fournisseur de l’Armée. Ce qu’on ignore, c’est que l’Armée offre à ses fournisseurs un super retour d’expérience ce qui permet à Pataugas d’améliorer son brodequin de marche mais aussi de créer des produits dérivés comme des bottes de saut pour parachutistes. La guerre d’Algérie est à son apogée, la conscription bat son plein, l’usine tourne avec 400 ouvriers (moins de 6000 habitants pour la ville) ce qui en fait un acteur économique de premier plan pour la vallée.

 

Tous ceux qui ont fréquenté l’Armée savent que ses relations économiques avec ses fournisseurs sont un écosystème avec un vocabulaire, des habitudes, des références qui le distinguent des systèmes économiques traditionnels. A vouloir gérer l’Armée comme une entreprise, on fait nécessairement fausse route.

 

A la fin des guerres coloniales, les ventes de Pataugas déclinèrent mécaniquement avec la baisse des troupes qui s’accompagnat de la mort du fondateur. Pataugas ne s’était pas doté d’un réseau commercial adapté aux temps modernes. La marque restait intéressante et les vautours financiers étaient posés en Soule.  L’Europe imposait des règles libérales d’achat qui permettaient à des industriels étrangers de répondre à des appels d’offres français. Plongé dans l’écosystème du lucre et de la mode, Pataugas était condamné. Aujourd’hui, une usine tunisienne fabrique les godillots de l’armée française et les politiques dégoulinent de souveraineté.

 

De cette petite histoire, je tire quelques leçons :

 

1/ gérer le public comme le privé est stupide.

 

2/ gérer l’armée comme une compagnie de commerce est stupide

 

3/ imaginer que certaines marchandises sont plus stratégiques que d’autres est stupide. Une armée a besoin de chaussures comme de papier toilette ou de savon. La guerre est, sur le terrain, un immense bricolage où tout compte.

 

Il semblerait normal de donner à certaines entreprises un statut du type « entreprise de défense » qui l’exonèrerait de certaines obligations et l’empêcherait de passer sous pavillon étranger en protégeant sa gouvernance

samedi 22 février 2025

LE CADEAU DE L'ÉTERNITÉ

 Pouf ! quelle soirée ! Pendant que l’Aviron se faisait étriller à Toulouse, les télés bruissaient de commentaires sur l’assassinat d’un retraité portugais à Mulhouse par un islamiste. Tout a été décortiqué, la psychiatrie, le politique, le droit tant français qu’international. Tout sauf la religion, alors que le mec a planté quatre personnes en criant « Allah Akhbar ».

 

Ça m’est venu en réfléchissant un peu. Une idée que même Retailleau n’a pas eu, c’est dire. Le mec, il est croyant. Mahométan au point de tuer les mécréants. La religion, ça se respecte, tout le monde vous le dira, même Mélenchon. Respectons le mahométan haut-rhinois. Mieux aidons-le.

 

Les religions ont toutes une échelle graduée, des punitions comme des récompenses. Aidons les islamistes à atteindre le niveau suprême et offrons leur la palme du martyre.

 

Pour un croyant, il n’est rien de supérieur au martyre. Un croyant n’a pas peur de la mort que sa croyance supprime. Par voie de conséquence, pour lui, mourir est un cadeau car la mort est une porte ouverte sur l’éternité.

 

Offrons l’éternité aux mahométans !

jeudi 20 février 2025

FICTION TRISTE

 A peine arrivé dans le bureau ovale et après les politesses d’usage, le Président français s’adresse au Président américain :

 

MACRON : Mister President, après examen de la situation militaire, la France a décidé de libérer l’Amérique du fardeau de la défense européenne et accepte que vos troupes quittent le continent européen dans les délais les plus brefs.

 

TRUMP : Vous n’avez pas les moyens !!

 

MACRON : L’Europe a les moyens et la France sait intégrer des troupes étrangères, elle l’a prouvé tout au long de son histoire. Pour assurer une parfaite cohésion, les corps européens seront intégrés à l’armée française qui assurera le commandement de l’ensemble. Les USA n’auront qu’un interlocuteur : la France. Vous pourrez vous concentrer sur le Pacifique en faisant des économies.

 

TRUMP : Good deal ! Mais les délais….

 

MACRON : Immédiatement. Vous aimez la rapidité, vous allez être servi…. Demain, le système GPS sera rendu inopérant en Europe et remplacé par le système Galileo, plus performant et totalement européen. Prévoyez quelques troubles au niveau aéronautique, mais rien de grave. Nos troupes sont prêtes et notre aviation est équipée. Vous ne voulez plus payer… la France vous remplace.

 

TRUMP : Vos finances ne le permettent pas….

 

MACRON : Ce soir, la Banque Asiatique d’Investissement annoncera une ligne de crédit à 0 % au profit de la France pour nous permettre de réinvestir dans les domaines industriels notamment liés à la défense. Ne vous fixez pas sur la monnaie, la France a des neurones et des amis qui font plus confiance à un pays avec 15 siècles d’histoire qu’à un débutant bardé de défaites. Quant à moi, j’ai dans ma poche une liste de plus de mille sites répartis sur tout le territoire qui vont pouvoir à nouveau vivre de leur travail pour l’Armée. Mon peuple me soutiendra.

 

L’ambiance est lourde, même si le Président français semble crispé et l’Américain sonné. Ce n’est ni plus ni moins qu’un renversement d’alliances préparé par un bras de fer.

 

C’est seulement une fiction. Impossible vu les acteurs. Formellement, rien ne s‘y oppose, sauf les blocages mentaux. Depuis plus de cinquante ans, les Français ont oublié Staline, Normandie-Niemen, le parti aux 500 000 fusillés, l’alliance contre Hitler et les 30 millions de soviétiques sacrifiés pour ne plus voir que le jour le plus long et Kirk Douglas en battle-dress. Les USA ont gommé l’histoire avec l’appui d’une classe politique majoritairement démocrate chrétienne et anti-communiste au motif que le communisme est athée. 

 

La dimension chrétienne qui a vu les années 70 et l’arrivée de l’œcuménisme a été une dérive grave de la pensée française.

