mardi 29 janvier 2013

ET GOMORRHE

J’en ai plein le dos des débats sur le mariage homosexuel. Tout le monde répète à l’envie les mêmes arguments incompatibles. C’est que, comme toujours, on ne met pas les mêmes sens aux mêmes mots. Et donc chacun cancane, ricane, personne n’écoute personne et si écoute il y a, l’incompréhension demeure.

« Homosexuel » est un mot récent (1860 environ) et utilisé au départ par les médecins pour désigner une pathologie. Une pathologie ? Mais c’est le contraire d’une norme ! Ben oui.

Première question : comment disait-on avant ? Parce que pathologie ou pas (je suis pas placé pour en juger), la chose existait et il fallait bien la nommer. Je suis allé demander à un spécialiste, ce bon vieux Donatien, marquis de Sade. Personne ne peut nier son autorité en matière de langue classique. Ni de sexe.

Sade disait « sodomite ». Ça a le mérite d’être clair et précis. Le mot désigne l’acte et enlève toute connotation littéraire. Pour Sade, un pédéraste s’intéresse aux jeunes enfants (racine grecque païdos) tandis qu’un sodomite n’aime qu’un type de pénétration quel que soit le sexe du partenaire. Mais, par définition, avec certains partenaires, seule reste possible la sodomie. D’autant qu’on peut être pédéraste sans être sodomite, avec les petites filles, par exemple. Ne m’envoyez pas pédophilie à la figure, le mot est plus que tardif qui apparaît dans les années 1970.

Pour les femmes, Donatien parle de « saphisme ». Là, on a eu un glissement géographique (et ça j’adore). On est passé de Sapho, poétesse grecque de l’île de Lesbos, à l’île elle-même. Il faudra m’expliquer pourquoi l’homosexualité masculine n’a pas réussi à se trouver une icône comme Sapho. Le Giton de Pétrone est vraiment trop réducteur.

Les autres mots du corpus sont vraiment trop argotiques (tapette par ex.) ou carrément récents (inverti date de la Belle Epoque).

Ceci posé, essayons d’imaginer comment la question aurait pu être débattue à la Constituante, quand notre Code Civil a commencé à se mettre en place. Voit-on Condorcet plaider pour un mariage sodomite ? Il n’avait pas d’autre mot à sa disposition.

Je vois pas non plus Hollande mettre le mariage sodomite dans ses promesses de campagne.

Revenons donc au XIXème siècle et à la pathologie. C’est ça que nous avons dans la tête et la ligne de fracture est claire. Pour un homosexuel, l’homosexualité n’est pas une pathologie, et pour cause ! Mais pour les autres ? Le noeud de la discussion (si j’ose dire) est là. Les adversaires du mariage homosexuel ne veulent pas transformer une pathologie en norme. C’est ce qui ressort de tous leurs slogans et de tout leur discours sur l’enfant. Les partisans du mariage homosexuel refusent de considérer la sodomie comme une pathologie et veulent la transformer en norme.

Bien entendu, on baigne dans la subjectivité. Ce qui est normal pour moi n’est pas normal pour toi. Les points de vue sont irréconciliables.

Et donc, que reste t-il ? L’abandon ou le passage en force. Un camp vainqueur, un camp vaincu dans chaque cas de figure. Des traces qui ne disparaitront pas et un symbole que la droite voudra effacer dès son retour au pouvoir.

Essayons de réfléchir sur la norme, bien que je sois pas un fanatique de la chose. Biologiquement, copulation = reproduction. Si ça marche pas comme ça, c’est qu’il y a un bug. Un bug génétique, par exemple. Ou des rhésus incompatibles. La Nature dit non. Des fois, elle dit oui en te réservant une surprise, une belle maladie génétique comme l’hémophilie qui te saute à la gueule lorsque l’enfant parait. Elle est chiante, la Nature : elle ne pratique pas l’égalité. Jamais. Y’a qu’à voir le pinard.

Que la droite en appelle à une Nature forcément inégalitaire, c’est normal. L’égalité, c’est pas trop leur truc, à commencer par l’égalité des revenus. Que la gauche refuse la Nature, c’est normal aussi. La gauche, c’est le Progrès, notamment scientifique, qui va casser la gueule à la Nature anti-égalitaire.

Le problème, c’est que chaque position entraine des dérives. Le Progrès, c’est aussi les OGM et le nucléaire. La non-maîtrise de la Nature, c’est les catastrophes naturelles et les épidémies à répétition. Rien n’est simple.

D’autant moins simple qu’on nous fout le bordel dans la discussion avec des sentiments (l’amour) et des anecdotes, type couple hétéro qui tue ses gosses, alors que tout ça n’a rien à voir. Pour le coup, les psys, y compris les psys à deux balles, s’en donnent à cœur joie. Y’a ceux qui veulent qu’on ait le sens du genre et ceux qui disent que c’est pas grave.

Moi, je suis bien emmerdé. Je peux pas dire à mes copains homos que leur truc est pathologique bien que quelque part, ne pas aimer la vulve, si douce, si humide, si tendre, si accueillante, ça me paraît pas très normal. L’anus, c’est un peu sec. Et puis, c’est un sphincter, un machin fait pour se fermer, pas pour s’ouvrir. Ça vient du grec et ça veut dire « serré ». J’aime pas trop qu’on me serre le kiki.

Quand je regarde dans tous les sens, j’ai du mal à trouver ça « normal ». Mais pas pathologique pour autant. C’est juste une pratique minoritaire pour des mecs qu’ont pas vraiment le même goût que moi. Ai-je le droit de l’interdire ? A l’évidence, non. Ai-je le droit de le transformer en norme ? Peut-être pas non plus. Tolérer, ce n’est pas imposer.

Ça me rappelle un truc que j’ai fait, il y a quelques années. Je tenais un bureau de vote. Arrive, juste après la messe, une famille bien connue dans la ville, bien conformiste, bien à droite, en duffle-coat et tout. Famille affligée d’un gamin trisomique mais qui en remerciait Dieu tous les dimanches. Au moment du passage dans l’isoloir, la maman veut entrer avec le gamin. Et là, j’ai hurlé et fait un scandale. La loi prévoit qu’on y va seul. Y’a pas d’exception pour les trisomiques, c’est comme ça. Tout le monde m’a regardé comme si j’étais une sorte de monstre. Le gosse s’est mis à pleurer, les bonnes âmes préparaient déjà le pilori pour m’y clouer. Finalement, ils se sont barrés, sans voter et en me disant qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Moi, j’ai fait noter consciencieusement l’incident sur le PV, j’avais gagné trois voix du coup. Une réputation de salopard aussi, mais ça ne me gêne pas trop.

C’est juste une règle. Personne n’est là pour interpréter la Loi, à part les magistrats vu qu’on les paye pour ça. Et si on veut l’interpréter, c’est à partir de critères juridiques, pas de critères pseudo-humanistes. Question que je me pose : et si la petite famille avait fait partie de mes électeurs ? Aurais-je réagi de même ? Honnêtement ? Honnêtement, je crois pas. Le scrutin s’annonçait serré.

La loi sur le mariage homosexuel et la PMA, c’est pareil. On mélange tout, on se démerde avec le juridique, l’humain, l’amour, on remue, ça fait une bouillie et on verra bien ce qui en sortira. Et on fera le point dans vingt ans.

Et donc, on en reparlera…

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