dimanche 3 août 2014

PREVOIR L’AVENIR PAR LA NORME

Y’a un truc que j’adore, c’est la norme ISO des noms de pays, celle en trois lettres. Celle où la France, c’est FRA. Pour codifier une base de données, c’est vachement bien. Tu regardes en travers, tu trouves ça bien technique et tout, sérieux, objectif, utile.

Ouais. En fait, c’est surtout superbement politique. Tiens, la Palestine dont on cause en ce moment. Je trouve une liste où le code PSE est donné à Gaza. Pourquoi seulement Gaza ? Mais l’ISO qui attribue les noms donne State of Palestine et affirme que c’est officiel. Sauf que l’ISO ne publie pas de cartes. Et donc on ne sait pas à quel territoire s’applique la norme. Tu parles d’un sérieux. Après, y'a des gens qui reprennent et modifient légèrement. Juste un peu. La porte ouverte aux dérapages.

Un autre truc marrant : les Antilles, nos Antilles. Elles ont un code : GLP pour la Guadeloupe, MTQ pour la Martinique. Idem pour l’Océan Indien avec REU pour la Réunion et MYT pour Mayotte. Bon. Admettons que l’éloignement de la métropole justifie ce traitement. Seulement, voilà. Toutes les îles ne sont pas égales. Hawai n’a pas de code ISO. Pourquoi ? Ça sent l’embrouille. Comme si les Antilles avaient vocation à devenir des pays indépendants, mais pas Hawai. Comme si on ne pouvait pas appliquer le même traitement aux mêmes situations. Hé ! Hawai est un Etat américain. Comme le Montana. Oui et la Guadeloupe un département français. Comme l’Isère. Qui peut m’expliquer ? D’autant que Saint-Martin, ce minuscule caillou, bénéficie de deux codes, un pour sa partie française, un pour sa partie néerlandaise. Remarque, c’est une île riche, elle a les moyens d’avoir deux codes.

Les îles, c’est vraiment marrant. L’île Bouvet, un caillou isolé dans l’Antarctique, couvert de glace, elle a un code. C’est pas demain que les habitants vont manifester pour son indépendance.Y’a pas d’habitants. Alors ? Mystère.

J’ai un copain qui voit le mal partout, il me dit que c’est des raisons financières. En Grande-Bretagne, Jersey à son propre code (JEY), ainsi que l’ile de Man (IMN). Il m’affirme que c’est des codes pour faciliter les transactions financières vers les paradis fiscaux. Possible. Mais les raisons financières pour l’île Bouvet où y’a pas une banque, faudra m’expliquer.

Hong-Kong a été rendu à la Chine, mais Hong-Kong a conservé son code. Admettons, Hong-Kong a un statut particulier. Mais dans ce cas, comment expliquer que les Ryu-Kyu n’aient pas leur propre code ? Elles étaient indépendantes jusqu'à la fin du XIXe siècle. Sans rire, si la Martinique a son code, Okinawa a droit au sien.

Et donc, on m’ôtera pas de l’idée que tout ceci est un vaste plan géopolitique, une manière de voir qui mène le jeu. On ne discute pas sur Hawai et Okinawa. Pas touche. Et le consensus s’applique par la norme. Chacun de ces codes a été longuement discuté. Par les diplomates. Mais pas que… On apprend que l’Union Postale Universelle a son mot à dire. Que les organismes financiers ont été consultés (finalement peut être que mon copain a raison) ainsi que l’OMC. Qu’on a interrogé l’Union Douanière et même Interpol. Cette liste de codes techniques sent fichtrement la négociation politique et les sous-entendus. Parce que, entre nous, si Jersey a son code, pourquoi pas la Corse ? C’est pareil : deux îles à une portée de ferry de la mère-patrie.Mais Jersey ne revendique aucune indépendance. Peur être que la France a peur que le code ouvre la voie à la séparation. Va savoir.

Si j’étais moins fainéant, j’irais y voir de plus près. Comment tout ça a été négocié ? Qui a demandé des codes et qui les a repoussés ? Quelles bonnes et mauvaises raisons ont été invoquées ?

Il faut se méfier des normes. Sous leur apparence glacée, elles cachent toujours une idéologie à l‘œuvre. Imposer des normes sanitaires, par exemple, permettra de mettre à mal les entreprises incapables d’investir financièrement dans des travaux et bénéficiera à celles dont les finances seront soutenues par leurs banques. En faisant mine de soutenir le consommateur, on soutient en fait la planète financière. C'est le fonctionnement à l'oeuvre dans la restauration et l'alimentation. Les experts, tu leur causes, ils le parlent que de santé, de protection du consommateur, t'es pas contre la protection du consommateur, quand même. Ben, faut voir.

En fait, il faut se méfier de tout discours qui se qualifie d’objectif. Qui veut prouver son objectivité met généralement en évidence des intentions douteuses.

Il faut se méfier des juristes et des malades du règlement.

Tartuffe continue de se reproduire.

On en reparlera….

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