jeudi 7 août 2014

SHANGHAI ET LA COOPÉRATION

C’est un sigle que tout le monde ignore : l’OCS. L’Organisation de Coopération de Shanghai. Et l’OCS vient de faire un joli coup. Merci, Jean, de m’avoir informé.

L’OCS, c’est une sorte d’OTAN eurasiatique, une organisation de défense commune qui regroupait la Chine, l’URSS, le Kazakhstan, le Tadjikistan, l’Ouzbekistan et le Kirghizistan. Les médias français s’en foutent : ils voient ça comme une tentative des Russes et des Chinois de coopérer avec des Etats de montagnards nomades et bien folkloriques. C’est toujours le même mépris : quel intérêt ont ces Kirghizes ?

Mais voilà, les temps changent et le monde bouge. L’OCS vient d’admettre, après plusieurs années de discussion, de nouveaux membres : l’Inde, l’Iran, le Pakistan et la Mongolie. C’est pas rien… Voilà que l’Iran se trouve désormais dans une structure militaire internationale avec la Chine et la Russie.. Ça arrange pas vraiment les affaires d’Obama.

Voilà que l’Inde et le Pakistan se trouvent officiellement alliés. Bravo à tous les commentateurs qui glosent à longueur de pages sur le fossé qui sépare ces deux pays.

Voilà que la Chine et l’Inde appartiennent à la même structure de défense. Bravo à tous les journalistes qui nous abreuvent de reportages sur leur inimitié irréductible.

Année après année, les dirigeants asiatiques s’aperçoivent que Washington est un faux ami. Qu’ils sont utilisés dans un projet d’hégémonie mondiale qui ne profite qu’aux USA. Qu’on les joue les uns contre les autres et que ça ne va pas fonctionner éternellement. Alors l’OCS leur tend les bras.

L’OCS, officiellement, doit permettre de lutter contre les trois maux qui menacent l’Asie orientale : le séparatisme, l’intégrisme et le terrorisme. L’Organisation a d’ailleurs des bureaux à Tachkent uniquement dédiés à la lutte anti-terroriste. Les pays asiatiques savent bien que ces trois maux plongent leurs racines profondes dans la politique coloniale ou néo-coloniale des Anglo-Saxons. Logiquement, ils disent Stop. Et ils sortent de l’orbite de Washington qui vient de prendre, en moins d’un mois, deux claques, l’une financière (voir ici), l’autre diplomatico-militaire.

La difficulté pour Obama tient à son impossibilité de réaction. Les buts de l’OCS vont dans le sens de ses déclarations. Ceux de la nouvelle banque des pays émergents, aussi. Le ton est neutre, feutré, tranquille. En face d’Obama, les deux pays les plus peuplés du monde, deux économies puissantes dont il ne peut pas se passer. Des pays forts, qu’il a cru berner avec des mots et qui, aujourd’hui, posent le réel sur la table.

Pour survivre, il ne lui reste que le Traité transatlantique. Les USA vont donc s’y accrocher, faire le forcing. Je pense que l’Europe va céder. Alors même que c’est maintenant qu’ils sont demandeurs qu’il faut leur tordre le bras. Les négociateurs européens peuvent demander ce qu’ils veulent, les Américains céderont. Ils ne peuvent pas s’offrir le luxe d’être isolés. Mais ça, on l’avait déjà dit il y a plus d’un an.

Il ne faut pas s’imaginer que tout ceci n’est que militaire. L’OCS est un traité d’alliance entre pays méprisés (ou qui se sentent méprisés, c’est la même chose) qui ont décidé de redresser la tête. Sans surprises, la Russie fait un test sur les matières alimentaires. Sans surprises, les commentateurs affirment que la Russie s’isole, alors que c’est exactement le contraire. Regardez donc une carte. Avec l’Iran, l’étau se resserre autour des pays caucasiens et des régions caucasiennes de Russie, là où précisément les trois maux (séparatisme, intégrisme, terrorisme) posent le plus de problèmes à Poutine.. Et je ne serais pas surpris que, dans les tuyaux, il n’y ait pas une sorte d’OMC-bis, destinée à rééquilibrer des échanges Nord-Sud de plus en plus inégaux.

La seule chose qu’on ne peut pas imaginer, c’est que les USA cèdent. Ils n’ont rien compris car personne n’a envie de voir que les époques de grandeur sont derrière. Nous les suivrons dans cette descente aux enfers. Par manque de clairvoyance, essentiellement. Nous avons refusé toute aide à la Russie, alors que De Gaulle plaidait pour une Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il fallait lui faire payer ces années de guerre froide où elle nous avait fait si peur. La Chine a tendu la main et la Russie s’en est saisie.

Tout ceci est le résultat d’années de propagande. De Gaulle savait ce que l’Europe devait à la Russie pour la victoire de 1945. Il savait ce que signifiaient une alliance avec la Russie et une alliance avec les USA. Il savait où était l’intérêt de la France. La propagande étatsunienne nous a aveuglés. Il faudra y revenir.

Dans les coulisses, les « petits pays » préparent la facture de toutes ces années d’erreurs.

Et la note va être salée.

On en rearlera…

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