mardi 5 juillet 2011

MADAME FERMETURE

J’ai trouvé le surnom sur le Net et je l’ai adopté. Dans quelques forums, c’est le surnom de Martine Aubry.

Naturellement, j’approuve. J’ai bien connu une gentille dame, sévèrement licenciée à 50 ans passés par Martine Aubry, alors responsable des Ressources Humaines chez Pechiney. C’est pour ça que, depuis quelques années, je la regarde sans aménité Notre-Dame-des-Corons. On peut admettre qu’elle ait évolué. Moi, j’y crois pas trop. Ça me semble être que du discours, du pipeau, du flon-flon.

Vous trouverez partout des articles sur la fermeture de l’usine de Noguères. Mais, à l’époque, Pechiney avait une boulimie de rachat de petites entreprises, comme la CAUEM où travaillait ma vieille amie. Gandois, aidé par Aubry, bâtissait un empire. Les petites entreprises, c’est des parts de marché, du savoir technique, des brevets. Et des salariés. Intégrer une petite boîte à un groupe, c’est d’abord réaliser des « économies d’échelle ». En clair, virer des gens. Pas des cadres dirigeants ou des ingénieurs. Non. Des petites gens, des qui pourront pas se reclasser, des qui pourront pas retrouver du boulot à 50 ans passés.

Aubry, elle l’a fait sans état d’âme. Les secrétaires, les chauffeurs, les caristes, les agents de maintenance, dehors ! Que des petites gens travaillant dans de petites structures. Des faibles, des pas protégés, des pas syndiqués. Des gens comme ceux dont elle recherche les suffrages aujourd’hui. Pour elle, c’était pas des gens. Juste de la masse salariale qu’il fallait dégraisser. J’aimerais bien, tiens, que tous ces gens-là créent une page Facebook qu’ils appelleraient « Les virés par Martine ».

Pour elle, c’était pas des gens : elle n’avait pas besoin de leurs votes. Elle avait seulement besoin de prouver son efficacité, la qualité de sa formation, sa compréhension des problèmes d’une structure. Toutes qualités qui en ont fait une excellente responsable d’appareil politique, un remarquable spécimen de la caste dirigeante. Toutes qualités qui lui ont permis de lancer sa carrière avec des plans sociaux.

Parce que diriger, c’est pas drôle tous les jours. Des fois, il faut savoir sacrifier. Sacrifier des idées ou des hommes et des femmes. Sacrifier pour préserver la structure, l’appareil, le système auquel on appartient. On fait semblant d’en souffrir, on donne l’illusion que le sacrifice, c’est le dirigeant qui en souffre. Séguéla l’explique fort bien.

L’appareil qu’on renforce ainsi n’est rien d’autre qu’un superbe bouclier. Il va devenir l’alpha et l’oméga de la réflexion. Le prétexte absolu. C’est l’appareil qui impose le départ du salarié, l’appareil qui empêche de trouver des solutions autres. Il devient hors de question de toucher à l’intangible fonctionnement de l’intangible système. Tout juste peut-on adoucir, gommer aux marges.

Moi, je l’écoute, Martine. Va t-elle bousculer le modèle socio-économique qui lui a si bien réussi ? Va t’elle bousculer l’Europe qui est largement une œuvre familiale ? Poser ces questions, c’est y répondre. Elle sait qu’elle peut tout promettre parce qu’elle sait qu’il lui suffira d’invoquer l’appareil pour échapper à ses promesses. De quelqu’un qui, à trente ans, construisait sa vie en virant des gens, je n’attends rien. Si je lui disais, face à face, je sais bien ce qu’elle me répondrait : compétitivité, pas le choix, réorganisation, concurrence, contexte international avec, cerise sur le gâteau « c’était dur pour moi aussi ».

Comme je ne la rencontrerais pas, je lui éviterais de me servir cette litanie. Des moyens, il y en a d’autres, à commencer par un partage différent de la plus-value, pierre de touche des valeurs de gauche. Mais là, on touche aux fondamentaux de la gestion énarchique. De droite ou de gauche, les énarques gèrent pareil. La couleur politique, c’est juste un maquillage, une manière de faire carrière.

Et puis on évolue. Comme Papa, chef de cabinet de Chaban-Delmas, baignant jusqu’aux oreilles dans l’indépendance nationale et passé à l’Europe pour y diluer cette même indépendance. Chantre de la « nouvelle société » qui passa la fin de sa vie à bâtir une société rétrograde. Lui, je sais bien ce qu’il me dirait : « le monde a changé ». Evidemment : c’est lui qui l’a changé en privilégiant l’Europe du fric contre l’Europe sociale.

Il paraît que Martine passait, enfant, ses vacances à Menditte. Gros, gris village souletin, à l’entrée de la vallée, entre Mauléon et Tardets, deux petites villes ruinées par la modernité et les espadrilles chinoises. Je connais bien la Soule, c’est une terre de valeurs mais, a priori, les valeurs c’est pas comme les espadrilles. Ça s’exporte mal.

Voter, c’est exprimer un espoir. Je ne crois pas qu’un chef du personnel puisse incarner un espoir.

On n’en reparlera pas…

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