samedi 16 avril 2011

LE DROIT DE LA BITE

Je connais un mec sympa. De son état marabout à la mosquée de Barbès. Il est arrivé voici une quinzaine d’années du Sénégal avec sa femme et ses trois enfants. Après quoi, il a fait quatre enfants de plus à sa femme. Nés en France, les quatre poupards sont bel et bien Français. La fille aînée, Sénégalaise de naissance, s’est faite engrosser par un copain, Malien et sans-papiers. Leur fille, née en France, est Française. Le mécanisme est simple : parent de Français, tu deviens légalisable. Ce n’est plus le droit du sol, c’est le droit de la bite.

Comment le dire autrement ? Je reconnais que ce n’est pas très présentable, juridiquement. On va pas demander au Conseil Constitutionnel de statuer sur le droit de la bite. J’aurais pu être plus délicat et parler de pénis. On aurait eu le droit pénien face au droit pénal. Faut reconnaître que ça va déjà mieux même si c’est moins parlant. Mais moi, j’aime bien les mots qui claquent. La bite est dure quand le pénis est mou. Flaccide, disent les médecins. Tu parles pas de politique avec des mots flaccides. Ou alors, c’est que la politique, c’est ton métier.

Le droit du sol, ça me parle vu que le sol, c’est la base de la géographie. En ai-je assez parlé du sol avec l’ami Pierre (six mois déjà et la béance reste entière). Ce sol dans lequel les hommes, tous les hommes, plongent leurs racines. Ce sol qui n’est sol que parce qu’il est imbibé d’Histoire. Histoire de l’Etat, certes, mais aussi histoire des familles, histoire des groupes, des tribus. Nous étions d’accord, Pierre et moi : la géographie historique n’existe pas car toute géographie est historique. Aucun sol n’est vierge, même pas le Sahara parsemé de cairns et de redjems, ces traces de l’homme recensées par Jean-Charles Humbert. Nous ne vivons pas sur un sol dépourvu de sens. La terre n’est pas une feuille blanche sur laquelle on peut poser n’importe quoi. Il y a une manière de l’appréhender, de la vivre, de la cultiver, de l’irriguer. A chaque territoire correspond une utilisation du territoire et cette utilisation fait partie de notre apprentissage d’homme.

Ne nous leurrons pas : le problème de l’immigration est là, dans l’utilisation que nous faisons de nos territoires. Quand il arrive, l’immigré, s’il vient d’un monde géographiquement différent, il doit changer son rapport au territoire. Ce n’est pas seulement un problème de langue ou de religion encore que maîtriser la langue et partager la religion ne soit pas innocent. C’est un problème de fonctionnement dans l’espace commun, espace commun qui peut se confondre avec l’espace privé car l’espace privé envahit l’espace commun d’odeurs, de bruits, d’habitudes pas toujours compatibles. On en a déjà parlé (http://rchabaud.blogspot.com/2011/03/la-ville-comme-la-ville.html ).

Le droit du sol est une belle idée qui a plutôt bien marché pendant des années. Pourtant, c’est une idée qui a ses limites. La loi sur le voile est issue de ces limites. Sur nos territoires, nous marchons face nue. Nous fonctionnons selon un mode reconnaissance visuelle : l’étranger, c’est celui dont nous ne connaissons pas le visage et qu’il va falloir intégrer, au besoin en lui donnant un nom inspiré de ses caractéristiques physiques. Nos annuaires regorgent de Rousseau, Leborgne, Lepetit ou Legrand. C’est lié à la possession du sol et à la sédentarisation. Qui vit où ? Qui cultive quoi ? La reconnaissance compte moins dans une société pastorale nomade où le sol n’est pas possédé mais utilisé par des groupes. N’importe qui appartenant à une tribu peut pousser un troupeau. La tribu compte plus que l’individu car c’est elle qui possède les droits pastoraux. On existe par sa filiation.

