mardi 19 juillet 2011

LA BELGIQUE, UN EXEMPLE

Ainsi donc, le Roi des Belges vient de piquer une grosse colère. Après un an sans gouvernement, il est temps…..

Il a piqué une grosse colère et le chef nationaliste flamand, Bart de Wever, l’a envoyé sur les roses. Bart, il veut l’indépendance. Tous les gens sérieux affirment que c’est pas possible. Bart, il s’en fout. Et il est vachement sérieux. Vachement calme aussi. Le Roi se demande s’il va pas organiser de nouvelles élections pour sortir de l’impasse. En même temps, il sait qu’il court un risque : se retrouver à nouveau avec Bart majoritaire. Pour sortir d’une impasse, il faut faire marche arrière.

Inutile de se poser des questions existentielles. Bart de Wever est un chef politique. Et les électeurs (le peuple, les citoyens, choisis le mot), les électeurs adorent les chefs. Inutile de hurler, de dire que c’est pas bien, que c’est une dérive, que c’est la porte ouverte à la dictature. C’est juste un fait. Juste un fait qui peut, effectivement, conduire à la dictature. Et même que dans plein de cas, le peuple (les électeurs, les citoyens, la majorité) adore cette dictature. Le peuple, il a plébiscité Napoléon III, Hitler ou Mao Dzedong. OK, c’est pas tout à fait pareil. Mais c’est bien proche quand même.

Le peuple, on lui donne le droit de choisir son chef. Alors, il choisit un chef. Il a besoin d’un mec qui prend des décisions difficiles, qui lui donne des réponses nettes. Il aime qu’on lui montre une route. Il aime qu’un chef soit un chef. Sartre a bien écrit sur le sujet.

Celui qui gagne, c’est pas le plus compétent, le plus humaniste, le plus raisonnable, c’est celui qui montre ses biceps. Chirac face à Jospin. Sarkozy face à Royal. Et plein d’autres : Reagan, Thatcher et même Schwarzenegger qui, lui, en avait des biscottos. C’est pas un problème de sexe (Thatcher, Merkel), c’est un problème de volonté affichée.

Un chef, ça hésite pas, ça réfléchit pas, ça dirige. C’est pas interdit de réfléchir mais faut pas le montrer. C’est pas interdit d’hésiter à condition que ça reste caché. Comme c’est pas interdit d’en faire baver les citoyens, à condition de gagner. Voir Churchill…

Le peuple (les électeurs, les citoyens) n’est pas con. Il voit bien quand, au bout de quelques mois ou quelques années, le chef n’a pas tenu ses promesses. Quand le chef ne maîtrise pas la situation, qu’il est englué dans le réel. « Que de la gueule ! » pense le peuple qui se détourne alors, s’il en est encore temps.

Les gens raisonnables sont scandalisés : Bart de Wever conduit à l’éclatement de la Belgique. Ben, tiens ! C’est ce qu’il a promis à ses électeurs. Plus, il dit non, plus ses électeurs sont convaincus d’avoir fait le bon choix. Plus il casse le jeu, plus il engrange de voix . Pourquoi devrait-il respecter des règles qu’il dénonce ?

Mais, mééééh, bêlent les commentateurs, les règles sont universelles. Justement. C’est bien pour ça que les peuples les refusent. Le Flamand, il a pas envie de règles qui s’appliquent dans le Wisconsin. Le citoyen, la mondialisation, il n’en veut pas parce qu’il ne se sent pas citoyen du monde, qu’il ne se sent rien de commun avec des gens qui ne parlent pas comme lui, qui ne prient pas comme lui, qui ne pensent pas comme lui, qui ne bouffent pas comme lui, qui vivent sur un autre territoire que lui.

C’est humain. Quelques pseudo-intellectuels nous disent que c’est con. Attali, par exemple, qui se demande qui sera capable de diriger le monde. Attali, il est tellement intelligent qu’il s’imagine que les citoyens ont envie de règles communes, que le Lapon se sent proche du Pygmée ou que le taliban va faire la bise au Dalaï-Lama. Foutaises ! Nous sommes tous des enfants de nos terres, de l’histoire de nos terres, nous sommes fils de nos langues, de nos traditions culinaires. Pour faire littéraire, j’écrirais bien que nous sommes tous fils du Soleil. Et c’est vrai que quand t’es né à Kiruna, t’as pas le même rapport au soleil que si tu as grandi à Tamanrasset.

La leçon belge, elle est là. Les Flamands, majoritairement, élection après élection, ils nous disent qu’ils ne veulent plus vivre avec les Wallons. C’est leur droit. Ça s’appelle l’autodétermination. On l’accepte pour le Sud-Soudan, on le refuse pour la Flandre (ou les Flandres, je sais pas comment on dit quand on est Flamand). Faut pas dire que c’est pas pareil vu que c’est exactement la même chose : un groupe de gens partageant une langue et une culture sur un territoire donné et qui veulent que le monde en tienne compte.

Le Sud-Soudan, faut être clair, on s’en fout. La Belgique, ça angoisse. On me dit : tu te rends compte, si la Belgique implose… (ça, c’est pour faire chic : implosion ou explosion, c’est du kif en l’espèce). Si la Belgique se sépare, c’est la porte ouverte à tout. Les Catalans vont en profiter, l’Europe est foutue. Ouais. On a laissé démembrer la Yougoslavie, remplacée par six Etats souverains, ça nous a pas gênés. Il paraît que c’est pas pareil.

C’est pas pareil. La phrase qui clôt le débat. On te dira jamais pourquoi c’est pas pareil, ou alors on te sortira de grosses conneries sur des points de détail. Avec au fond, l’idée que la Belgique c’est plus l’Europe que le Kosovo. Que la Belgique soit une création récente (moins de deux siècles), artificielle (on a foutu ensemble des catholiques aux langues différentes) et conservatrice (fallait pas accepter que les Wallons soient Français comme au beau temps de la Révolution), tout le monde s’en tape.

Les Flamands ont droit à l’autodétermination, comme les Sud-Soudanais ou les Kanaks. L’autodétermination, c’est une valeur universelle. Tu peux pas obliger deux groupes à vivre ensemble si l’un des deux n’en a pas envie. Et s’il n’en a vraiment pas envie, il se choisit un chef qui va lui dire : « Je vous ai compris » et se battre pour atteindre le but.

Y’a d’autres exemples : tiens, les Tibétains. J’ai des copains, ils manifestent pour les Tibétains et ils traitent Bart de Wever de facho. On n’a pas le même sens sémantique, eux et moi. Déjà, Bart, il a pas l’air trop religieux et j’ai dans l’idée que la religion c’est la première marche vers le fascisme. Mais ça, c’est perso. A cause des curés espagnols.

Tout ceci reflète, une fois de plus, une incohérence majuscule. Tous ces gens qui veulent nous faire vivre sous des valeurs universelles passent leur temps à les saucissonner, à faire des cas particuliers, à créer des exceptions.

Je suis un peu désolé parce que je sais que ce texte va déplaire à mon vieux copain André Poncelet, Belge d’une belgitude absolue. Mais, en même temps, je le sais assez intelligent pour que ça n’obère pas nos relations.

La Belgique, on en reparlera…

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