vendredi 1 avril 2011

LES ECOLOTES ET LES SUSHIS

On m’a demandé pourquoi j’écrivais « écolotes ». C’est un mot-valise, la combinaison de « écolos » et « chochottes ».

J’ai été adhérent des Verts. Vrai adhérent avec cotisation payée et tout, et tout… C’est l’ami Jean Lissar qui m’avait convaincu. J’ai donc adhéré. Ça m’allait assez bien, dans une vie antérieure j’avais édité des livres d’écologie, avec de bons auteurs, bien scientifiques, bien diplômés, bien sérieux. Je me sentais prêt, investi. Passer de la connaissance à l’action politique, ça m’allait assez bien.

Le premier truc qu’on m’a demandé, c’est si je voulais être inscrit aux listes de diffusion. Bien sûr que je voulais de l’info. Et là, patatras ! Boîte mail bloquée en deux jours. Des centaines de courriels avec des propositions d’adoption de chatons et des questions sur les lombrics propres à faire du bon compost. Tu veux influencer le cours des choses, on te propose des vers de terre. Aujourd’hui, je me dis qu’ils ont qu’à les envoyer à Fukushima leurs lombrics. Surtout qu’au Pays basque, si tu veux des lombrics, t’as qu’à prendre ta bêche. Pas la peine de t’échiner sur Internet. Quant aux chatons, je préfère ne pas dire ce que j’en pense.

Après, j’ai assisté à ma première réunion. Je pensais, naïvement, qu’on allait parler des problèmes écolo-politiques, style Plan de Prévention des Risques ou protection des zones inondables. Pour être honnête, on en a parlé. Le sujet du moment, c’était le col du Somport et l’ours. L’ours, ça m’intéressait. J’avais un vague souvenir de discussions avec Aldebert Baron qui m’avait expliqué que les ours, en captivité, ça se reproduisait comme des lapins et que, au zoo de Chizé dont il s’occupait, on pratiquait la ségrégation des sexes pour pas crouler sous les oursons. J’aurais voulu savoir pourquoi on importait des ours slovènes au patrimoine génétique différent de nos ours pyrénéens et si y’avait pas moyen de trouver en captivité des patrimoines génétiques plus conformes. Je me suis fait jeter. C’était pas la question. D’abord, les zoos c’était pas bien. Et puis, la génétique, tout le monde s’en foutait. L’essentiel était de bloquer le chantier.

Tu parles d’écolos…. L’écologie, c’est une invention du biologiste allemand Haeckel dans les années 1880. Depuis 1968, il existe une Société Française d’Ecologie qui regroupe les écologistes professionnels. Va voir le Conseil d’administration, tu comprendras. Y’a pas Hulot, ni Arthus-Bertrand, ni Cohn-Bendit, ni Duflot, Lepage ou Placé. Y’a des mecs comme Barbault, prof à Paris VI et spécialiste de biodiversité au MNHN. Ou Christophe Thébaud, prof à Paul Sabatier et chercheur au CNRS. Ou Michèle Trémolières, spécialiste des zones alluviales à l’Ecole Nationale du Génie de l’Eau. Quand tu regardes, tu comprends vite. D’un côté les professionnels, de l’autre les amateurs. Ceux qui savent et ceux qui aiment. Le savoir contre l’affect. Contre. C’est bien ça qui est gênant. Parce que, des fois, le savoir te dit le contraire de ce que te souffle l’affect. C’est son boulot. Prends les zoos, justement. L’affect te susurre que ces pauvres bêtes, enfermées, qui ont tant l’air de s’ennuyer, c’est une horreur, un quasi-scandale. Le savoir t’informe que, déjà, elles sont vivantes et protégées. Vaut mieux être gorille à Jersey chez Durrell que face aux braconniers des Virunga. Qu’en plus, elles font progresser la connaissance de l’espèce et permettent une meilleure protection dans la nature. Et qu’enfin, on garde un stock en vue de réintroduire quand les conditions seront venues. On garde même des stocks d’ovocytes, au cas où…. Le zoo est un instrument irremplaçable de préservation de la biodiversité. Alors, t’as plus qu’à essuyer tes larmes devant Coco, la panthère des neiges. Elle s’emmerde peut-être mais ses copines de l’Himalaya ouest, elles sont mortes. En plus, tu vas pleurer sur les singes et les panthères, mais les mygales et les phasmes t’en as rien à cirer. Hypocrite.

Les écolotes ne jouent que sur l’affect. Ils adorent les manifs où ils se déguisent et font preuve d’imagination dans les slogans et les costumes. Mais comme ils sont dans l’affect, ils s’arrêtent tout de suite de penser. Ils ne vont pas jusqu’au bout. Or, le bout, c’est le fonctionnement économique

Par exemple, ils te parlent des malheureux dauphins pris dans les filets dérivants de la pêche industrielle. Tu vas pleurer. Pleures pas. Réfléchis. Si tu veux sauver les dauphins, faut interdire la pêche industrielle. Impossible. Trop compliqué dans les faits à cause du droit maritime. L’océan est à tout le monde, hors eaux territoriales. Donc, faut prendre le problème autrement et agir sur la consommation. Si tu limites la consommation, tu limites les méfaits des pêcheurs. CQFD.

La pêche industrielle, c’est largement le fait des Japonais. C’est des gros mangeurs de poisson, les Japonais. Il paraît que le poisson, c’est bon pour la santé. Mais, faut constater qu’ils ne bouffent presque que ça et qu’ils vivent pas beaucoup plus vieux que nous. En tous cas, ils ratissent les océans et ils nous ont convaincu que leur régime alimentaire est bon. C’est l’explosion du sushi. Le sushi le plus prisé, c’est « maguro », le thon rouge. D’où les élevages hyper-polluants de thons en Méditerranée. Dame ! faut les alimenter les sushi-shops. Cinq dans ma rue, ça en fait du maguro.