On peut toujours prétendre que cette idée est rurale et archaïque. Ce serait oublier que nos fonctionnements sont toujours ruraux et plongent leurs racines dans notre Histoire. Il y a des milliers d’exemples auxquels on se heurte dès qu’on veut faire une analyse fine d’un territoire. Les évêchés en font partie. Aujourd’hui encore, les villes se développent en fonction de l’ancien territoire épiscopal. C’est une notion que les aménageurs modernes oublient mais qui revient vite en boomerang. Ne vous demandez pas pourquoi telle ville se développe plutôt dans telle direction. Cherchez les limites du territoire de l’évêque. C’est surprenant dans une société laïque moderne. Mais il y a quelques siècles de fonctionnement qui ont induit des tropismes qui restent sous-jacents.

L’identité nationale, c’est ça : l’utilisation d’un territoire. Comment on habite, comment on se déplace, comment on échange, comment on se marie, comment on fait la fête. On peut toujours sortir un élément de l’ensemble et essayer de le rendre pertinent. Mais c’est une tentative vaine. Car tout fait sens dans le territoire. Alors, oui, le droit du sol ne fonctionne plus car ceux qui en bénéficient ont changé et n’appréhendent plus le territoire de la même manière. Ce n’est tout de même pas du racisme de le constater ou de dire, avec Kipling, que l’ouest et l’est ne se rencontreront jamais.

Rassurons-nous : le droit du sang ne vaut guère mieux. On peut jouir du droit du sang et être traître à son groupe. On l’a vu, il n’y a guère. Dans la guerre économique, on le voit tous les matins.

Non, le problème reste un problème territorial avec des notions de territoires inadaptées. Le territoire national a t-il encore un sens ? Parce que, d’un côté, on nous gave avec la mondialisation obligatoire et de l’autre, on nous soûle avec l’inscription dans un territoire strictement national. En gros, l’immigré, on veut l’inscrire dans un territoire dont on nous affirme qu’il est dépassé. Comment tu veux qu’il s’en sorte ?

La seule difficulté du territoire reste son appréhension. Appréhender un territoire mondial, comme nous y engage Jacques Attali, est impossible à 99,9% de la population mondiale. Quand t’habites Larrau, pour concevoir le monde, il faut beaucoup de travail, de savoir, de cartes, d’interrogations. Intellectuellement, tu dois sortir de ta vallée, puis de ton département, puis de ton pays. La plupart n’y arrivent pas. C’est facile quand on a étudié pendant vingt ans et qu’on a voyagé. C’est impossible quand on sait tout juste lire et qu’on ne sort pas de son canton. Attali, il délire complet quand il imagine que des mômes incapables d’appréhender le pays où ils vivent vont appréhender le monde. Et c’est pas les zappings affectifs de la télé qui vont les aider.

En fait Attali, ce qu’il nous dit, c’est que la société à deux vitesses, c’est drôlement bien. Qu’une élite capable d’appréhender le territoire mondial se charge de le gouverner et qu’une masse incapable de voir plus loin que le bout de la cité se laisse gouverner. C’est normal qu’il pense ça, c’est un représentant de la gauche moderne. Au besoin, on contraindra un peu la masse. On le fait depuis longtemps dans l’aménagement du territoire. Par exemple, en inventant des régions débiles où on pense que le Pays basque doit être gouverné avec le Lot-et-Garonne ou qu’on peut couper en deux la Bretagne et la Normandie.

L’abandon de la géographie est la clef de nos catastrophes sociales et même de nos catastrophes tout court. Le dernier exemple est japonais. Franchement, construire une centrale nucléaire à l’intersection de trois plaques tectoniques, c’est débile. Mais les Japonais n’ont pas le choix. Ils ne peuvent pas avoir d’énergie autre que nucléaire vu qu’ils n’ont aucune matière première, ni pétrole, ni gaz, ni charbon. Et ils ne peuvent pas avoir de localisation sismiquement neutre. Ils sont baisés par leur géographie. Sauf à refuser de s’industrialiser. Mais ça, ils n’y ont même pas pensé.

On en reparlera….

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