 

 Etymologiquement, l’œcuménisme est ce qui concerne l’oekoumène, la Terre habitée par les hommes. Le terme était utilisé par l’église catholique pour réunir des conciles réunissant les tendances déviantes du catholicisme romain, comme Nicée en 305. Dans les années 1960, on a vu surgir des mouvements « oecumèniques » regroupant seulement les chrétiens. Bouddhistes, musulmans, animistes sortaient de la terre des hommes. C’était conforme à l’esprit de la colonisation. J’étais outré : ma mère, calviniste, était autorisée à enseigner le catéchisme dans la cathédrale Sainte-Marie, Vierge dont elle niait la Sainteté. Les iconoclastes reprenaient le pouvoir qu’Ignace leur avait arraché. La théologie cédait à la médiatisation et l’Eglise catholique romaine se dépouillait devant Luther lequel devenait maître du nouvel oekoumène.

 

L’œcuménisme dépouillait surtout le catholicisme de son caractère local, c’est-à-dire national, en évacuant  les intercesseurs, derniers vestiges d’une divinité incarnée dans les sources, les rivières et les montagnes. C’est le pillage spirituel dénoncé par Bernanos.

 

Les lutheriens, abrités derrière leur christianisme et usant de leur variété réussirent à mettre la main sur le calvinisme qui leur offrait l’argument sémantique de la réforme. Il y a peu, être réformé était être refusé, rejeté, la novlangue se mettait en place qui attribuait tout mérite à la réforme et valorisait les chevaux de réforme, jadis envoyés à l’abattoir. Luther avait enfourché mon amie Flicka.

 

Toute colonisation commence par la langue, moyen efficace de capturer les esprits, mais la pénétration ne se quantifie pas : que le mot clebs soit généralement utilisé ne signifie pas une invasion de l’arabe. A l’opposé, on peut s’interroger sur le remplacement de gestion par management ou sur la récente utilisation généralisée de l’acronyme qui envahit les textes. 

 

Depuis 1945, l’Europe s’est couchée aux pieds de l’Amérique. De Gaulle avait pris deux précautions en incluant les droits de l’homme en préambule de la Constitution et en stipulant que le français était la langue de la République. En clair, la Constitution garantit la liberté d’expression dès lors qu’on s’exprime en français. On pouvait imaginer que le droit français avait bâti un barrage contre les anglicismes. C’était compter sans les collabos communiquants et avides de lucre qui ont passé un demi siécle à limer et annihiler ma langue avec des arguments breneux acceptés par une magistrature pourtant soucieuse de protéger son vocabulaire. La langue française est riche, variée et précise et s’exprime grâce à un corpus important et disponible. Elle accepte des variations lexicales qu’elle regroupe sous le nom d’idiolectes afin de préciser quelles communautés les emploient.

 

Nous franchissons une nouvelle étape : la diplomatie civilisationnelle passe le relais à la diplomatie transactionnelle. Il est temps de dire non car viennent les temps rugueux, binaires. Trump dévoile ses besoins : des terres rares et des chercheurs. Refusons les. L’Université Paris-Saclay est une couveuse à chercheurs. Moi, Français de base, je ne veux pas payer pour former des chercheurs aux ordres d’Elon Musk. Aidons les Ukrainiens à garder leurs minéraux rares. Et prenons l’argent où il est : chez ceux qui foutent la trouille à Donald le matamore. Les temps binaires sont ceux du Oui ou Non. Les USA ont été créés par la France : il est temps de détruire notre créature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                               

dimanche 16 février 2025

LE MÂLE BÉTA

 Bon, je vous avais prevenu le 2 février : Trump est une figure de male alpha, un simulacre gonflé à l’encre de la presse et prêt à se dégonfler, une grande gueule qui affirme avoir la plus grosse. Pour croire ne fut ce qu’un mot de Donald la dégonfle, il faut avoir un QI de poisson rouge. Ou être Président de la République française, ce qui n’est pas incompatible. Souvenez vous : au début du second quinquennat, le chef d’Etat-major des Armées démissionne car le Président lui a refusé les crédits nécessaires. Trois ans plus tard, le même Président accepte les contraintes budgétaires du canard américain, affirmant de la sorte qu’il se moque des demandes du plus haut gradé de l’armée française. Et ce, sans même s’excuser ce qui montre son respect de ses collaborateurs. J’ai honte pour lui.

 

J’ai honte de la faiblesse de mon Président qui ne cesse de croire en la puissance américaine et aux rodomontades assurées, sans jamais tester le prétendu chef de bande. Qu’attendons nous pour remplacer le GPS par Galileo ? Qu’attendons nous pour rappeler à Donald que notre reconnaissance de la Chine emportait reconnaissance du statut de Taiwan ? Ou pour signer avec Xi un protocole de recherche sur l’ IA ? Bref un signe de renversement d’alliance discret mais fort, genre : « tu fais comme je veux ou je change de bande ». Déjà, ça permettrait d’identifier les collabos, ceux qui s’écrasent quand Donald fait machine arrière c’est-à-dire tout le temps.

 

On peut changer de pied avec finesse. Trump veut que nous renforcions notre défense ? Finançons ce renfort avec l’aide des instruments financiers chinois. Et en le faisant, pas en faisant semblant ou en laissant des portes ouvertes. Ce serait une belle claque diplomatique, surtout avec un volet spatial qui affaiblirait Musk.

 

A la fin du siècle précédent, le républicain Reagan avait lancé un plan pour décrypter le génome humain, mettant 50 milliards de dollars sur la table pour attirer les meilleurs chercheurs américains qui avaient cinq ans pour réussir. Mes copains scientifiques étaient vent debout : le but caché était de breveter les résultats du décryptage pour réserver aux firmes américaines les avancées en thérapie génique. Un an plus tard Kahn, Cohen et leurs équipes du Généthon avaient fini le boulot, sans brevet pour permettre à la communauté scientifique de bosser librement et ridiculisant les généticiens américains. Ridiculisant du même coup les journalistes qui avaient confondu montant de la dépense et résultats de recherche. N’oublions jamais cette histoire. N’oublions jamais nos résultats sans cesse opposés aux annonces étatsuniennes. Le capitalisme est pragmatique, pas la science. Et n’oublions jamais qu’une armée de va-nu-pieds a viré du Vietnam la plus puissante armée du monde. Les Américains ont beaucoup de soldats et peu de guerriers. Simplement, à force de penser comme eux, nous agissons comme eux. Aujourd’hui, Sciences Po remplace Saint Cyr dans la formation de nos officiers généraux et je ne suis pas sûr que Sciences Po apprenne à mourir pour la France.

