dimanche 27 mars 2011

LE COUP DU COUT (2)

Y’a un bon article dans Marianne. Un bon article, c’est un article avec lequel je suis d’accord.

Marianne nous rappelle que, depuis des années, les centrales nucléaires françaises s’exportent mal parce qu’elles sont trop chères. Elles sont chères à cause des obligations de sécurité qu’elles comportent. A cause de l’INRS, Areva est obligé de prévoir des systèmes sur-dimensionnés. Sur-dimensionnés au moins pour la France. On en a déjà parlé (http://rchabaud.blogspot.com/2011/03/le-berssin-le-japon-latome-le-fric.html ) Mais c’est suffisant pour rendre nos centrales moins compétitives. Au point que les pouvoirs « publics » s’en sont émus et demandent à Areva d’alléger la sécurité.

La bonne nouvelle, c’est qu’Areva est dirigé par une femme. Les femmes, elles ont l’habitude de dire NON. Elles sont tellement sollicitées que si elles disaient toujours OUI, leur vie serait un enfer. Et puis, elles ont souvent une vision de la sécurité un peu différente. C’est sexuel, bien entendu. Tu sais que la séduction n’a qu’un temps, alors tu assures l’avenir. Et donc, Madame Lauvergeon, elle dit NON. Et elle galère pour vendre ses réacteurs.

En face, les écolotes hurlent au danger. Ils passent en boucle à la télé avec un argument : l’inondation de la centrale du Blayais. Toujours le même. Ils n’ont pas le choix : un tsunami à Fessenheim, c’est vraiment improbable. Entre nous, le scandale de cette centrale, c’est d’être en face de Saint-Estèphe. Ceci dit, le risque de tempête, dans ce cas, a été gravement sous-estimé. On aurait pu penser à la tempête de 1578 qui a manqué engloutir Bayonne et a détourné le cours de l’Adour. Mais, c’est vrai qu’on a pas beaucoup de documents et qu’une tempête comme ça, ça arrive pas tous les matins. Celle de 1999, c’était du pipi de chat à côté. Si on essuie une nouvelle tempête comme celle de 1578, ça va pleurer dans les lucarnes. Et plus le temps passe, plus le risque statistique augmente. Verrons-nous le Cap-Ferret effacé de la carte ? Possible. Les mecs de l’IRSN, ils devraient consulter un peu plus les historiens locaux.

Faut relativiser. L’exemple, c’est UNE centrale en bord d’Atlantique avec un risque identifié, risque qui s’est déjà produit sans conséquences dommageables. Mais alors, t’es à fond pour le nucléaire ? Non. Je suis même plutôt contre. Ce qui m’énerve, c’est le tapage médiatique et les arguments à la con qu’on se jette à la figure. Aujourd’hui, y’a urgence. On va crever de l’effet de serre. Lui, il est là, tangible, omniprésent. Le nucléaire, c’est un pis-aller. Comme ça aurait du l’être en Guyane. En Guyane, on avait un problème électrique. Envoyer des satellites, monter des fusées, produire du propergol, ça demande du jus. Et pas qu’un peu. Une centrale nucléaire aurait réglé le problème. Sauf qu’on a eu la trouille politique d’implanter la première centrale nucléaire du continent sud-américain. Sauf que les écolotes ont hurlé comme des malades. Alors, on a fait un barrage et on a noyé 310 km2 de forêt tropicale, c’est à dire de biodiversité inexplorée. 31 000 hectares, 8% de la surface de la France. EDF a organisé une belle opération pour faire ramasser devant les caméras des oiseaux chatoyants et des mammifères pelucheux. Se sont pas emmerdés avec les serpents et les cécilidés, ni même avec les insectes, c’est pas médiatique ces trucs. Ce qu’on a perdu comme espèces animales et végétales, on n’en a aucune idée. Après les écolotes ils viennent vous emmerder avec la biodiversité. Encore une notion à géométrie variable. Le barrage de la Sinnamary, c’est une catastrophe écologique. Bien pire qu’une centrale nucléaire. Les scientifiques qui ont voulu le dire, ils ont pas trouvé beaucoup d’écho.

Alors, oui, le nucléaire, c’est un pis-aller qui me convient. A condition qu’on fasse pas du nucléaire au rabais. Le rabais, la ristourne, la promotion, c’est des asticots pour pêcher les cons. T’en as toujours pour ton argent. Tu crois quoi ? Que le mec qui te ristourne, il te fait un cadeau ? Non. Il rogne sur sa marge pour te fourguer ses invendus. Parce que, au cas où tu le saurais pas, la promotion ça porte jamais sur les trucs qui se vendent bien. Le plus souvent parce qu’il n’y en a plus en stock. Les prix cassés, c’est jamais sur le top qualité. T’as une prime à la casse quand tu changes ta vieille Peugeot, pas si tu commandes une Ferrari.

La mode, c’est les achats groupés. Ça concerne quoi les achats groupés ? Des nuitées dans des hôtels qui ont du mal à se remplir, des séances de soins dans des spas inutiles, des dîners en amoureux dans des restaus vides, des produits qui n’ont pas pu se faire une place au soleil. C’est pas neuf. Le problème du commerçant, c’est pas le stock, c’est le mauvais stock, les cercueils à deux places, les erreurs de casting fourguées par un représentant malin. Ça devient des vieux copains, ces objets que tu retrouves matin après matin sur tes étagères. Faut que ça parte. Alors, on solde. Les soldes, c’est que les erreurs des commerçants. Seulement, bien présentées, bien médiatisées, ça devient le bonheur des clients. C’est beau la com’.

Faudrait pas que ce système pourri envahisse le nucléaire. Le vrai risque du nucléaire, c’est pas l’atome, c’est le commerce. Pour convaincre, on va rogner sur les prix, enlever un bitonio ici, une vanne là. On va voir arriver les statisticiens qui te disent que le risque calculé est epsilonique, que ça n’arrivera pas (du moins tant que l’acheteur est encore au pouvoir). C’est vrai que 9 sur l’échelle de Richter, ça arrive une à deux fois par siècle et encore, la dernière fois, c’était dans le désert chilien. C’est pas des risques statistiques, c’est juste des exceptions considérées comme négligeables. Alors, on peut alléger les procédures, gratter sur la sécurité, baisser les prix. Y’a une raison simple : la sécurité, c’est le seul point qui permette les économies. C’est vrai pour les centrales nucléaires comme pour les voitures. Le constructeur automobile, il rogne un ou deux centièmes de millimètre sur la tôle. Sur le tas, ça fait un gros paquet d’acier. Ça fait aussi moins d’acier pour te protéger en cas d’accident, mais personne n’utilise un pied à coulisses pour acheter une voiture. La différence, tu la verras que si tu te plantes sur l’autoroute, mais un coup sur deux, ça sera trop tard. Les morts n’ont pas conscience de leurs erreurs.

On en reparlera….

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