mercredi 6 août 2014

LES DISSIDENTS

Le texte précédent m’a valu quelques réactions indignées… Il faut donc que je m’en explique…

Les dissidents, je connais.. Ils ont des ancêtres. Nous, on appelait ça les « réfus ». C’est une abréviation pour « réfugiés »…Chez moi, c’était majoritairement des Républicains espagnols qui avaient fui la dictature franquiste.Au lycée, j’avais plein de copains qui étaient fils de réfus….Ça incite à la sympathie, forcément.

En vieillissant, j’ai vu la population croître et se diversifier. Changer de statut aussi. Et très vite, un truc bizarre m’est apparu. Les nouveaux « réfus », ils vivaient dans leur pays. On les appelait des « dissidents ». Le mot n’est pas innocent, mais il me semblait doubler le vieux vocable d’« opposants ». Il ne m’a pas fallu longtemps pour faire ma petite analyse linguistique.

Un « opposant », c’est universel. Tout régime, tout gouvernement a ses opposants. Normal : c’est la base de tout régime politique, démocratique ou pas. Y’a le côté du manche et l’autre.

Par contre, il n’est de dissident que dans un pays communiste. Vous pouvez chercher, regarder, analyser, quand on vous parle de dissidence, Marx est derrière la porte. C’est caricatural : Pinochet avait des opposants, Castro des dissidents.

Allez voir l’article, plutôt pas mal fichu, que Wikipedia consacre au mot « dissident ». Pour faire court, un dissident se sépare du régime dans lequel il vit alors qu’un opposant l’accepte et lutte contre les hommes au pouvoir.. Voilà. Les opposants à Pinochet acceptaient le régime et rejetaient le bonhomme, les dissidents cubains refusaient avant tout le régime. C’est une différence de nature : changer les hommes ou changer la philosophie du gouvernement. Et donc, mes copains réfus, selon cette définition, ils luttaient contre Franco, pas contre son régime qu’ils devaient trouver sympa. Si je leur avais dit ça, ils ne seraient plus mes copains, je crois. Pourtant, ils étaient vus comme des opposants, pas des dissidents.

C’est bien les mots. Ils ne dissimulent rien, à condition de les analyser. Tout s’explique : les dissidents ne veulent pas du communisme. Franco, Pinochet avaient une philosophie du pouvoir acceptable par tous. Castro, Brejnev, non. Les premiers avaient des opposants, les seconds abritaient des dissidents.

Là, tu t’arrêtes, tu respires un grand coup et tu te demandes si tu te ferais pas manipuler par un organisme qui serait parfaitement anti-communiste. Or, tu as beau regarder, tu n’en trouves qu’un qui, depuis un demi-siècle, lutte avec constance et de gros moyens contre le communisme quasi-satanique. Et c’est la CIA. Remarque, le choix d’un vocabulaire aussi précis a l’avantage de ne laisser aucune place au doute. Il ne s’agit pas de changer les hommes. Ça, la CIA sait faire : le coup d’Etat fait partie de son fonds de commerce. Il s’agit de détruire le communisme. Choisir des individus, les mettre sous les feux des projecteurs, montrer et démontrer qu’ils sont des victimes d’une idéologie plus que d’un gouvernement, les financer aussi. La machine est rodée. Elle fonctionne avec des organismes financiers comme le NED (National Endowment for Democracy) qui distribue l’argent, du lobbying diplomatique, notamment à l’ONU, pour habiller l’action d’un peu de juridisme diplomatique, des associations qui servent de relais et quelques personnalités connues issues du monde du spectacle pour attirer ceux qui ne pensent pas. Et la doxa se met en place.

Une règle semble universelle : pour être dissident, il vaut mieux brandir une religion ou une théorie spirituelle qui peut y être assimilée. Ainsi le NED a soutenu Solidarnosc en Pologne (Lech Walesa n’a jamais fait mystère de son engagement chrétien) ou les bouddhistes tibétains. Il semble que les USA jugent que l’athéisme est le danger suprême que le communisme fait courir au monde. En plus, la spiritualité est bien pratique. Les relais sont innombrables, chaque mouvement « spirituel » se croyant obligé de défendre tous les autres. Elle couvre les dissidents d’une chape d’humanisme et les dégage de l’infamante accusation de faire de la politique. Face aux loups idéologiques, nous voyons apparaître des millions d’agneaux en recherche spirituelle, agneaux dont la nourriture s’élabore à Washington.

Nous, Français, devrions savoir décrypter. La lutte contre le christianisme fut une des constantes des Républicains du 19e siècle, au moins jusqu’à la loi de 1905. Nous devrions connaître toutes les ruses, depuis les aides financières jusqu’au travail sur l’éducation, on devrait connaître la propagande larvée et la diffusion des images pieuses ; car les catholiques étaient alors des dissidents, des gens qui refusaient un régime au nom de leurs croyances. Parfois, ils le redeviennent.

Si t’avais pas fait le rapprochement, c’est que t’as des lacunes historiques. T’as des excuses : mes copains de gauche, ils supportent pas les dissidents catholiques et ils se pâment devant les dissidents chinois. Comme quoi…on peut être de gauche et suivre la CIA.

Comme je vais me faire engueuler, on en reparlera…

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