 

Trump est d’une inculture crasse, esprit falot mu par la réaction plus que par la réflexion. C’est un toro de combat qui n’a pas appris que le toro meurt toujours à la fin. Mais c’est un jouisseur effrayé par la mort et qui reculera devant la menace ultime. Faites la liste de ses menaces et de ses menaces exécutées. Ça rassure. En un mois le mâle alpha a appris l’alphabet : il est désormais un mâle béta.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                               

dimanche 9 février 2025

LA NEGRESSE

Préliminaire : j’ai une admiration éperdue pour les cartographes du Dépôt de la Guerre. Ils ont rendu possible la victoire de 1918, avec des principes simples conduisant à un travail prodigieux tendu vers un seul but : mesurer le territoire, notre territoire, colonies incluses.

 

Liminaire : j’ai une détestation profonde, confinant à la haine, pour tous ceux, gouvernants inclus, qui ont barbouillé cette œuvre par bêtise et fainéantise, deux défauts mis au service d’un vice : la passion du lucre. Le tout sous l’égide de la perversion du sens et d’une communication anorexique : non, Monsieur Lacoste, la géographie ne sert pas à faire la guerre, c’est la cartographie qui se charge de gagner les guerres.

 

Il y avait à Biarritz, un quartier nommé La Négresse. Un collectif d’imbéciles autoproclamés protecteurs de la dignité humaine s’est indigné d’un toponyme jugé dévalorisant, sexiste et racisant et a demandé son interdiction ce que le Tribunal administratif a accepté, écornant un peu plus la confiance des Français en leur justice.

 

L’association Mémoires et Partages a t’elle une légitimité à traiter d’histoire ? Fondée par un juriste sénégalais, Karfa Diallo, elle peut être suspectée de partialité. Diallo est un patronyme peul fréquent dans toute l’Afrique de l’ouest et connu en Pays basque où Maître Nouhou Diallo est une éminente personnalité du barreau bayonnais. Mais Karfa Diallo a préféré la défense de maître Capdevielle dont le mari est sénégalais. Comment expliquer ce choix ? Est-ce du sexisme ? Du racisme ? Elue socialiste de la circonscription bayonnaise, Colette Capdevielle n’a aucun risque à s’aliéner les électeurs biarrots.

 

Reste la cartographie. Mémoires et Partages veut déclarer illégal un arrêté municipal de 1861 qui nomme ce quartier. En 1861, la cartographie de Biarritz (et donc la toponymie) est en voie d’achèvement. La municipalité biarrote suit les cartographes du Dépôt de la Guerre. Il y a là un problème de parallélisme des formes. L’arrêté est la conséquence d’une activité nationale codifiée par la loi qui lui est supérieure. Le Tribunal administratif a fait preuve d’une coupable légèreté sur ce point, mais je soupçonne Karfa Diallo d’avoir manipulé son dossier, comme il l’a fait en excipant d’une légende selon laquelle une femme noire tenait un débit de boissons dans le quartier. Il n’existe aucune preuve de ce fait. Aucune. 

 

En revanche, l’étymologie gasconne qui s’appuie sur une mauvaise transcription du toponyme Lana Grese (la lande argileuse) tient bien, l’argile est encore là et l’activité des tuiliers et briquetiers a duré jusqu’aux années 1960. Le Dépôt de la Guerre s’est planté. Ça arrive. Mais la Justice doit corriger ces erreurs, pas les justifier. Mais il est préférable que les cartographes soient irréprochables et ils n’en prennent pas  le chemin.

 

Pour ma part, je préfèrerai que Karfa Diallo me parle des signares, ces femmes sénégalaises qui ont ouvert le Sénégal à la France et servaient d’intermédiaires aux négriers qu’il poursuit de sa pathétique hargne. Il n’existe pas de colonisation sans collaborateurs ou collaboratrices. Les Noirs portent le fardeau de la traite, pas seulement comme victimes mais comme associés. C’est pénible à avouer, mais l’Histoire peut être pénible. Va-t-il demander le changement de titre de La Négresse blonde, merveilleux recueil du merveilleux Georges Fourest ?

 

Pour éviter toute accusation de racisme latent, je précise que mes deux enfants tardifs sont afro-descendants. Mais ils sont blonds !! Oui, ils descendent en droite ligne d’un cordonnier martiniquais libre de couleur selon le Code noir. Ils ont été blanchis par six générations de copulations métissées. Dont une avec le descendant d’un cartographe du Dépôt de la Guerre ayant dessiné le plan de Biarritz sur lequel Napoléon III a choisi l’emplacement du Palais.

 

C’est dire que je me sens légitime d’en parler.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                               

mercredi 5 février 2025

MONDANITÉS UNIVERSITAIRES

 Et voici qu’on m’envoie un gloubi-glouba pseudo-intellectuel sur  la cartographie. Un de plus.Et qui me renvoie à Audiard qu’on peut plagier : c’est fou ce besoin qu’ont les cartographes de faire des phrases. Mes amis connaissent ma définition : la cartographie est l’art de la tricherie vraisemblable. Ce qui permet d’oublier Borges et son texte sur la carte à l’échelle 1/1.

 

Voici donc le énième texte sur la prétendue fausseté des cartes que l’on doit à deux cartographes dont l’un s’autoqualifie d’information designer (c’est plus chic) et l’autre appartient à un centre CNRS consacré à l’urbanisation du monde arabe. De Planhol revient ! et c’est plutôt une bonne nouvelle.

 

Et donc, j’apprends que l’université de la Réunion va organiser une conférence sur la cartographie et ses enjeux actuels, sujet tant rebattu que personne n’osera dire que ces pseudo-enjeux sont les mêmes qu’au XIIème siècle, le seul changement étant que les Cassini sont passés par là, rendant caduque le sous titre : représentation du réel ou acte social et politique ?

 

Depuis les Cassini, stipendiés par Louis XV, Louis XVI et la Constituante, on sait que la cartographie est une représentation mesurée du réel financée par le pouvoir en place. Donc ce n’est pas OU mais ET. Seuls les Etats ont les moyens de payer cette mesure, le binôme organisateur, fonctionnaire du CNRS, doit le savoir. On parle de cartes et de mesure du monde, pas de taches plus ou moins colorées que les gens sérieux appellent des iconocartes pour discriminer. On parle de géographie et pas d’illustrations au rabais. Je ne suis pas méprisant, je respecte les cartographes et leur travail. Et je n’oublie pas que mon trisaïeul, agent voyer du département de l’Aude, était fier de devenir cartographe au Dépôt de la Guerre d’où Napoléon III l’a tiré pour en faire son cartographe personnel. Pour être complet, ajoutons que la Constituante a chargé les Cassini de définir le système métrique afin d’unifier la mesure de la Terre : cartographier, c’est mesurer, pas dessiner seulement.

