dimanche 2 octobre 2011

LES RENTIERS

Holà ! Les Bourses massacrent les valeurs bancaires. Du coup, tous les mauvais journalistes te font le coup du risque couru par les clients des banques. Le client des banques, c’est toi. Alors, t’as la trouille.

Respire. Les banques ne risquent rien. La Société Générale, elle a avalé les 5 milliards de Kerviel, alors les 2 milliards de la Grèce, c’est pas un souci.

Sauf que… Si elle perd, elle fera pas de bénéfices. Ou elle en fera moins. Et si elle fait moins de bénéfices, elle versera moins de dividendes. Et donc, ceux qui ont des actions les vendent. Une action qui s’effondre en Bourse, généralement, c’est ça : les actionnaires qui cherchent à gagner plus de fric. Ça veut pas nécessairement dire que la société va mal ou qu’elle est en danger de faillite. Ça veut juste dire que les rentiers sont menacés.

Les actionnaires sont des rentiers. Les marchés d’actions sont des marchés de rentiers. Les rentiers dominent le monde. Les dirigeants ne pensent qu’à ça : le bonheur des rentiers. C’est pour ça qu’ils anticipent les difficultés et qu’ils contractent la masse salariale, pour augmenter les revenus des rentiers. Et les banques adorent faire plaisir aux rentiers. Sauf quand les rentiers les trouvent pas assez performantes. Ça s’appelle l’arroseur arrosé.

Or, nous le savons au moins depuis Balzac, le rentier est un parasite. En ce début de siècle, c’est caricatural. Au temps de Balzac, le rentier achetait de la rente (d’où son nom), c’est à dire des emprunts d’Etat, garantis, tranquilles, et vivait de ses revenus. La rente, ça crachait 3% en moyenne mais comme il n’y avait pas d’inflation, le monde du rentier était paisible.

3 % ! Ringards ! Le rentier contemporain, il veut au moins 15. Si l’action crache pas 15 %, le rentier, il va voir ailleurs et l’action se casse la gueule. Le dirigeant, il commence à avoir la trouille. Si l’action baisse, la société vaut moins cher, elle devient une proie pour ses concurrents. Mécanisme infernal. Cette recherche d’une rente de plus en plus forte a pourri l’économie. Pourquoi les loyers augmentent ? Tout simplement pour que le rentier qui a décidé de mettre son pognon dans l’immobilier gagne autant que le rentier qui a choisi la Bourse.

Or donc, le système coince. Il coince parce que le rentier a de moins en moins le choix. Le mécanisme reste simple. Jadis, du temps de Balzac, si ton investissement dans la distribution (les grands magasins, par exemple) battait de l’aile, tu pouvais investir dans la production. Facile à comprendre. Les grands magasins se tirent la bourre sur un article, tu mets ton pognon chez le fabricant de l’article. Là, t’es tranquille : quel que soit le vendeur, il achète chez toi. Et dans la production, t’avais le choix : si le fabricant que t’as choisi est en baisse, tu places ton pognon chez le concurrent.

Exemple simple : t’as des actions Boeing, Airbus gagne des parts de marché, tu vends tes actions Boeing et t’achètes des actions Airbus. Tu te préserves la rente. Mais que se passe t-il si le concurrent d’Airbus, c’est une société chinoise appartenant à l’Etat (une SOE, comme ils disent) ? Dans ce cas de figure, t’es bloqué.

Alors, revenons aux banques. En termes de capitalisation boursière, les deux premières banques mondiales sont chinoises et nationalisées. En termes de produit bancaire, il y en a trois dans les dix premiers. Pour l’instant. Pour l’instant, parce que pour l’instant, elles bossent plus sur leur marché intérieur qu’à l’international. Elles ont le temps. La Chine a le temps. Mais, à terme, elles vont sortir de Chine. Et là, ça va faire mal. Le rentier, il va pouvoir acheter un peu d’actions ICBC : c’est une société cotée. Ça ne changera rien à la politique d’ICBC, ni à son management : le gouvernement chinois est largement majoritaire et a les moyens de le rester. Sa dernière injection de capitaux dans la banque était de 15 milliards de dollars. S’il n’y a pas de dividendes, le gouvernement chinois s’en fout et comme c’est lui qui commande….. Si sa politique l’exige, le gouvernement chinois, il dira à ICBC de verser moins de dividendes et le rentier fera la gueule.

Comment ça, si la politique l’exige ? Ben oui. Le monde chinois est politique et les dirigeants économiques obéissent. C’est un monde où l’actionnaire la boucle. Il prend ce qu’on lui donne et il dit merci. C’est le monde qui attend les rentiers. Ho ! pas demain. Le rentier se rassure. En fait, il vit au jour le jour.

A toujours exiger plus, le rentier a tué l’économie. Pour assurer la rente, les producteurs ont délocalisé, les entreprises ont licencié. Maintenant que le système coince, le rentier râle. Les entreprises françaises n’exportent pas assez. C’est assez logique : pour exporter, faut produire et elles produisent de moins en moins en France. Et Renault importe des voitures construites en Roumanie. Pas terrible pour la balance commerciale, mais c’est bon pour l’actionnaire. Ceci dit, au bout du bout, les impôts de l’actionnaire, il va bien falloir qu’ils compensent la balance commerciale. Alors, l’actionnaire se délocalise lui même. En Belgique ou en Suisse.

Tout ceci grâce à un magnifique tour de passe-passe idéologique. Le communisme, il a passé son temps à se prétendre international alors qu’il n’y a pas plus nationaliste qu’un communiste. Je renvoie à la remarquable étude de Chalmers Johnson sur le sujet (traduite de l’anglais par Lionel Jospin, il peut pas dire qu’il savait pas). Staline, Mao, Castro, Tito, on baigne dans l’ultra-nationalisme. Le nationalisme n’est plus une valeur de droite, ce n’est plus le drapeau des rentiers conservateurs et égoïstes. Pourtant, ils le brandissent toujours comme l’UMP qui veut qu’on fasse allégeance à la Nation. Ils le brandissent come le matador brandit la muleta. C’est un leurre. La droite a un fonctionnement internationaliste caché sous un masque nationaliste.

Le citoyen de base, il a pas le choix. Il paye ses impôts dans un pays. Il ne peut pas choisir en fonction des conseils de ses avocats. Et donc, au fond de lui et au fond de son portefeuille, il est nationaliste. Tous les ans, il paye et tous les ans, il constate qu’il obtient un peu moins pour ce qu’il paye. J’exagère pas. Pour satisfaire les rentiers, une banque comme Dexia a plombé plus de 5000 communes. C’est Libé qui le dit. Libé qui appartient à Rothschild, ils savent de quoi ils parlent quand même… Pour ces 5000 communes, c’est clair : les habitants vont voir monter leurs impôts locaux, juste pour payer Dexia. Ils vont payer plus pour avoir beaucoup moins.

Les politiques (je veux dire les maires de ces communes) chouinent qu’ils se sont fait baiser et qu’on leur a menti. Je les crois sans peine. Le maire d’une commune, il a pas les épaules pour comprendre la finance internationale et lire les petites lignes en petits caractères. Maintenant, s’il s’est fait baiser, il a un recours : il arrête de payer et il va en justice. Je rêve : 5000 maires qui font bloc et qui reprennent le pouvoir pour lequel ils ont été élus. Et le monde politique qui les soutient. Dexia ferait faillite. Et alors ? Vaut-il mieux ruiner une poignée d’actionnaires ou quelques dizaines de milliers de citoyens escroqués ? Sans compter que les actionnaires (les rentiers) ne seraient pas ruinés. Juste un peu appauvris.

Y’a juste un hic. Les politiques ont démissionné. Ils n’ont plus aucune idée de leur pouvoir. Alors, ils font le dos rond. Ils jouent dans la seule cour qu’ils connaissent : ils négocient, ils cherchent des solutions amiables, ils échelonnent la dette. On pourrait imaginer qu’ils disent aux banquiers : « Vous nous avez escroqué, asseyez vous sur votre dette ». Ils n’en feront rien.

Les banquiers, la presse les épingle. Ils s’en foutent. Un peu de honte, c’est vite passé. L’essentiel, c’est que les comptes restent équilibrés. Et comme Dexia est un groupe belge, les impôts locaux des communes françaises, ça le laisse assez indifférent.

On en reparlera…

P.S. 24 heures plus tard : Dexia est à l'agonie... et donc le gouvernement français va aider Dexia via la Caisse des Dépôts... Pour ceux qui vivent dans des collectivités locales qui doivent de l'argent à Dexia, c'est une bonne nouvelle : leurs impôts locaux vont augmenter pour payer les emprunts pourris et leurs impôts nationaux aussi pour aider Dexia. On vit une époque formidable, disait Reiser...

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