lundi 24 octobre 2011

HA ! HA ! HA !

C’est beau la sémantique. Surtout en politique. Depuis deux jours, on a compris : l’élection présidentielle se jouera sur la dette. Forcément, les caisses sont vides. Le Premier Ministre nous l’avait dit voici trois ans. Elles ne se sont pas remplies. Au contraire, la dette a doublée. Voici que les finances politiques inventent un concept qui ravira les physiciens. On peut doubler le vide.

Mais le vide, c’est rien. Comment peut-on doubler le rien ? Raymond Devos a déjà répondu. Rien, c’est rien, mais trois fois rien, c’est quelque chose. En fait, c’est facile de doubler le rien : il suffit de lui attribuer un signe négatif. Zéro, c’est rien mais moins que zéro c’est quelque chose.

Et donc, la bataille se concentre sur la note triple A, soit AAA (ou HA ! HA ! HA !), attribuée à notre dette. C’est vachement important le HA ! HA ! HA ! parce que ça permet d’emprunter, c’est à dire de creuser la dette. Tu es jugé assez fiable pour t’appauvrir.

Bien entendu, ça va coincer. Il y aura obligatoirement un moment où la dette creusée grâce au HA ! HA ! HA ! sera tellement importante que tu deviendras emprunteur pas fiable Et donc tu perdras ta note. Et donc, tu ne pourras plus emprunter et donc plus rembourser puisque tu empruntes pour rembourser.

Ça, c’est de la logique d’imbécile et les économistes ne sont pas des imbéciles. Pour un économiste, un pays bien géré est un pays endetté qui paye l’intérêt de la dette avec les impôts des imbéciles. Parce que, bien entendu, ce sont les intérêts qui comptent vu que les intérêts sont les bénéfices des prêteurs et que tout le système est construit selon les intérêts des prêteurs. Imagine un instant que tu rembourses tes dettes. Plus d’intérêts, plus de bénéfices. Le prêteur, il se retrouve avec de l’argent dont il ne sait que faire. De quoi, il va vivre, le prêteur ? Faut penser à ces choses-là. Tu veux tout de même pas imposer au prêteur de réfléchir à une utilisation intelligente de son argent ?

Que faire quand ça coince ? Pas SI ça coince parce que le système est construit pour coincer. Emprunter coûte plus cher. Il faut donc augmenter la ponction des imbéciles. C’est de ça qu’on discute en ce moment. Qu’est-ce qu’on va piquer et à qui ?

Personne n’ose dire qu’on va piquer aux prêteurs, alors que c’est la seule solution logique. Les économistes hurlent : si on fait ça, plus personne ne nous prêtera. Exact. Mais on s’en foutra vu qu’on n’aura plus besoin d’emprunter. Rappelons juste qu’on emprunte pour payer les intérêts. Si tu supprimes les intérêts, t’as plus besoin d’emprunter. CQFD.

En plus, c’est même pas vrai. Le système capitaliste est construit de telle sorte que si un état souverain décide d’annuler sa dette, il va tellement améliorer ses finances qu’il y aura toujours un prêteur pour se dire que le risque a disparu. Et il acceptera de prêter si nécessaire. Et il se dira qu’il est plus malin que les autres. Essentiel ça, que le prêteur se croit plus malin.

En plus, on peut choisir. Dire qu’on annule les dettes des prêteurs étrangers mais qu’on paiera les dettes dues aux Français. Les étrangers, c’est 60% de la dette. C’est sûr qu’ils vont pas être contents. Mais, bon, ils nous déclareront pas la guerre pour autant.

On peut aussi déclarer un moratoire sur les intérêts. Tu me crois pas ? On cherche 10 milliards d’euro d’économies. Les intérêts, c’est 50 milliards. Si tu les paies pas, t’es plus à l’aise quand même.

Y’a des informations marrantes. Un gros paquet de dettes d’Etat sont dans les portefeuilles des sociétés d’assurances qui les collent en assurance-vie. L’assurance-vie, c’est un truc que tu toucheras pas puisque c’est versé quand t’es mort. Tu mets des sous de côté pour tes héritiers. Ils toucheront les sous hors droits de succession. Ça s’appelle de la défiscalisation. Tu prêtes à l’Etat, il rend le pognon à tes héritiers qui payent pas d’impôts. Double bénef vu que l’Etat, il t’a déjà versé des intérêts.

