jeudi 21 février 2013

LES EXPATS FONT CHIER

Qui n’a pas connu le Niger avant Arlit n’a aucune idée de ce que pouvait être le Sahel paisible. Un président humaniste, Diori Hamani, un lettré comme Président de l’Assemblée nationale, Boubou Hama, une véritable conviction nationale et des gouvernements rendant compte de la réalité du pays avec un Touareg Ministre des Finances.

Certes, il y avait des problèmes économiques liés à une position géographique peu favorable. Chaque année, on scrutait la saison des pluies qui pouvaient entrainer la disette, mais jamais la famine. On y envoyait des coopérants qui cherchaient à faire évoluer la situation.

Et puis, ce fut Arlit. La manne céleste tombait sur le Niger. La Cogema installait des baraques de chantier pour gratter la terre. Il y avait encore des coopérants, et même des coopérantes. Le capitalisme étant ce qu’il est, ce ne pouvait être que le bordel et ça ne tarda pas. Chacun voulait sa part du gâteau et les militaires s’emparèrent du pouvoir, remplaçant la littérature par le fusil-mitrailleur. Pain bénit pour la Cogema qui avait besoin d’un pouvoir fort

C’est alors que les expatriés remplacèrent les coopérants. La différence était de taille. Le coopérant manifestait un réel amour de l’Afrique, s’impliquait, apprenait. L’expatrié est un mercenaire attiré par le salaire et les avantages sociaux.

L’expatrié est un fils de la mondialisation. Pour lui, aller à Bamako, Niamey ou Bogota, c’est du pareil au même. Il lui suffit d’être hors de France pour encaisser les primes d’éloignement et de risque, doubler ses droits à la retraite et accélérer sa carrière.

Alors, imaginez. Le mec qui est à Yaoundé, il sait bien qu’on l’a pas envoyé à Barcelonnette ou Pont-à-Mousson. Il a choisi d’y aller parce qu’il est mieux payé, ce qui est la définition même du mercenaire. Il le sait bien qu’il y a des risques, ne fût-ce que sanitaires. Mais non. Il a son IPhone, son 4x4, sa belle maison, ses serviteurs vu que le petit personnel, ça coûte pas lerche en Afrique. Il a une vie sociale attrayante et ses gosses vont dans les écoles françaises entretenues par la République. En plus, il paye pas d’impôts, le plus souvent.

Sauf que l’expatrié moderne, c’est pas un mercenaire comme les lansquenets du Moyen-Age. En plus du pognon, il veut la sécurité. Il veut pas comprendre que tout ce que dessus (serviteurs, salaires, impôts), c’est le prix de sa sécurité, qu’on le paye grassement pour risquer sa vie. Dans un tremblement de terre, une épidémie de choléra ou un problème terroriste. Il veut le beurre et l’argent du beurre.

L’expatrié, il est responsable de ses actes. Il a choisi, librement, consciemment, il a pesé le pour et le contre, pour lui, pour sa femme, pour ses gosses. Il a décidé que le Cameroun ou le Mali, c’est pas dangereux. S’il s’est planté, tant pis pour lui, tant pis pour sa femme et ses gosses.

Mais, méééh, bêlerez vous, on lui a peut être dissimulé la vérité. Non. L’information, au jour d’aujourd’hui, elle est partout. On ne peut pas dissimuler la vérité. Enfin, pas trop. Quand on étudie la question, vraiment, soigneusement, on peut savoir si on veut. On peut surtout apprendre. Par exemple, qu’en Afrique, les frontières sont une notion floue et que les douaniers sont rares, sauf pour emmerder le monde dans les aéroports. On apprend vite qu’une ville-frontière, elle est plus ville que frontière et que le nord du Cameroun, c’est kif-kif le Nigéria.

On apprend vite (normalement) que l’Afrique, c’est pas l’Europe, que le copain peuhl né au Mali, il est citoyen sénégalais parce que Sénégal ou Mali, c’est quasi-pareil pour lui. Le mercenaire expatrié, il s’en fout. Il est là pour profiter de l’Afrique, de ses merveilles naturelles et de ses avantages fiscaux. Il est pas là pour aider l’Afrique à se développer, pour construire une harmonie. Il entretient la corruption, il envisage des projets pharaoniques qui vont surendetter les pauvres et engraisser les riches, mais tout ça ne le gène pas. J’avais un bon copain, expatrié dans le coin, qui a détruit quelques dizaines de kilomètres de mangrove pour construire un complexe touristique, vide le plus souvent pour raison de politique touristique défaillante. La mangrove, il s’en fout. Mais il jure aimer l’Afrique. Menteur !

Toujours à propos de mangrove, j’ai des copains voyagistes qui plantent de la mangrove au Sénégal en envoyant des dizaines de touristes sur la côte de Mombasa où les hôtels ont détruit quelques centaines de kilomètres de mangrove. Tartuffes !

Tout ça pour dire que les expatriés otages, je m’en tape. Je les considère comme des êtres humains responsables. Responsables de ce qui leur arrive, responsables de leurs choix et de leurs décisions. Eventuellement, cette responsabilité peut être étendue à leurs employeurs qui pourraient payer leur rançon vu le pognon qu’ils prennent sur le dos des Africains. Le système corrupteur que les entreprises occidentales entretiennent en Afrique a pourri ce continent et les expatriés sont simplement des stipendiés volontaires de ce système.

Mais tu n’as donc aucune compassion ?

Si, mais avec les exploités, pas avec les exploiteurs. Avec les faibles. Pas avec les forts.

Mais tu es d’accord avec les terroristes ? Les terroristes ? C’est le nom que les nazis donnaient aux résistants français. Faut y penser de temps en temps. Se demander si, aujourd’hui, c’est pas nous les occupants.

Mais tu approuves les islamistes ? Non. Je n’approuve aucune religion. Simplement, avant de regarder la fleur, j’examine le terreau où elle prolifère. Et je cherche le jardinier.

Et puis, j'aime l'Afrique et les Africains. Alors voir ce que l'expatriation en a fait depuis quarante ans, ça me débecte.

On en reparlera….

PS : le seul argument irrecevable, c'est l'argument économique. On peut toujours dire NON.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire