mardi 19 février 2013

DO YOU SPEAK FRENCH ?

Soirée consacrée à la réforme scolaire à l’école du quartier. On commence à comprendre ce qui se cache sous la novlangue gouvernementale. Jusqu’à aujourd’hui, les gosses passent quatre jours à l’école pour recevoir 24 heures d’enseignement.

Pour alléger, on va les faire venir quatre jours et demi….pour recevoir 24 heures d’enseignement. Moi, je croyais, comme un bon con manipulé, que ces trois heures supplémentaires serviraient à alléger le rythme, à faire le programme en 27 heures au lieu de 24. Pas du tout. On va leur ajouter trois heures « d’activités », de l’origami ou du macramé. Première leçon : l’école, c’est pas fait pour enseigner, c’est fait pour s’activer. C’est pas une réforme de l’enseignement, c’est une réforme des activités. Hé ! Peillon, j’ai pas besoin de toi pour savoir si je veux que mon fils fasse du piano ou joue aux échecs… J’ai besoin de toi pour qu’il sache lire, écrire et compter. Rien d’autre. Ses lectures ou les visites au musée, je m’en charge très bien tout seul. Y’a des parents qui peuvent pas ? C’est leur problème. Pas le tien. Ni le mien.

D’autant qu’on veut me vendre le truc avec de la com’ à deux balles. Le mec de la Mairie de Paris, il me dit avec un sourire angélique de faux-cul. « Comme il est difficile d’amener tous les enfants au Louvre, on va faire venir le Louvre dans les écoles ». Là, j’ai bondi et j’ai fait rigoler le monde en lui demandant s’il était plus simple d’amener 35 mômes au Louvre ou de transporter la Vénus de Milo dans le neuvième. Pour m’entendre dire que je ne comprenais rien et qu’on organiserait des « ateliers » avec des moulages et des reproductions. C’est beau la littérature, quand même ! T’offres un livre et tu dis que t’offres le musée. Bientôt, il remplacera les classes de neige par l’achat du Routard sur les Alpes.

L’un des arguments, insupportable, c’est qu’on veut se rapprocher des autres Etats européens. Surtout l’Allemagne, avec sa mirifique organisation où place est faire au sport l’après-midi. Ne revenons pas sur la béatification de l’Allemagne, on en a déjà parlé (http://rchabaud.blogspot.fr/2013/01/laval-rebatet-brasillach-paquis.html). Constatons simplement qu’on a, à la fois, plus de Nobels qu’eux et plus de médailles aux JO. L’enseignement allemand, il est pas fait pour apprendre, il est fait pour former des fabricants de machines-outils.

Là-dessus, y’a un gros balourd qui nous explique qu’il trombine une Amerlock et que ses enfants sont bilingues et qu’on devrait insister sur l’enseignement des langues, avec cet argument stéréotypé « c’est un défaut français de ne pas apprendre d’autres langues ».

Pas du tout ! La vérité, c’est que c’est un défaut mondial que les autres pays n’apprennent pas le français. Et en plus, c’est même pas vrai. Il y a une dizaine d’années, j’étais dans un congrès scientifique en train de causer en anglais avec un spécialiste allemand des varans du Sahara. Vu nos niveaux respectifs, ça galérait ferme. Alors, je dis au mec : « Mais, avec vos guides touaregs, vous parlez quoi ? ». Il se stupéfise : « French, of course ! » Mais alors, Ducon, pourquoi, tu me parles anglais ? Parce qu’il parlait français, et mieux que l’anglais. Ben, il y avait pas pensé. On était dans un congrès et, tous les cons le savent, dans les congrès, on parle anglais.

J’ai fait ma petite enquête. 90% des mecs qui étaient là lisaient le français, achetaient des livres de haut niveau en français et parlaient français. Y’avait que de la crème, du prof à Oxford, de l’enseignant de Cornell et du chef de labo d’Helsinki. Tous parlaient français. Avec réticence parce que c’était plus compliqué que l’anglais, mais bon, si tu dis que tu causes pas l’anglais, ils s’efforcent et ça marche.

Ça a fait tilt dans ma tête. Je venais de découvrir que tous les mecs qui m’intéressent à l’étranger parlent français. Apprendre l’anglais, c’est bien pour causer avec un épicier ghanéen ou un fabricant de boulons de l’Alabama, mais dès qu’on a affaire aux gens vraiment intéressants, les philosophes, les artistes, les universitaires, on peut revenir au français. J’ai refait le test. Souvent. Ça marche. Résumons : l’anglais, c’est pour les ploucs.

Ceci dit, j’ai rien contre l’enseignement des langues. Mais les vraiment utiles. L’allemand pour lire Goethe et pouvoir comparer avec les traductions de Nerval. L’italien pour comprendre les subtilités d’un livret d’opéra. Des langues pour s’enrichir, pas pour faire du commerce. Pour faire du commerce, y’a le service de traduction de Google. Il est fait pour ça.

Je leur ai dit ça. J’ai ajouté l’arabe parce que j’en ai marre de me faire interpeller (ou insulter) et de ne rien comprendre. Bon. Dire qu’en ce chaudron de politiquement correct mon intervention a été appréciée serait mentir. Pas grave. Ils ont quand même rigolé, preuve qu’ils adhéraient.

Le balourd, il était pas content que je me moque de l’intérêt linguistique de ses copulations exogènes. Quand je lui ai balancé mes Langues O’, il a baissé les bras. Il comprenait pas qu’on puisse être linguiste et se foutre de l’enseignement des langues. Il ne discrimine pas compétence et performance qui sont la base de la linguistique. Forcément. Son appréciation de la linguistique passe par ses bourses, pas par son cerveau.

J’allais pas, en plus, lui dire que, dans les bourses aussi, il y a de la compétence et de la performance.

On en reparlera…

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