Première constatation : si l’Etat rembourse pas, tu t’en fous, tu perds rien. Tes héritiers feront la gueule, mais tu seras pas là pour essuyer leurs larmes. Ils pourront même rien te reprocher, t’as été un bon papa spolié par l’Etat.

Deuxième constatation : si on réintègre les assurances-vie dans les droits de succession, on récupère un gros paquet de taxes sans douleurs. Toi, t’es mort, ça te gène pas. Tes héritiers, il leur reste quand même un paquet de fric. Moins gros, mais c’est toujours ça de pris. Peut-être qu’ils pleureront un peu moins fort. Même pas : s’ils pleurent pas sur toi, ils pleureront sur le fric perdu.

Celui qui râle, c’est l’assureur. Parce que la source va se tarir. Si on peut rien gagner, pas la peine de leur donner notre fric. Ils auront moins de pognon pour investir en Bourse. Ils n’achèteront plus d’emprunts d’Etat. Pas grave, ça sera compensé par les taxes vu que l’Etat ne sera plus obligé de payer deux fois.

Y’a une autre possibilité. Réfléchis un peu. Tu donnes du fric à des assureurs pour qu’ils te construisent une assurance-vie basée sur des Bons du Trésor. Tu peux faire comme ton pépé : acheter directement les Bons du Trésor. Ouais, mais j’ai pas la prime fiscale. Tu vois que tu comprends quand tu veux. La prime fiscale, c’est pas à toi qu’on la donne, c’est à l’assureur. Le cadeau, tu l’as que si ça passe par l’assureur. Le système est pas construit pour ton bien mais pour le bien de l’assureur. Si on le détricote, c’est pas toi qui morfle, c’est l’assureur. T’as compris ? On te dit que c’est fait pour toi alors que c’est pas fait pour toi.

Tout est possible dès lors qu’on arrête de faire joujou avec les mots. On peut parfaitement dire aux banques qu’elles vont s’asseoir sur la dette. C’est ce qu’on fait avec la Grèce. Ce qu’on fait avec la Grèce, on peut le faire avec les autres pays. D’ailleurs, c’est ce qu’on va faire, vous faites pas d’illusions. L’effet domino est en marche. Pour l’instant, on frime et on prête aux Grecs le fric qu’on n’a pas. Mais on va pas pouvoir prêter à tout le monde.

La clef de la crise, elle est à Pékin. Tout le monde le sait, personne ne le dit. Dans tous les cas de figure. La Chine peut accepter un moratoire sur les milliards de dette européenne qu’elle a dans ses coffres. Elle a également les moyens de se payer nos banques fragilisées par la crise. Pas la peine de faire des effets de manche. Pas la peine de s’inquiéter non plus. Les Chinois ne sont pas des Américains. Ils vont nous concocter des solutions qui nous permettront de sauver la face. Nous n’irons pas à Canossa et d’ailleurs, Canossa c’est pas en Chine.

Les capitalistes occidentaux, depuis trente ans, se sont mis entre les mains des Chinois. La dernière étape se déroule sous nos yeux. Y’a juste un truc qui m’énerve. Les hommes responsables de cette situation n’en sortiront pas appauvris, à titre personnel. Ils vont simplement brader les entreprises et sacrifier encore un peu plus de notre indépendance.

Vous voulez que je vous dise ? On va élire le futur Président en mai. Et qu’est ce qui est prévu en juin ? Un voyage officiel de Hu Jintao. Ça va négocier un max, mais vous n’en saurez rien. Hu Jintao, il vient avec un beau cadeau : un couple de pandas. Toute la presse va se répandre sur les pandas qui sont tant jolis et mignons. Moi, j’ai dans l’idée que ces pandas, ils représentent un beau paquet de milliards d’euro. Il n’y a pas de pandas à Canossa.

On en reparlera…

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