 

Quant aux enjeux, il n’y en a qu’un, c’est s’approprier le foncier qu’il s’agisse d’une abbaye médiévale ou d’un Président blond et contemporain. S’approprier le foncier et les ressources qu’il couvre. On ne peut parler cartographie si on en ignore l’histoire qui commence dans les scriptoriums des monastères. Dame ! pour dessiner, il faut des supports, velin ou parchemin, des outils, pinceaux et plumes, du savoir et si Dieu bénit le  tout, c’est mieux. Or les clercs sont assurés de l’onction divine qui manque aux cartographes laïques. On l’a vécu en vallée d’Ossau quand les habitants ont voulu connaître les estives et ont choisi pour les délimiter le curé de Béost qui a parcouru les pentes de l’Aubisque, évangile en mains en jurant sur les dits évangiles qu’il marchait sur la terre de telle ou telle paroisse. Les estives assurent la croissance et la lactation du bétail, la production du fromage et la richesse de la paroisse. La promenade évangelo-pédestre du curé de Béost avait offert à ses paroissiens les meilleures estives et les plus nombreuses, leur garantissant ainsi une certaine aisance qui se reflétait dans les dîmes perçues par le curé. Le pot-aux-roses apparut pour l’extrême-onction du curé, moment critique où le vénérable ecclésiastique dut avouer que le jour du métrage des estives, il avait rempli ses sabots de la terre de son jardin de Béost ce qui lui permettait d’affirmer sans mentir qu’il foulait partout la terre de sa paroisse. Je pense que ce pieux mensonge se reflète encore dans les cartes de l’IGN et je me remémore le mantra de Pierre Gentelle : tout territoire a une histoire et donc, toute géographie est historique. Par suite, toute cartographie est historique et un cartographe ignorant de l’histoire n’est pas un cartographe mais un clown.

 

Ignorant de l’histoire, mais également de la linguistique, de la sociologie, des religions, car tout territoire a été parcouru par des hommes et, par voie de conséquence, tout territoire est sociopolitique. Ce qu’on attend du cartographe, c’est la représentation synthétique de ce territoire. Représentation, pas simplification. Avec précision car le cartographe est avant tout un discriminateur.

 

Le cartographe est devenu un deus ex machina et la question n’est plus ce qu’on montre mais ce que voit le lecteur-spectateur ce qui est une simplification. On ne vise plus l’exhaustivité mais la sélectivité, ou plus exactement la sélectivité supposée, en fonction de ce que le binôme appelle le « commanditaire ». En clair, je dessine la carte qui convient à celui qui me paye. Le cartographe est un larbin. Un larbin gouvernemental quand il est fonctionnaire, un lumpen-larbin médiatique le plus souvent, à l’image de Gérard Chaliand qui a fait de l’expression cartographique un manuel de géopolitique pour les nuls.

 

Pierre Gentelle me l’avait dit : geo-graphein, écrire la Terre, mais comment écrire sans sémiotique et sans un traité des tropes ? Le seul à l’avoir tenté était Jacques Bertin qui avait compris que la clef de la carto était la légende. Quand la légende est anorexique, la carte est squelettique. Sans texte, le dessin ne vaut rien. Mais trop de texte détruit le dessin car la carte, synthétique, doit être lue et comprise immédiatement et globalement ce qui suppose que la lecture est disjointe de la réalisation. Dans le cas le plus simple, se crée un triangle terrain-cartographe-lecteur où le sens n’existe qu’au prix d’une circulation des signes entre les trois pointes du triangle, circulation compliquée par l’aspect téléologique de la cartographie : on fait une carte POUR. Pour partir en vacances, pour préparer une randonnée, pour choisir un lieu de pêche…

 

A cet égard, je me souviens d’une longue conversation avec le colonel de Turckheim qui commandait alors le 1er marsouins, mais aussi avec le colonel Erulin, chef de corps du 2ème étranger. Ces deux là avaient le même souci : il leur fallait des cartes POUR ne pas crever. Les erreurs des cartographes se payaient cash en vies humaines. J’en ai tiré la conclusion que la cartographie militaire était la seule qui valait et qu’affaiblir l’IGN revenait à assassiner des hommes.

 

Tout cartographe devrait avoir dans son bureau une reproduction du tableau El barranco de Waterloo du peintre espagnol Ulpiano Checa qui montre comment une erreur de cartographie a conduit à la défaite de Waterloo quand les hommes de Ney ont été décimés par un chemin creux non cartographié. Juste pour se souvenir que le réel mal représenté conduit à la mort. On n’est pas dans les conversations mondaines d’universitaires en mal de sujets de conversation.

 

Mais c’est une autre histoire. 

 

dimanche 2 février 2025

LE MALE ALPHA

 Bon, nous y voilà….Il va falloir corriger Trump. On a des précédents historiques. Mais pour ça, il faut en avoir….comprendre que Trump n’est pas un mâle alpha et qu’une bonne baffe le mettra aux ordres.

 

Souvenons nous de la prohibition. Les USA se torchaient au rhum de Cuba, avec des liaisons commerciales organisées par la Mafia. Faisons de même.

 

Basons nous sur les Antilles françaises et faisons en une zone franche où les bateaux de croisière américains seront reçus à bras ouverts sans les taxes trumpiennes voire sans taxes d’octroi, bref à un prix à rendre cirrhotique toute la population étatsunienne. Du coup, on sauve la viticulture et disciplines associées. On double avec une taxe patrimoniale interdisant la vente en Europe de produits patrimonialement français, comme le bourbon. Personne ne peut nier que « Bourbon » est un nom français utilisé sans autorisation et sans redevances par des distillateurs yankees. Il serait normal qu’une taxe versée à Stephane Bern soit perçue. De même « denim » abréviation yankee de « De Nimes ».

 

Une telle action n’est possible qu’avec l’appui de l’armée (c’est une guerre économique)et en dégageant des instances les losers professionnels (ceux qui privilégient la quantité contre la qualité) qui sont le plus souvent des péteux.

 

Mais voilà : les collabos sont au pouvoir, Vichy est à l’Elysée. La France n’est pas protégée. On n’est pas poli avec un homme impoli. Trump est grossier et vulgaire, Macron doit donc lui répondre dans le même registre, la baffe est de saison. Et oui, c’est la porte ouverte à l’escalade, et donc la porte ouverte au savoir de la dégonfle : à quel moment le mâle alpha va-t-il se dégonfler ?

