lundi 14 octobre 2013

LES CHOMEURS BRETONS

Faut le dire : j’ai du mal à compatir. On les voit, tristes et, pour certains, foutus, détruits. Et pourtant, j’ai du mal à compatir.

D’abord, la Bretagne, c’est pas très différent du reste de la France: la plupart de ces mecs et nanas, ils sont fils ou petit-fils de paysans, comme partout. Ils sont les héritiers d’une manière de vivre qu’ils ont sacrifié. Hé oui ! c’était mieux d’aller à l’usine, mieux que de galérer dans les champs. Ben voilà…au bout du bout, c’est pareil. Avec une différence : en bossant pour les industriels, vous avez sacrifié vos parents ou vos cousins. Aujourd’hui, c’est vous. Vous imaginiez quoi ? Que le cousin Yves, il avait rien compris à la modernité avec ses poulets élevés en plein air ? Mais, les loulous, c’est vous qui n’aviez rien compris.

N’en déplaise à mon vieux copain Hervé du Finistère central (il vient du Poher), la terre bretonne est une terre pauvre et ingrate. Enfin, c’est comme ça qu’elle était voici 50 ans et que la décrivait les manuels de géographie. Normal : un socle granitique, c’est pas facile d’y faire pousser des trucs. D’ailleurs, la Bretagne souffrait du mal le plus symbolique : c’est une région qui ne produisait pas de blé. Du sarrasin, oui, c’est même la base de la galette, mais de blé point. Sauf si on veut donner au sarrasin son surnom de « blé noir ».

Et donc, en cinquante ans, la région agricole la plus pauvre de France (ou peu s’en faut) devient la première région agro-alimentaire. Déjà, ça en dit long : tu peux avoir une agriculture pauvre et un agro-alimentaire riche. C’est de l’alchimie, on transforme le plomb en or.

L’explication est simple : la chimie permet de rendre riche n’importe quel sol. Et donc la Bretagne ne s’en est pas privée, aidée par tous les lobbys, tous les gouvernements. Au point de pourrir sa nappe phréatique et ses côtes, asphyxiées d'algues vertes.

Les loulous qui pleurent, les algues vertes et la nappe phréatique pourrie, ça les gênait pas trop. Tant que t’as du boulot, hein ?

Seulement voilà : le boulot se tire mais les algues vertes demeurent. On appelle ça perdant-perdant. En fait, je les plains. Découvrir que tu te fais baiser depuis des décennies, c’est pas agréable. Apprendre que le mec qui t’as baisé, il a aussi flingué ta famille et pourri ta terre, ça rend pas joyeux.

Alors, ils manifestent. Gentiment. Le Breton, c’est du rude marin, mais c’est pas un violent. A part Monsieur de Charrette (le vrai, pas la copie actuelle)…. D’abord, il lui faut le temps de comprendre. Par exemple que le fils de « l’épicier de Landerneau » marche main dans la main avec ses copains des usines à bouffe, que c’est le même système et que si on n’est pas d’accord, les briquets existent encore…

J’aime bien les Bretons, rapport à la langue, à la musique, aux écoles du Diwan. Mais, putain que je les trouve mous ! Ils voient rien ou quoi ? Ils croient que c’est juste la faute à pas de chance ou que c’est Merlin qui a jeté un sort à Doux, Caby et Gab ?

Je suis triste pour les mecs qui vont filer à Pôle-Emploi mais je me réjouis de la disparition de toutes ces usines à fabriquer de la merde. J’espère que ça va faire crever les enfoirés qui élèvent des milliers de cochons dans des conditions inhumaines, qu’ils vont fermer les HLM à cochons, les élevages de poulets en batterie et les pondeuses à la chaine. Ce qui me chagrine, c’est que le petit Marcel-Ernest Leclerc, il va trouver des cochons en HLM ailleurs en Europe et qu’on va changer les musiciens mais pas la partition.

On pourrait imaginer que la Bretagne soit le détonateur d’une vraie révolte, pas seulement pour les emplois, mais aussi pour la terre et les eaux, pour un avenir qui pourrait foutrement ressembler au Cheval d’Orgueil.

Remarque, pour foutre sous plastique du cochon industriel, de l’orgueil, faut pas en avoir de reste.

On en reparlera…

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