Alors, moi, je suggère aux écolotes de se battre pour l’interdiction du sushi. Plus de sushi, plus besoin de ces énormes quantités de poisson. Interdiction du sushi en Europe. Dany l’ex-rouge, il est influent à Bruxelles. C’est un combat à sa mesure. Si l’Europe interdit le sushi, le marché bascule. Doit bien y avoir une réglementation à ressortir. Le sushi, c’est du poisson cru, une matière hyper-fragile, un nid à miasmes. Et tu me feras pas croire que tous les restaus de sushis tenus par des non-Japonais, ils sont rigoureux sur l’hygiène. En plus, au moment où la gastronomie française est inscrite au Patrimoine mondial, un sushi-shop dans un centre historique, ça fait désordre, je trouve. Les écolotes sont contre la mondialisation. Ils ont raison. Or le sushi est un symbole de la mondialisation, autant que McDonald. Le moustachu du Larzac, il devrait s’en occuper : le sushi à Millau, c’est un peu ridicule. A Bratislava, c’est indécent.

Y’aura un lobby du sushi, ça c’est sûr. Vont parler d’emplois menacés, par exemple. C’est le premier argument de tous les lobbys. La chaine du sushi, elle est simple : des bateaux industriels, des usines à sushi, à capitaux japonais le plus souvent, et des centaines de boutiques que les usines aident à s’installer pour pouvoir fourguer leur poisson congelé. Ben oui, congelé. Tu crois pas que le thon, il supporte plus de trois jours hors de l’eau, quand même. Et, entre le bateau et le restau, on est plus près de trois semaines que de trois heures. Le plus souvent, c’est des Chinois qui tiennent les sushi-shops. Test facile : tu leur demandes une table en japonais. Les mecs, ils entravent rien. Si tous les Japonais ont les yeux bridés, tous les yeux bridés ne sont pas Japonais. Et donc, le sushi est une industrie. Les bateaux industriels, quand ils ont baisé les emplois de mes copains de Saint-Jean-de-Luz, ça n’a fait frémir personne. Alors, eux, les destructeurs d’emploi, on va pas les laisser s’abriter derrière la protection de l’emploi. C’est comme un client de bordel qui signe une pétition contre la prostitution.

C’est ça que je leur reproche aux écolotes. Ils s’excitent sur des symboles, ils oublient la chaine de causalités. La chaine qui va du dauphin aux sushi-shops. Y’en a d’autres. Les crapauds, par exemple. Chaque année, en France, des millions de crapauds meurent sur les routes. Dans certains cas, à Iraty par exemple, c’est un vrai crapaudicide, la route devient glissante à cause des cadavres écrasés. Or, le crapaud est le meilleur insecticide possible. Il est l’un des moyens (l’un, pas le seul, on est dans un système à paramètres multiples) de diminuer l’utilisation de produits chimiques dans les champs. Ce pauvre crapaud a seulement le tort de n’être pas médiatique. Le bébé-phoque, oui. Le crapaud, non. Les écolotes se foutent des crapauds, montrant ainsi leurs limites. Je le sais : je me suis bagarré pour la protection des crapauds et tout le monde m’a pris pour un con.

On ne peut pas aimer ce qu’on ne connaît pas. La limite de l’amateurisme, elle est là. Les professionnels de l’écologie, le plus souvent, ils calment le jeu. Avant de sortir les banderoles, ils passent des heures sur leurs paillasses pour connaître les tenants et les aboutissants. Ils calment le jeu. Des fois, ils ont des conclusions qui vont à l’encontre du ressenti des écolotes. Des fois, c’est les mêmes, mais pas en même temps. Faut le temps d’étudier et les résultats, c’est pas au bon moment. Pas au moment des manifs. Pour faire court, les professionnels de l’écologie, souvent, ils empêchent les amateurs d’aimer comme ils voudraient. Alors, ils sont exclus du jeu. Y’a guère que le GIEC qui ait tiré son épingle du jeu. Faut dire que le GIEC, ça fait vingt ans qu’ils bossent et qu’ils sont nombreux.

J’ai fait un test. Je voulais savoir combien de mes copains écolos avaient lu le superbe texte de Jean Dorst Avant que Nature meure. Dorst, prof au Muséum, écolo professionnel. Toute la thématique des écolotes, elle est chez Dorst, les déchets, la pollution, la perte de biodiversité. Le livre date de 1974. Ça fait quand même 37 ans et tous les sujets dénoncés par Dorst se sont aggravés. Ça devrait les faire réfléchir mes copains Verts. Seulement, voilà. Ils sont toujours à côté de la plaque. Dorst hurle contre les déchets. Il signifie clairement qu’il faut arrêter d’en produire. Les Verts, ils s’excitent sur le tri sélectif. Ils n’ont rien compris : faut pas trier, faut arrêter. Parce qu’une tonne de merde divisée en 10 paquets de 100 kilos, ça fait toujours une tonne. Arrêter, ça veut dire légiférer, interdire, punir. Dire aux industriels que ça suffit. Leur fixer des limites obligatoires. Laisser chouiner les emballeurs et les packageurs qui nous pourrissent la vie. Ils vont perdre leur boulot ? Tant pis ! Leur boulot nous détruit. C’est de la légitime défense.

Seulement, ça, mes copains écolotes, ils savent pas faire. Ils me l’ont dit : « on peut pas être toujours en guerre ». Chochottes !

On en reparlera….

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