 

Car il va se dégonfler, n’en doutons pas. Il a des points faibles que Macron connait. Notre problème, c’est que Macron ne sait rien de l’usage de la violence, on l‘a vu avec Poutine. Pour ma part, je n’aurais jamais accepté de m’assoir à cette humiliante table. Quoique je suppose que le décor avait été approuvé par un larbin du Quai d’Orsay dont j’espère qu’il a été viré.

 

On est au poker, Trump va cesser de bluffer, c’est écrit. Il est con, c’est-à-dire sous-informé et mononeuronal. Il dirige le plus riche pays du monde. Comme en 1975, quand les GI quittaient Saïgon en se chiant dessus. C’était il y a un demi-siècle et rien n’a changé.

 

On va devoir couler un ou deux bateaux yankees. C’est la dernière étape que Trump peut franchir : envoyer un croiseur dans nos eaux territoriales. Si on ne le coule pas, tout est perdu….

samedi 25 janvier 2025

LE CARNAVAL DES IMBÉCILES

Il est plaisant de voir les actualités se télescoper. C’est, en général, le moyen de compter les cons.

 

Depuis l’élection de Trump, on glose à l’envi sur la défense européenne. Fort bien. Les généraux cathodiques calculent les coûts et les délais. Encore mieux.

 

Juste une question : ces obusiers, ces chars, ces navires, ces fusils, on va les construire avec quelle sidérurgie ? Arcelor-Mittal annonce l’arrêt de ses usines européennes en même temps que ThyssenKrupp prévoit un plan d’arrêt de  60% de ses capacités industrielles.  Poutine et Trump se marrent. Pas moi.

 

Voilà 40 ans que la conjuration des imbéciles nous prédit qu’au nom de la concurrence, de l’efficacité et du bonheur des Français, il importe de privatiser la sidérurgie. Avec des apatrides style Ghosn pour expliquer que déplacer Renault aux rives du Danube est un bien pour la France. Et d’angéliques connards qui approuvent au nom de la mondialisation heureuse et de l’anti-nationalisme qui en découle. F-haine était le slogan politique le plus stupide qui soit. La haine existait car le monde entier nous hait et quand quelqu’un te hait, t’as intérêt à t’en débarrasser, pour éviter qu’il te fasse la peau le premier.

 

Si tu veux refaire un mur des cons pour afficher le portrait de tous ceux qui ont voulu mettre la France à genoux, t’as intérêt à refaire le Mur de l’Atlantique en n’oubliant pas Giscard, fossoyeur du Concorde, Chirac qui a vendu Arcelor,  et quelques milliers d’autres moins connus (mais pas moins stipendiés) qui, bout à bout, ont désindustrialisé la France et détruit sa capacité à cracher à la gueule du monde. Je propose un Ordre National de la Soumission dont les membres porteraient  à leur poitrine une étoile d’argent. Ho ! tu déconnes ! Non. J’oublie pas que le papa de Marine a financé les études de ses filles en vendant des disques de chants nazis sous la marque SERP. Tu peux pas défendre la France en faisant la propagande des Boches.

 

On n’oubliera pas René Cassin, rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, laquelle prévoit dans son article 2 que la dite Déclaration s’applique sans distinction aucune notamment d’origine nationale.

 

Plus tous les journalistes, notamment économiques, qui nous ont vendu la désindustrialisation au nom du PIB. Ceux là, en première ligne devant les chars russes, armés de baguettes de noisetiers puisque la sidérurgie, c’est caca.

 

Voilà longtemps que j’ai un dogme : si c’est français, c’est mieux. J’évolue : si c’est aquitain, c’est encore mieux.


Tout ça, on en a déjà parlé...

 

samedi 23 novembre 2024

LES SOLDATS ET LES GUERRIERS

 il est pas encore President, Donald, mais il est au boulot. Il s’est collé à l’essentiel : achever l’Europe. Avec l’aide d’une équipe de vieux généraux dévalorisés, tous anciens hierarques de l’OTAN. Ne les écoutez pas, réfléchissez. L’OTAN est une partie de leur carrière…..et de leur retraite. Et, par voie de conséquence, ils sur-valorisent l’OTAN (what else ?) et passent leur temps à nous expliquer que sans l’OTAN et les USA, Poutine va nous manger. Vu leurs carrières, je ne leur fais aucune confiance. Aucune. Qui peut croire la voix de son maître ?

 

Je tiens à rappeler quelques évidences pour qu’on puisse réfléchir tranquillement.

 

L’aéronautique française est la meilleure du monde.

Airbus ( créé par la France) est en train d’enterrer Boeing après avoir achevé McDonell Douglas. Encore le traitre VGE a-t-il tué Concorde qui aurait renforcé notre domination.

Peu à peu, le Rafale se révèle l’un des tout premiers chasseurs du monde. Ben oui, il est à un prix concurrentiel, rapide, efficace, facile à entretenir, malléable, avec une excellente informatique et un armement adapté.

Ajoutons les hélicoptères développés par Airbus et motorisés par SNECMA.

Terminons avec Ariane. L’Europe, grâce à la France, a une compétence spatiale, compétence démontrée par Spot-Images, système  de renseignement supérieur au Landsat américain, doublé par Galileo concurrent du GPS américain.

Pour ce qui est de la mer, Naval Group croule sous les demandes de sous-marins. 

 

Les artilleurs du monde entier veulent les canons français César qui semblaient ridicules au début de la guerre en Ukraine. Et je ne parle pas des blindés, où les Allemands semblent disposer d’un atout maître avec leurs Leopards. Or les Allemands sont des Européens, jusqu’à nouvel ordre. Et nos blindés légers complètent bien la gamme.

 Pour analyser la situation géopolitique, il faut garder ces informations en tête, en les complétant éventuellement avec notre dépendance aux munitions de petit calibre, notre impossibilité à remplacer le Famas, ou plus généralement notre dépendance à la sidérurgie depuis la vente en 2002 d’Arcelor au groupe Mittal par Jacques Chirac, par ailleurs destructeur de la conscription. Pour faire la guerre, il faut maîtriser l’acier.

