jeudi 24 octobre 2013

IDENTIT’AIL

C’est un truc qui m’est venu comme ça….Je n’ai jamais pu vivre avec une femme qui n’aimait pas l’ail. Jamais… Tirer un coup au passage, oui…. Mais construire une relation... impossible.

C’est vrai que j’ai une passion pour l’ail…et l’oignon pourvu qu’il soit blanc, pas trop gros et surtout pas sucré. C’est vrai que j’en mets partout et même au restau, je demande au cuistot qu’il ait la main lourde…. Et si c’est un restau aïlophobe, y’a peu de chances qu’il entre dans mes Favoris. Il paraît que ça donne une haleine de chacal. La nana qui me dit ça, elle a intérêt à apprécier la levrette pour pas me sentir. Parce que mon choix est vite fait.

C’est identitaire, forcément…Ça renvoie à mes premières années, à l’ail finement coupé qui venait parfumer la sanquëte que je partageais avec Aïtatxi, à l’ail que Fernande mettait dans tout ce qui pouvait ressembler à une salade, aux croutons frottés à l’ail qu’on enfilait dans le cul du poulet pour le parfumer et aux mêmes croutons que préparait l’oncle Adrien quand il mangeait du raisin. Tu prends un petit bout de pain frotté à l’ail, tu le colles dans un coin de ta bouche (la bouche a t’elle des coins ?) et tu fais éclater le raisin d’un coup de dent ravageur. C’est un mélange détonant.

Quand je suis arrivé à Paris, ça m’a bouleversé : l’ail était aussi rare dans les assiettes qu’un obèse à Buchenwald. Là, tu vois que t’es dans un autre monde. Tu commences à te poser des questions sur la Nation et son unité. Dans les livres de cuisine, pareil. Un peu d’ail, juste pour relever. Ici, on fait volontiers de la soupe à l’oignon et quasiment jamais de la soupe à l’ail… Ou alors de la crème d'ail et le serveur te rassure : ça ne sent pas.. Même qu’il y a des mecs pour te conseiller d’enlever le petit bout de germe pour pas que ça sente. Faux culs ! Rabat-joie ! Pisse-froids ! Si ça sent pas, c’est pas de l’ail. Alors, la nana qui mord à pleines dents dans une gousse d’ail, histoire de se parfumer la langue, ça m’allait tout à fait. Une langue, c’est meilleur quand c’est parfumé.

J’ai cru toucher le fond avec celle qui m’avait affirmé manger de l’ail tous les jours vu que son médecin lui avait dit que c’était bon pour le cœur avant de me sortir un flacon de gélules phytothérapiques. Salope !

En fait, l’identité, ça se construit comme ça. Avec des goûts et des dégoûts. Avec des gens qui aiment partager ta gousse et ceux qui font le nez quand tu sors le presse-ail. Ça vient de loin, c’est des habitudes culturelles, des choses qui surfent depuis des générations dans ta famille. Comme l’omelette norvégienne ou le Ricard à l’apéro. Ou le soufflé. Tiens, combien t’as de restaus qui mettent des soufflés à leur carte ? Si tu t’étonnes, vont t’expliquer que les clients, la mode, l’offre et la demande…..Savent pas faire et point-barre. Le soufflé, c’est pas bon pour la productivité.

Après, forcément, ça te déconstruit ta citoyenneté du monde. T’es mieux dans les pays aillés. Tu finis par préférer la Chine au Japon. Déjà que les sushis, c’est du manger de délicat, et du manger pollueur (http://rchabaud.blogspot.fr/2011/04/les-ecolotes-et-les-sushis.html) .

Attention, ça veut pas dire que t’es fermé à l’Autre ! Hola, non ! Tiens, dans la cuisine sichuanaise, y’a un truc dingue, c’est le ragoût de langues de canard. Le canard, faut pas me la faire. Ma Tante Marie, elle élevait, elle gavait, elle coupait les têtes, elle les farcissait. Tu crois être un canardophile convaincu et voilà que l’autre, il te sert un truc que t’as jamais mangé dans le canard et que c’est bon à te mettre à genoux devant. Du coup, tu regrettes d’avoir que de la Tsingtao pour escorter la chose. Tu te dis qu’un Saint-Joseph, ça complèterait. Et tu regrettes de t’être lâché sur les légumes fermentés à l’ail. Quand le maotaï arrive, t’as quasiment oublié l’Armagnac. En fait tu t’es découvert un autre territoire. Identitaire ? Pas vraiment, mais ça y ressemble.

Alors vient la vraie question : dois je tout oublier pour être un mec bien ? Je veux dire fréquentable par la plupart de mes amis. Dois je me glisser dans la peau de je ne sais qui élevé je ne sais où ? Suis je obligé d’aimer le monde entier, de me barbouiller de compassion universelle ? Ai je le droit de choisir qui je fréquente ? Et surtout, surtout, avec qui je bouffe ? Ai je le droit de ne pas aimer ?

J’ai décidé que non. Pourquoi faire semblant ? Pourquoi se forcer ? En plus, l’identité, c’est bien. Ça me rattache à un groupe et dans nos temps où seul compte l’individu, c’est rassurant

On en reparlera…

PS : c'est pas original. C'est même ce qui a fait le succès du film de Dany Boon. Quand il parle du Maroilles, moi je pense à la sanquête, l'Aixois pense à l'aïoli, et ainsi de suite. Avant de cracher sur l'identité, pensez à ça : vingt millions de spectateurs communiant autour d'un territoire.

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