mardi 21 mai 2019

PHALLOCRATE

La force des grands intellectuels est qu’ils savent nommer les choses justement et précisément. Ainsi Emmanuel Leroy-Ladurie. Décrivant les formes de pouvoir à Montaillou, il utilise le mot « adamocratique » pour nommer le pouvoir des hommes.

Je le fais remarquer à une mienne amie, féministe convaincue, un poil suffragette comme elles sont toutes, qui s’emporte et se lance dans une diatribe pour défendre « phallocratique », selon elle mieux adapté à la description de la chose.

Respirons et analysons. Phallocratique renvoie à la domination du pénis, au pouvoir du sexe érigé comme une barrière entre homme et femme. Le mot ne décrit pas un état mais un fonctionnement, celui du phallus enfoncé comme un glaive dans le fourreau vaginal. Etymologiquement, vagina désigne le fourreau de l’épée et donc mon « foureau vaginal » est un pléonasme. Celle qui a inventé le mot a délibérément choisi le phallus comme signe cardinal de la masculinité. Le pénis plutôt que la barbe, peut être pour mettre hors-jeu la femme à barbe des foires anciennes ou pour protéger les femelles hors d‘âge nimbées de pilosité faciale.

Ce faisant, les féministes convaincues choisissent le sexe contre le genre. Le pouvoir ne vient pas de la seule existence d’un cartilage érigé mais de l’utilisation qui en est faite pour soumettre. Ce n’est pas l’homme qui a le pouvoir mais son phallus. Ce qui revient à admettre et à valider ce pouvoir et, par voie de conséquence, à accepter que la femme-femelle soit soumise à ses sens puisqu’elle est contrôlée par eux. Voulant stigmatiser le pouvoir des hommes, les utilisateurs de « phallocrates » dévalorisent la femme en se coulant dans le moule du langage masculin. Toutes des salopes !

Tout ceci permet d‘évacuer l’essentiel. S’il y a pouvoir des hommes, il n’est pas lié au pénis mais à un faisceau de raisons, économiques et sociales qui offrent le pouvoir aux hommes. Pour faire simple, les femmes se mettent à genoux devant un producteur parce qu’il a un contrat dans la poche et non parce qu’il a une grosse bite. Mettre le phallus dans le langage revient à éliminer l’essentiel qui est outrageusement politique. Remplacer Marx par Freud n’est pas une bonne idée.

Mais le pire est le statut offert aux homosexuels. Que deviennent ils si l’utilisation du phallus est un critère prépondérant de pouvoir ? On ne peut les exclure du champ dominant : de César à André Labarrère, les homosexuels ont participé à  la domination masculine. Sont ils pour autant des phallocrates ? En général, les féministes ne répondent pas et placent les homosexuels dans l’un ou l’autre camp avec des arguments tirés de leur histoire personnelle, alors que l’Histoire ne manque pas d’exemples qui illustrent cette réalité : les homosexuels gouvernent comme des hommes. Ils sont adamocrates.

Mettons les pendules à l’heure. Le CNRTL donne « phallocrate » comme apparu en 1974 sous la plume de Gisèle Halimi tandis que Montaillou date de 1975. Leroy-Ladurie disposait donc d’un terme apparu avant qu’il ne rédige et qui avait déjà un certain succès. S’il en a choisi un autre, ce ne pouvait être que délibéré.

On peut accepter que le F initial est plus puissant que le A assourdi ce qui lui donne un avantage dans les médias. C’est malgré tout insignifiant. J’y vois quant à moi une volonté politique étatsunienne. « Phallocrate » est clivant et donne de l’importance à la communauté consumériste. Le pénis ne tient plus les cordons  la bourse. Washington s’est trouvé un nouveau prolétariat qui permet de faire glisser dans la trappe la lutte des classes. Marx avait pourtant noté que la femme était la prolétaire de l’homme ce qui semblait un début d’analyse pertinent. La distinction entre phallocrate et adamocrate est lourde de sens politique car elle détruit un cadre d’analyse social au profit d’une vision lourdement sexualisée et pseudo-naturelle.

« Pseudo » n’est pas là par hasard. Ce phallus que brandissent les féministes perd tout caractère contraignant dans les débats actuels. Sa biologie prétendument oppressive est niée dès lors qu’il s’agit de reproduction ou de construction familiale. Si la Nature existe quand il s’agit de pouvoir politique, on ne peut la gommer dan le lien social.

Sauf à admettre un trucage. La phallocratie est un trucage


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