 

Grosso modo, dans le cadre de l’Ukraine, on peut se passer des USA. Mais est-ce notre intérêt ? La réponse est évidemment NON. L’Ukraine est un grand pays agricole, producteur de céréales et de poulets. Aider l’Ukraine et l’intégrer à l’Europe, c’est achever notre agriculture en difficulté. La notre, mais aussi celle de la Pologne ou de l’Espagne. Notre intérêt, c’est de laisser Poutine détruire l’agriculture ukrainienne en semant partout des mines qui pourriront le sol. Mais c’est pas bien ! Exact, mais ce n’est pas le sujet. Tu veux payer pour aider les céréaliers briards ? Non ? Alors, affame les Ukrainiens. Sauf si ton but, c’est d’aller au Paradis.

 

Mais tu es cynique ! Oui, comme Diogène. C’est le fruit de l’expérience. Je suis également égoiste. Comme Trump. Le mot à la mode (et donc vocabulaire de mononeuronal), c’est « transactionnel ». Trump a une vision transactionnelle du monde. Ben oui. Comme Roosevelt et comme tous les gouvernements américains. Roosevelt a aidé Staline en gageant l’aide sur le stock d’or russe. Les Américains font payer au prix fort leur protection. Si c’est trop cher, ils se barrent, comme au Viêt Nam.  Les USA saignent leurs alliés avec une fourberie sans limites. Nous, c’était le Plan Marshall. On t’aide à acheter du matériel américain, manière délicate de vider d’une main, la poche qu’on a garnie de l’autre. C’est pour ça qu’ils ne nous aiment pas : on est des concurrents commerciaux.

 

Et donc Trump il faut le frapper au portefeuille. Par exemple, créer une communauté de défense dont les membres s’interdiront l’achat d’armes américaines. Les USA craignent cette éventualité : ils interdisent la commercialisation d’armes abritant des composants américains. On n’a jamais vu ça. Les composants ont été achetés, payés et on ne peut pas les utiliser. Il s’agit des missiles Scalp vainqueurs d’un appel d’offres britannique contre la firme américaine McDonnell. Je vais me démerder pour éliminer un concurrent supérieur à mes produits. Le Vieux Général n’aurait pas toléré cette atteinte à notre souveraineté qui prouve simplement que les Ricains balisent devant la technologie européenne.

 

L’Europe des armées est infaisable. Les Américains se sont emparés des cerveaux et y ont instillés l’arme fatale : la peur. Avec l’aide des vieux généraux de l’OTAN et de journalistes stipendiés, soutenus par des politicards de seconde zone.

 

Parmi ceux qui m’ont appris la géopolitique qui est une branche de la polémologie, il y a eu un général  de division avec l’expérience de la guerre, la vraie, celle qui tue et ravage qu’il avait connue avec Leclerc et Eisenhower. Beaucoup surnage de ses récits et de ses réflexions mais en premier lieu cette phrase : « Les Américains ont beaucoup de soldats et peu de guerriers ». Tout est dit.

dimanche 17 novembre 2024

POUR L'HONNEUR

 Ben voilà ! TF1 veut mettre la main sur le rugby. C’est lié aux audiences. Chaque match international explose les compteurs. On va avoir droit à des tombereaux d’explications pseudo-socio-psycho-logiques. Explications concoctées par les intellectuels qui ne sont jamais entrés en mêlée. Avec la trouille au ventre.

 Ma première réaction a été d’y voir une victoire de la ruralité d’autant que pour la première du film Pour l’honneur, j’étais à Meymac. Ben oui, l’une des équipes venait de la vallée de la Vézère, l’autre représentait un bourg nommé Tourtour qui est le nom des crèpes au sarrazin de Corrèze. Les journaleux nous ont rebattu les oreilles avec la culture de la France méridionale car ils ignoraient tout des tourtours au ris de veau de chez Françoise. A Meymac. En plein Limousin.

J’ai aimé le film. Pas pour la Corrèze. Pour l’honneur. L’expression a bercé ma jeunesse. Au lycée, nos entraineurs le serinaient : Battez vous pour l’honneur. Ça voulait dire qu’on pouvait être fiers de prendre une branlée. Après la projection, on est allé boire une Salers chez Arlette, siège du rugby-club de Meymac. On était bien dans le Sud, le sud rural et rugbystique, inconnu de l’ENA.

 

C’est un signe. Un signe qui vient doubler la victoire de Trump, la colère paysanne et le retour en force des gilets jaunes.  Les audiences télé signent la fin de la déconstruction. Les ruraux savent que tu peux déconstruire un outil, mais pas trop, sinon la déconstruction devient destruction. TF1 vient de le découvrir.

 

Ce soir, je pense à Maité et à Laurent Mariotte. Maité, elle faisait la cuisine pour des tablées de rugbymen, Laurent Mariotte, pour…..…je sais pas. Enfin, si, je sais, mais je veux pas être considéré comme un –phobe. 

 

Le peuple (français, les autres je sais pas) n’est pas con. Il préfère les salles des fêtes aux maisons de la culture. Tout simplement parce qu’il sent que la culture qu’on lui offre est une culture au rabais : je me souviens d’un programmateur officiel auquel je reprochais d’avoir produit un Opéra de quat’sous sans le texte de Brecht et qui me répliquat : Tout. le monde connait la musique, mais le texte est chiant.

 

Doublons le signe. Philippe Guillard a fait plusieurs films Pour l’honneur est le dernier, j’ai trouvé facilement les critiques, une seule est très négative : Télérama. Ça m’étonne pas : j’ai aimé beaucoup de films que Télérama n’aimait pas.

 

Ma première réaction était la bonne.

samedi 9 novembre 2024

LE PEUPLE DERRIERE SON CHEF

 L’élection de Trump nous éclaire. Non pas sur les Américains, mais sur les commentateurs, journalistes et politiques et sur leurs séides

 

Election après élection, on nous informe que les sondeurs se sont trompés. Au point que ce n’est plus une information, mais une banalité. Les sondeurs ne peuvent que se tromper : ils analysent des quantités pour prévoir des qualités. Je me demande où est l’intérêt des journalistes à payer pour de l’information fausse et/ou faussée et à m’imposer les mêmes vieillards incompétents scrutin après scrutin.

 

Pas besoin de chiffres pour prévoir la défaite de Kamala, semblable à celle de Ségolène il n’y a pas si longtemps :  quand on a besoin d’un chef, on ne vote pas pour une femme. La guerre est affaire d’hommes, d’hommes violents et mal élevés, capables d’appuyer sur le bouton et de sacrifier quelques milliers ou millions d’êtres humains au désir de victoire. Les officiers supérieurs sont ainsi en étant également présentables parce qu’ils sont froids et connaissent le prix de la vie : les hommes formés coûtent cher et les régiments ne sont pas égaux entre eux.

 

Trump est vulgaire. Etymologiquement, ça veut dire qu’il est proche du peuple (vulgus) ce qui devrait plaire aux commentateurs. Sauf qu’ils ne savent rien du peuple qu’ils imaginent à travers les enquêtes des sondeurs et ils sont incapables de subtilité discursive. Quand Trump dit que Kamala a un QI faible, le peuple traduit : c’est une conne. Le peuple a besoin d’un vocabulaire simple, ça le change de la discursivité pseudo-universitaire dont on l’accable. Un pays n’est pas « doté », il a la bombe. Trump n’est pas un « mâle alpha », il a des couilles et peut utiliser la bombe. Pour les commentateurs (et trices), Trump est imprévisible Le peuple traduit : il peut en coller une à Poutine. Doit-on détruire le peuple ? Ou lui parler ? Avec ses mots bien entendu.

 

Ce que révèlent ces élections, c’est le fossé entre le peuple et la presse. Le peuple ne comprend plus les journalistes qui ne savent plus lui parler. La presse parle baise-main, le peuple parle main au panier. La guerre renforce ce fossé car les armées fonctionnent avec l’esprit de chambrée qui exprime un rite de passage réunissant les jeunes hommes d’une même classe d’âge. Or, réunissez cinquante jeunes en passe d’être adultes, de quoi parleront-ils ? De copulation, avec le sexe complémentaire généralement. L’esprit de chambrée sent la petite culotte. C’est vulgaire, pas distingué…. Comme Choron. A l’heure où on se veut être Charlie pour être fréquentable, je rappelle que Choron a créé Charlie ; Ancien militaire, il connaissait l’esprit de chambrée et il connaissait le peuple. Comme Trump. Et il a créé un mythe. Ce que ne feront jamais les minets aux mocassins à pompons qui n’osent pas dire qu’ils aiment mettre la main  au cul des femelles.

 

On tourne toujours autour du même pot. Le peuple veut être protégé, c’est ce qu’il attend d’un chef  et ça passe par la force et la violence, pas par la tendresse et la compassion. Mais ça conduit à la dictature !! Pas nécessairement, mais ça peut y ressembler. Henri IV a protégé son peuple  sans être un dictateur, en utilisant son pénis plutôt que son épée. Car le peuple aime les baiseurs, il se reconnait en eux. Ou s’identifie.


On n'apprend pas le peuple rue Saint-Guillaume ou on ne trouve ni pastis, ni gas-oil, ni jurons populaires. Quand les rédactions parleront comme les ronds points, l'information reviendra.

 

Face à cet électorat, je ne comprends pas qu’aucune chaîne n’ait programmé Deliverance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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mercredi 16 octobre 2024

LA LAÏCITÉ

 J’en ai plein le cul de ces discussions sur la laïcité. Ça fait 120 ans que la laïcité est une des bases de la République et que je pense aussi souvent à mon oncle Adrien, républicain de gauche et maire de son village pendant 40 ans. Quarante ans pendant lesquels, il n’a pas mis une fois les pieds dans l’église. Il savait l’importance de certaines cérémonies, surtout les enterrements, pour la cohésion du groupe. Il exigeait que la porte de l’église soit ouverte et assistait à la célébration de l’extérieur, même sous une pluie battante. Il était avec ses concitoyens, mais pas avec Dieu.

 

Pour Tonton Adrien, la laïcité, c’était pas un jeu. Il s’était battu pour ça. Avant 1905, il participait aux actions d’un groupe qui s’attaquait aux bâtiments de la Calotte, essentiellement les maisons de bonnes sœurs où se fabriquaient les hosties dominicales. « Attaquer », c’est pas de la littérature parce que les Calotins se défendaient et les expéditions laïques laissaient plaies et bosses aux combattants. Tonton Adrien savait qu’un croyant est un danger. Physique. Il me l’a raconté, avant que les mahométans ne remplacent les calotins. Tonton Adrien, fallait pas lui insinuer que ne pas croire est une croyance. Pour lui et ses amis, le problème était Dieu, ce Dieu auquel l’Homme abandonnait son libre-arbitre. Un croyant est un esclave, on ne peut pas laisser un esclave diriger la République.

 

Bon, le Président De Gaulle était croyant mais lui, était un être à part et surtout pas un esclave.

 

je l’ai dit, Tonton Adrien était maire. De ce fait, il entretenait l’église mais aussi les calvaires : ils sont à tous et je suis le maire de tous. J’avais 10-12 ans et j’apprenais l’inexistence de Dieu, la tolérance et la République des champs. Pour être tout à fait franc, Tonton Adrien  avait un chef d’Etat-Major, l’instituteur du village, par ailleurs secrétaire de mairie, quasi-caricature de Pagnol père, hussard noir de la République quasi-parfait. Ce duo était complété par le médecin du village lequel visitait régulièrement les fermes isolées. Tonton Adrien savait tout de son village, jour après jour. Comme tous les maires de la région.

 

Et donc, au nom de la laïcité, rien n’était imposé ni même favorisé. Tonton Adrien connaissait les calotins du village qu’il ne traitait pas comme des ennemis. Lui avait gagné, excluant Dieu du village comme il l’avait exclu de sa vie. Inutile de rejouer ce combat au quotidien. Sauf le mercredi soir. C’était l’heure de la partie de manille coinchée entre l’équipe du maire assisté de son secrétaire de mairie contre le curé et son bedeau, le village rejouait 1905. L’équipe perdante payait les consos (le stade était le bar du village).

 

La laïcité avait entraîné la disparition de Dieu, du Dieu qui dominait la France depuis vingt siècles. Les soutanes et les cornettes disparaissaient du paysage et plus personne ne croassait au passage des grenouilles de bénitier. A sa mort, Tonton Adrien avait gagné le combat de sa vie. Personne ne lui avait dit que le ventre était toujours fécond.

jeudi 10 octobre 2024

LA MORT DES LIBRAIRES

 Nous y sommes ! Il aura fallu quarante ans mais la  première étape se termine. La grande presse découvre que la librairie se meurt sans pour autant nommer l’assassin : Jack Lang et la loi de 1981 nommée en son honneur. Je l’avais dit et redit depuis 40 ans, la moindre des injures reçues était « élitiste » : je m’opposais à une démocratisation offerte par Lang à un peuple avide de culture.

