samedi 14 décembre 2013

LES PLAGIAIRES

Georg Gerster. Grand photographe. Dans les années 1970, il publie chez Weber, pour l’édition française, un superbe album : La Terre vue du Ciel. Tiens ! ça vous dit quelque chose.

On est au tout début de l’imagerie satellite. Imagerie car ce ne sont pas des photos, mais de la télédétection. Les journalistes, toujours simplificateurs, toujours prêts à expliquer au bon public des choses qu’ils n’ont pas comprises eux-mêmes, disent « photo », vu qu’ils ne font pas la différence entre image et photo. Les images sont assez belles, en tous cas très nouvelles. Et donc Gerster va essayer de faire quelque chose dans cette direction, sauf que ce n’est pas de la télédétection (du numérique) mais de l’argentique. Le public apprécie. Et Gerster arrête.

Pourquoi ? Il s’en est expliqué. Il ne faisait pas son travail de photographe car il ne maitrisait rien. Il faisait des cadrages quand la lumière lui donnait une bonne image. Cadreur, pas photographe. Il ne pouvait pas influencer la lumière, ni les formes, ni les volumes. Pas la peine de continuer. C’est, photographiquement, sans intérêt.

Trente ans plus tard, l’autre zozo d’Arthus-Bertrand fait la même chose. Il plagie Gerster, mais lui, cadreur, ça lui va, vu que le public ne fait pas la différence. Ne fait pas la différence et ne connait pas l’histoire de la photographie. Ça le fait, comme on dit. Il a raison YAB, ça l’a emmené à l’Académie qui n’aime rien tant que les gens qui font la même chose que ce qu’ils faisaient eux-mêmes. D’où l’adjectif « académique ».

Les plagiaires ont pris le pouvoir. Des fois, on en prend un la main dans le sac. Attali. Il s’en fout Attali. C’est une minorité qui l’identifie comme plagiaire. Le grand public, ses copains journalistes et les libraires sans neurones ne savent rien. Et donc, les ventes restent belles et bonnes.

Le plagiat, il vous saute à la gueule tous les jours, notamment sur Facebook où des zozos sans style plagient le style qu’on leur sert quotidiennement comme un brouet mal cuit.

Tiens, prends la mort de Mandela. Ils disent tous la même chose, piqué sur les commentaires de BFM, eux-mêmes plagiés sur les communiqués de condoléances. Grand homme, figure de proue du siècle, et gnagnagna… Pas un ne va chercher à s’en démarquer. Moi, je peux pas. Je peux pas écrire un mot de condoléances, même à un copain. C’est trop de travail de sortir des banalités, du partage des sentiments, toujours les mêmes… A l’occasion du deuil qui te frappe et blablabla…. Mon copain, il va en recevoir des dizaines de ce tonneau. Comment lui dire mon amitié sans bêler avec le troupeau ?

En déconnant, peut être… J’ai appris la mort de ton père, tu es donc arrivé à l’âge où être orphelin est la norme. Bientôt ton tour…. Viens boire un coup qu’on en profite. Arrête de chialer et pense à toutes les fois où il t’a emmerdé. Ouais, tous mes copains ne supportent pas. Et puis, je sais pas si vous avez remarqué, mais le plus souvent, quand quelqu’un meurt, on zappe les mauvais moments. On veut plus se souvenir que des bons, et c’est très con parce que ça creuse la peine. Vaut mieux penser aux torgnoles, ça, ça soulage.

Et c’est pareil pour tout. On baigne dans une mimesis des langages et des attitudes. On dit tous la même chose dans les mêmes moments. Mes félicitations aux heureux parents. Ça facilite le travail des éditeurs de cartes postales. Et ça rend le monde insipide et tristouillard. Toujours pareil, des cuisiniers qui revisitent les plats. Tiens, « revisiter », çui là tu l’utilises quand tu veux dire que le mec il a fait à peu près comme, mais différemment de. Différemment en quoi ? Jamais on te le dit. Ça supposerait que tu connaisses l’original, que tu analyses les deux. Ho ! tu deviens chiant. Tu vas pas revenir à Escoffier et Ali-Bab ? Et donc « revisiter », ce grand gandin de la langue, tu le trouves partout. Je le sais, je l’ai utilisé, il est bien pratique quand tu as besoin de torcher un texte et que t’as pas trop le temps. Mais, bon, j’avais pas le sentiment d’écrire, juste de faire de l’assemblage de langue comme l’autre il fait de l’assemblage de produits.

Et puis « revisiter », ça fait neuf, et on a besoin de neuf. On en a déjà parlé (http://rchabaud.blogspot.fr/2012/05/la-page-blanche.html)

Je vous jure, c’est chiant d’être vieux, d’avoir vu plein de choses, d’avoir appris plein de choses et de hausser les épaules devant tous ces plagiaires, ces copieurs, ces truqueurs, ces cerveaux vierges de savoir et de mots. Blasé ? Non. Dieu merci, il reste toujours à lire et à savoir.

Tiens, je relis Needham. Et alors ? Ben, tu vois pas la Chine de la même façon, tout d’un coup…..

On en reparlera….


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