 

Première étape : la confusion des genres

 

C’est la force de la réification. Le livre est un bien culturel. Mais comment mesure t’on la culture ? Il n’existe aucun étalon-culture avec une échelle comme celle de Scoffield qui mesure la force des piments. il suffit de décréter que le livre est un « bien culturel » et de faire entrer tous les livres dans la case statistique ad hoc. Case statistique qui devient mesurable par sa valeur i.e.. son prix. Bon, c’est pas très culturel mais ça permet de coller André Soubiran avec André Gide ou Annie Ernaux avec Christine de Pisan. Sans stigmatiser les acheteurs. Les pauvres achetaient des Harlequin, les moins pauvres des Pléïade, mais les deux valorisaient la Culture que Jack Lang démocratisait en parfait socialiste. Enfin presque : le Président Mitterrand venait à la librairie Javelle acheter une originale de Molière qui valait plusieurs SMIC du temps. A chaque socialiste sa démocratisation.

Lang fit du prix l’alpha et l’oméga de la Culture, aux applaudissements d’une presse stipendiée et de libraires emplissant leurs braies de leur peur de disparaître. Personne ne dit qu’on ne pouvait pas comparer la valeur d’une originale grand papier avec un livre de poche. Il s’agissait de protéger les libraires contre la FNAC qui axait son développement sur ses remises : personne ne dit que les propriétaires de la FNAC avaient participé au financement du candidat Mitterrand ce qui laissait suspecter un ministre du dit Mitterrand de félonie.

A traiter le livre comme le cassoulet en boite on s’exposait à voir les marchands de cassoulet devenir libraires. Ça ne tardât pas.

J’avais suggéré que les biens culturels ne soient pas considérés comme biens de consommation, qu’on sépare les livres et les boites de cassoulet. Elitiste !

 

Seconde étape : la destruction sémantique

 

C’était la plus simple : remplacer les librairies par les « points de vente du livre ». Ça allait dans le droit fil de la pensée économique du socialisme triomphant. On pouvait admettre qu’une librairie était le lieu où on vendait des livres alors que tout libraire sait qu’une librairie est d’abord le lieu où un individu achète des livres. Pour les revendre. Mais pas à n’importe qui.

En ce temps-là on distinguait avec soin « librairies » et « maisons de la presse ». Les deux commerces vendaient des livres. Pas les mêmes livres, mais ne chipotons pas. Les maisons de la presse favorisaient les livres de journalistes, signatures connues, les librairies préféraient les livres d’universitaires. Manque de chance, les points de vente du livre étaient représentés par Monsieur Daelman, maison de la presse à Compiègne qui ne vit aucun obstacle à lever la barrière. Et c’est ainsi que le petit Leclerc, de marchand de laitues devint « acteur culturel ». Ceci permet à Lang, au fil des ans, d’affirmer qu’il a maintenu le réseau des libraires français, tout simplement parce qu’il y a toujours (statistiquement) autant de lieux où on vend des livres. Mais ce ne sont ni les mêmes lieux, ni les mêmes livres. Parce que ce ne sont pas les mêmes libraires.

 

Troisième étape : la destruction économique

 

Au tournant des années 1990, on vit, logiquement, poindre le début de la destruction économique des librairies, conséquence obligée du remplacement de la qualité par la quantité. D’autres commerces furent frappés de même, mais on doit admettre que l’informatisation a accéléré le mouvement.

En 1981, libraire spécialisé, je gérais environ 400 comptes fournisseurs dont plus d’un tiers à l’étranger et en devises variées. Aujourd’hui, on peut créer une librairie avec moins de 20 fournisseurs représentant 80% de l’édition française. HEC a pris le pouvoir.

Avec la loi Lang, des avantages spécifiques ont disparu comme le tarif postal des imprimés (livres, cartes géographiques et partitions de musique) qui permettait de payer moins cher l’envoi d’un livre en France, et beaucoup moins cher à l’étranger. Mécaniquement, le coût d’accès au livre a augmenté chez les libraires, compensation acceptée du prix unique : mon prix de vente est protégé, je peux payer le port. Sauf que la mesure avantage les gros distributeurs, les gros colis bénéficiant d’un tarif au kilo plus avantageux. Logiquement, les petits éditeurs ont cherché des solutions de distribution moins onéreuses et les regroupements ont fleuri. C’était pain bénit pour les libraires qui avaient moins de comptes à gérer. C’était aussi pain bénit pour les grosses structures qui se mettaient en place à l’instar d’Amazon : en toute hypothèse, leur accès au livre coûtait moins cher qu’aux petits indépendants.

Les petites structures éditoriales se sont multipliées aidées par la simplification de la distribution. C’est la grande époque de la croissance de l’office. L’office est le coup de grâce : le distributeur s’engage à livrer les nouveautés au libraire en fonction d’une grille (romans français, essais politiques, poésie moldovalaque…) laquelle autorise le libraire à retourner les invendus pour être crédités. Le libraire se trouve dépossédé du choix de son assortiment mais a droit à l’erreur, oubliant que l’office est encadré par des dates strictes : on doit retourner entre tel et tel jour. Ceci le conduit à être avant tout un magasinier qui passe ses journées à retourner des livres qu’il a receptionnés et mis en vente pour le plaisir de leur faire prendre l’air. Ajoutons que l’office est facturé à la date du jour d’expédition par le diffuseur et crédité à la date de réception du retour : clairement, les libraires assurent la trésorerie du diffuseur.

 

Les petites librairies ont mis, seules, leur tête sur le billot. Elles ont oublié, par facilité, les règles essentielles du commerce :

1/ un bon commerçant a des clients meilleurs que lui. J’ai vendu des livres à Maurice Herzog sans jamais lui donner un conseil, mais en notant avec soin ce qu’il cherchait ce qui m’a permis de découvrir des auteurs, des éditeurs, des lieux. Le vrai client ne demande pas un conseil, il demande un titre.

2/ un bon commerçant ne regarde jamais ses statistiques de vente. Il a choisi ses produits et il sait pourquoi. Le jour où un client trouve ce produit et l’achète, il a gagné plus que sa marge : il a gagné la fidélité d’un client.

3/ un bon commerçant ne dit jamais « Ça n’existe pas ». Parce qu’il n’en sait rien. Dire « Je ne connais pas » ne flatte pas l’ego mais n’injurie pas l’avenir.